- Caricature Mahomet
Condamner l'intégrisme et redonner espoir en un avenir démocratique partagé (Tewfik Allal)
Condamner l'intégrisme et redonner espoir en un avenir démocratique partagé (Tewfik Allal)
Tewfik Allal




Ma vérité sur les caricatures de Mahomet
Michel Renard et commentaires




Condamner l'intégrisme et redonner espoir
en un avenir démocratique partagé

cette remise en cause de la liberté d'expression, orchestrée quatre mois après les faits, vise à empêcher toute liberté de pensée d'artistes, d'intellectuels, toute critique de la religion

Tewfik ALLAL
Association du Manifeste des libertés



L'hebdomadaire jordanien Shihane publiait, le 2 février dernier, trois des caricatures danoises qui mettent aujourd'hui le "feu aux poudres", et se demandait "ce qui portait le plus préjudice à l'islam : ces caricatures ou bien les images d'un preneur d'otage qui égorge sa victime devant les caméras" (cité par Libération, 3 février 2006).

Le problème est que ce journal a été retiré de la vente, et le directeur de publication, limogé. Ainsi, il y a certainement nombre de gens qui pensent la même chose en terres d'Islam, mais ils n'auront pas le droit de le dire : c'est à eux que manque le plus gravement la liberté d'expression.

On pourra toujours discuter de la qualité de ces caricatures et de l'influence possible, sur elles, de l'atmosphère droitière et teintée de racisme qui sévit actuellement au Danemark, comme dans d'autres pays européens. Mais qu'on en appelle au meurtre contre leurs auteurs et contre l'ensemble de leur nation au nom de Dieu, que le secrétaire général du Hezbollah libanais déclare que "s'il s'était trouvé un musulman pour exécuter la fatwa de l'imam Khomeyni contre le renégat Salman Rushdie, cette racaille qui insulte notre prophète Mahomet au Danemark, en Norvège et en France n'aurait pas osé le faire", nous impose l'urgente nécessité de les défendre : allons-nous attendre, comme le dit Magdi Allam dans Il Corriere de la sera, "qu'un autre Théo van Gogh soit assassiné à Copenhague ou à Oslo" ? Qu'on ait de nouveau ce sinistre "fini de rire" dont parlait un journaliste français lors de l'affaire van Gogh ?

Cette remise en cause de la liberté d'expression, orchestrée quatre mois après les faits, vise à empêcher toute liberté de pensée d'artistes, d'intellectuels, toute critique de la religion, dans une surenchère sur fond de victoire électorale du Hamas en Palestine, et des positions du gouvernement iranien. Ces manifestations et ces apparents désordres provoqués par les caricaturistes danois sont, en réalité, un rappel à l'ordre adressé à ceux qui se reconnaissent provenir de cette civilisation-là, citoyens d'Europe et d'ailleurs, et surtout d'ailleurs : Vous n'avez pas le droit d'être européens, vous n'avez pas le droit de penser "comme des Européens".

Et l'actuel projet de l'Organisation de la conférence islamique et de la Ligue arabe demandant à l'ONU d'adopter une résolution interdisant les atteintes aux religions - qui rencontrera, à coup sûr, la plus grande sympathie chez certains groupes chrétiens et juifs - est une remise en cause d'un acquis européen dont nous avons besoin plus que jamais, celui de la liberté de penser, indissociable de la liberté de conscience, du droit à l'athéisme, et au blasphème. D'autres "communautés" - juives, chrétiennes - se sont, elles aussi, senti insultées par tel ou tel texte, dessin, discours, mais elles ont réagi devant les tribunaux.

Au Manifeste des libertés, nous maintenons vive une double exigence : la condamnation de l'intégrisme et de ceux qui l'alimentent, et la nécessité de redonner espoir à un avenir démocratique partagé, à partir d'une pluralité de provenances culturelles. Un espoir dont ne veulent ni les partis d'extrême droite ni les radicaux islamistes, qui se renvoient étonnamment la balle - et nous avons à saisir cette balle au bond.

Pour cela, il importe de faire connaître toutes les contradictions qui ont été - et sont - à l'oeuvre dans le monde musulman, toutes les expériences de liberté tentées dans ce monde, aujourd'hui comme hier. Rappelons-nous cette expérience de liberté d'ampleur historique et sociale inégalée, où pendant plus de deux siècles Bagdad est devenue un centre des savoirs du monde (Dimitri Gutas, Pensée grecque, culture arabe, Aubier). Il est vrai que le désir de civilisation y était alors intense et n'était pas écrasé par l'appétit des revenus pétroliers.

Des expériences de liberté qui, comme le dit Salman Rushdie, finiront bien par "abattre un jour la porte de cette geôle".

Tewfik Allal,
pour l'Association du Manifeste des libertés


- Association du Manifeste des Libertés




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Posté le 08/02/2006 à 12:30:06 (id:21028)
En France, "Charlie Hebdo" s'engage dans la polémique sur les caricatures de Mahomet (Le Monde)
En France,
Charlie Hebdo, 8 février 2006




Ma vérité sur les caricatures de Mahomet
Michel Renard et commentaires




En France, "Charlie Hebdo" s'engage dans la polémique sur les caricatures de Mahomet

LE CFCM, l'UOIF et la FNMF annoncent
de nouvelles poursuites




L'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo publie, mercredi 8 février, un numéro spécial qui accorde une large place à l'affaire des caricatures du prophète Mahomet. Parues en septembre 2005 dans un quotidien danois, le Jyllands-Posten, elles ont été, ces dernières semaines, à l'origine de vifs débats et parfois de violences dans de nombreux pays.

L'hebdomadaire a décidé, à son tour, de reprendre les douze caricatures. Il les publie en petit format en pages intérieures, y compris le plus controversé représentant Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée.

"LE CRAYON ET LA PLUME" CONTRE "LE POIGNARD ET LA CEINTURE D'EXPLOSIFS"

En "une", un dessin de Cabu, titré "Mahomet débordé par les intégristes", représente le Prophète se voilant la face et soupirant : "C'est dur d'être aimé par des cons." Onze des seize pages du journal sont consacrées aux caricatures : outre les douze dessins du Jyllands-Posten, le journal propose d'autres caricatures des dessinateurs maison figurant Mahomet mais aussi des représentants d'autres religions, ainsi que plusieurs textes d'analyse et de débat.

Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, explique cette démarche en page 2 du numéro : "Il ne faut pas blesser les croyants dans leur foi, nous disent les gens raisonnables et les négociants en yaourt qui craignent le boycott. Nous sommes ouverts au débat. Mais, pour que le débat ait lieu, il faudrait auparavant que certains croyants arrêtent de blesser tout court ceux qui n'épousent pas strictement les mêmes convictions qu'eux. Et cessent de répondre au crayon et à la plume par le poignard et la ceinture d'explosifs."

Gérard Biard met sur le même plan les intégrismes de toutes religions : "Si la foi soulève des montagnes, ce sont des montagnes de cadavres." Il s'interroge : "Combien de livres et de journaux devrons-nous brûler pour que la soif des fanatiques religieux soit enfin étanchée ?" "Charlie tente d'analyser la polémique et ses conséquences. Histoire de montrer que la liberté d'expression doit être plus forte que l'intimidation", écrit l'hebdomadaire. "La tolérance n'est pas l'indifférence", assure plus loin un de ses journalistes.

Le journal publie aussi en page 2 un texte intitulé "Pour la liberté d'expression !" signé de Tewfik Allal pour l'Association du manifeste des libertés, une association qui, selon Charlie Hebdo, "rassemble des hommes et des femmes de culture musulmane qui portent des valeurs de laïcité et de partage".

DES ASSOCIATIONS MUSULMANES ANNONCENT DES POURSUITES JUDICIAIRES

Des organisations musulmanes avaient demandé en référé la saisie de ce numéro de Charlie Hebdo, considérant la publication des caricatures comme une "injure raciale et religieuse". Elles ont été déboutées par la justice, mardi 7 février, pour vice de forme.

Les juges n'ont pas statué sur le fond mais sanctionné des vices de forme dans la demande présentée conjointement par le Conseil français du culte musulman (CFCM), les mosquées de Paris et Lyon, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF).

Les associations musulmanes ont annoncé qu'elles engageraient, jeudi 9 février, de nouvelles poursuites. Celles-ci devraient viser Charlie Hebdo mais aussi France Soir, premier quotidien français à avoir publié les caricatures, mercredi 1er février. "On aurait aimé que la volonté d'apaisement règne. Charlie Hebdo veut mettre de l'huile sur le feu, les musulmans de France disent 'non'. On ne peut pas permettre dans nos sociétés d'encourager l'insulte", a dit à la presse Fouad Alaoui, secrétaire général de l'UOIF.
Le Monde.fr



- source de cet article : Lemonde.fr




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Posté le 08/02/2006 à 11:47:00 (id:21025)
Le MRAP divisé par la plainte contre le journal "France Soir" (Le Monde)
Le MRAP divisé par la plainte contre le journal
le M.R.A.P. est divisé sur "l'islamophobie"




Ma vérité sur les caricatures de Mahomet
Michel Renard et commentaires





La plainte contre "France-Soir" divise le MRAP

Douze dirigeants nationaux du MRAP considèrent ces poursuites comme une "grave erreur"

journal Le Monde


Le mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) a décidé, samedi 4 février, de porter plainte contre France Soir pour l'une des caricatures de Mahomet reproduites par le quotidien qui, selon le mouvement, "porte une incitation délibérée à la haine et à la violence envers tous les musulmans".

"Nous estimons légitime de critiquer toutes les religions, y compris l'islam, et ne sommes pas choqués par les caricatures du prophète Mahomet" , tient à souligner son président, Mouloud Aounit. "Mais, ajoute-t-il, le dessin présentant Mahomet avec un turban en forme de bombe, en associant islam et terrorisme, participe à une volonté de nuire, de stigmatiser, et de blesser la conscience des musulmans en les rendant tous coupables des forfaits monstrueux des terroristes."

"COMITÉS ÉBRANLÉS"
Cette décision n'a cependant pas été sans susciter un vif débat au sein de la direction du mouvement. Considérant ces poursuites contre France Soir comme une "grave erreur", douze des élus de la direction nationale rendaient publique, dès lundi 6 février au soir, une déclaration demandant "solennellement le réexamen" de cette décision.

"Si ce dessin peut légitimement offenser les musulmans, cela reste une caricature. Et, surtout, dans le contexte de haine raciste qui se développe actuellement dans les pays arabes, nous ne pouvons pas soutenir cette plainte contre France Soir. Ces réactions sont en effet une instrumentalisation de l'islam politique mais aussi du machiavélisme de certains gouvernements arabes, la Syrie en particulier. Et nous ne pouvons pas faire abstraction de cela", soutient avec virulence Gérard Kerform, l'un des douze membres du conseil d'administration du mouvement et président de la fédération des Landes. "Nous partageons l'essentiel des combats du MRAP contre les intolérances, insiste-t-il, mais aujourd'hui dans cette affaire, nombre de comités sont ébranlés."

Pour Mouloud Aounit, les poursuites contre France Soir sont une "plainte d'apaisement". Car, dit-il, "dans un État de droit, si la justice n'est pas là pour réparer, on laisse la porte ouverte à des réponses violentes". Mais, pour Gérard Kerforn, au contraire, "ce message qui se place sur le strict terrain antiraciste est complètement dilué dans cette offensive généralisée contre les libertés". "Ce qui se passe dans les pays arabes stigmatise encore plus les musulmans, insiste-t-il. Tout cela aura sur eux un effet boomerang. C'est cela qui risque de les faire apparaître comme des liberticides, des étrangers de la démocratie, alors que l'extrême majorité vit sa foi comme tous les autres."
L.V.E., Le Monde, 8 février 2006




Pas en notre nom !

«il n'est pas acceptable de soumettre la liberté de la presse
et de la caricature à la subjectivité des diverses interprétations
du contenu d'un dessin»



Le CA du MRAP a voté malgré la mise en garde et l'opposition d'une partie des membres présents de poursuivre en justice le journal France Soir.

Sans entretenir d'illusions sur les motivation très mercantiles de la parution de ces dessins provocateurs, les soussignés entendent cependant affirmer publiquement qu'ils se désolidarisent de cette procédure..

On peut comprendre que des croyants aient été choqués par une des caricatures reproduites dans le journal France Soir, et représentant le prophète avec une bombe sur la tête en guise de turban,.

Cette caricature doit être critiquée comme faisant l'amalgame entre le terrorisme et la religion musulmane dans un contexte de montée de l'intolérance.

Mais il n'est pas acceptable de soumettre la liberté de la presse et de la caricature à la subjectivité des diverses interprétations du contenu d'un dessin.

Ces caricatures apparues dans la presse danoise en septembre 2005, instrumentalisées ces dernières semaines, fournissent le prétexte à une irruption de fanatisme religieux
.

Des journalistes sont menacés de mort, des ambassades sont saccagées, un racisme inquiétant et de masse se développe orchestré par les fondamentalistes.

Il est évident que ces déchaînements de fanatisme dans certains pays musulmans résultent de l'action d'extrémistes politiques et religieux tandis que les pressions exercées sur la presse en Europe ne procèdent pas d'un souci de lutter contre le racisme anti-musulman, mais bien de sanctionner le blasphème au nom du sacré.

C'est là un risque majeur pour les libertés fondamentales menacées par les exigences religieuses.

Les soussignés sont fondamentalement attachés à la liberté de culte.

Ils affirment que la liberté de conscience comporte le droit d'être athée ou de pratiquer toute religion, mais aussi le droit de critiquer et de porter en dérision toutes les religions
.

Mais ils se dissocient de la décision du conseil d'administration du MRAP qui a décidé de poursuivre France Soir. Cette action en justice que le MRAP voudrait placer à l'aune d'une préoccupation antiraciste, se trouve diluée dans un contexte de violence et de racisme de masse dans certains pays du monde.

Ce racisme et ces violences ne font l'objet que d'une condamnation subsidiaire de la part de la direction du MRAP, alors que l'action concrète est tournée contre le seul organe de presse concerné, fournissant par là-même l'occasion d'un habillage antiraciste aux préoccupations de ceux qui entendent soumettre la société aux exigences du sacré.

Les élus signataires, en se désolidarisant de l'action en justice engagée, mesurent pleinement la solennité de leur prise de position, mais ils entendent maintenir l'action antiraciste du MRAP dans le cadre de la laicité et de la liberté de la presse..

Les soussignés ont demandé le retrait de la plainte contre le journal
France-soir.

les premiers comités et fédérations ou responsables locaux

comité de Marseille
comité d'Aubenas
comité de Largentière
comité de Mont de Marsan
comité de Rouen
comité de Vitrolles
comité de Fos sur Mer
comité de Mimizan
Hillel Feuerwerker président du comité local de APT.
Maurice Carrel, président CL Grenoble et Fédé 38
Frédérique Ferry présidente du comité de Nancy
Serge Golberg, président du CL de Saintes
Pedro Fernandez Président comité local d'Aix en Provence


D'autres comités, fédérations, élus locaux et nationaux, adhérents viendront
compléter la liste des signataires dans les jours qui suivent.




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Posté le 08/02/2006 à 11:01:26 (id:21015)
Ma vérité sur les caricatures de Mahomet (Michel Renard)
Ma vérité sur les caricatures de Mahomet (Michel Renard)
Jésus et Muhammad rencontrent le prophète Isaïe
(miniature persane, XVIIIe s.)







Ma vérité sur les caricatures de Mahomet

Un musulman pieux s'en remettra à Dieu de laver l'affront


Michel RENARD



Des caricatures, parues dans un journal danois en septembre 2005, ont vilipendé l'image du prophète Mahomet (Muhammad). Des musulmans disent leur colère, d'autres sont déjà passés aux actes. D'autres encore iront, peut-être, plus loin : fatwa d'appel au meurtre, assassinat comme cela a été accompli contre le cinéaste hollandais Théo Van Gogh... Est-il légitime qu'une conscience croyante aille jusqu'à de telles extrémités ? Non. Et pour plusieurs raisons.

1) Le dénigrement du Prophète est aussi vieux que le début de son action. Le Coran mentionne souvent les outrages verbaux subis par "l'Envoyé de Dieu". Celui-ci a été traité de menteur ("Ils vont jusqu'à dire : un fagot de songes ! Encore les a-t-il inventés", XXI, 5) ; de faussaire ("Les dénégateurs ont dit : Ce n'est là que mystification, qu'il combine en se faisant aider par un groupe d'autres gens", XXV, 4) ; d'apocryphe ("Vont-ils prétendre que c'est de sa part discours d'apocryphe ?", LII, 33) ; de fou ("votre compagnon ne s'égare ni n'est fol", LIII, 2) ; d'égoïste ("Il en est encore parmi eux qui te dénigrent en matière d'aumônes. S'ils en recevaient une miette, ils seraient contents ; comme ils n'en reçoivent pas, les voilà enragés", IX, 58).

2) Un musulman pieux – je ne parle pas de celui pour qui l'islam n'est qu'une "identité" ou qu'un "programme politique" – lit ces termes tous les jours, ou presque. Cela n'attente pas à sa foi. Il sait que les adversaires de l'islam, ou simplement ceux qui se questionnent sur sa vérité, peuvent recourir au vocabulaire du dénigrement. Il sait aussi que dans le Coran, la sanction contre ceux qui dénigrent le Prophète appartient à Dieu : "ne savent-ils pas que quiconque fait front à Dieu (et à Son Envoyé), conséquemment sera châtié du feu de la Géhenne où il restera pour l'éternité ?" Le musulman pieux s'en remet donc à Dieu de laver l'affront.

3) On avance, dans la polémique en cours, que l'islam "interdit" la représentation du Prophète. Sous cette forme générale, cette assertion est une contre-vérité qui est régulièrement démentie mais tout aussi régulièrement répétée. Qu'une tradition dominante dans la pensée musulmane n'use pas de telles représentations, est vraie ; et cela relève plus d'un aniconisme que d'une prohibition iconoclaste (lire l'article de Pierre Lory paru dans Discours psychanalytique 2, octobre 1989). Mais il existe aussi toute une tradition artistique, en particulier d'origine persane et ottomane, qui a maintes fois représenté le Prophète, que cela soit avec le visage voilé et ceint de la mandorle (flamme de sacralité) ou avec des traits proprement humains. Cet héritage pictural est partie incontestable de la conscience musulmane et de sa sensibilité artistique. Un tel patrimoine relativise les discours qui prétendent interdire toute image du Prophète au nom de la foi, ou qui affirment que donner une représentation humaine du Prophète, "c'est déjà heurter la sensibilité musulmane" (laquelle ?). En réalité, il est moins question de foi que des effets de l'obscurantisme wahhabite et de sa répulsion foncière pour la culture.

4) Il est vrai que les caricatures en question n'ont pas grand chose de "culturel". Mais, eussent-elles été des chefs d'œuvre d'art graphique, la réaction aurait été la même. Pouvoir s'inscrire dans le rôle de la victime permet aux fondamentalistes de drainer autour d'eux un capital de sympathie basé sur la "défense de la oumma assiégée". Leur intolérance enferme l'image qu'ils entendent donner de l'islam entre les deux pôles de la religion maîtresse du monde à venir ou de la victime concentrant sur elle les menées occultes de forces immenses. Il est vrai aussi que le dessin le plus incriminé (la tête de Mahomet transformée en bombe à la mèche allumée) en dit long sur le désir de mort adressé à l'islam par l'auteur de cette image. À sa décharge, on comprendra l'effroi de ceux pour qui l'islam est d'abord représenté par les exactions et crimes des "jihadistes" depuis le 11 septembre 2001 : un islam porteur de violence sanguinaire. On se retrouve dans une relation spéculaire : instinct de mort contre "culture" de mort.

5) Ce qui me gêne dans la réaction outrée de certains militants musulmans aujourd'hui, c'est justement son côté unilatéral. Ils se disent blessés dans leurs convictions. D'accord. Ils parlent de "véritable déclaration de guerre à l'islam". Bon... Mais quand un Zarqaoui égorge un captif, à genoux et les mains liés, devant une caméra qui diffuse ces images insoutenables sur internet, n'est-ce pas là une "véritable déclaration de guerre" contre un islam qualifié par ces mêmes militants de "religion de paix" ? N'est-ce pas ce genre de geste qui répand largement la "haine" contre les musulmans ? Où sont alors les communiqués de condamnations ? Où sont les rassemblements après la prière du vendredi ? Où sont les cris de colère ???

Michel Renard,
directeur de l'ex-revue Islam de France,
6 février 2006



- lire également l'article de Louis Massignon : «Une miniature indo-persane représentant le Prophète et ses compagnons» (1921).




Quelques commentaires sur ce texte


Ayant "posté" ce texte sur le forum de maghreblog.net, il m'a été adressé quelques réponses que j'édite ici et sur lesquelles je porte à mon tour une appréciation, en toute courtoisie et sans prétendre "répliquer" en totalité à mon interlocuteur. Le lecteur de ces échanges se forge, s'il le souhaite, une opinion tout seul.


Oumelkheir

Cher Monsieur Michel Renard

Je vous remercie d'abord pour votre longue explication sur les nombreuses tentatives de dénigrement du message divin porté par le prophète Mohamed (çala Allah âlih wassalam), ceci est bien connu à travers l'histoire de l'Islam. Si Dieu (Allah) le signale dans le Coran, c'est bien pour nous armer contre ce genre d'attaque, armer dans le sens spirituel, intellectuel, c'est à dire de nous préparer à ce genre d'arguments négatifs ou négateurs. Le silence peut être parfois compris comme une faiblesse, et cela dépend des situations, on peut l'utiliser à bon escient comme on peut choisir parfois la revendication, le dialogue et le boycott. Et je vous rappelle que cela n'a été fait qu'après que les appels des ambassadeurs de pays musulmans au Danemark aient été rejetées, etc.... Et comme la presse danoise peut se déclarer libre, les musulmans peuvent aussi exercer leur liberté, en boycottant des produits d'un pays dont ils se sentent humiliés, après tout à chacun sa liberté. Bien sur cela n'aurait pas du en arriver à la violence, et aux incendies, ni aux appels au meurtre mais cela s'appelle un débordement, un dépassement, des dépassements qui servent les extrémistes de tous bords. L'extremisme n'étant pas propre à l'Islam je le signale.

Ceci dit votre phrase “Il est vrai que les caricatures en question n'ont pas grand chose de “culturel”. Mais, eussent-elles été des chefs d'œuvre d'art graphique, la réaction aurait été la même”. m'a fait sourire. Il se trouve que ce ne sont pas des chefs d'oeuvre à la gloire du prophète, bien au contraire, alors ne faites pas de présomption de ce qui n'est pas...

Et pour finir, lorsqu'en aout 2005, le 21 et 22 aout 2005 un colloque s'est tenu à Charm Echeikh entre un grand nombre de savants et de grands noms de l'Islam, pour qu'à la fin de cette rencontre ils fassent une déclaration commune contre le terrorisme( en excluant bien sur la résistance en général et palestinienne en particulier) on a pas vu les médias (journaux, télés, radios, d'ici ou d'ailleurs) reprendre cette déclaration et en faire un évenement médiatique important. Parce que ça l'était vraiment. Alors dire qu'on entend personne condamner, c'est faux, c'est juste que chacun entend ce qu'il veut bien entendre.
Oumelkheir — 7 février 2006



Adib

michel renard, je partage ton commentaire et je crois que suis sur la meme ligne que que toi en prenant compte des objections de oumelkhir, le problémé est complexe et ancestrale, ça ne remonte pas au 11 septembre 2001, ça ne remonte pas aux croisades, ça remonte à plus de 1400 ans!
Adib — 7 février 2006




réponse à Oumelkheir

Chère Madame Oumelkheir

Juste deux remarques. La première pour préciser une formulation. Vous écrivez :
- "Il se trouve que ce ne sont pas des chefs d'oeuvre à la gloire du prophète, bien au contraire, alors ne faites pas de présomption de ce qui n'est pas."

Il n'y a aucune présomption. J'ai dit : même si ces caricatures malveillantes avaient été, techniquement, de beaux dessins, cela n'aurait rien changé, etc. Je n'imagine pas que le journal danois aurait pu publier de "belles" représentations du Prophète, mais que ses caricatures auraient pu manifester plus de qualités artistiques qu'il n'a été.

Cela étant, les militants musulmans qui disent que "l'islam interdit de représenter le Prophète" censurent ainsi les admirables dessins et miniatures pourtant visbles dans les musées d'art islamique comme celui de Topkapi à Istanbul... Leur rejet ne vise donc pas que les caricatures mais également les réalisations des artistes musulmans...!

Deuxième remarque. Je ne vois pas à quel colloque vous faites allusion, qui se serait tenu à Charm el-Cheikh les 21 et 22 août 2005, au cours duquel des "savants et grands noms de l'Islam" ont condamné le terrorisme.
Mais j'ai quelques informations sur une réunion similaire qui s'est tenue à Amman les 3, 4 et 5 juillet 2005. L'agence suisse ATS a publié cette dépêche :

6 juillet 2005 21:06

Des oulémas interdisent les assassinats au nom de l'islam

AMMAN - Des oulémas ont interdit les assassinats au nom de l'islam, à l'issue de leur congrès à Amman. Ils ont souligné la nécessité de "respecter les opinions d'autrui dans le monde musulman".

"Nous dénonçons le principe d'accusation d'apostasie et la légalisation de l'assassinat de musulmans pour des raisons religieuses", affirment quelque 180 experts et religieux dans un communiqué au terme d'une conférence de trois jours.

Le communiqué souligne que l'unanimité est intervenue sur la base d'une fatwa (décret religieux) émise notamment par Mohammed Sayed Tantaoui, la plus haute autorité religieuse musulmane sunnite, l'ayatollah Ali Sistani, le plus prestigieux des chefs chiites en Irak, et le mufti d'Egypte cheikh Ali Joumaa, ainsi que des autorités religieuses d'Arabie saoudite, de Turquie et de Jordanie.

A l'inauguration de cette conférence, lundi, sur le thème "L'islam véritable et son rôle dans la société moderne", le roi Abdallah II de Jordanie avait condamné l'extrémisme religieux qui ternit selon lui l'image de l'islam et pressé les pays musulmans d'harmoniser les jurisprudences afin de présenter la véritable image de leur religion.

Il a relevé en particulier qu'en "Irak, au Pakistan et dans d'autres pays arabes des accusations d'apostasie sont lancées et des assassinats de musulmans sont commis au nom de l'islam".

"De telles pratiques (...) donnent des prétextes aux non musulmans pour juger l'islam selon les actes perpétrés et contribuent aux critiques acerbes de l'occident contre l'islam", en particulier depuis les attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, imputées à des extrémistes musulmans, a-t-il affirmé.
SDA-ATS


C'est une excellente initiative. Mais il faut remarquer qu'elle ne concerne que la violence et le meurtre ENTRE musulmans, et pas encore à l'égard des autres... Ceci dit, quels organismes musulmans y ont fait écho, ici en France...? La plupart des associations militantes considèrent le cheikh Tantaoui comme "vendu" à Moubarak qui est lui-même vendu aux Américains, etc... Et surtout, quelles actions concrètes de protestation contre ces pratiques ayant pour auteurs des musulmans affirmant agir au nom de l'islam, ont-elles été menées ici en France par des associations musulmanes ? Aucune.

Alors, il y a certainement une information générale insuffisante, comme vous le remarquez, sur l'initiative menée par le roi de Jordanie et par le cheikh Tantaoui. Mais il y a également une quasi censure de la part des militants musulmans qui, aujourd'hui, protestent avec véhémence contre les caricatures danoises mais n'ont, apparemment, pas "entendu" le cheikh Tantaoui l'été dernier. C'est malheureux. Car leur protestation est, évidemment, suspecte de partialité.

Michel Renard




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Posté le 06/02/2006 à 15:09:49 (id:20595)
Les réactions en France (à la date du 5 février 2006)
Les réactions en France (à la date du 5 février 2006)
incendie du siège de l'ambassade du Danemark
à Damas (Syrie)





Les réactions en France

Le Nouvel Obs.com

Voici toutes les réactions en France concernant les caricatures du prophète Mahomet publiées dans la presse scandinave.

Dalil Boubakeur
, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) : "Je rends hommage au président de la République d'avoir bien voulu faire cette déclaration dans un but évident d'apaisement. Je souhaite qu'elle soit entendue". La déclaration du chef de l'Etat "me paraît un appel opportun pour que la liberté ne soit absolument pas remise en cause mais pour que l'usage de cette liberté se fasse dans le sens de la responsabilité, de la sérénité et de la paix sociale". (Déclaration, samedi 4 février)

Robert Ménard
, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), a lancé un nouvel appel au calme tout en affirmant que la liberté d'expression n'est pas un principe négociable.
"Il faut trouver un moyen de renouer les possibilités de débattre, parce qu'il faut éviter cette espèce d'affrontement global entre deux conceptions du monde". "La liberté de la presse, elle n'est pas discutable où que ce soit. Mais en même temps on dit il faut tout faire pour calmer les esprits". "Evidemment les journalistes font ce qu'ils veulent, mais je pense qu'aujourd'hui il faut marquer une pause. Il faut dire explicitement que ces dessins étaient de piètre qualité et certains profondément stupides, au moins pour un... Montrer Mahomet avec à la place du turban, une bombe, c'est stupide et imbécile. Reste qu'on a le droit de publier ça. On a le droit de publier des choses qui sont stupides et imbéciles, et même qui sont choquantes pour les gens". "Il faut que du côté en particulier des médias arabes les gens fassent la différence entre leur sensibilité (...) et un principe qui est essentiel pour eux parce qu'ils doivent en bénéficier, et de notre côté en Occident il faut marquer une pause pour ne pas faire des gestes qui peuvent être dans le climat d'aujourd'hui interprétés comme de la provocation". (Déclaration, samedi 4 février)

Philippe de Villiers
, le président du Mouvement pour la France, a déclaré qu'il faut "stopper l'islamisation de la France". "En France et en Europe, il y a une règle, la liberté, tempérée par la justice en cas d'excès". "S'il y a excès (...) la justice est là pour trancher. Mais chez les islamistes il semble que ce soit une autre règle, la liberté tempérée par le meurtre rituel, le chantage ou l'intimidation. C'est inacceptable". "Il faut que nous imposions, nous la France, nous les Français, nous les hommes politiques trop souvent lâches et peureux, notre conception de la liberté. Ou la charia ou la République, mais pas les deux". "Il faut stopper l'islamisation de la France". "Ce n'est pas à la France de s'adapter à l'islam, c'est à l'islam de s'adapter à la France". (Déclaration, samedi 4 février)

Le Parti radical de gauche (PRG)
a affirmé son attachement à la fois à "la liberté d'expression" et au "respect de la pensée de l'autre". Le PRG a souligné les "principes directeurs de la conscience républicaine".
Il s'agit de "la liberté de l'expression publique" et aussi de "la tolérance à l'égard de toutes cultures, convictions ou croyances dont la mise en oeuvre ne porte pas atteinte aux principes qui fondent la société républicaine". "La caricature est libre. Elle doit être librement critiquée". "Il doit ainsi pouvoir être dit que la représentation de Mahomet en poseur de bombes est tout à la fois le travestissement d'une religion" et "l'offense à ceux qui en sont les fidèles". (Communiqué, vendredi 3 février)

Jean-Claude Gaudin
, le maire UMP de Marseille, a estimé "qu'une religion ne peut pas interdire à une presse libre" de publier des caricatures. "Si on peut éviter de caricaturer, c'est mieux mais si on caricature, nous sommes dans un pays de liberté, par conséquent ce n'est pas acceptable qu'on fasse ce procès d'une manière incroyable".
"Nous sommes des gens qui défendons la liberté et il faut accepter la caricature". (Déclaration, vendredi 3 février)

Le Collectif des musulmans de France
a dénoncé une nouvelle "instrumentalisation du sentiment d'humiliation ressenti par les musulmans", en France comme dans les pays arabo-musulmans, après la publication de caricatures du Prophète Mahomet assimilant l'islam au terrorisme. "Il serait naïf de croire que la provocation n'était pas calculée, ou bien qu'il s'agirait de l'expression d'une liberté", selon un communiqué du Collectif, situé dans la mouvance de Tariq Ramadan, "la vague de solidarité exprimée par d'autres journaux nationaux ou européens cache mal en réalité une tendance islamophobe devenue politiquement correcte chez nous".


Jacques Chirac
a affirmé vendredi que "la liberté d'expression" était un "des fondements de la République", mais appelé chacun "au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure", après s'être entretenu avec le recteur de la Mosquée de Paris de l'affaire des caricatures du prophète Mahomet. Il a "appellé chacun au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure pour éviter tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui".

Mohamed Bechari
, président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) : "Tout musulman est devenu une bombe aux yeux de l'opinion publique, maintenant que notre prophète a été représenté comme un terroriste. Nous sommes très attachés à la liberté de la presse, mais ne pouvons admettre qu'au nom de cette liberté 1,5 milliard de musulmans soient insultés"[...] il "demandait à la Commission européenne et aux Etats de l'Union européenne de faire des lois qui protègent mieux les minorités musulmanes", car ces dernières ne "jouissent pas" à ses yeux de "la protection des autres minorités".
"Les musulmans, dans cette affaire (des caricatures), paient toujours la facture des attentats de New York (le 11 septembre 2001) et de Madrid (le 11 mars 2004)"
(Déclaration, vendredi 3 février)

François Bayrou
, président de l'UDF : "naturellement la liberté de la presse" est un des fondements d'"une société comme la nôtre".
Il a ajouté que "la laïcité consiste à ne pas offenser les religions autant qu'on puisse" et que "c'est entre ces deux pôles qu'il faut trouver un équilibre".
François Bayrou a expliqué que s'il avait été à la tête d'un journal, il n'aurait pas publié ces dessins car "nous vivons un temps explosif". "Toutes les communautés sont en éruption, souvent les unes contre les autres, et l'islam est dans une zone de fragilité plus grande encore".
(Déclaration, BFM, vendredi 3 février)

Le Premier ministre Dominique de Villepin
a appelé vendredi à "concilier" l'"exigence de liberté et l'exigence de respect", en commentant la polémique sur les caricatures du prophète Mahomet. "Nous sommes attachés à l'exigence de liberté, de démocratie qui est à la base de ce qui fonde notre pays mais aussi à l'exigence de respect", a déclaré M. de Villepin lors d'une conférence de presse, à l'occasion d'une visite à Troyes axée sur l'emploi. "Nous souhaitons concilier les deux et éviter bien sûr tout ce qui blesse inutilement et en particulier dans le domaine des convictions religieuses", a-t-il ajouté.

Élisabeth Guigou
, ancienne ministre de la justice, députée de Seine-Saint-Denis, a affirmé que "la liberté de la presse est un principe absolu" mais elle a jugé les dessins de Mahomet publiés en Europe "pour la plupart médiocres" et l'un d'eux "franchement odieux".
"La liberté de la presse est un principe absolu avec lequel on ne peut pas transiger. Il n'y a pas en France et dans les pays européens de censure administrative et politique. Seuls les tribunaux peuvent trancher s'il y a violation des lois". Les dessins à l'origine de la polémique sont "pour la plupart médiocres". L'un d'eux est "franchement odieux, celui qui assimile l'islam au terrorisme", a-t-elle dit.
Il s'agit d'"un amalgame absolument inadmissible et je comprends qu'il choque et blesse les musulmans, car l'islam est une religion de paix", a-t-elle ajouté.
Elisabeth Guigou a estimé "aussi important de regarder les répercussions politiques" de cette polémique et "pourquoi aussi cette affaire explose quatre mois après la publication des dessins".
(Déclaration, France 2, vendredi 3 février)

Pascal Clément
, ministre de la justice a affirmé qu'une démocratie devait "accepter" les caricatures, mais qu'il fallait aussi faire "attention à ne pas blesser" les musulmans, moins "habitués" que les pays de culture chrétienne.
"Comme citoyen, je trouve que dans un pays de liberté, il faut accepter bien évidemment les caricatures", a dit le Garde des Sceaux, rappelant que depuis trente ans, en France, "Charlie Hebdo et d'autres journaux" avaient égratigné "tout le monde, en particulier ceux qui sont chrétiens".
Cependant, il a dit rejoindre l'avis de l'archevèque de Lyon, Mgr Philippe Barbarin, qui a affirmé jeudi qu'il comprenait la "blessure" des musulmans.
"Il faut bien comprendre que si, nous, pays catholique, on est habitué, il faut peut-être admettre que ceux qui sont de culture musulmane ne (le) sont pas, et cela les choque profondément"
(Déclaration, RTL, Vendredi 3 février)

Philippe Douste-Blazy
, ministre des Affaires étrangères : "Il n'est pas normal de caricaturer l'ensemble d'une religion, (de l'amalgamer, NDLR) à un mouvement extrémiste voire terroriste"[...]""Attention à l'escalade".
Mais "je suis choqué et trouve inacceptable que des extrémistes puissent, parce qu'il y a eu des caricatures en Occident, venir brûler des drapeaux ou prendre des positions intégristes ou extrémistes qui viendraient donner raison aux caricaturistes"[...]"Que ceux qui se sentent caricaturés posent des questions à la justice. C'est leur liberté". Appelant "au respect des croyances, des religions, de la spiritualité de chacun", M. Douste-Blazy a observé que "religion et politique sont deux choses différentes".[...] "C'est aux lois de la République de décider, ce n'est pas à un homme politique de faire censure ou qui que ce soit", a ajouté le ministre des Affaires étrangères. "Il y a des lois sinon ce ne serait pas une démocratie". Le chef de la diplomatie française a noté que "l'action de la France dans le monde c'est de respecter l'autre, le dialogue" qui permet de "connaître l'autre" et d'aller vers "la paix" contrairement à "l'escalade à partir d'une caricature de Mahomet avec une grenade".
(Déclaration, Lci, Vendredi 3 février)

Renaud Donnedieu de Vabres
, ministre de la Culture et de la Communication : En tant que ministre de la Communication, je suis le garant du respect de la liberté de la presse qui ne peut en aucun cas être menacé ou bafoué car il est l'un des piliers de notre démocratie"[...]S'agissant de France Soir, si nous sommes très attentifs au sauvetage de ce journal qui connaît de graves difficultés financières, j'estime qu'il est aussi du devoir de ce quotidien de respecter les convictions religieuses et philosophiques de nos concitoyens", a précisé le ministre.
Cependant, a ajouté Renaud Donnedieu de Vabres "rien ne justifie le limogeage" du directeur de la publication de France Soir, Jacques Lefranc, annoncé mercredi soir par le propriétaire du journal Raymond Lakah. "Cette décision incompréhensible est contraire aux valeurs de liberté et d'indépendance de la presse", a estimé le ministre.[...]
"Alors que chaque jour le monde est davantage marqué par la montée des intégrismes et de la violence, les journalistes doivent être les sentinelles de la démocratie afin que chaque identité, chaque culture et chaque religion ait une égale dignité".

Mgr Gaillot
, évêque : "Dans notre pays, tellement de gens se sont battus pour la liberté d'expression, a ajouté l'ancien évêque d'Evreux. Ce n'est pas acceptable qu'une religion, quelle qu'elle soit, puisse imposer ses croyances, ses manières de faire, dans un Etat laïc".
"S'il y a des gens qui ne sont pas contents de ces caricatures, qu'il fassent un procès et qu'on en discute devant les tribunaux. On est dans un état de droit".
(Déclaration, jeudi 2 février)

Mgr Stanislas Lalanne
, secrétaire général de la Conférence des évêques de France : "Liberté d'expression, oui, à condition de respecter ce qui fait les convictions profondes et intimes des croyants", a dit Mgr Lalanne. "On n'a pas le droit de toucher à ce qui peut blesser et offenser des croyants. Il y a une dimension sacrée à laquelle on n'a pas le droit de toucher: la preuve, tout de suite cela engendre la violence".[...]
"La liberté d'expression constitue l'un des fondements essentiels d'une société démocratique, c'est normal qu'il puisse y avoir des critiques sur telle ou telle position des religions, mais cette liberté d'expression comporte des devoirs et des responsabilités"[...]"Il y a une ligne de partage entre des critiques qui peuvent alimenter un débat d'idées et des expressions gratuitement offensantes, entre l'humour et la dérision", a ajouté Mgr Lalanne, "je dis cela pour l'islam mais pour les autres religions aussi".
(Déclaration, jeudi 3 février)

Mgr Philippe Barbarin
, l'archevêque de Lyon : "Je n'aimerais pas qu'on fasse cela avec le visage de Jésus. Si je vois ça dans une publication à propos de Jésus, je reconnais que cela me blesse. Donc je comprends la blessure des musulmans et je trouve que ce n'est pas respectueux", a-t-il déclaré à des journalistes.
"Moi ça me choque qu'on se moque ainsi de la religion des musulmans"[...]"Quand il y a eu ces grandes affiches qui ont caricaturé la Cène, pour nous c'était une blessure profonde (...), nous avons attaqué en justice"[...]"On ne peut pas faire n'importe quoi avec des visages et avec des scènes qui touchent les convictions très intimes des personnes", a jugé le cardinal Barbarin. "De même que je n'ai pas envie que ça se passe pour les chrétiens, je trouve complètement indigne que ça se passe avec les juifs ou avec les musulmans"[...]"Les autorités politiques seraient bien inspirées de prendre très au sérieux le respect (...) des convictions religieuses intimes. Les gens ont le droit d'être respectés"[...]"La liberté de la presse c'est quelque chose de très important, la liberté d'expression aussi, l'esprit critique aussi, mais ce n'est quand même pas le droit de faire n'importe quoi".
(Déclaration, jeudi 2 février)

Corinne Lepage (cap 21)
: "On peut comprendre que certains aient pu se sentir blessés dans leur croyance par les dessins publiés dans le quotidien France Soir.
Mais il existe des tribunaux pour sanctionner l'excès quand il existe (...) Ce n'est pas ici le fond qui est en cause, mais la violence et le terrorisme intellectuel, voire physique qui est utilisé pour interdire ces publications".
(Déclaration, jeudi 3 février)

Philippe de Viliers (MPF)
: le limogeage du directeur de la publication de France Soir "porte gravement atteinte à la liberté d'expression". "Il s'agit du premier acte de censure islamique dans notre pays".
(Déclaration, jeudi 2 février)

Jacques Myard(UMP)
: La polémique sur les caricatures "donne la mesure du fossé grandisssant entre les sociétés occidentales et les pays d'Islam (...) où règne en maître le sacré de la foi, dogme intangible et inattaquable". "Dans ces conditions, sans céder à l'intimidation (...), il n'est peut-être pas toujours opportun de tomber dans le piège de la provocation et de blesser en son coeur la foi religieuse de l'autre".
Le limogeage du directeur de la publication de France Soir est "inadmissible".
(Communiqué, Jeudi 2 février)

Michel Hunault, député UDF
, indique "comprendre l'émotion suscitée" par la publication des caricatures, expliquant que "la liberté d'expression n'exonère pas du respect envers l'islam".
"Il s'agit, ajoute-t-il d'une "provocation inutile, à l'égard d'une religion qui est une religion d'amour et de paix".
Il annonce son intention de proposer au président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, la création d'un groupe parlementaire sur le thème de la "laïcité" et du "respect de toutes les croyances et sensibilités".
"Les discours de haine prennent souvent racine dans l'incompréhension et les provocations inutiles", fait valoir Michel Hunault, estimant qu'"il y a des principes qui devraient être rappelés dans les plus hautes instances de l'Etat".
(Communiqué, jeudi 2 février)

Jean-Marie Le Pen
, président du Front national : "Les croyants ont droit au respect de leurs croyances, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens"[...]"Si l'on condamne, à juste titre, de blessantes caricatures du Prophète des musulmans, à plus forte raison doit-on condamner les ignobles et permanentes caricatures du Dieu incarné des chrétiens"[...]Le président du FN regrette que le débat sur les caricatures de Mahomet mette avant tout aux prises "ceux qui ne croient en rien et prônent le droit absolu à la dérision de tous les fondements de la civilisation", et "ceux qui prônent le respect absolu des croyants, mais seulement quand il s'agit des musulmans"[...]"Les nécessaires limites de la liberté d'expression (...) ne peuvent être à sens unique".
(Déclaration, jeudi 2 février)

René Pétillon
, dessinateur de presse et de bande dessinée : "La riposte à ces dessins est complètement disproportionnée. Ceux qui n'ont pas aimé, et on peut les comprendre, auraient pu porter plainte contre le journal devant les tribunaux danois et point barre". "Ce boycott, c'est absolument délirant".
René Pétillon a également qualifié les sanctions prises à France-Soir pour avoir publié ces caricatures d'"histoire de fou". "Là encore, on nage en plein délire. Ces dessins ont été vus partout à la télévision, sur internet et personne n'a été viré pour autant. Alors que signifie? Est-ce un prétexte cachant d'autres intentions?". Considérant qu'il serait "extrêmement grave" de ne plus pouvoir se moquer de rien, il a souligné : "Moi, dans le Canard, je me moque des curés, des rabbins, des imams... comme de tant d'autres depuis des années et je n'ai jamais eu de problèmes". (Déclaration, jeudi 2 février)

Reporters sans frontières
lance "un appel au calme et à la raison alors que la polémique suscitée par la publication de plusieurs caricatures du prophète Mahomet prend une tournure inquiétante". "Si nous comprenons que de nombreux musulmans aient été choqués par ces publications - l'islam interdisant toute représentation humaine du Prophète - rien ne saurait justifier des appels à la violence ni quelques menaces que ce soit". "Dans l'affaire actuelle, poursuit l'association, il est nécessaire de ramener les faits à leur juste dimension.
Les journaux qui ont publié ces caricatures appartiennent à des pays où la religion relève de la sphère privée : dans cette tradition, la liberté religieuse va de pair avec une liberté d'expression qui inclut le droit de brocarder les convictions que l'on ne partage pas. Il est également nécessaire de rappeler que, dans ces mêmes pays, la presse est indépendante des pouvoirs en place. Ses prises de position, ses choix éditoriaux n'engagent qu'elle et donc, en aucune manière, les autorités de ces pays ou leurs concitoyens". Reporters sans frontières "appelle les responsables politiques et religieux des pays musulmans ainsi que la presse du monde arabe à tout faire pour calmer les esprits, de manière à entamer un débat sur les conceptions des uns et des autres". RSF demande aussi "à chacun en Occident de jouer l'apaisement et d'éviter ce qui peut être vécu comme des provocations inutiles". (Communiqué, jeudi 2 février)

François Fillon
, sénateur UMP de la Sarthe s'est déclaré "très choqué" par la décision "préoccupante" du propriétaire de France Soir.
"La montée de ce fondamentalisme musulman, de cet intégrisme, de cette intolérance est extrêmement dangereuse, extrêmement grave". (I>TELE, jeudi 2 février)

Pierre Lellouche
, député UMP de Paris : Sur le limogeage à la tête de France Soir : "Quand on arrive à sanctionner de manière aussi brutale un journaliste, on rentre dans une logique liberticide, et on ne rend pas service à la communauté musulmane". "Cette escalade accrédite l'idée d'une confusion entre islam et intolérance (...) Nous sommes dans un pays où le droit d'être athée existe, où la critique religieuse existe". (Déclarations, jeudi 2 février)

Claude Goasguen
, député UMP de Paris: "Dans nos démocraties, la liberté d'expression est totale. Il ne faut pas céder, même si je comprends tout à fait les réticences religieuses. On ne peut pas accepter qu'il y ait deux poids et deux mesures et que certaines religions soient épargnées par les caricaturistes et d'autres non, parce que certains pays appellent immédiatement au boycott".
"La réaction d'un certain nombre de pays arabes est tout à fait disproportionnée.
Certains chefs d'Etat arabes, qui sentent la poussée des fondamentalistes dans leurs propres pays, essaient d'attirer le calme chez eux par des déclarations de ce genre".
A propos de la publication des dessins par France Soir: "Je trouve que c'est très bien d'être solidaire, et ce serait bien que la presse du monde entier en fasse autant".
(Déclaration, mercredi 1er février)

Marielle de Sarnez
, députée européenne, vice-présidente de l'UDF: "La liberté de la presse, d'expression, de caricature est une liberté fondamentale, c'est un droit constitutionnel en France, et évidemment un pilier de l'Union européenne et de la démocratie. Par ailleurs, il y a la laïcité et la laïcité, c'est aussi éviter de blesser des sensiblités, mais l'essentiel c'est la liberté d'expression, fondement de nos démocraties".
(Déclaration, mercredi 1er février)

Maurice Leroy
, député UDF du Loir-et-Cher: "Je suis pour qu'on conjugue la liberté de création et la liberté d'expression avec le respect des croyances, qui sont un domaine sensible. On peut aller jusqu'à la provoc --tous les grands créateurs à un moment ont provoqué-- mais je ne crois pas qu'on puisse tout faire.
Je crois au point moyen, à la mesure. On doit en appeler à l'intelligence des gens. Je pense vraiment qu'il faut faire attention avec ces sujets, d'autant plus dans cette période troublée au plan international".
"Je conçois que de bonne foi des croyants aient pu être heurtés, mais je me méfie aussi des manipulations intégristes. La croisade à laquelle on assiste est démesurée".
(Déclaration, mercredi 1er février)

Le ministère des Affaires étrangères
: "Les caricatures publiées ce jour dans France-Soir n'engagent que la responsabilité du journal qui les a publiées", a dit le porte-parole du ministère, Jean-Baptiste Mattéi. "Le principe de liberté de la presse, que les autorités françaises défendent partout dans le monde, ne saurait être remis en cause".
"Il doit s'exercer dans un esprit de tolérance et dans le respect des croyances et des religions". (Point presse, Paris, mercredi 1er février)

Dalil Boubakeur
, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) : "C'est odieux, nous désapprouvons totalement cela, c'est une vraie provocation vis-à-vis des millions de musulmans en France". (Déclaration, mercredi 1er février)

Mohamed Bechari
, président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) a accusé France Soir de vouloir "régler ses problèmes financiers sur le dos des musulmans". (Déclaration ,mercredi 1er février)

Le Mrap
: "Après la parution des caricatures de Mahomet publiées ce jour dans France-Soir, le Mrap, profondément attaché à la liberté d'expression, ciment de toute démocratie, exprime néanmoins sa consternation devant une inquiétante et piteuse provocation", écrit le président Mouloud Aounit. "Tout comme dans les années 30 les caricatures antisémites ont participé à l'excitation et à la banalisation de l'antisémitisme, ces caricatures, dans un contexte marqué par une islamophobie rampante, au-delà de l'offense aux musulmans, ne peut en la circonstance que servir à déculpabiliser et légitimer les tenants et partisans de la caricaturale équation: arabes=musulmans=islam-intégrisme".
"Si la liberté d'expression légitime, à juste titre, la critique de toutes les religions, y compris l'islam, il est des moments et des contextes où la prudence et la vigilance s'imposent pour l'utilisation de certains mots --exemple: Kärcher et racaille-- et de certaines images --exemple: celles publiées ce jour sur Mahomet-- qui doivent être utilisées avec un sens particulier de la responsabilité." (Communiqué, 1er février)

Le Conseil des muftis
, une des plus importantes instances de représentation des musulmans de Russie, par la voix de son responsable Farid Assadouline, a estimé qu'un boycottage des produits danois, déjà pratiqué par plusieurs pays arabes, n'était pas envisageable par les musulmans de Russie. La Russie "n'est pas un pays musulman, c'est pourquoi il ne faut pas attendre de mesures exceptionnelles (de boycottage) à l'égard du Danemark", a déclaré Farid Assadouline. (Déclaration, mercredi 1er février)

Ghaleb Bencheikh
, présentateur de l'émission sur l'islam du dimanche matin sur France 2 et président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, a lancé "une supplique au sens des responsabilités" "Nous sommes résolument et viscéralement attachés à la liberté d'expression". "Toutefois nous appelons, pour des raisons éthiques, au respect fondamental de ce qui fonde les croyances des uns et des autres, quels qu'ils soient". "On aura toujours des opportunistes, des sermonnaires doctrinaires qui sautent sur ce genre de comportements pour aggraver la situation". En France "les esprits commencent à peine à s'apaiser après ce qui s'est passé à la mosquée de Clichy en novembre". (Déclaration, mercredi 1er février)

Jean-François Kahn
, fondateur et président du conseil d'administration de Marianne : "Dans l'affaire des caricatures, ce n'est pas les réactions musulmanes en soi qui sont préoccupantes : finalement si on se moque de façon outrancière de Jésus Christ ou des rabbins, on a le droit à des réactions catholiques ou juives du même type. Mais c'est le fait qu'ait été évoqué le concept de blasphème.
Or en France par exemple, depuis 1830, tout le combat démocratique, libéral et progressiste a été mené contre ce concept de blasphème. Le réhabiliter au point de voir des gouvernements s'excuser pour des dessins, c'est en effet un formidable retour en arrière." (Forum du nouvelobs.com, mercredi 1er février)

Philippe de Villiers
, président du Mouvement pour la France, regrette que dire "que Mahomet est un imposteur (soit) un délit", alors que "dire 'Bouddha, Jésus sont des imposteurs' est une opinion. On doit pouvoir en France briser le tabou et pouvoir parler des religions, et notamment de l'islam". "La liberté du culte est essentielle, dans l'islam, il n'y a pas la liberté de changer de religion", a dit encore le député européen, pour qui "c'est ou l'islam ou la République". Il a affirmé enfin qu'"il faut stopper l'islamisation de la société française", demandant de "ne plus accorder d'horaires séparés dans les piscines", ni de "nourriture spéciale dans les cantines", de même qu'il faut, selon lui, "dire non aux mariages forcés" et "à la polygamie". (Canal +, mercredi 1er février)

France Soir
, qui a publié les douze caricatures, par la voix de son rédacteur en chef Serge Flaubert: "Nous voilà sommés, nous, citoyens de sociétés démocratiques et laïques, de condamner une douzaine de caricatures jugées offensantes pour l'Islam. Et sommés par qui ? Par les Frères musulmans, la Syrie, le Jihad islamique, les ministres de l'intérieur des pays arabes, la Conférence islamique... Que des parangons de tolérance, d'humanisme et de démocratie (...) Puisque ces dicteurs auto-proclamés de la foi en font une question de principe, il faut être ferme. Clamons-le autant qu'il le sera nécessaire, on a le droit de caricaturer Mahomet, Jésus, Bouddha, Yavé et toutes les déclinaisons du théisme." (France Soir, mercredi 1er février)

Nicolas Sarkozy
, "La caricature, c'est l'excès. A tout prendre, je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure", a affirmé M. Sarkozy.
"Quand je vois qu'il y a des fatwas qui sont lancées sur les Danois (...) et que l'on prend pour cible la totalité des ressortissants et des soldats danois, c'est rien moins qu'extrêmement choquant", a-t-il dit. "Ca en dit long sur les conceptions démocratiques d'un certain nombre d'acteurs".
Pour lui, "la démocratie, c'est la possibilité de la critique, de l'échange des arguments et de la caricature, surtout par le biais des dessins. C'est ça, la démocratie, et ça, ce n'est pas négociable", a-t-il ajouté.
Parfois, "l'église catholique a été soumise au feu de la caricature", a reconnu le ministre de l'Intérieur également chargé des cultes. "Elle a protesté intellectuellement pour défendre ses convictions, mais enfin, ça n'a pas été au-delà, on n'a pas été jusqu'à demander l'interdiction d'un journal parce qu'on avait offensé l'église catholique", a-t-il ajouté.
Et "lorsque la caricature va au-delà du raisonnable, ce sont les tribunaux qui en jugent et pas les autorités religieuses, et pas les gouvernements des pays musulmans", a encore estimé M. Sarkozy.
Bien sûr, "il faut éviter de blesser les convictions des personnes", a-t-il relevé, mais "encore une fois, je préfère qu'on prenne le risque de blesser que le risque de la censure".
(Déclaration sur LCI, jeudi 2 février)

Laurent Fabius
, ancien Premier ministre: "Beaucoup de musulmans se sont sentis blessés par les caricatures de Mahomet publiées dans certains journaux, mais cela ne permet pas de porter atteinte à la liberté d'expression.
Je juge ces caricatures de mauvais goût, on doit avoir à l'esprit trois notions, le respect, la liberté et l'apaisement. Il faut être extrêmement attentif à ce qui peut porter atteinte au sentiment religieux, mais on ne peut pas censurer, on ne peut pas dire comme il y a des risques, mettons sous le boisseau la liberté. Je tiens comme à la prunelle de mes yeux à la liberté d'expression, cette polémique rend d'autant plus fondamentale notre notion de la laïcité, fondée sur la séparation entre le religieux et le politique".
(Déclaration du dimanche 5 février)
Le Nouvel Obs.com,
5 février 2006, 17 H 45



- source de cet article : Le Nouvel Obs.com

- iconographie : xinhuanet.com




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Posté le 06/02/2006 à 14:48:49 (id:20594)
Les responsables politiques français ont peur d'une poussée du vote FN (Le Monde)
Les responsables politiques français ont peur d'une poussée du vote FN (Le Monde)
l'ambassade du Danemark à Damas incendiée





Les responsables politiques français
ont peur d'une poussée du vote FN

"Il y a une forme d'autocensure par rapport
à la critique de l'Islam, à cause de la mauvaise conscience
de la colonisation et de la discrimination sociale
"
Stéphane Rozès de l'institut CSA

Béatrice GURREY

L'affaire des caricatures de Mahomet publiées par la presse, "c'est de la nitroglycérine", juge François Bayrou. Et parmi les responsables politiques, il est loin d'être le seul. Interrogé par Le Monde, le président de l'UDF estime que si la liberté d'expression "n'est pas négociable", la situation exige "un mouvement de sagesse, pour ainsi dire de laïcité, qui demande de ne pas heurter les convictions religieuses, si explosives en ce moment".

À l'issue d'une rencontre, vendredi 3 février, avec le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, le chef de l'Etat a adopté cette position balancée. Jacques Chirac a ainsi souligné dans un communiqué que "le principe de la liberté d'expression constitue un des fondements de la République", appelant "chacun au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure, pour éviter tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui".

Dans un contexte international troublé, avec la disparition d'un leader israélien fort, Ariel Sharon, la victoire du Hamas et un durcissement de l'Iran sur la question nucléaire, la plupart des responsables politiques français redoutent, les dangers conjugués d'un mouvement d'islamophobie et d'une poussée de l'extrême-droite.

"Il ne faut surtout pas se déterminer par rapport à l'Islam, mais par rapport à des principes", insiste le premier secrétaire du PS, François Hollande. Laurent Fabius assure ne pas croire à la montée de l'islamophobie, mais déplore "la confusion entre islam, intégrisme et même terrorisme". M. Bayrou, lui, reconnaît "sans aucun doute", que l'opinion peut avoir un mouvement de rejet de l'Islam. Il évoque le risque d'un "choc des valeurs", entre une démocratie fondée sur la liberté d'expression, attachée à la "séparation de la foi et de la loi" — jusqu'à pouvoir brocarder sa propre religion — et des pays et régimes où les interdits de la religion se confondent avec ceux de l'Etat.

Les sondeurs ne s'étonnent guère de la prudence des politiques. "Il y a une forme d'autocensure par rapport à la critique de l'Islam, à cause de la mauvaise conscience de la colonisation et de la discrimination sociale" fait valoir Stéphane Rozès de l'institut CSA. L'affaire intervient quelques semaines après la controverse sur la loi du 23 février 2005 reconnaissant le "rôle positif de la colonisation" et la crise des banlieues. Jérôme Sainte-Marie de BVA souligne "la peur d'alimenter le vote extrémiste", à quinze mois d'une présidentielle. "Le vote Le Pen ne dépend pas de la façon dont on parle de l'immigration ou de l'Islam, mais de si l'on en parle ou pas", affirme-t-il. Frédéric Dabie de l'IFOP note que la cote de bonnes opinions du président du FN a augmenté de 5 points après la crise des banlieues, puis de 2 points en janvier, à 22 %. Ces spécialistes de l'opinion sont plus partagés sur le risque d'une flambée d'islamophobie.

Tous soulignent qu'au pays de Voltaire, les "fondamentaux", comme la tolérance et la liberté d'expression, sont extrêmement ancrés ; que le racisme et l'antisémitisme ont reculé ; que les attaques contre la religion de l'autre peuvent susciter la compassion. Mais, pour Pierre Giaccometi d'Ipsos, un sentiment de colère contre les tenants de l'Islam en général, n'est pas à exclure, allant bien au-delà de la droite, sur le thème : "Ils sont en train de mettre en cause notre propre droit d'expression chez nous." "Plus le phénomène est hystérisé, plus les réactions sont violentes, et plus le risque existe de voir se propager un sentiment anti-arabes ou anti-musulmans", souligne Brice Teinturier de TNS-Sofres. Cela dépendra, dit-il, du comportement des différents acteurs.

Béatrice Gurrey, Le Monde,
5 février 2006



- source de cet article : journal Le Monde, daté 5 février 2006




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Posté le 06/02/2006 à 14:06:57 (id:20581)
Une représentation du prophète Mohammad (Louis Massignon, 1921)
Une représentation du prophète Mohammad (Louis Massignon, 1921)
Ce n'est pas le portrait décrit par Massignon ci-dessous,
mais une miniature arabe du XIVe siècle représentant
le Prophète préchant à la mosquée de Médine







Une miniature indo-persane représentant
le Prophète et ses compagnons

Louis MASSIGNON, 1921



C'est le professeur T. W. Arnold, l'auteur du Preaching of Islam, qui a attiré le premier (Ap. The Burlington Magazine, june 1919) l'attention sur une miniature indo-persane de la collection Carfax, miniature du début du dix-septième siècle, représentant le prophète Mohammad au milieu de ses Compagnons.
Si elle n'est pas de premier ordre comme composition artistique, cette miniature est, à d'autres égards, un document exceptionnel, et nous sommes heureux, en précisant sur certains points la description d'Arnold, de pouvoir, grâce à son intervention et à la courtoisie de MM. Carfax and C°, la faire passer sous les yeux des lecteurs de la Revue.

Notons, d'abord, qu'il n'y a guère d'autre "portrait" connu du Prophète. Bien peu de musulmans, même parmi les miniaturistes persans, ont osé reproduire le visage du prophète - car l'on sait quelle proscription est édictée par la tradition et la jurisprudence de l'Islam, tant sunnite que shî‘ite - contre toute image d'être vivant. Nous avons étudié ailleurs l'origine de cette prescription, indiquant ses limites, et montrant qu'elle ne visait et condamnait qu'une conception "magique" de l'art, celle où l'artiste est censé "insuffler" la vie à des figurines, rivaliser, dans son orgueil et son impiété, avec Dieu, en façonnant des êtres animés, en usurpant ainsi le privilmège incessible du Créateur.

Le portrait de Mohammad est fort intéressant à étudier comme groupement de ses signes physiques traditionnels (shamaïl), jusqu'à cette incisive brisée au combat d'Ohod, à quoi il est reconnu par les pieux croyants, quand ils obtiennent d'apercevoir son visage, en rêve ou en extase.

On peut comparer à ce portrait le récit de la vision qu'en eut le sunnite Mohammad ibn ‘Okkâshah, récit qu'Ibn Hanbal fit au khalife al Motawakkil, quand il le décida à abandonner les mo‘tazilites pour revenir à l'orthodoxie :
- "J'avais, dit Ibn ‘Okkâshah (1), appris de Mo‘awiyah ibn Hammâd Kirmânî, qui le tenait de Zohrî, que : celui qui se lotionne le jeudi soir et prie deux rak‘ahs, pendant lesquelles il récite la sourate CXII mille fois, celui-là, obtient de voir le Prophète en rêve. Et, ajoute-t-il, je me mis, tous les jeudis soir, à prier deux rak‘ahs et à réciter mille fois la sourate CXII, dans mon désir de voir le Prophète en rêve, afin de lui soumettre les bases (osoûl) de la Sonnah (telles que je me les définissais).
Vint une nuit froide, où je me lotionnai, et priai deux
rak‘ahs ; ensuite je m'étendis, mais un songe m'arriva, ce qui m'obligea à me relever pour recommencer ma lotion et mes deux rak‘ahs. Je venais de les achever, un peu avant l'aurore, et m'appuyais contre le mur, le visage tourné vers la Mekke, lorsque le Prophète m'apparut, son visage comme la pleine lune, son cou comme le col d'une aiguière d'argent incrustée d'or, tel qu'on le dépeint. Il portait deux bordah (manteaux) du Yémen ; l'un lui ceignait la tête et l'autre couvrait ses épaules.
Il vint et s'accroupit (
istawfaz), comme quelqu'un qui va se relever vite, sur son pied droit, le pied gauche restant dégagé. Je voulais le saluer au nom de Dieu, mais il me devança. Je désirai voir son incisive brisée et il sourit, me laissant apercevoir cette incisive... (ici, texte des osoûl)... Trois nuits durant je le revis, lui redisant ces osoûl, et ses yeux étaient baignés de larmes...".

Le groupement des Compagnons, mûrement calculé, n'est pas moins symbolique. Il est l'œuvre d'un musulman conciliant, mystique à tendances shî‘ites (comme le prince Dârâ), désireux de réconcilier sunnites et shî‘ites par un ordre de préséance très curieux.

La scène se passe dans la cour de la mosquée de Médine ; au centre, le mihrâb ; à droite, le minbar, avec deux inscriptions non déchiffrées ; à gauche, Mohammad, entre ses deux petits-fils, Hasan et Hoseïn, sur un trône, derrière lequel se tient son fidèle muezzin, le nègre abyssin Bilâl. Sous le trône, à gauche, les trois premiers khalifes (que les shï‘ites purs excommunient), à droite ‘Alî ; Arnold observe l'attitude ironique d'‘Omar à l'égard d'‘Alî qu'Abou Bakr essaie de ménager. À l'extrême droite, en haut, ‘Abbâs et son fils ‘Abdallah, ancêtre des ‘Abbasides.
Au centre, les quatre "piliers" (arkân) de l'Islam shî‘ite, ‘Ammâr lisant le Qor‘ân, debout ; Qanbar portant le sabre d'‘Alî ; Aboû Dharr à genoux avec son rosaire et Salmân, mains étendues, priant également.

À l'intérieur de la balustrade de marbre, à gauche, Zeïd, l'ex-fils adoptif du Prophète, et son fils Osâmah, les "bien-aimés du Prophète" selon la tradition antialide des sunnites ; puis, moitié au dedans, moitié au dehors de la balustrade, les six Compagnons restants (après les quatre premiers califes) d'entre les "Dix Privilégiés" (au dedans : Sa‘îd, Ibn ‘Awf et Ibn al Jarrâh ; au dehors : Sa‘d, Zobayr, Talhah qui, à des degrés différents,se séparèrent d'‘Alî), et les deux "martyrs" d'Ohod (au dedans, Mos‘ab ; au dehors, Hamzah). Enfin, à droite,, sur une petite banquette, deux des ahl al soffah (non identifiés jusqu'ici), premiers mystiques de l'Islam, ancêtres légendaires des soûfis (probablement Sohayb et Aboû'l Dardâ).

Louis Massignon, Revue du Monde Musulman, février 1921, vol. XLIII, «Une miniature indo-persane représentant le Prophète et ses compagnons», p. 1-4.
texte saisi par Michel Renard



(1) Ap. Malati (m. 377/987), Tanbîh wa radd. ms. Damas; f. 26 seq.





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Posté le 03/02/2006 à 15:57:02 (id:20006)
Caricatures Mahomet : cris de guerre islamistes sur la Toile (Tageblatt)
Caricatures Mahomet : cris de guerre islamistes sur la Toile (Tageblatt)
incendie de drapeau danois
au Pakistan







Caricatures Mahomet :
cris de guerre islamistes sur la Toile

Tageblatt



«Ô frères dans la religion, c'est la guerre contre l'Islam...dégainez vos épées!», hurle cheikh Badr ben Nader al-Machari, dans le dernier cri de guerre cyberjihadiste, mis en ligne vendredi, en réplique à la publication en Europe de caricatures du prophète Mahomet.

Références politico-religieuses à l'appui, l'ouléma saoudien veut démontrer que les caricatures publiées par un quotidien danois, dont une montrant le prophète affublé d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée, «font partie de la guerre menée par l'Occident décadent contre l'Islam triomphant».

«Ô milliard de musulmans. Où sont vos armées? Vos ennemis ont bafoué notre prophète. Debout!», hurle cheikh Machari, imam d'une mosquée à Ryad, dans «une conférence» d'une heure et demie, entrecoupée de sanglots.

Sa supplique est la dernière en date des cris de guerre des cyber-islamistes en colère contre les caricatures controversées publiés par Jyllands-Posten et reproduits par d'autres journaux européens.

Plusieurs jours avant les protestations publiques enregistrées dans le monde musulman, les jihadistes avaient lancé, via le Net, une campagne tous azimuts de boycottage des produits danois.

Des listes exhaustives de ces produits ont été mises en ligne et des sites ont créé une rubrique spéciale pour les recevoir (www.no4denmark.com), sur fond de psalmodies coraniques.

Mais dès que les protestations officielles ont commencé à faire boule de neige dans les pays musulmans, le prosélytisme jihadiste a versé dans la surenchère.

«Pourquoi boycotte-t-on le Danemark et pas l'Amérique qui commet pire, protège les sionistes et verse le sang des musulmans? Pourquoi notre gouvernement hypocrite rappelle-t-il son ambassadeur à Copenhague et pas celui de Washington après la profanation du Coran?», s'indigne Khaled contre l'Arabie saoudite, sans la nommer.

L'Arabie saoudite, qui a rappelé son ambassadeur à Copenhague, n'avait pas pris la même mesure à l'égard de Washington après la profanation présumée du Coran à la base américaine de Guantanamo. Cette profanation avait suscité la colère du monde musulman, le printemps dernier.

«Trêve de boycottage et de messages de protestation, place aux bombes et aux explosifs», tonne «Achiqat al-Jihad» (l'adoratrice de la guerre sainte). Bon nombre d'internautes appellent à en découdre avec les Danois et les Français, après que France Soir eut emboîté le pas à Jyllands-Posten.

«Notre prophète est de nouveau bafoué... par la France. Le boycottage ne rime à rien. Ce qu'il faut c'est des bombes et des explosifs», approuve Abou Badr.

«Il n'y a plus d'excuse. Maudit soit celui qui trahit la nation en ces jours historiques», renchérit Oubada, en exhortant les moudjahidine à mettre les bouchées doubles, «notamment en Irak, en Afghanistan, en Tchétchénie et en Palestine».

«Si vous tombez sur un occupant danois ou norvégien, égorgez-le à la manière de Zarqaoui», le chef de la branche irakienne d'Al-Qaïda, recommande l'internaute Oubada.

Cet appel au meurtre coïncide avec la publication par le quotidien arabe londonien, Al-Quds Al-Arabi, d'un communiqué attribué aux «Brigades Abou Hafs Al-Masri», menaçant le Danemark et tous ceux qui offensent le prophète, d'«une guerre sanglante».

«Ceci est notre message au gouvernement danois et à quiconque ose agresser le plus noble de messagers... un message selon lequel vous n'aurez pas de paix et de sécurité. Les infidèles doivent savoir que les prochains jours verront une guerre sanglante et une série de conquêtes bénies», y lit-on notamment.

Plus direct, «al-Khatabi» interpelle les musulmans du Danemark. «N'y a-t-il pas d'homme courageux parmi vous pour effacer l'opprobre à la manière de Mohammed Bouyeri?», l'islamiste marocco-néerlandais, assassin du cinéaste Théo van Gogh en novembre 2004 à Amsterdam, se demande cet internaute.

Mohammed Bouyeri a été condamné à la prison à perpétuité.

Tageblatt (Luxembourg),
3 février 2006



- source de cet article : le journal Tagebaltt




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Posté le 03/02/2006 à 14:29:13 (id:19993)
Antagonismes (Antoine de Gaudemar)
Antagonismes (Antoine de Gaudemar)
France Soir, 1er février 2006





Antagonismes

Antoine de Gaudemar



Il y a juste dix-sept ans, un livre était jeté sur des bûchers, et son auteur condamné par une fatwa de mort. Aujourd'hui, les Versets sataniques de Salman Rushdie sont devenus les «dessins sataniques» d'un journal danois, accusé à son tour de blasphème.
Pourtant vieille de quatre mois, l'affaire a pris en quelques jours l'allure d'une crise qui, une fois de plus, met en lumière plusieurs conflits. D'abord, celui entre deux systèmes de valeurs différents, l'un forgé par la laïcité, qui tolère plus ou moins bien les charges anticléricales les plus radicales, l'autre où la religion est au coeur même de l'identité des peuples et des pouvoirs en place et rend donc toute attaque contre elle insupportable. Cet antagonisme se double d'un autre qui touche à un fondement des sociétés démocratiques : la liberté d'expression, dont celle de la presse. L'atmosphère exacerbée qui règne autour de ces caricatures en dit long sur la difficulté désormais d'aborder publiquement certains sujets.

Déjà problématique il y a vingt ans, la publication du roman de Rushdie serait aujourd'hui quasi impossible et cette exaspération des tensions religieuses ne concerne pas qu'une seule religion : pour l'instant moins violentes, les intolérances des intégristes chrétiens sont tout aussi détestables. Des millions de musulmans peuvent légitimement se sentir offensés par des dessins assimilant islam et terrorisme et l'islamophobie haineuse est aussi exécrable que l'antisémitisme et le racisme. Mais la force de la démocratie et de la liberté, c'est de laisser s'exprimer, dans le respect de la loi, même leurs ennemis. Ce n'est pas cautionner ces derniers, loin s'en faut, que de rappeler ce principe dans un monde qui tente de le brider chaque jour un peu plus.


Antoine de Gaudemar, Libération,
3 février 2006



- source de cet article : Libération, 3 février 2006




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Posté le 03/02/2006 à 11:38:46 (id:19978)
«La représentation du prophète est devenue taboue» (Abdelwahab Meddeb)
«La représentation du prophète est devenue taboue» (Abdelwahab Meddeb)
Le voyage nocturne de Mahomet,
miniature persane du XIVe siècle






«La représentation du prophète
est devenue taboue»

Religion. Analyse et réactions.

Abdelwahab Meddeb*,
professeur de littérature comparée à l'université Paris-X



L'islam est-il iconoclaste ?
C'est une question très complexe. Plusieurs hadiths (recueil des actes et des paroles de Mohammed, ndlr) signalent une détestation, une phobie des images. L'image est considérée comme quelque chose de néfaste, sinon de maléfique.
Le prophète, selon un dire qui lui est attribué, déclare à Aïcha (1) à la vue d'un coussin avec une image : «Ne sais-tu pas qu'une maison qui contient des images est une maison désertée par les anges ?» Selon un autre hadith, le prophète dit que le jour du jugement Dieu mettra au défi les peintres et les faiseurs d'images d'animer leur création, et qu'ils en seront incapables.

Ce qu'on reproche aux images, c'est d'imiter la vie, d'imiter Dieu ?

Oui. Cette mimesis est considérée comme dérisoire, car elle entre dans une compétition divine perdue d'avance. Car ce ne seront toujours que des images, qui n'auront jamais de souffle ou d'âme. Nous sommes très exactement dans la critique de l'image telle qu'on la trouve dans la République de Platon. De ce point de vue-là, le prophète de l'islam se fait platonicien dans le sens où l'image est toujours marquée par un manque, c'est toujours une imitation incomplète et, pire que ça, mensongère.

En Arabie Saoudite, même les images saintes sont prohibées.

Sur ce point, le wahhabisme est simplificateur. Abdelwahab, dans son bréviaire, le Kitab Tawhid, ou Livre de l'Unicité (divine), ajoute une chose : puisque le prophète n'aime pas les images, il explique qu'il est du devoir de tout croyant de les détruire et de les faire disparaître. Avec la destruction des bouddhas de Bamiyan par les talibans afghans, nous avons la traduction littérale du mot d'ordre wahhabite. Alors que ces statues avaient vécu, prospères et tout à fait tranquilles, dans un territoire sous autorité islamique pendant mille trois cents ans.

Y a-t-il un tabou particulier concernant la représentation du prophète ?

Non. J'ai moi-même présenté plusieurs représentations du prophète dans une exposition à Barcelone (2). Je tenais à montrer la contamination de l'iconographie chrétienne en islam. La seule chose qu'on ne trouve pas en islam, c'est la représentation de Dieu. Celle-là est absente. Pour le reste, on a absolument tout. On a une peinture qui très souvent se réfugie dans les livres et procède d'une iconologie tout aussi sophistiquée que dans la tradition occidentale. Pour revenir au prophète de l'islam, nous avons des représentations directes. Notamment dans un manuscrit de Herat du XIVe siècle, conservé à l'université d'Edimbourg : Jami'al-Tawarikh, une histoire monumentale du monde, écrit par Rachid Ed-Dine. La vie du prophète y est intégralement illustrée par des peintures qui imitent l'iconographie chrétienne : la naissance de Mahomet reprend ainsi les schèmes de la nativité de Jésus. Le prophète de l'islam devant l'ange Gabriel reprend très exactement celui de l'Annonciation. Ce n'est que par la force de la coutume que la représentation du prophète est devenue taboue. Mais elle l'a été surtout dans le monde arabe, et ne l'a jamais été dans l'espace turc ou en Asie centrale. Les Ottomans, qui étaient des sunnites exigeants, ont maintes fois montré le prophète avec, à la place du visage, une plage vide ou une flamme en forme d'amande. Quelqu'un comme Ibn Arabi (3) légitime l'exercice de l'image en islam mais essaye de l'analyser en termes très sophistiqués : l'islam étant le dernier monothéisme, il se trouve sur la question de l'image l'héritier d'un paradoxe, l'interdit de représentation du décalogue mosaïque, d'une part, et de l'iconophilie chrétienne, de l'autre.

Comment expliquer le tollé provoqué par ces caricatures ?

Il y a la question de l'image, mais pas seulement. Si on montre le prophète en terroriste, c'est évident que nous sommes en présence d'une tradition polémique antimusulmane et contre la personne même de Mahomet profondément ancrée dans la mémoire européenne depuis le Moyen Age. Le prophète de l'islam est dénoncé dans cette tradition comme faux prophète, comme imposteur, parce qu'érotique et guerrier, deux attributs qui paraissent totalement incompatibles avec la tradition prophétique. Cela relève d'un christianisme dépouillé de son Ancien Testament. Car, dans l'Ancien Testament, nous voyons très bien la présence de prophètes guerriers, à la fois forte et érotique, à commencer par le roi David...

propos recueillis par Christian Boltanski,
Libération, 3 février 2006



* Abdelwahab Meddeb enseigne la littérature comparée à l'université Paris-X et anime l'émission "Cultures d'Islam" sur France Culture.

(1) L'épouse favorite du prophète.
(2) L'Occident vu par l'Orient, musée de Barcelone, 2005.
(3) Grand mystique musulman.


- source de cet article : Libération, 3 février 2006




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Posté le 03/02/2006 à 11:10:08 (id:19977)
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