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"Ici, mieux que là-bas" (Arezki Metref)
Le chef historique du Front islamique du salut, Abassi Madani (à droite),
au côté du numéro deux du mouvement, Ali Belhadj, en mai 1991, à Alger






Panorama : ICI MIEUX QUE LA-BAS

L'éternel Jugurtha


Arezki METREF



La DGSN redoute que les terroristes libérés ne préfèrent les émoluments que leur promet le GSPC, cette centrale de braquages et d'extorsions parfumés à l'encens de bazar, qui recrute à tout va tant la conjoncture lui est miraculeuse, aux mensualités malingres, de leur point de vue, grâce auxquelles l'Etat algérien s'acquitte du tribut de la compromission. C'est un peu comme si on répétait l'expérience anglaise de gestion de l'islamisme, mais avec des circonstances aggravantes.
On connaît les inéluctables résultats – rédhibitoires ! – de ces manipulations. Pendant plus de quinze ans, la Grande-Bretagne a toléré sur son sol les islamistes les plus radicaux, les laissant profiter de sa liberté d'expression pour soutenir et même appeler au djihad, croyant que s'ils orientaient leur vindicte assassine sur les pays du monde musulman, où souvent ils sont recherchés pour des crimes de sang, ils ne commettraient pas d'attentat in situ. Ils n'auraient pas la folie de sacrifier un sanctuaire cinq étoiles comme celui-là. En vertu d'une règle hygiénique transposée mécaniquement en politique par ce futé de Clémenceau, quand “ils sont dedans, ils urinent dehors”. Eh bien, non. Ils sont dedans, ils font dedans. Ils ont fini, comme on le sait, par commettre les attentats de Londres ! Les Anglais se sont ressaisis, bien que très tardivement. Mais le réveil est plutôt sanglant. Y'en a qui n'entendent pas. Qui n'entendent rien. Rien du tout. Ni les explosions de Londres ou de Madrid. Ni celles du World Trade Center à dater desquelles le grand protecteur américain, en décidant de traquer Ben Laden en la personne de Saddam Hussein, pourchasse en fait dans le désordre tout ce qui lui nuit. Ni – et c'est pire que tout ! — les souffrances de son propre peuple qui est parmi les premiers, dans l'histoire moderne de l'islamisme, conjonction de laser, d'Internet et de couteau de boucher, à compter autant de victimes des frappés de la charia. Après tout ça, on se protège dans le bunker capitonné de l'autisme. Comment appeler autrement cette capacité à se boucher les oreilles devant des évidences aussi sonores ? Car s'engager sur cette voie est encore plus aberrant dans un pays comme l'Algérie, un des premiers laboratoires où, avec la frénésie d'apprentis sorciers affairés autour de la marmite infernale, les islamistes ont testé le degré de résistance de l'Etat d'abord, et de la société, ensuite. Si, en partie, l'Etat a cédé parce que lui-même infiltré non seulement par des islamistes, mais aussi par l'islamisme, ce qui est nettement plus insidieux, la société a résisté comme elle a pu. Du moins, sur le plan idéel. C'est ce qui permet à l'Algérie de tenir encore presque droit dans ses bottes, sans que celles-ci soient forcément des rangers de militaires. Si, dans le terrain miné par la compromission politicienne, l'Algérie des racines plurielles plie mais ne rompt pas devant la niveleuse arabo-islamique frappée au coin de la corruption, c'est parce qu'il reste, sans doute, un fonds de vaillance, puisé à notre longue histoire irrendentiste, dans l'inconscient de la majorité d'entre nous. Il faut l'espérer car on ne peut pas descendre de Jugurtha et supporter qu'un Ali Benhadj fasse la loi. L'héritage de cette résistance est certes diffus, mais il est réel. Si on s'en tenait uniquement aux symboles anti-intégristes incarnés par des héroïnes et des zaïms évanescents, on en serait encore à applaudir n'importe quelle imposture. Un seul héros : elle ou lui ? Ça marche le temps d'une session ! Libérer Ali Benhadj, Layada et des centaines d'autres du même acabit, croyant qu'on puisse s'en faire des alliés contre le “terrorisme résiduel”, c'est montrer à quel point on ignore qu'il est des solutions pires que les problèmes. Ainsi donc, après tout ça, nous revenons à la case départ. Ou pire encore. L'islamo-conservatisme triomphe comme jamais. Tandis que Soltani, figure de l'islamisme à la barbe taillée au carré, trépigne dans l'attente du bras qui devrait logiquement suivre le doigt qu'on lui a tendu, les émirs, ébouriffés, fraîchement élargis, distribuent des largesses sous formes de nouvelles “attestations communales” destinées à faire profiter les petits camarades des bienfaits sonnants et trébuchants de la réconciliation. Les subsides du Trésor public qui n'iront pas à la réparation des dégâts causés par plus d'une décennie de violence islamiste seront consacrés à dédommager grassement ceux qui les ont commis. C'est ça, la “tragédie nationale” ! Une farce sombre. Un détournement de sens à l'échelle du drame d'un peuple, béni par le pouvoir politique et les puissances de l'argent. Celles et ceux qui ont cru, un moment, que notre peuple n'était ni plus ni moins congénitalement inapte qu'un autre à la démocratie, à la laïcité et aux valeurs républicaines, se surprennent à évaluer avec amertume les occasions manquées. Et le prix de chacune d'elles. 200 000 morts ? La désaffection quasi totale par rapport à la politique, cessant d'être l'attitude citoyenne prescrite par le sens grec du mot pour devenir un délit impuni d'initié ? La douleur indicible ? La fracture au sein d'une société qui commençait à peine à se former après les multiples brisures coloniales ? C'est tout cela et plus encore, le coût de la régression.
A. M.
P.S. d'ici : C'est l'opportunité de rappeler que le poète Jean Amrouche, à qui j'emprunte ce titre, aurait eu 100 ans au mois de février dernier. Salut à la mémoire de ce fils de l'éternel Jugurtha!

Le Soir d'Algérie, 2 avril 2006


[http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/04/02/logo3.gif]




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Posté le 02/04/2006 à 09:37:47 (id:33755)
Quelle image de l’Islam ? (Hassan Zerrouky)
Quelle image de l’Islam ? (Hassan Zerrouky)
explosion à Bagdad





Quelle image de l'Islam ?

Hassane ZERROUKY

Moktada Sadr a critiqué le refus des oulémas sunnites de condamner sans équivoque les auteurs de ces attentats




Sadr-City, faubourg de Baghdad, fief de l'imam Moktada Sadr, où vit plus d'un million de chiites, a été le théâtre d'un triple attentat faisant plus de 60 morts et 200 blessés, tous chiites. De nouveau, Moktada Sadr a critiqué le refus des oulémas sunnites de condamner sans équivoque les auteurs de ces attentats, leur demandant une fois encore de se démarquer des «takfiri».
Ce carnage, qui s'ajoute à d'autres ayant fait autant de victimes civiles chiites, n'a naturellement suscité aucune condamnation de la part de l'Islam sunnite officiel dans le monde arabe et musulman.

Bien évidemment, les images de ces carnages diffusées par les médias occidentaux donnent du crédit à ceux pour qui l'Islam est la cause de cette situation. Dans un sondage publié par le Washington Postde jeudi dernier, 46% des Américains ont une opinion négative de l'Islam, soit sept points de plus qu'en septembre 2001. Ils sont plus de 30% à estimer que l'Islam encourage la violence, soit deux fois plus qu'en 2001. Pour ce journal, les prises d'otages par des groupes islamistes radicaux, les violentes manifestations dans le monde musulman provoquées par la publication des caricatures ne sont pas étrangères à la montée du sentiment anti-islamique aux Etats-Unis. Réagissant à ce sondage négatif, James Zogby, citoyen américain d'origine arabe, président de l'Arab American Institute (Institut des Arabes américains), explique ne pas être surpris. Il en impute la responsabilité aux médias américains qui, selon lui, caricaturent la réalité de l'Islam et des pays arabes, notamment depuis 2001.

Sans doute. Mais cela n'enlève rien au fait que ceux qui s'expriment, sans qu'on le leur ait demandé, au nom de l'Islam et des musulmans, n'ont jamais condamné de manière explicite les groupes islamistes radicaux auteurs de ces crimes ni appeler les musulmans à manifester publiquement contre les tueurs islamistes. Bien au contraire, dans les prêches diffusés lors des grandes prières du vendredi, ils sont passés maîtres dans le mélange des genres, justifiant ces crimes en les imputant tantôt à l'occupation américaine, tantôt, à une réaction défensive à l'endroit des «laïcs et démocrates occidentalisés» opposés à l'instauration d'un Etat islamique.

Or, quand des forces politiques prennent en otage une religion, pour imposer, au nom de Dieu, un ordre socio-politique interdisant de fait toute forme de liberté, sauf celle de s'enrichir bien sûr, légitimant la ségrégation des sexes, stigmatisant au passage tous ceux qui luttent pour la démocratie et la justice sociale comme étant des impies, je ne pense pas que cela contribue à améliorer l'image de l'islam. Quant des groupes islamistes diffusent par vidéo des exécutions d'otages occidentaux sans que cela suscite aucune indignation de la part des dignitaires religieux basés à El Azhar ou ailleurs, il ne faut pas s'étonner que cela contribue à une vision négative d'une religion pratiquée par des millions de personnes.

Et quand on voit ces images montrant Ali Benhadj congratuler Abdelhak Layada, alors que Mohamed Benchicou demeure en prison et que 18 journalistes risquent de remplacer les terroristes amnistiés à Serkadji ou à El Harrach, on ne peut pas logiquement affirmer que cela contribue à donner de l'Islam et des régimes musulmans une image positive.

Certes, on peut toujours se défendre et affirmer que les Occidentaux ont toujours décrié l'Islam et les pays arabes. Mais que fait-on de positif chez nous et dans le monde arabe pour contredire une telle image ! Interdire la libre confrontation des idées, verrouiller le champ médiatique et politique, jeter l'anathème sur les frères Ghaleb et Soheib Bencheikh, et autres penseurs progressistes musulmans qui luttent pour un islam des lumières, donnent de nos pays une image négative bien réelle.

Prétendre alors que ces médias caricaturent les régimes arabes et musulmans ne résiste pas à l'épreuve des faits.
H. Z.
Le Soir d'Algérie, 16 mars 2006



- source de cet article : lesoirdalgerie.com




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Posté le 17/03/2006 à 19:55:11 (id:30366)
Lettre ouverte à M. Ghaleb Bencheikh et à M. Dalil Boubakeur (Mohamed Pascal Hilout)
Lettre ouverte à M. Ghaleb Bencheikh et à M. Dalil Boubakeur (Mohamed Pascal Hilout)
Mosquée de Paris







Lettre ouverte à M. Ghaleb Bencheikh
et à M. Dalil Boubakeur

Mohamed Pascal HILOUT




Le vendredi 25 février 2006, M. Ghaleb Bencheikh a déclaré, en public, qu'il est pour une re-fondation de l'islam. C'était lors d'un débat très couru au théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes. On ne peut que l'encourager et le soutenir sur cette voie, salutaire pour les musulmans de bonne foi. Voici donc une lettre ouverte à M. Bencheikh et à M. Dalil Boubakeur. Une copie officielle de cette lettre sera envoyée au Ministère de l'Intérieur, chargé des cultes.

Oui, hier, à la Cartoucherie de Vincennes, M. Ghaleb Bencheikh a aussi adopté le terme de re-fondation de l'islam ! Il a prononcé un hymne à la liberté tout à fait mémorable. Tout honnête homme (et femme) démocrate ne peut que souscrire aux idées exprimées, de façon remarquable, par M. Bencheikh.

Mais comme j'ai vécu et vu que les meilleurs fossoyeurs de la révolution ont été les révolutionnaires d'Algérie, de Tripoli, de Damas et de Bagdad, je me méfie énormément des discours qui vont droit au coeur mais restent insatisfaisants lors d'un examen calme et réfléchi. Les révolutions arabes et islamiques doivent nous rendre très sceptiques et très prudents.

Aujourd'hui, il faut attendre et exiger des actes. On ne peut qu'appeler de ses voux l'entreprise de re-fondation de l'islam souhaitée par M. Bencheikh. Il a suffisamment d'aura et de rayonnement pour réaliser cette tâche, certes difficile, mais dont les conditions de réussite sont aujourd'hui, plus que jamais, réunies en France et dans une bonne partie de l'Europe. En guise de contribution constructive à cette vraie promesse de révolution, je fais quelques propositions concrètes, garantie, à mon sens, d'un engagement sur la bonne auto-route sans possibilité de marche-arrière régressive.

- Transparence : osons clarifier et afficher sans ambiguïté qu'il y a dans le Coran (confirmé par la pratique du Prophète) des feuillets persistants et des feuillets caducs. Il me semble que cela est essentiel pour la salubrité mentale des musulmans. Une fois le dogme de la parole divine incréée est questionné, notre pensée islamique sera libérée de son carcan primordial. J'ai bonne espérance que nous doublerons, sans encombres, ce cap difficile.

- Des actes fondateurs : je propose de demander les clés de la mosquée de Paris à M. le Recteur actuel et Président du CFCM, pour que les re-fondateurs de l'islam s'y retrouvent tous les samedis à 11h00 et y célèbrent une prière digne de notre temps. Les femmes et les hommes prieront ensemble, côte à côte, sans devoir inscrire la soumission dans le corps, l'espace et le temps.

- Le Français comme langue liturgique de bout en bout. Nous devons appeler tous les re-fondateurs de l'islam en France et en Europe à utiliser les langues vernaculaires dans leurs prières, de bout en bout. Ainsi, nous enracinerons les musulmans, là où ils sont. C'est une élévation à la dignité spirituelle des langues utilisées dans notre vie courante de musulmans tout en enrichissant le vocabulaire des orants.

- Réintégrer les morts pour intégrer les vivants : demandons aux musulmans de choisir l'enterrement en rang, à côté de leurs concitoyens du cimetière communal au lieu de choisir des carrés à part.

Après les belles paroles, voici donc venu le temps des actes. C'est sur ces actes que tous les re-fondateurs seront jugés. L'Histoire nous a appris que, faute d'actes décisifs, les bonnes paroles des réformateurs durant les deux derniers siècles n'ont pas porté de fruits.

Avec tous mes respects.

Mohamed Pascal Hilout
Initiateur du nouvel islam
site : http://nouvel-islam.org





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Posté le 28/02/2006 à 01:05:28 (id:25993)
Guantanamo : «Des mois de coups et de panique» (Mourad Benchellali)
Guantanamo : «Des mois de coups et de panique» (Mourad Benchellali)
prisonnier au camp de Guantanamo






Guantanamo : «Des mois de coups
et de panique»

Mourad Benchellali, parti en 2001 dans un camp taliban, raconte l'horreur de sa détention par les Américains
à Kandahar puis à Guantanamo




Mourad Benchellali a quitté Vénissieux en juin 2001. Il avait 19 ans, partait pour l'Afghanistan. Quatre ans et demi plus tard, il vient de rentrer, après quelques enfers successifs. Deux mois dans un camp d'entraînement taliban, une capture au Pakistan pour être livré aux Américains. Et la torture, à Kandahar puis Guantanamo. A son retour, la justice française l'a placé dix-huit mois en détention, avant de le libérer, le mois dernier. La silhouette s'est épaissie. Mourad porte des cheveux longs, crépus, qu'il retient d'une queue-de-cheval. Personne ne le reconnaît, et il préfère ça. Il veut tourner la page. Mais d'abord raconter ce qu'il a vu à Guantanamo. Il témoigne longuement, pour Libération, de la filière utilisée pour rejoindre l'Afghanistan, de l'entraînement chez les talibans, des tortures endurées. Son récit est précis, car les multiples interrogatoires, dit-il, ont «gravé» les moindres détails dans sa mémoire. Il est impossible de vérifier ses dires mais son témoignage recoupe ceux d'autres «pensionnaires» de Guantanamo.

«Le départ s'est fait très vite. Quelques semaines avant, une personne très proche m'a parlé de la possibilité d'aller en Afghanistan [lire encadré page suivante]. Elle-même y était allée, elle m'a dit que ce serait une bonne expérience. Je savais pas que c'était pour un camp taliban. Il n'était pas question d'apprendre à se battre. L'idée globale, c'était d'aller dans un pays islamique, où l'on pourrait avoir une vision de l'intérieur de l'islam. Je n'avais jamais voyagé. Je voulais aller à l'aventure, sortir de la routine. Je devais chercher une formation en septembre 2001. Je pensais quitter Vénissieux pour deux ou trois mois.

«Quelques jours avant de partir, j'ai appris que je serai avec Nizar Sassi. C'était le grand frère d'un ami. J'étais content. On a pris le TGV jusqu'à Paris, puis un bus Eurolines pour Londres. On avait le numéro de téléphone d'un homme là-bas, on l'a appelé en arrivant, il nous a donné rendez-vous à Finsbury Park (1). Il est venu nous chercher et nous a conduits dans un petit appartement. C'est la seule personne qu'on a vue à Londres. Un Algérien, je pense. Il nous a aidés pour les billets d'avion et, trois jours après, on partait au Pakistan avec un numéro de téléphone et le nom d'un hôtel à Peshawar. Là, quelqu'un nous a pris en charge pour nous conduire à Jalalabad, en Afghanistan. A chaque étape, la personne laissait un autre contact, avant de nous quitter. C'était facile. On est partis pour Kaboul, puis on nous a conduits dans le camp d'entraînement de Kandahar, début juillet 2001.




«Quand Ben Laden est venu, on comprenait pas l'excitation»

«J'ai passé deux mois là-bas, dans le désert. Il y avait des tentes, une petite mosquée en terre, une petite clinique. On était plus de 200, de toutes nationalités. J'ai eu l'impression de m'être fait piéger. Nizar et moi, on n'avait pas l'intention d'aller dans un tel camp. Mais il y avait une règle claire : une fois entré, on pouvait plus ressortir avant la fin de notre formation, sauf ceux qui étaient vraiment malades. Il fallait pour cela l'autorisation du grand émir qui s'occupait du camp. Nizar, grâce à Dieu, a été malade au bout d'un mois, il a pu partir.

«J'ai fait ce qu'ils appellent la formation de base. Une soixantaine de jours pendant lesquels on découvre les modules de spécialisation qu'on peut choisir après : topographie, techniques en montagne, explosifs... Les instructeurs venaient de pays différents. Dès le premier cours, on nous a montré comment monter et démonter une Kalachnikov. Puis on a tiré une quinzaine de balles, pour connaître les sensations. Après, on a appris la topographie, savoir lire une carte, tenir une boussole. Ensuite le maniement des explosifs : on nous montrait toutes les sortes qui peuvent exister. Les conditions de vie étaient très difficiles : la chaleur, la fatigue, la faim. Ils voulaient nous faire ressentir des conditions extrêmes, au cas où on irait combattre, en Tchétchénie par exemple. J'ai perdu beaucoup de poids. J'avais une diarrhée très forte.

«Ben Laden est venu une fois pendant qu'on était dans ce camp. En juillet. Il est arrivé avec son escorte, dans des 4x4 pick-up. Tout le monde dans le camp a commencé à chanter en arabe "Voilà le cheikh, voilà le cheikh". Nizar et moi, on comprenait pas l'excitation. C'était avant le 11 septembre, il ne représentait pas ce qu'il représente aujourd'hui. Je n'avais jamais entendu parler de lui. On nous a dit: "C'est le cheikh Ben Laden !" Il est sorti, beaucoup se sont dirigés vers lui pour lui serrer là main. Il a fait son discours. J'étais malade, fatigué, je comprenais pas l'arabe, je suis retourné à ma tente, j'ai pas écouté le discours.

«Après ma formation, j'ai retrouvé Nizar et on est repartis à Jalalabad. Là, on a appris la mort de Massoud, le 9 septembre sur RFI. On nous a dit que ça allait devenir dangereux pour nous car des Arabes avaient fait ça. On a appris ensuite, juste après, pour le World Trade Center. On nous a conseillé d'attendre. Quand les bombardements ont commencé, on est restés cachés dans une maison. Des fois, on dormait dehors. Puis l'Alliance du Nord est remontée jusqu'à Jalalabad, les talibans se sont sauvés et tout le monde est parti en passant par les montagnes. La marche a duré plus d'un mois. Deux d'entre nous sont morts de froid. On a fini par arriver à un village du Pakistan qui s'appelait Parachinar, tout près de la frontière. Des habitants nous ont hébergés. On voulait qu'ils nous aident à rejoindre Islamabad, pour contacter l'ambassade de France et qu'elle nous rapatrie. Mais un jour, ils nous ont donné rendez-vous à la mosquée du village pour parler du voyage. On est entrés, les portes se sont refermées derrière nous. Ils ont appelé les forces spéciales pakistanaises qui sont venues nous arrêter.




«A Kandahar, trois jours de terreur»

«On est passés par trois casernes différentes au Pakistan. Ça a duré deux semaines. Dans la troisième, des gens sont venus nous voir. Ils se disaient de l'ONU. Il y avait un drapeau de l'ONU dans la salle où ils nous ont interrogés. Ils voulaient connaître nos identités, quels étaient nos parcours, quel lien on avait avec Al-Qaeda. Ils parlaient assez bien le français, mais avec un accent américain. Dans l'après-midi, des gardes pakistanais nous ont dit que c'était la CIA. On nous a attachés dans des camions, on nous a mis des cagoules et on a fait un voyage de vingt heures, sans boire ni manger. Le camion était envahi d'odeurs d'urine. A l'arrivée, des Américains nous attendaient.

«Il faisait nuit, l'endroit ressemblait à un aéroport militaire. Ils avaient formé un grand cercle avec des camions, et les phares éclairaient le centre. C'est là qu'on a été livrés. Les Américains avaient la liste des noms obtenus à la caserne. Ils nous ont fait monter dans de petits avions, nous ont attachés au sol par des sangles, les mains dans le dos et une cagoule sur la tête. Le vol a duré plus de deux heures. On a atterri à Kandahar, où je suis resté quinze jours, dans un camp. Il y avait 150 personnes à mon arrivée, 800 à mon départ.

«Ils enfermaient les arrivants dans un grand hangar, avec deux seaux pour leurs besoins. L'arrivée a été violente. Ils nous ont mis des menottes aux poignets et aux pieds, des cagoules sur la tête, ils nous avaient déshabillés entièrement et nous ont roués de coups de pied et de poing, avec des insultes et des crachats. Ils nous ont ensuite fait monter les uns sur les autres et on entendait qu'ils prenaient des photos. Ça a duré deux ou trois jours comme ça. Certains saignaient, criaient. C'était vraiment trois jours de terreur. Ensuite, ils nous ont mis des combinaisons bleues et nous ont emmenés dans des grands enclos grillagés, à 60 par cage.

«Les mauvais traitements étaient quotidiens. Ils urinaient sur des détenus, ils jetaient des corans dans les seaux où on faisait nos besoins. Il y avait aussi des gens à qui ils rasaient une partie de la tête, ou un seul sourcil. On avait l'impression qu'ils faisaient ça par plaisir. Ils nous parlaient souvent du World Trade Center. Ils ramenaient des femmes, militaires, qui se déshabillaient devant nous et touchaient certains détenus. Les gradés voyaient ce qui se passait.

«J'ai été interrogé trois fois à Kandahar. Toujours les mêmes questions: "Qu'est-ce que tu as été faire en Afghanistan", "Qu'est-ce que tu faisais avec les talibans", "Est-ce que tu as vu Ben Laden", "Est-ce que tu sais où il est ?" L'interrogateur était assis à une table, moi accroupi au sol, les poignets et les pieds attachés ensemble, comme un mouton avant l'égorgement. D'autres fois, j'étais attaché les bras en croix à une barre en fer au-dessus de ma tête. Les interrogatoires duraient trois ou quatre heures. Ils donnaient beaucoup de coups sur la nuque, du tranchant de la main.

«La nuit, toutes les demi-heures, ils nous réveillaient pour faire l'appel. Ils nous avaient mis des bracelets avec des numéros. J'avais le 161. Ils nous alignaient accroupis, puis on retournait dormir quand ils nous avaient appelés, puis ils nous réveillaient une demi-heure après. Psychologiquement, c'était très dur. Il y avait aussi des détenus qu'ils laissaient debout toute la nuit. Quand ils piquaient du nez, ils les frappaient pour les redresser. A la fin, les gars étaient si fatigués qu'ils tombaient par terre et se laissaient frapper. J'étais paniqué. Je me disais qu'avec ce qu'ils étaient en train de nous faire, ils ne prendraient pas le risque de nous relâcher. Je me suis dis : "Mourad, jamais ils te laisseront raconter ça. Il faut que tu te prépares à mourir."

«Au bout d'une semaine et demie, ils m'ont rasé la tête et la barbe, m'ont mis une cagoule et je suis reparti en avion. Ils nous ont collé des patchs qui devaient être des somnifères. On somnolait. L'avion a fait une escale au bout d'une heure, on a changé d'appareil. Puis le voyage a duré vingt-quatre heures. On ne savait pas où on allait. C'est la Croix-Rouge, quelques semaines après, qui m'a appris que j'étais à Cuba.



«Dans une des salles d'interrogatoire, l'impression que le cerveau allait se dissoudre»

«A l'arrivée, on a été déshabillés. Ils nous ont mis à plat ventre et nous ont donné des coups de pied. Il y avait un homme qui avait un accent arabe, un Libanais je pense. Il hurlait en arabe. "Qu'est-ce que tu fais là, pourquoi t'es allé en Afghanistan?" Puis on a été conduits dans une pièce où il y avait un médecin avec une blouse blanche. Il nous a auscultés et a mis un gant pour nous mettre un doigt dans l'anus. Ils nous ont pris en photo nus et nous ont donné des combinaisons rouges. On s'est retrouvés dans le camp provisoire d'X-Ray. On était à peu près 350. Il y avait des gens qui avaient été arrêtés un peu partout dans le monde. Six venaient de Bosnie, deux de Zambie, un Afghan avait été enlevé au Mexique, deux Algériens disaient avoir été capturés par la mafia russe en Géorgie. On est resté quatre mois avant d'être transférés dans le camp Delta, avec des cellules faites dans des containers dont ils avaient enlevé les parois, pour les remplacer par des grilles. Il y avait une toilette à la turque, un lavabo et une plaque en fer qui faisait lit, avec un matelas mince dessus.

«Les interrogatoires pouvaient avoir lieu à n'importe quel moment du jour ou de la nuit. En moyenne, j'ai eu un à deux interrogatoires par semaine. Ce n'était jamais les mêmes hommes. Pour y aller, ils nous faisaient courir avec des menottes et des chaînes aux pieds. Ça rentrait dans la chair, ça saignait. Les interrogatoires pouvaient durer deux heures à quinze heures. Ça se passait dans de grandes pièces, avec des glaces sans tain sur les côtés. On entendait parfois des gens derrière. La salle était très éclairée, il y avait une chaise avec un harnais pour le détenu et des gros climatiseurs derrière nous. Ils mettaient parfois le froid à fond. Les questions étaient différentes d'à Kandahar. Ils voulaient tout savoir de notre vie, de notre parcours. Ils voulaient qu'aucune étape ne leur échappe. Ils se présentaient comme étant du FBI. Ils étaient toujours deux plus un interprète.

«Il y avait une autre salle d'interrogatoire, sur laquelle ils avaient écrit en arabe "L'enfer". Si on coopérait pas, on allait là. C'était une pièce toute noire, avec au milieu un banc muni de sangles, comme dans les hôpitaux psychiatriques. Aux murs, il y avait des enceintes énormes et au plafond des projecteurs. Ils attachaient les détenus et mettaient de la musique à fond, souvent de la techno. Les spots faisaient des flashes de lumière blanche très forte, très rapides. Il paraît que ça donnait l'impression que le cerveau allait se dissoudre. Certains y sont restés deux jours.

«Il y avait aussi une équipe spéciale de cinq gardes, qui intervenait avec des sortes de tenues antiémeutes et un grand bouclier en Plexiglas. Ils arrivaient en faisant "Hou hou hou" en rythme, en tapant des pieds. C'était très impressionnant. Ils entraient très vite dans la cellule, le bouclier devant eux. Vous aviez l'impression qu'un bus vous rentrait dedans. Certains gardes se comportaient bien. Je me souviens d'un qui m'a apporté un gobelet de café en cachette, à travers la grille. Certains nous ont dit qu'en rentrant aux Etats-Unis, ils raconteraient ce qu'ils avaient vu.



«Beaucoup de tentatives de suicide, mais personne n'a réussi»

«On nous faisait prendre beaucoup de médicaments. Ils disaient que c'était contre la tuberculose, le tétanos ou la malaria. C'étaient des petites pilules sans aucune référence. Elles étaient rondes, parfois un peu épaisses. Ça donnait des maux de tête, des vomissements. On pensait qu'ils faisaient des expériences car, après, des infirmiers nous posaient des questions sur les effets. Il y avait aussi des vaccins, on m'en a fait cinq fois je crois, et des prises de sang. J'avais des nausées, des diarrhées, des constipations. Une fois, ils nous ont fait une piqûre, ça nous a fait au bras comme un renflement qu'ils sont venus mesurer avec une règle.

«A un moment, on a eu des livres offerts par la Croix-Rouge, puis ils ont été interdits. On nous a laissé que le Coran. L'ennui nous rendait fous. On recevait parfois du courrier, mais ils le censuraient en rayant des passages. Parfois, ils laissaient par exemple que la dernière ligne : "Voilà toutes les nouvelles sur la famille." C'était un vrai supplice.

«Il y a eu beaucoup de tentatives de suicide. Au moins une par jour juste avant que je parte. A ma connaissance, personne n'a réussi. Les gardiens décrochaient très vite ceux qui se pendaient avec leur drap. Ils les envoyaient au bloc des fous. Il y avait aussi un camp isolé, où ils mettaient les gens qu'ils pensaient dangereux. Personne ne sait ce qui s'est passé là-bas. La Croix-Rouge n'y avait pas accès. J'y pense souvent.

«Trois fois, des policiers français sont venus m'interroger. Les premières fois, ils étaient huit. Deux posaient les questions, les autres autour demandaient des précisions. Ils étaient corrects. Ils savaient ce qui se passait à Guantanamo. Ils nous disaient de tenir le coup, qu'ils ne pouvaient rien faire. Deux Américains assistaient aux interrogatoires.

«J'ai appris que j'allais rentrer le jour du départ. Un Yéménite m'a dit: "Mourad, tu es français, toi. Tu rentres dans un pays où il y a des droits. Raconte ce qui se passe ici." Je n'ai pas de haine, de colère. Seulement de l'incompréhension. Je comprends que les Américains devaient riposter au 11 septembre. Mais ils ont des prisons en Amérique. J'ai peut-être fait une erreur en allant en Afghanistan, mais je n'ai pas mérité Guantanamo.»

recueillis par Olivier Bertrand,
correspondant à Lyon de
Libération, lundi 20 février 2006




(1) A l'époque, la mosquée de Finsbury Park était dirigée par Abou Hamza, condamné à sept ans de prison le 7 février pour incitation au meurtre et à la haine raciale.

- source de cet article libération



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Posté le 20/02/2006 à 15:05:23 (id:23947)
Un islamiste en laisse pour distraire un pot de policiers ?
Un islamiste en laisse pour distraire un pot de policiers ?
Image réalisée après la fusillade qui opposa Khaled Kelkal,
suspect numéro 1 dans la vague d'attentats à Paris de l'été 1995,
aux gendarmes français, près de Lyon. AFP







Un islamiste en laisse pour distraire
un pot de policiers ?

Enquête sur d'éventuels sévices infligés après les attentats de 1995 et dénoncés dans un livre


Patricia TOURANCHEAU




.Des officiers de la police judiciaire antiterroriste se sont-ils livrés à des sévices et tortures sur des islamistes durant l'enquête sur les attentats de 1995 ? Une enquête administrative a été déclenchée vendredi par le ministère de l'Intérieur et confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour vérifier si de telles exactions ont été commises au sein du service de pointe de la lutte antiterroriste française, alors dirigé par l'impétueux commissaire Roger Marion. En tout cas, trois journalistes du Point, Jean-Michel Decugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens rapportent des scènes édifiantes en ce sens dans leur livre Place Beauvau, à paraître aux éditions Robert Laffont. Dans le chapitre «Cadavres dans le placard», cinq officiers de cette 6e division centrale de police judiciaire (6e DCPJ) ­ devenue direction nationale antiterroriste (Dnat) ­ témoignent de tortures à l'électricité et de mauvais traitements, sur des gardés à vue, de la même veine que ceux perpétrés en 2004, par l'armée américaine sur des prisonniers irakiens à Abou Ghraïb. Au fil de leur enquête, les journalistes qui cherchent des éléments de portrait du commissaire Marion, se retrouvent au printemps 2005 face à «un ancien de l'antiterrorisme, aujourd'hui retraité» qui «craque», et «les larmes aux yeux», déballe «la scène du sac plastique» à laquelle il a participé voilà dix ans. Ils l'ont recoupé auprès de quatre de ses collègues. Sur les cinq officiers qui leur ont parlé, deux «confient non seulement avoir frappé certains gardés à vue mais aussi les avoir humiliés et parfois torturés», écrivent les auteurs, «les trois autres disent y avoir seulement assisté».

Guerre de clans. L'été 1995, les bombes explosent en série : dans le RER à Saint-Michel le 25 juillet (8 morts), place Charles-de-Gaulle, font long feu sur le trajet du TGV Lyon-Paris le 26 août, ou dans une Sanisette et sur un marché à Paris. Une voiture piégée explose à Villeurbanne (Rhône) devant une école juive le 7 septembre. Les services de police antiterroristes sont à cran. C'est la guerre entre la 6e DCPJ nationale de Roger Marion et le service régional de PJ de Lyon chapeauté par Bernard Trenque. Le premier vient de s'arroger la piste de Khaled Kelkal, qui évolue pourtant sur les terres lyonnaises. Le 9 septembre, 31 islamistes interpellés dans le Rhône. Parmi eux, Slimane Rahmouni, 24 ans, dit l'Afghan. Le lendemain, Jacques Chirac vilipende sur TF1 le «manque de cohérence» et le «désordre» entre services de police puis menace de faire tomber des têtes si les chefs n'y remédient pas.

D'après le livre, le 11 septembre, le gardé à vue Rahmouni a été «tiré par une laisse», «un sac plastique sur la tête», par deux officiers parisiens de la 6e DCPJ dans une pièce de l'hôtel de police de Lyon, et «exhibé comme une bête de foire devant une quinzaine de policiers réunis pour un pot de service». Les auteurs rapportent qu'un commissaire de Lyon, «témoin involontaire» de la scène, s'en serait pris au patron de la «6» qui l'aurait envoyé paître. Bernard Trenque, que nous avons joint, «réserve ses déclarations aux enquêteurs de l'IGPN». Deux policiers de son entourage et de celui de Marion, interrogés vendredi par Libération, ne «se souviennent pas de telles violences illégitimes, ni d'engueulade à ce sujet entre les deux patrons», pas même d'un «pot de service» : «On était à couteaux tirés entre collègues de Lyon et de Paris. Vu les relations empoisonnées entre les deux services, s'il y avait eu le moindre dérapage d'un côté ou de l'autre, je suis convaincu qu'il aurait été exploité», insiste cet ex de la 6e DCPJ présent à Lyon lors de l'interrogatoire de Rahmouni.

Bond électrique. Les journalistes du Point expliquent pourtant en détail comment Rahmouni a été torturé à l'électricité au moyen d'une «arme d'autodéfense achetée dans une armurerie» par deux policiers de la 6 qui, par «jeu», lui envoyaient des décharges électriques pour le faire bondir : «L'un des deux fonctionnaires nous confie avoir soigneusement noté d'un trait sur le mur la hauteur de chaque saut», écrivent-ils. La scène laisse dubitatif un ancien de Lyon : «On ne peut jurer de rien, mais les affidés de Marion squattaient nos bureaux, comment ce genre de méthodes aurait-il pu nous échapper ?»

Il n'empêche, l'officier retraité qui a fait ces confidences aux auteurs n'avait «aucun intérêt à ces révélations», si ce n'est de soulager sa conscience, puisqu'il se dénonce lui-même en train de tenir Rahmouni en laisse avec un collègue et d'utiliser la «gégène». De plus, deux autres islamistes, Maaméri et Bouhadjar, interpellés à Lyon le 27 septembre 1995 en train de ravitailler le terroriste fugitif Kelkal, avaient aussitôt dénoncé sur PV à la juge Laurence Le Vert avoir été «passés à l'électricité» et obligés de «monter sur un Coran» par des policiers cagoulés. Le 1er novembre, dans les locaux de la 6e DCPJ rue des Saussaies à Paris, un imam de la mosquée de Villeneuve-d'Ascq (Nord) aurait aussi été «frappé et torturé» si l'on en croit Place Beauvau. Un ancien de ce service nous le confirme : «La seule scène de violence que je connaisse, c'est sur cet émir du nord qui avait donné un coup de pied dans le volant et fait partir le véhicule de service en embardée sur l'autoroute, après ce fut très chaud pour lui.» Le même jour, c'est au tour de Boualem Bensaïd de recevoir des coups en garde à vue pour lui extorquer des aveux comme en témoignent des photos de son visage «tuméfié et difforme» et d'un certificat médical éloquent qui fut présenté lors de son procès devant la cour d'assises de Paris.

Claude Guéant, actuel directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur et directeur général de la police nationale en 1995, se déclare «sidéré, stupéfait» par ce qu'il a lu dans le livre : «Je suis tombé de l'armoire. Si ces agissements sont vrais, c'est scandaleux. J'ai peine à croire que dans ce milieu policier où on parle beaucoup, nous n'en ayons eu aucun écho. Nous diligentons une enquête pour en avoir le coeur net
Patricia Tourancheau, Libération,
11 février 2006


- source de cet article : Libération



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Posté le 12/02/2006 à 11:42:14 (id:21611)
La vérité sur l'islam en France (Marie-France Etchegoin et Serge Raffy)
La vérité sur l'islam en France (Marie-France Etchegoin et Serge Raffy)
prière du vendredi à la mosquée de Mantes-la-Jolie
photo © Lahcène ABIB






La vérité sur l'islam en France

«Mettez l'islam en pleine lumière et l'intégrisme régressera»

Marie-France ETCHEGOIN et Serge RAFFY




Au moment où l'islamisme progresse partout dans le monde, comme on vient de le voir encore en Egypte ou en Palestine, faut-il redouter une montée de l'intégrisme dans notre pays ? L'islam est-il une menace pour la laïcité, un nouvel opium pour les jeunes des banlieues en mal de repères ? Ou se révélera-t-il, comme jadis le catholicisme, beaucoup plus soluble qu'on ne l'imagine dans la République ?
Une enquête de Marie-France Etchegoin et de Serge Raffy


Un jour, Messaoud Bourras a décidé de rompre avec son passé. Animateur social à Roubaix, il a fui la ville où il avait milité pendant des années. Il ne supportait plus ses amis, leur «discours normatif». Il était en guerre contre sa belle-famille qui lui reprochait son agnosticisme et le traitait de mécréant. Il a demandé à sa femme de choisir : lui ou l'islam. Elle a choisi le Coran. A près de 40 ans, Messaoud Bourras a divorcé, perdu la garde de ses deux enfants. Depuis, il a pris le maquis. A l'entendre, il est entré en résistance. Il bouffe de l'imam comme certains, autrefois, du curé. «Ce n'est pas seulement l'islamisme qui pose problème, dit-il, c'est l'islam !».

Bourras envoie ses diatribes à la presse locale ou les diffuse sur les forums du web. Il a dénoncé les propos antisémites d'un prédicateur invité régulièrement par une association subventionnée par la mairie. Il a été plusieurs fois menacé. A Roubaix, on lui a taillé un costume d'«islamophobe», de traître, de suppôt de Philippe de Villiers. Il persiste pourtant : «L'islam a bousillé ma vie privée. L'islam rend schizophrène. L'islam prospère sur l'inculture et l'ignorance. Ses valeurs ne sont pas compatibles avec celles de la République. Lisez bien ce que dit le Coran sur les femmes, les infidèles, les apostats qui comme moi rejettent la religion. » Selon lui, la France marche sur la tête : elle vient au secours de la religion musulmane alors que la patrie des Lumières devrait au contraire favoriser tous ceux qui « se battent contre l'obscurantisme»... Il se veut librepenseur et rêve d'un pays, où comme au temps d'Emile Combes on pourrait conspuer le clergé. Tous les clergés. Il appartient à cette nébuleuse de «musulmans laïques», plus ou moins virulents, qui ont essayé de se fédérer récemment. Ils sont peu médiatisés, divisés, parfois récupérés politiquement. Inaudibles surtout : le discours anticlérical peut-il se concevoir contre un culte minoritaire et longtemps maltraité ?

C'est bien le problème. La question de l'islam en France n'est pas seulement religieuse. Elle est aussi sociale et politique. Elle est liée aux discriminations et au racisme. La plupart des musulmans, les sondages le disent, sont favorables à la laïcité mais ils réclament une place pour leur religion «à la table de la République», comme pour les autres cultes. Qu'ils soient croyants, pratiquants ou simplement héritiers d'une tradition familiale, ils se retrouvent sur cette revendication égalitaire. Parfois à leur corps défendant. «Je suis athée et totalement imperméable au prêche des imams, dit Saïd, un étudiant niçois, qui partage quelques détestations avec Messaoud, le Roubaisien. Mais face au maire Jacques Peyrat, qui refuse une mosquée dans le centre-ville de Nice, je redeviens musulman.»
Et quand il «redevient musulman», Saïd s'énerve face aux interrogations récurrentes : l'islam est-il soluble dans la République ? Est-il une menace pour la laïcité ? Sera-t-il le nouvel «opium des banlieues» ? Et les imams, seront-ils les prochains gourous ou shérifs d'une jeunesse révoltée ?... «Pourquoi posez-vous toujours la compatibilité de l'islam et des principes républicains comme un préalable ? lance le Niçois. Le catholicisme a bien été réactionnaire pendant des siècles. C'est en se frottant à la laïcité qu'il a évolué.» Dans une société qui a longtemps relégué les fidèles musulmans dans des caves ou des foyers Sonacotra, le débat sur l'islam et la République est forcément piégé.


La fin de l'islam des caves

Hamou Bouakkaz, conseiller de Bertrand Delanoë pour les relations avec la communauté musulmane, ne supporte pas lui non plus la «caricature» des adeptes de Mahomet en analphabètes arriérés. «Elle blesse même les non-pratiquants. C'est l'image de ma mère, de mon grand-père que l'on attaque.Mettez l'islam en pleine lumière, et l'intégrisme régressera.» Il travaille sur le projet d'une Fondation des Cultures musulmanes, un «lieu ouvert», qui devrait abriter une bibliothèque, un musée et des salles de prière, pour accueillir les fidèles. «La sécularisation de l'islam, affirme-t-il, passe par la satisfaction de la soif de reconnaissance des musulmans de France.»

Ce que l'on dit rarement, c'est que, paradoxalement, cette reconnaissance est en cours. Compliquée certes, marquée par des phases de régression, mais elle avance. Malgré le 11-Septembre, malgré la peur du terrorisme, malgré les anathèmes de quelques édiles comme Jacques Peyrat à Nice. «L'islam pratiqué en France est sorti de l'âge mythique des caves et des sous-sols», affirme une étude (1) dirigée par le chercheur au CNRS, Franck Fregosi. En trente ans, le nombre de lieux de culte a été multiplié par 16 : il est passé d'une centaine en 1970 à environ 1 600 aujourd'hui, pour une population estimée entre 3 et 5 millions. «Par rapport aux années 1980-1990 où les élus étaient réticents, explique Franck Fregosi, il existe un certain volontarisme municipal. On pourrait dire que les maires en font plus que les musulmans eux-mêmes.».

Constat de sociologue ? Pas seulement. Lhaj Thami Breze, président de l'UOIF, l'une des organisations les plus revendicatives, s'exclame : «Arrêtons de pleurer sur notre sort. Depuis les dernières municipales de 2002, on assiste à une mutation et à un changement extraordinaire. Il faut remercier les maires. En la matière, même la droite a rattrapé la gauche !» Dans ses locaux flambant neufs du Bourget, devant les photos des congrès de l'UOIF où le ministre Nicolas Sarkozy apparaît en bonne place à la tribune, il ajoute : «Sans doute les politiques ont compris qu'il y avait des voix à prendre chez nous !» Autre style, autre tendance de l'islam, Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris et le président du Conseil français du Culte musulman, décerne le même brevet de bonne conduite aux élus : «Les maires sont les meilleurs intégrateurs de France.».

La République est donc en train de donner aux musulmans les droits inscrits dans la loi de 1905, laquelle «garantit le libre exercice des cultes». Et sur ces bases, l'islam de France est en chantier, agité par des forces contradictoires.


Algériens contre Marocains ?

Mais d'abord faut-il parler d'«un» islam ? Qu'y a-t-il de commun entre les salafistes purs et durs, les piétistes du Tabligh, les barbus en costume-cravate de l'UOIF, les imams aux allures de prêtre-ouvrier ou les «notables» de la Grande Mosquée de Paris ? Voici par exemple Dalil Boubakeur. Ancien cardiologue, né il y a soixante-cinq ans en Algérie, fils d'un éminent juriste lui-même recteur de la Grande Mosquée de Paris pendant près d'un quart de siècle. Pour les uns, il représente l'islam «tranquille», pour les autres, le symbole honni du «bon musulman néocolonialiste». Ce 24 novembre, il est convié à déjeuner, dans un restaurant libanais, par l'Association culturelle musulmane de Roissy-en-Brie. Les trois représentants de l'association, accompagnés des élus de la ville et du département, veulent lui présenter leur «exemplaire» projet de mosquée : la municipalité leur a cédé un terrain pour un prix symbolique et ils sont fiers de rassembler des musulmans de toutes origines.

«C'est bien, leur dit Dalil Boubakeur, vous n'êtes pas tombés dans le piège du communautarisme. Maintenant, il faut vous engager à protéger votre mosquée contre les mauvaises influences.[/i]» Les représentants de l'association acquiescent. Le recteur poursuit : «L'islam de France doit se débarrasser de la stupidité et de l'obscurantisme. Le Coran commande de vivre avec son temps. Ce matin, j'ai été interrogé par un juge qui enquête sur la mort d'un jeune homme, il y a un an, dans une mosquée du 11e arrondissement. Un épileptique qui avait subi une séance d'exorcisme. Pour chasser le Malin, des adeptes du Tabligh lui ont écrasé la gorge avec les pieds. Ils lui ont brisé le larynx. Le juge m'a demandé si c'est ainsi qu'on soigne les épileptiques chez nous ! Il faut rompre avec tout cela, aller vers la lumière, tourner le dos aux fondamentalistes. De même, on ne va pas importer la polygamie en France. Nous devons intégrer le droit des femmes. N'oubliez pas, la laïcité est une chance pour l'islam. Ce n'est pas seulement un cadre légal. Elle doit permettre à l'islam de s'affranchir des traditions...» Oui mais, expliquent les représentants musulmans de Roissy, il y a des fidèles qui pensent autrement. Réponse de Boubakeur : «Ce ne sont pas les ânes qui mènent les hommes, ce sont les hommes qui mènent les ânes !».

Aujourd'hui, le président du CFCM est contesté. Jusqu'au ministère de l'Intérieur, chargé des Cultes. On lui reproche son «dilettantisme», ses déclarations à l'emporte-pièce, son militantisme chiraquien, son inféodation à l'Algérie. «Avec ses airs de père de famille, il rassure, dit un haut fonctionnaire de la Place-Beauvau. Mais malgré ses grands discours, les imams affiliés à la Grande Mosquée prônent souvent un islam conservateur. Ils sont mal préparés à leur fonction, ignorent la culture française.».

La formation du «clergé» musulman est l'un des grands défis des années à venir. Comme la nomination d'«aumôniers» dans les prisons où la propagande salafiste, menée par les islamistes incarcérés, inquiète les spécialistes de l'antiterrorisme (selon un récent rapport des Renseignements généraux, «175 individus s'adonnent au prosélytisme» dans les établissements pénitentiaires). Mais le CFCM passe plus de temps à s'entre-déchirer qu'à réfléchir à la mise en place d'« écoles d'imams » ou à organiser le culte musulman en prison. Au sein de l'islam de France, explique encore l'homme du ministère de l'Intérieur, les clivages ne sont pas forcément idéologiques. Querelles de personnes, conflits de pouvoir, influences étrangères. Algériens contre Marocains, par exemple. Les premiers, insérés depuis plus longtemps en France, navigueraient mieux dans les arcanes du pouvoir et seraient, dans leur grande majorité, « vaccinés contre l'intégrisme ». Guerre civile et massacres du FIS obligent. Les seconds pratiqueraient plus. Comme le résume un proche de Dalil Boubakeur : «Les Algériens construisent les mosquées et les Marocains les remplissent !» La Fédération nationale des Musulmans de France (FNMF), sous tutelle marocaine, a été créée en 1985 pour contrebalancer l'emprise de l'Algérie. Elle est peu représentative, minée par les disputes internes. Les Marocains sont en revanche nombreux et plus efficaces au sein de l'UOIF. Quant aux Turcs, ils forment la communauté la plus riche et la plus fermée, notamment ceux du Milli Görüs, lié au parti au pouvoir à Ankara. Près de 80 imams, salariés de l'Etat turc, prêchent actuellement en France en toute légalité. Alors, qui fera l'OPA sur l'islam de France ?

Islam des Lumières et islam politique

Car derrière la forêt de sigles, ce sont aussi des questions de fond qui sont en jeu. Pour Boubakeur, pour les musulmans laïques ou «réformistes», c'est clair : pour se fondre dans la République, l'islam doit évoluer en intégrant les valeurs héritées de l'Europe. Pour leurs détracteurs, c'est tout le contraire : le Coran est immuable, il transcende tout, et la société française doit «reconnaître» leur conception du monde, voire s'y adapter.

Parmi eux, évidemment, les intégristes. Exemple : les salafistes. Ils pratiquent un rite dérivé du wahhabisme saoudien, fondé sur une lecture littérale du Coran, mettant les valeurs révélées par Dieu au-dessus de toutes les autres. Les plus extrémistes soumettent les moindres gestes de la vie quotidienne à l'avis des oulémas : «Combien de rapports par semaine peut-on avoir avec sa femme ? Est-il permis de porter des Nike ? Est-ce que l'application de vernis à ongles invalide les ablutions ?», etc. Le salafisme sert parfois de passerelle vers l'islamisme radical. En France, il influence une quarantaine de lieux de culte (soit 2,4% du total) et compterait 5 000 adeptes, selon les RG qui ont mis toutes les mosquées sous haute surveillance. Et ils tiennent à le faire savoir. «Tous les vendredis, explique un responsable des RG, tous les prêches de toutes les salles de prière sont centralisés et analysés. Désormais, au moindre dérapage, les imams sont convoqués à la brigade criminelle. Résultat, aujourd'hui, il n'y a plus un prêche radical dans les mosquées.» Au moins dans celles qui ont pignon sur rue.

La menace radicale est bien réelle mais minoritaire. Difficile à localiser mais facile à définir. Elle agit davantage comme un repoussoir, et a une influence limitée sur le grand chantier de la religion musulmane en France. Mais tous les intégristes, ou fondamentalistes, ne portent pas barbe et djellaba. Certains avancent en costume trois pièces et ressemblent à des banquiers suisses. On les trouve par exemple dans les rangs de l'UOIF, proche idéologiquement des Frères musulmans. Après avoir mené campagne contre la loi sur le voile, cette fédération d'associations fonde sa stratégie sur un dialogue avec l'Etat. Ses porte-parole ne manquent jamais une occasion de rappeler leur attachement à la laïcité, aux lois de la République, à la nécessité même d'adapter la religion musulmane aux réalités françaises. Sur le plan théologique, elle se réfère au Conseil européen de la Fatwa, qui émet des textes niant le droit des femmes, justifiant certains attentats kamikazes ou qualifiant l'apostasie de crime passible de la peine de mort. «L'UOIF aime agiter le danger salafiste pour se poser en rempart et soigner une image du juste milieu, explique Caroline Fourest, auteur de la Tentation obscurantiste (Grasset) (2). Elle oublie de dire que, comme les Frères musulmans, elle est elle-même salafiste, c'est-à-dire fondamentaliste, même si elle appartient au courant dit réformiste et non au courant littéraliste.».

Ceux qui considèrent l'UOIF comme un danger soupçonnent cette organisation de vouloir importer en France un système inspiré du Moyen-Orient (les Frères musulmans sont nés en Egypte où ils sont aussi un parti politique), en rupture avec la «tradition maghrébine» largement majoritaire dans l'Hexagone. L'UOIF cultive les mêmes ambiguïtés que Tariq Ramadan. Pour le prédicateur suisse, aux airs de dandy, l'islam n'est pas «seulement une codification des règles qui lient l'être humain au Créateur », mais aussi « des éléments du mode de vie, de la civilisation et de la culture». L'islam, dit encore Ramadan devenu conseiller de Tony Blair, «investit le champ social et l'influence de façon conséquente» (3). Bref, l'islam est politique. Subversif ? Pas forcément, selon le chercheur Patrick Haenni (voir interview p. 16). Contrairement à une partie de l'extrême-gauche qui voit dans les musulmans les «éternels damnés de la terre»,il explique que les «nouveaux bourgeois de l'islam» sont à l'avant-garde d'«une révolution conservatrice», et entendent tirer le meilleur parti du capitalisme. Quoi qu'il en soit, pour Antoine Sfeir, spécialiste du Moyen-Orient, qui vient de publier la République face au communautarisme (Tallandier), l'islam politique «porte en lui une négation et un refus de la laïcité».


Les imams au secours de la paix sociale

«On accuse les musulmans de mélanger le temporel et le spirituel, dit Jean Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, qui milite pour une modification de la loi de 1905. Mais des chrétiens aussi prétendent exprimer leur foi à travers l'action sociale ou culturelle. Les musulmans font resurgir le refoulé de la société française. Ils remettent en question une conception étroite de la laïcité. Sur ce sujet, ils sont observés avec intérêt par les autres cultes.» Que des religieux, des croyants s'engouffrent dans cette brèche, rien d'étonnant après tout. Mais les politiques ? Dans son dernier livre (4), Nicolas Sarkozy explique que la «question spirituelle» est au coeur de l'existence de l'homme. Plus prosaïquement aussi, dans certains quartiers, des élus ont laissé peu à peu des imams prendre la place des éducateurs pendant que des associations laïques voyaient leurs subventions fondre comme neige au soleil. «Dans ma ville, à Clermont-Ferrand, raconte Fadela Amara de Ni putes ni soumises, ona fait venir les religieux dans les maisons de quartier. Parfois ce sont les élus eux-mêmes qui vont dans les mosquées.» Lhaj Thami Breze s'en félicite : «Bien sûr que les mosquées sont aussi des centres sociaux. Je dis aux élus qu'elles ont en plus l'avantage de ne pas être à la charge des collectivités locales.» Il est fier aussi de la fatwa émise récemment par son organisation pour condamner les émeutes en banlieue. L'islam au secours de la paix sociale ? «Les politiques jouent un jeu dangereux, prévient Nasser Ramdan, ex-vice-président de SOS-Racisme et ancien élu de Noisy-le-Sec. Quand ils donnent du crédit aux militants religieux, ils bâillonnent tous ceux qui tiennent des discours d'émancipation.».

«Purger» les textes ?

Des élus mais aussi des intellectuels, souvent de gauche, brandissent l'épouvantail de l'«islamophobie» dès que le Coran est soumis à la critique. Ils sont, comme le dit, Caroline Fourest, les «idiots utiles» de l'islamisme. Au nom de la tolérance et du multiculturalisme, au nom aussi d'une vision fantasmée d'un islam révolutionnaire, «dernier rempart contre le capitalisme», ou pour des raisons purement électorales, ils n'hésitent pas à s'asseoir sur les «valeurs de l'Occident» qu'il conviendrait de «relativiser». Ils oublient la grande majorité des musulmans de France qui y sont attachés. Ils rendent plus difficile la tâche des «nouveaux penseurs de l'islam», selon l'expression de Rachid Benzine (5). «Ils sont prolifiques, explique-t-il. Mais peu entendus. Tant que la question de l'islam sera en France posée uniquement en termes identitaires et politiques, ces voix-là resteront minoritaires. » Pour ces « nouveaux penseurs», la tradition musulmane s'est figée depuis près de mille ans. Jusqu'au XIe siècle, elle a pourtant autorisé l'interprétation du Coran, rappelle l'anthropologue Malek Chebel (voir p. 17). Puis, lancés dans la conquête, soucieux de maintenir l'ordre dans un empire de plus en plus vaste, les descendants de Mahomet ont donné un coup d'arrêt brutal à ce foisonnement théologique. L'islam aurait pris le chemin inverse du catholicisme. Il serait allé des Lumières vers l'obscurité. Malek Chebel, comme le théologien Ghaleb Bencheikh, appelle à un examen critique du texte. «Affirmer que l'islam est irréformable et donc que les musulmans sont interdits de modernité» revient à donner raison aux fondamentalistes, dit aussi Olivier Roy (6). Abdennour Bidar, professeur de philosophie et pieux musulman, propose une solution radicale mais pleine de bon sens. Il faut «déclarer caducs tous les versets du Coran guerriers, incompatibles avec les valeurs des droits de l'homme, discriminatoires contre les femmes, les juifs, les chrétiens, les non-croyants, et appelant à la violence et au djihad». Vieux débat. Source de toutes les polémiques.

Et si la solution était ailleurs ? Dans les moyens accordés aux musulmans pour vivre leur foi dans la dignité ? Au fond, l'immense majorité des responsables des mosquées françaises ne veulent pas qu'on touche à la loi de 1905. Le cadre laïque leur convient. Ils réclament des subventions, des soutiens. Ils cherchent des nouveaux chemins pour inventer un islam libéré des influences étrangères. Comment ? En jouant la transparence, grâce aux fondations ? En obtenant des subsides «culturels» de l'Etat ? Leur obsession : ne pas faire de vagues et ne pas être pris en otages par les rivalités politiques au sommet de l'Etat (voir encadré sur la loi de 1905 p. 15) ou par les préjugés de ceux que l'islam terrorise. Est-ce vraiment possible ?
Marie-France Etchegoin et Serge Raffy


1) « Les Conditions d'exercice de culte musulman en France », Fonds d'Action et de Soutien pour l'Intégration et la Lutte contre les Discriminations, novembre 2004.
2) Lire OPA sur l'islam de France, de Fiametta Venner, Calmann-Lévy.
3) Les Musulmans dans la laïcité, Lyon, Tawhid.
4) La République, les religions, l'espérance, Editions du Cerf.
5) Les Nouveaux Penseurs de l'islam, Albin Michel. Voir aussi le hors-série du Nouvel Observateur, n° 54, avril-mai 2004.
(6) La Laïcité face à l'islam, Stock.


- source de cet article : Le Nouvel Observateur, du 2 au 8 février 2006.

- iconographie : Lahcène ABIB - (00.33) 06.81.05.97.07
lahcene.abib@laposte.net




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Posté le 07/02/2006 à 16:34:47 (id:20891)
Etranges affirmations de l’assassin de Théo Van Gogh (Moncef Rédha)
Etranges affirmations de l’assassin de Théo Van Gogh (Moncef Rédha)
Mohammed Bouyeri
assassin du cinéaste hollandais Théo Van Gogh






Procès des 13 membres du groupe Hofstad à Amsterdam

Étranges affirmations de l'assassin de Théo Van Gogh


l'opinion d'un islamiste :
«ceux qui disent que le Prophète Mohammed est un pacifiste
ne sont que des incultes et des menteurs»

Moncef RÉDHA



Le procès des treize membres du groupe Hofstad s'est ouvert ce jeudi au tribunal d'Amsterdam. Durant ce procès, le criminel marocain qui a assassiné le cinéaste néerlandais Théo Van Gogh s'est distingué par des déclarations étranges et spectaculaires à la fois.

En effet, l'assassin a fait savoir qu'il a agi dans le bon sens du fait que, selon lui, «les infidèles sont les ennemis de l'islam et ils doivent être combattus» a t-il expliqué. Ne s'arrêtant pas là, le jeune marocain devait ajouter que «ceux qui disent que le Prophète Mohammed est un pacifiste ne sont que des incultes et des menteurs». Mohammed Bouyeri a déclaré : «le Prophète Mohammed a usé et a prêché la violence». Parlant de la Hollande, le jeune Marocain a affirmé que ce pays a rompu avec l'islam au moment ou il a envoyé son armée en Irak. «Une attaque contre un musulman est une attaque contre tous les musulmans. Une attaque contre un non-musulman au nom de l'islam est une réaction de défense au nom de tous», s'est-il expliqué. Au cours de son intervention, le Marocain a ajouté : Vous ne rendez pas à Ben Laden les honneurs qui lui sont dus en me comparant à lui. Mais que vous me considériez comme le porte-drapeau de l'islam radical en Europe, cela me fait un très grand honneur.

Le procureur de la République a requis des peines d'emprisonnement de 20 ans contre Jason Walters et Ismaïl Aknikh. Les deux prévenus ont été arrêtés en 2004 à La Haye. Une peine identique a été requise contre Nourredine El-Fathi, arrêté à Amsterdam en possession d'une arme, en juin 2005 et soupçonné de tentative d'assassinat contre une personnalité politique. Le radicaliste marocain et assassin de Théo Van Gogh purge,lui, une peine de prison à perpétuité.

de Paris, Moncef Rédha, La Nouvelle République
5 février 2006


- source de cet article : le quotidien algérien La Nouvelle République, 5 février 2006






En quoi sont-elles "étranges",
les affirmations de Mohammed Bouyeri ?

Michel RENARD


Les affirmations de Bouyeri n'ont, à vrai dire, rien d'«étranges». Elles sont la fidèle expression de ce que répètent, depuis 25 ans, les islamistes dits "radicaux" sortis du mouvement des Frères Musulmans. Ces partisans de l'action violente et meurtrière se sont fait remarquer en 1981 par l'assassinat du président égyptien Sadate. Leur principal leader, Abdessalam Faraj (pendu en 1982), avait proclamé le jihad et l'obligation de l'action violente pour renverser tout gouvernement musulman qui, selon ce courant, n'appliquait pas l'islam.

L'islamologue Gilles Kepel a donné la traduction d'un extrait de l'ouvrage de l'islamiste Sayyid Qotb (mort en 1966) qui revendique l'héritage des penseurs musulmans Ibn Taïmiyya (1263-1328) et de son disciple al-Jawziyya (1292-1350) : "il lui fut ordonné [au Prophète] de combattre ses ennemis parmi les gens du Livre jusqu'à ce qu'ils payent le tribut ou qu'ils entrent en islam, de mener le jihad sans merci contre les impies et les hypocrites. Il mena le jihad contre les impies par le glaive et la lance, et contre les hypocrites par l'argument et la parole"
(cf. Gilles Kepel, Jihad. Expansion et déclin de l'islamisme, Gallimard, 2000, p. 82, au sujet de Faraj, et p. 427, pour la traduction de Qotb).

Que valent, face à cela, les discours sur l'islam "religion et paix" ? Tant que les musulmans dits "modérés, les "libéraux", les "laïques", les "démocrates", les "modernistes" (dont je suis...) n'effectueront pas un travail d'analyse et de démarcation radicale à l'égard de cet islam politique et jihadiste, rien de crédible n'est à attendre en matière de rejet de l'amalgame entre "islam" et "terrorisme". Les proclamations ne suffisent pas : il faut un vrai travail théologique et des actions en conséquence. Crier contre des caricatures du Prophète mais se taire face à la barbarie d'un Zarqaoui, c'est laisser subsister le doute quant à la logique des protestations contre l'amalgame "islam/terrorisme"...
Michel Renard
directeur de l'ex-revue Islam de France



- lire également l'article de Louis Massignon : «Une miniature indo-persane représentant le Prophète et ses compagnons» (1921).




* Je viens de lire l'analyse de Renaud Girard dans Le Figaro de ce matin, mardi 7 février. J'en partage les appréciations. Sur le même thème, voir ma réaction Ma vérité sur les caricatures de Mahomet



Y aurait-il en Islam deux poids deux mesures
dans l'indignation ?

Ce que les dessins caricaturent,
c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète

Renaud GIRARD*



Mais que se passe-t-il donc en ce moment ? Est-ce nous, les Occidentaux, qui avons un problème avec l'islam, ou est-ce l'islam qui a un problème avec nous ? A l'évidence, c'est la seconde branche de l'alternative qui est la bonne.

Pour comprendre, reprenons les faits. Il y a quatre mois, un journal danois publie des caricatures que personne n'avait particulièrement remarquées. Et puis, soudain, l'affaire est montée en épingle et présentée comme un «crime» justifiant qu'on se mette à incendier des ambassades européennes dans le monde arabo-musulman.

Les dessins incriminés mettent en scène Mahomet. Mais ce qu'ils caricaturent réellement, c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète, c'est le fait que les kamikazes se réclament de lui avant de perpétrer un attentat. Le dessin qui a le plus choqué est celui où le turban de Mahomet a été remplacé par une bombe, arme qui n'existait pas du temps du Prophète mais qui est constamment utilisée par des militants se réclamant de son enseignement. Les Danois, petit peuple pacifique, industrieux et tolérant du nord de l'Europe, n'ont rien contre Mahomet, ni pour lui. Ils ne le connaissent pas et ne l'ont jamais rencontré dans leur histoire. Simplement, comme tous les peuples du monde, ils doivent se plier à des contrôles de sécurité draconiens pour prendre un avion, depuis les attentats kamikazes du 11 Septembre, commis au nom de l'islam.

On a parfaitement le droit de trouver ces caricatures d'un goût douteux. Ce qui est intéressant dans le personnage de Mahomet, ce n'est pas la caricature de son enseignement fournie par le digest bâclé de Ben Laden et consorts, mais la réalité de son histoire. En son temps (le VIIe siècle), Mahomet était un homme de progrès. Qu'il ait civilisé la vie publique à Médine est indéniable. Avant lui, les femmes n'avaient aucun droit. Il leur en a donné. L'article de loi islamique qui veut que le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme apparaît aujourd'hui particulièrement rétrograde. Mais, à l'époque, cela constituait un immense progrès. Le problème de la religion musulmane avec le monde contemporain ne tient pas à l'enseignement particulier, en son temps, de Mahomet, mais au fait qu'à partir du XIIe siècle l'interprétation (l'ijtihad) a été gelée en Islam, bloquant de fait toute réforme. Si, depuis la Saint-Barthélemy, la religion catholique ne s'était pas réformée en profondeur, elle serait aujourd'hui totalement inaudible en Occident.

On est donc parfaitement fondé à trouver ces dessins inintéressants. Mais, dans ce cas-là, il n'y a qu'une réaction à avoir : on passe la page ou, au pire, on résilie son abonnement au journal danois en question.

Très troublantes sont les réactions disproportionnées du monde arabo-musulman à ces dessins publiés dans un journal dont personne n'avait jusque-là entendu parler. Il est évident que les foules musulmanes furieuses de Beyrouth ou de Téhéran ont été en partie manipulées : au Liban, par les partis prosyriens qui veulent qu'on enterre l'enquête internationale sur l'assassinat de Rafic Hariri, en Iran par un régime qui est accusé (non sans preuve) par l'Occident de violer le traité de non-prolifération nucléaire.

Mais, au-delà des inévitables manipulations, les manifestations qui se multiplient à travers le monde arabo-musulman signalent un fossé culturel extrêmement profond. On se heurte à un mur en rappelant des évidences sur le fonctionnement des sociétés occidentales. En quoi le gouvernement danois est-il responsable de ce qui est publié dans la presse danoise, qui est évidemment une presse libre ? Au cours des deux décennies passées, le Danemark s'est plutôt fait remarquer par sa grande générosité à l'égard du monde musulman (dons aux Palestiniens, accueil de dizaines de milliers de réfugiés bosniaques).

Si l'ignorance peut expliquer tel mouvement de foule en Afghanistan, on ne peut pas en dire autant d'une manifestation d'immigrés musulmans en Belgique. La valeur suprême de l'Occident, celle de liberté politique, fut éhontément exploitée par ceux-ci. A Bruxelles, les manifestants musulmans ont utilisé la liberté de manifester pour tenter d'assassiner la liberté d'expression.

Mais pourquoi ces musulmans de Belgique n'ont-ils jamais manifesté auparavant sur des sujets autrement importants ? Les a-t-on vus dans la rue pour exprimer leur rejet de la pensée Ben Laden après les attentats du 11 Septembre ? Les a-t-on entendus crier leur horreur devant la décapitation filmée de l'ingénieur américain Nick Berg ? Comment eux, qui bénéficient en Belgique de la liberté de religion, n'ont-ils jamais pensé manifester devant l'ambassade d'Arabie saoudite, pays qui interdit de dire la messe aux centaines de milliers de Philippins chrétiens qui y habitent ? N'ont-ils pas honte de ce régime saoudien qui, au nom de l'Islam, interdit à de pauvres travailleurs immigrés la simple pratique de leur religion ? Y aurait-il, en Islam, deux poids, deux mesures dans l'indignation ?

Pourtant, ces musulmans de Belgique n'ignorent pas que, dans l'histoire, des peuples ont parfois osé manifester publiquement leur honte. Après les massacres de Sabra et Chatila en 1982, plus d'un demi-million d'Israéliens sont sortis dans les rues de Tel-Aviv pour exprimer leur honte face aux familles palestiniennes massacrées (par la milice phalangiste d'Elie Hobeika, que l'armée israélienne avait laissé entrer dans les camps).

Si les cinq mille musulmans qui manifestaient dimanche à Bruxelles ont tant en horreur les valeurs occidentales de liberté et de laïcité, pourquoi ne leur vient-il pas à l'idée d'aller vivre en Arabie saoudite?

En Europe, le droit d'asile politique, magnifique héritage des Lumières, a été détourné. Car il a toujours été entendu que le demandeur d'asile devait partager les valeurs fondamentales du pays dans lequel il souhaitait être invité.

Encore faudrait-il que les pays d'accueil sachent les défendre eux-mêmes sans concession. Comment Martine Aubry a-t-elle pu créer, comme au Pakistan, un «apartheid» femmes-hommes dans les piscines de Lille ?

Sachons, chez nous, défendre nos valeurs. Pour paraphraser Churchill, ne choisissons pas le déshonneur des concessions pour éviter la guerre. Car nous aurions au final et le déshonneur et la guerre.
Renaud Girard

* Grand reporter au service étranger du Figaro


- source de cet article : Le Figaro, 7 février 2006.



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Posté le 07/02/2006 à 10:35:38 (id:20815)
«Le but de notre vie n'est pas de porter des armes» (Mahmoud al-Zahar, un des fondateurs du Hamas)
«Le but de notre vie n'est pas de porter des armes» (Mahmoud al-Zahar, un des fondateurs du Hamas)
Mahmoud al-Zahar






«Le but de notre vie
n'est pas de porter des armes»

Mahmoud al-Zahar, un des fondateurs du Hamas,
détaille la stratégie de son parti




Gaza envoyé spécial
le docteur Mahmoud al-Zahar compte parmi les derniers fon- dateurs du Hamas toujours en vie. Ce chirurgien, né dans une famille prospère de Gaza, est aujourd'hui le principal dirigeant du Mouvement de la résistance islamique.

Comment expliquez-vous votre victoire aux législatives du 25 janvier ?

Cette victoire est une combinaison de deux facteurs. Elle est d'abord due à l'échec de l'Autorité palestinienne à faire aboutir ses objectifs politiques par la négociation avec Israël. La voie suivie par le Fatah depuis la conférence de Madrid de 1991 s'est achevée dans une impasse. Ensuite, l'énorme corruption de la direction a multiplié les souffrances que la population endure du fait de l'occupation. Face à cette situation, le Hamas a mené une campagne efficace. Nous avons mis l'accent sur les besoins sociaux du peuple tout en rappelant le rôle fondamental joué par la résistance militaire dans l'évacuation de la bande de Gaza. Les gens pensent que nous sommes les seuls à pouvoir reconstruire ce qui a été détruit par l'occupation et la corruption.

Les Palestiniens vont donc vous juger sur vos capacités à améliorer leur vie quotidienne.

Nous avons un programme clair. Nos deux préoccupations essentielles sont l'économie et la sécurité. L'un des principaux problèmes auquel nous devons faire face est la tranquillité de nos concitoyens. Il y a beaucoup trop d'armes dans les rues, qui sont entre les mains des familles ou de certains organes de sécurité. Cela rend la situation difficile à contrôler. la restauration de l'ordre, de la discipline, est l'une de nos priorités. Nous n'accepterons ni corruption ni favoritisme. Nous allons désarmer les gangs et les mafias qui provoquent le chaos.

Mais pas les milices du Hamas...

Le but de notre vie n'est pas de porter des armes. Nous sommes issus de la longue tradition des Frères musulmans. Nous n'avons jamais adoré les armes. Mais à chaque fois que nous avons voulu organiser des manifestations pacifiques, les Israéliens nous ont tiré dessus, arrêtés, jetés en prison, torturés. En 1987, nous avons donc décidé de recourir à tous les moyens disponibles pour défendre notre peuple. Les Etats-Unis et les médias sionistes ont alors inventé ce mythe : une petite organisation comme le Hamas pourrait détruire un Etat comme Israël qui possède la bombe atomique. C'est ridicule.

Le Hamas a eu recours aux attentats-suicides contre Israël. Les Etats-Unis, l'Europe l'ont inscrit sur la liste des organisations terroristes.

Les Occidentaux nous parlent toujours des attentats-suicides. Mais que disent-ils des bombardements aériens sur des populations civiles ? Tout peuple occupé a le droit de résister, comme l'ont fait les Français sous la direction du général de Gaulle, qui a aussi été traité de terroriste en son temps. Si le Hamas est une organisation terroriste, cela veut dire que tous les Palestiniens qui ont voté Hamas dans des élections libres et justes sont des terroristes. Absurde. La résistance s'arrêtera quand s'arrêtera la violence de l'occupation.

Le Hamas refuse une solution basée sur la coexistence de deux Etats...

C'est Israël qui refuse la solution des deux Etats. Les accords d'Oslo de 1993 ne reconnaissent qu'une autonomie aux Palestiniens dans les territoires occupés depuis 1967. Après la signature de ces accords, la colonisation juive s'est poursuivie à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie. Et les Palestiniens n'ont toujours pas d'Etat.

Pourquoi le Hamas refuse-t-il de reconnaître Israël ?

Parce que nous pensons que la balle est dans le camp d'Israël, que toute reconnaissance d'Israël, aujourd'hui, serait un obstacle à l'obtention de nos droits et en contradiction avec la volonté de notre peuple. L'OLP a reconnu Israël en 1993 et accepté la solution des deux Etats. Les dirigeants du Fatah ont pris l'Autorité palestinienne qui a commencé à discuter avec les Israéliens. Qu'ont-ils obtenu ? Rien ! Quand ils ont demandé la création d'un Etat dans les frontières de 1967, les Palestiniens ont dû faire face à une nouvelle agression qui s'est terminée par le massacre de notre population, la destruction de notre économie et la réoccupation militaire de nos territoires. Les gens en ont assez de ces réunions répugnantes où l'on voit les dirigeants palestiniens qui sourient à des généraux israéliens pour leur arracher une aumône. Nous ne pouvons rien obtenir de telles rencontres.

Les Etats-Unis et l'Europe menacent de vous couper les vivres si le Hamas refuse de reconnaître Israël.

Nous n'accepterons pas que les donations de la communauté internationale soient assorties de conditions politiques. Car cet argent doit servir au peuple palestinien, à construire des écoles, des hôpitaux, des centres sociaux. S'il le faut, nous utiliserons nos ressources propres. Nous ne voulons pas prendre la place des anciens corrompus pour les remplacer par de nouveaux corrompus. Nous allons débarrasser les institutions palestiniennes de la corruption et nous assainirons ainsi nos dépenses. Le Hamas fera appliquer la loi et vous verrez alors que nous sommes compétents.

Quelle pourrait être la solution à cette apparente impasse diplomatique ?

Nous demandons à être jugés sur nos actes. Nous avons la capacité de résoudre tous nos problèmes avec un peu de temps. Nous pensons que la paix dépend de la justice. Nous trouverons les voies de la paix si l'on propose enfin une solution juste aux Palestiniens. N'oublions pas les 5 millions de Palestiniens qui vivent en exil. Si les juifs parlent de leur droit historique au retour sur la terre d'Israël après trois mille ans d'exil, pourquoi les Palestiniens expulsés il y a cinquante-sept ans n'auraient-ils pas le droit de rentrer chez eux ?

Libération, 2 février 2006
Didier François



- source de cet article : Libération, 2 février 2006

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Posté le 02/02/2006 à 10:51:54 (id:19875)
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