Etranges affirmations de l’assassin de Théo Van Gogh (Moncef Rédha)
Mohammed Bouyeri
assassin du cinéaste hollandais Théo Van Gogh
Procès des 13 membres du groupe Hofstad à Amsterdam
Étranges affirmations de l'assassin de Théo Van Gogh
l'opinion d'un islamiste :
«ceux qui disent que le Prophète Mohammed est un pacifiste
ne sont que des incultes et des menteurs»
Moncef RÉDHA
Le procès des treize membres du groupe Hofstad s'est ouvert ce jeudi au tribunal d'Amsterdam. Durant ce procès, le criminel marocain qui a assassiné le cinéaste néerlandais Théo Van Gogh s'est distingué par des déclarations étranges et spectaculaires à la fois.
En effet, l'assassin a fait savoir qu'il a agi dans le bon sens du fait que, selon lui, «les infidèles sont les ennemis de l'islam et ils doivent être combattus» a t-il expliqué. Ne s'arrêtant pas là, le jeune marocain devait ajouter que «ceux qui disent que le Prophète Mohammed est un pacifiste ne sont que des incultes et des menteurs». Mohammed Bouyeri a déclaré : «le Prophète Mohammed a usé et a prêché la violence». Parlant de la Hollande, le jeune Marocain a affirmé que ce pays a rompu avec l'islam au moment ou il a envoyé son armée en Irak. «Une attaque contre un musulman est une attaque contre tous les musulmans. Une attaque contre un non-musulman au nom de l'islam est une réaction de défense au nom de tous», s'est-il expliqué. Au cours de son intervention, le Marocain a ajouté : Vous ne rendez pas à Ben Laden les honneurs qui lui sont dus en me comparant à lui. Mais que vous me considériez comme le porte-drapeau de l'islam radical en Europe, cela me fait un très grand honneur.
Le procureur de la République a requis des peines d'emprisonnement de 20 ans contre Jason Walters et Ismaïl Aknikh. Les deux prévenus ont été arrêtés en 2004 à La Haye. Une peine identique a été requise contre Nourredine El-Fathi, arrêté à Amsterdam en possession d'une arme, en juin 2005 et soupçonné de tentative d'assassinat contre une personnalité politique. Le radicaliste marocain et assassin de Théo Van Gogh purge,lui, une peine de prison à perpétuité.
de Paris, Moncef Rédha, La Nouvelle République
5 février 2006
- source de cet article : le quotidien algérien La Nouvelle République, 5 février 2006
En quoi sont-elles "étranges",
les affirmations de Mohammed Bouyeri ?
Michel RENARD
Les affirmations de Bouyeri n'ont, à vrai dire, rien d'«étranges». Elles sont la fidèle expression de ce que répètent, depuis 25 ans, les islamistes dits "radicaux" sortis du mouvement des Frères Musulmans. Ces partisans de l'action violente et meurtrière se sont fait remarquer en 1981 par l'assassinat du président égyptien Sadate. Leur principal leader, Abdessalam Faraj (pendu en 1982), avait proclamé le jihad et l'obligation de l'action violente pour renverser tout gouvernement musulman qui, selon ce courant, n'appliquait pas l'islam.
L'islamologue Gilles Kepel a donné la traduction d'un extrait de l'ouvrage de l'islamiste Sayyid Qotb (mort en 1966) qui revendique l'héritage des penseurs musulmans Ibn Taïmiyya (1263-1328) et de son disciple al-Jawziyya (1292-1350) : "il lui fut ordonné [au Prophète] de combattre ses ennemis parmi les gens du Livre jusqu'à ce qu'ils payent le tribut ou qu'ils entrent en islam, de mener le jihad sans merci contre les impies et les hypocrites. Il mena le jihad contre les impies par le glaive et la lance, et contre les hypocrites par l'argument et la parole" (cf. Gilles Kepel, Jihad. Expansion et déclin de l'islamisme, Gallimard, 2000, p. 82, au sujet de Faraj, et p. 427, pour la traduction de Qotb).
Que valent, face à cela, les discours sur l'islam "religion et paix" ? Tant que les musulmans dits "modérés, les "libéraux", les "laïques", les "démocrates", les "modernistes" (dont je suis...) n'effectueront pas un travail d'analyse et de démarcation radicale à l'égard de cet islam politique et jihadiste, rien de crédible n'est à attendre en matière de rejet de l'amalgame entre "islam" et "terrorisme". Les proclamations ne suffisent pas : il faut un vrai travail théologique et des actions en conséquence. Crier contre des caricatures du Prophète mais se taire face à la barbarie d'un Zarqaoui, c'est laisser subsister le doute quant à la logique des protestations contre l'amalgame "islam/terrorisme"...
Michel Renard
directeur de l'ex-revue Islam de France
- lire également l'article de Louis Massignon : «Une miniature indo-persane représentant le Prophète et ses compagnons» (1921).
* Je viens de lire l'analyse de Renaud Girard dans Le Figaro de ce matin, mardi 7 février. J'en partage les appréciations. Sur le même thème, voir ma réaction Ma vérité sur les caricatures de Mahomet
Y aurait-il en Islam deux poids deux mesures
dans l'indignation ?
Ce que les dessins caricaturent,
c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète
Renaud GIRARD*
Mais que se passe-t-il donc en ce moment ? Est-ce nous, les Occidentaux, qui avons un problème avec l'islam, ou est-ce l'islam qui a un problème avec nous ? A l'évidence, c'est la seconde branche de l'alternative qui est la bonne.
Pour comprendre, reprenons les faits. Il y a quatre mois, un journal danois publie des caricatures que personne n'avait particulièrement remarquées. Et puis, soudain, l'affaire est montée en épingle et présentée comme un «crime» justifiant qu'on se mette à incendier des ambassades européennes dans le monde arabo-musulman.
Les dessins incriminés mettent en scène Mahomet. Mais ce qu'ils caricaturent réellement, c'est l'usage que font les terroristes islamistes du Prophète, c'est le fait que les kamikazes se réclament de lui avant de perpétrer un attentat. Le dessin qui a le plus choqué est celui où le turban de Mahomet a été remplacé par une bombe, arme qui n'existait pas du temps du Prophète mais qui est constamment utilisée par des militants se réclamant de son enseignement. Les Danois, petit peuple pacifique, industrieux et tolérant du nord de l'Europe, n'ont rien contre Mahomet, ni pour lui. Ils ne le connaissent pas et ne l'ont jamais rencontré dans leur histoire. Simplement, comme tous les peuples du monde, ils doivent se plier à des contrôles de sécurité draconiens pour prendre un avion, depuis les attentats kamikazes du 11 Septembre, commis au nom de l'islam.
On a parfaitement le droit de trouver ces caricatures d'un goût douteux. Ce qui est intéressant dans le personnage de Mahomet, ce n'est pas la caricature de son enseignement fournie par le digest bâclé de Ben Laden et consorts, mais la réalité de son histoire. En son temps (le VIIe siècle), Mahomet était un homme de progrès. Qu'il ait civilisé la vie publique à Médine est indéniable. Avant lui, les femmes n'avaient aucun droit. Il leur en a donné. L'article de loi islamique qui veut que le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme apparaît aujourd'hui particulièrement rétrograde. Mais, à l'époque, cela constituait un immense progrès. Le problème de la religion musulmane avec le monde contemporain ne tient pas à l'enseignement particulier, en son temps, de Mahomet, mais au fait qu'à partir du XIIe siècle l'interprétation (l'ijtihad) a été gelée en Islam, bloquant de fait toute réforme. Si, depuis la Saint-Barthélemy, la religion catholique ne s'était pas réformée en profondeur, elle serait aujourd'hui totalement inaudible en Occident.
On est donc parfaitement fondé à trouver ces dessins inintéressants. Mais, dans ce cas-là, il n'y a qu'une réaction à avoir : on passe la page ou, au pire, on résilie son abonnement au journal danois en question.
Très troublantes sont les réactions disproportionnées du monde arabo-musulman à ces dessins publiés dans un journal dont personne n'avait jusque-là entendu parler. Il est évident que les foules musulmanes furieuses de Beyrouth ou de Téhéran ont été en partie manipulées : au Liban, par les partis prosyriens qui veulent qu'on enterre l'enquête internationale sur l'assassinat de Rafic Hariri, en Iran par un régime qui est accusé (non sans preuve) par l'Occident de violer le traité de non-prolifération nucléaire.
Mais, au-delà des inévitables manipulations, les manifestations qui se multiplient à travers le monde arabo-musulman signalent un fossé culturel extrêmement profond. On se heurte à un mur en rappelant des évidences sur le fonctionnement des sociétés occidentales. En quoi le gouvernement danois est-il responsable de ce qui est publié dans la presse danoise, qui est évidemment une presse libre ? Au cours des deux décennies passées, le Danemark s'est plutôt fait remarquer par sa grande générosité à l'égard du monde musulman (dons aux Palestiniens, accueil de dizaines de milliers de réfugiés bosniaques).
Si l'ignorance peut expliquer tel mouvement de foule en Afghanistan, on ne peut pas en dire autant d'une manifestation d'immigrés musulmans en Belgique. La valeur suprême de l'Occident, celle de liberté politique, fut éhontément exploitée par ceux-ci. A Bruxelles, les manifestants musulmans ont utilisé la liberté de manifester pour tenter d'assassiner la liberté d'expression.
Mais pourquoi ces musulmans de Belgique n'ont-ils jamais manifesté auparavant sur des sujets autrement importants ? Les a-t-on vus dans la rue pour exprimer leur rejet de la pensée Ben Laden après les attentats du 11 Septembre ? Les a-t-on entendus crier leur horreur devant la décapitation filmée de l'ingénieur américain Nick Berg ? Comment eux, qui bénéficient en Belgique de la liberté de religion, n'ont-ils jamais pensé manifester devant l'ambassade d'Arabie saoudite, pays qui interdit de dire la messe aux centaines de milliers de Philippins chrétiens qui y habitent ? N'ont-ils pas honte de ce régime saoudien qui, au nom de l'Islam, interdit à de pauvres travailleurs immigrés la simple pratique de leur religion ? Y aurait-il, en Islam, deux poids, deux mesures dans l'indignation ?
Pourtant, ces musulmans de Belgique n'ignorent pas que, dans l'histoire, des peuples ont parfois osé manifester publiquement leur honte. Après les massacres de Sabra et Chatila en 1982, plus d'un demi-million d'Israéliens sont sortis dans les rues de Tel-Aviv pour exprimer leur honte face aux familles palestiniennes massacrées (par la milice phalangiste d'Elie Hobeika, que l'armée israélienne avait laissé entrer dans les camps).
Si les cinq mille musulmans qui manifestaient dimanche à Bruxelles ont tant en horreur les valeurs occidentales de liberté et de laïcité, pourquoi ne leur vient-il pas à l'idée d'aller vivre en Arabie saoudite?
En Europe, le droit d'asile politique, magnifique héritage des Lumières, a été détourné. Car il a toujours été entendu que le demandeur d'asile devait partager les valeurs fondamentales du pays dans lequel il souhaitait être invité.
Encore faudrait-il que les pays d'accueil sachent les défendre eux-mêmes sans concession. Comment Martine Aubry a-t-elle pu créer, comme au Pakistan, un «apartheid» femmes-hommes dans les piscines de Lille ?
Sachons, chez nous, défendre nos valeurs. Pour paraphraser Churchill, ne choisissons pas le déshonneur des concessions pour éviter la guerre. Car nous aurions au final et le déshonneur et la guerre.
Renaud Girard
* Grand reporter au service étranger du Figaro
- source de cet article : Le Figaro, 7 février 2006.
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Posté le 07/02/2006 à 10:35:38 (
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