- Racismes
Antisémitisme à la faculté de la Manouba (Tunis)
Antisémitisme à la faculté de la Manouba (Tunis)
Paul Sebag, au centre, en 1994







Antisémitisme à la faculté de la Manouba (Tunis)


Le 10 mars dernier, un événement très grave s¹est déroulé à la faculté de la Manouba, un des principaux établissements universitaires de Tunis, à l¹occasion d¹une cérémonie en l¹honneur de feu Paul Sebag.
Paul Sebag, mort en 2004, est un sociologue juif tunisien qui a consacré sa vie à la Tunisie. Membre du Parti communiste dès sa jeunesse, militant de la lutte pour l¹indépendance, il a fait de son pays son objet d¹études, et ses livres font encore référence aujourd¹hui.
Bien qu¹ayant émigré en France à la fin des années 1970, il avait exprimé son désir de faire don de sa bibliothèque à l¹université de la Manouba. C¹est donc l¹inauguration du Fonds Paul-Sebag que l¹on célébrait le 10 mars, en présence de sa fille, de quelques-uns de ses amis juifs tunisiens et de nombreux collègues.
C¹est à cette occasion que la faculté a été le théâtre d¹un déchaînement antisémite de la part d¹un groupe d¹une cinquantaine d¹étudiants. Barrant le passage aux invités, ils ont crié des insultes à l¹adresse des participants et de la famille de Paul Sebag : " Sionistes ! ", " Amis des juifs ! ". Malgré les propos racistes qui fusaient, la cérémonie a suivi son cours, mais les étudiants sont restés devant la salle durant trois heures, continuant à manifester. Un professeur, essayant de les calmer, a même été giflé pendant que d¹autres personnes continuaient d¹être insultées.
Ce déchaînement antisémite de la part de jeunes étudiants, à l¹intérieur même de leur faculté, révèle la gravité d¹un problème que les Tunisiens ont longtemps essayé d¹occulter sous le masque d¹une Tunisie accueillante et tolérante. Si elle a pu jadis avoir quelque réalité, cette image est depuis longtemps obsolète. Comme les autres opinions arabes, l¹opinion tunisienne est travaillée par la virulence des discours nationalistes xénophobes et par la rhétorique de l¹islam politique. Elle est, en outre, aujourd¹hui à l¹écoute des chaînes arabes les plus farouchement racistes comme " El Manar ", chaîne très regardée du Hezbollah libanais. Ces courants instrumentalisent le très réel drame des Palestiniens, qui sert de justification à toutes les dérives antijuives.
Des personnes ont certes dénoncé depuis plusieurs années chaque manifestation d¹un antisémitisme qui n¹a cessé de gagner du terrain, sans pour autant être suivis. Plus fréquemment, le silence, l¹indifférence et la politique de l¹autruche ont prévalu chez la plupart des intellectuels qui ont refusé de voir les ravages d¹une pathologie antisémite se développant particulièrement dans la jeunesse. Leur passivité a ouvert un boulevard aux offensives des discours xénophobes, qui n¹ont trouvé aucun contre-discours capable de les arrêter. Ainsi, comme ailleurs dans le monde musulman, les intellectuels tunisiens, qui ont négligé leur devoir de transmission de l'histoire de leur pays, portent une lourde part de responsabilité dans ce qui arrive aujourd¹hui.
Les événements du 10 mars suscitent l¹indignation du corps enseignant tunisien, qui se mobilise pour exprimer ­ enfin ­ son refus de la dérive. Il faut espérer que ce réveil tardif mais important inaugure une véritable prise de conscience chez des secteurs plus larges de l¹opinion.
Dénonçant depuis sa création l¹antisémitisme qui se répand dans le monde arabe et musulman, le Manifeste des libertés apporte son soutien à cette mobilisation.

Association du Manifeste des libertés,
Paris, le 15 mars 2006



Association du Manifeste des libertés
manifeste@manifeste.org


- en hommage à Paul Sebag : in memoriam par Mohammed Kerrou (Tunis)


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Posté le 17/03/2006 à 00:13:59 (id:30211)
Halte au masochisme national (Fatiha Benatsou et Nourdine Cherkaoui)
Halte au masochisme national (Fatiha Benatsou et Nourdine Cherkaoui)
une République forte et généreuse







Halte au masochisme national


la "haine du juif" était là
composante d'un "idéal de vie" où l'on retrouve, à côté des miasmes de cette nouvelle judéophobie, un consumérisme outrancier, une propension démesurée à l'ultra-violence, une absence totale de considération pour le respect de la personne humaine, un mépris sans borne pour les femmes, systématiquement ramenées au rang d'objets sexuels


Fatiha Benatsou et Nourdine Cherkaoui




On croyait jusqu'à présent que, attisée et banalisée par le Front national, la xénophobie était essentiellement l'affaire de ces milliers de Français de souche fragilisés par l'inexorable montée des insécurités. De même, on pensait que, sous sa forme la plus brutale, le racisme était l'apanage de quelques fanatiques d'extrême droite capables de "passer à l'acte". Nous n'imaginions pas que le danger, le vrai, était ailleurs, à la périphérie de nos villes, dans ces cités où, jadis, SOS-Racisme mobilisait la jeunesse black-blanc-beur.

Redisons-le : l'antisémitisme ne fut assurément pas le principal mobile des meurtriers d'Ilan Halimi. Mais la "haine du juif" était là, et bien là. Certes, nous ne sommes pas en présence d'un antisémitisme de nature religieuse ou idéologique. Dans les cités, la stigmatisation de la communauté juive a bien peu à voir avec la politique. Elle n'est qu'une composante d'un "idéal de vie" où l'on retrouve pêle-mêle, à côté des miasmes de cette nouvelle judéophobie, un consumérisme outrancier, une propension démesurée à l'ultra-violence, une absence totale de considération pour le respect de la personne humaine, un mépris sans borne pour les femmes, systématiquement ramenées au rang d'objets sexuels (dans le cas du gang des barbares, ne jouaient-elles pas le rôle d'appâts ?)...

Pour autant, on ne saurait ignorer que ce "fait divers" constitue l'illustration d'un incontestable et inquiétant repli communautaire dans nos banlieues, confirmé lors des émeutes urbaines de novembre dernier. Dans l'immédiat, ce repli associe dans un même mouvement des jeunes issus de l'immigration maghrébine et d'autres issus de l'immigration africaine. Ces bandes ne sont pas ethniquement, religieusement non plus d'ailleurs, homogènes, mais elles trouvent néanmoins un élément fédérateur dans leur rejet des "petits Blancs", déjà vu lors des rixes il y a quelques années sur les Champs-Elysées. La mort abominable du gendarme Raphaël Clin en constitue le dernier exemple en date - et, bien sûr, les dernières agressions à Sarcelles qu'ont subies nos compatriotes juifs. Une fois reconnue cette triste réalité, la première réponse est nécessairement d'ordre judiciaire. Il faut, dans l'affaire d'Ilan comme dans toutes celles du même ordre de barbarie, les tournantes "initiatiques" comme les agressions racistes, une sanction pénale d'une exceptionnelle sévérité. Face à de tels individus, il serait à la fois absurde et indécent de s'interroger en priorité sur la peine la mieux adaptée à leur éventuelle resocialisation.

Cela fait, une réponse politique s'impose aussi, réponse qui tient en un mot : la République. Cette fascination morbide de Fofana et sa bande pour l'argent facile, pour les filles dont on dispose à sa guise et la violence gratuite nous renvoie au modèle du rappeur 50 Cent. Un modèle commun à bien des jeunes sans repères et sans éducation, sur lequel viennent désormais se greffer les délires antisémites en pleine expansion de certains islamistes surmédiatisés ou recruteurs dans nos prisons. Mais un tel phénomène doit aussi être mis en parallèle avec l'effondrement du projet républicain.

Ce n'est que par une République capable d'imposer le respect de ses lois partout sur le territoire national, une République garantissant à chacun, par l'école et le travail, la possibilité de progresser sur l'échelle sociale, que nous éradiquerons tous les foyers d'où pourraient surgir d'autres Fofana.

Cette République, il nous appartient de la reconstruire. On parle, par exemple, de "discrimination positive à la française". Nos points de vue peuvent diverger sur le sujet, mais dès lors qu'il est entendu que ce volontarisme républicain exclut toute forme de distinction à caractère racial, ethnique ou religieux, alors nous considérons que le débat peut et doit s'ouvrir. Ce n'est que par le dialogue et l'échange contradictoire d'arguments, c'est-à-dire par le politique, que nous parviendrons à restaurer le projet d'une République forte et généreuse. Mais on ne reconstruira rien sans, au préalable, inverser rapidement cette tendance mortifère au masochisme national, tendance sur laquelle surfent habilement les apôtres du déclin français. Il est vain d'espérer rebâtir la République si les premiers concernés par le projet républicain ne connaissent que le côté prétendument obscur de la patrie qui voudrait être la leur.

Sans cesse assignée au tribunal d'une histoire morcelée en d'innombrables mémoires, la France ne serait plus, nous dit-on, qu'un pays esclavagiste, colonialiste, antisémite, belliciste, collaborationniste, tortionnaire, homophobe, etc. Dans cette France "moisie", quel jeune des banlieues peut avoir envie de prendre sa place ? Responsable et coupable de toute la misère du monde, la France, dont on exige pénitence et repentance, à laquelle tant de peuples et de groupes demandent aujourd'hui le règlement d'une créance imaginaire, la France, qui en vient même à oublier les grandes heures de son histoire, peut-elle vraiment rassembler ses enfants ? La réponse est non.

Bien sûr, ce nihilisme national ne produit pas systématiquement des Youssouf Fofana, mais les morts d'Ilan Halimi et de Raphaël Clin nous renvoient à une sorte d'"état de nature", celui d'avant la République. Le retour de celle-ci n'en est que plus urgent.


Fatiha Benatsou est membre du Conseil économique et social et conseillère technique au cabinet du ministre délégué aux anciens combattants.
Nourdine Cherkaoui est directeur associé dans le groupe Euro-RSCG et ancien président des Jeunes avec Chirac.


- source : Le Monde, daté 9 mars 2006
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Posté le 14/03/2006 à 23:38:36 (id:29772)
Les antisémitismes français (Alain Duhamel)
Les antisémitismes français (Alain Duhamel)
auto-appelation : "gang des barbares"...
Quand je pense qu'il y a quelques années,
on a fustigé Chevènement pour le terme de "sauvageon"...






Les antisémitismes français

il faut ajouter l'antisémitisme islamiste et,
beaucoup trop souvent, l'antisémitisme musulman et immigré

Alain DUHAMEL



Bien entendu, l'ignoble affaire Ilan Halimi ne s'explique pas seulement à travers le prisme de l'antisémitisme. Le bien nommé «gang des barbares» rassemblant des pervers, des brutes et des faibles se caractérise par la diversité ethnique et religieuse. Il reflète criminellement une culture de la violence semée, enracinée et entretenue par la télévision, les DVD, les jeux vidéo spécialisés, par la banalisation quotidienne de la délinquance, par l'absence de toute règle sociale assimilée. Il renvoie à la contradiction criminogène entre l'apprentissage de la brutalité, du sévice, du rapport de force et la civilisation obsessionnelle de la consommation. Il est le fruit de déséquilibres sauvages entre marginalité et publicité. Youssouf Fofana et ses complices composent en cela une caricature féroce du choc entre non-droit et trop-plein, rejet des normes et besoin de prendre. Sur ce registre-là, ils nous expédient un reflet terrible des dérives françaises.

Quant à leur ressort antisémite, bien réel lui aussi, il s'inscrit dans l'une des traditions majeures des antisémitismes français. Car il n'y a pas un mais des antisémitismes français, les uns en déclin, les autres en expansion. Fofana et ses séides ne relèvent apparemment en rien des antisémitismes les plus politiques : il aurait fallu pour cela qu'ils soient d'abord socialisés avant d'être extrémisés. Ici, c'est l'inverse : pas de règle, pas de norme, pas d'interdit, pas de tabou.

L'antisémitisme politique le plus banal relève de l'extrême droite et date du XIXe siècle, s'intensifiant avec chaque crise économique ou militaire, régressant entre les rages et les peurs françaises. Il a donc resurgi violemment au milieu des années 80, avec l'enracinement du chômage, la multiplication des insécurités de tous ordres, l'hégémonie du pessimisme. Il a dopé l'extrême droite puis gagné, par contagion et par cynisme électoral, la droite extrême. Aujourd'hui, cet antisémitisme-là s'affaisse plutôt, malgré les dérapages idéologiques de Jean-Marie Le Pen et les profanations de néonazis débiles. De ce côté-là, c'est l'islamophobie et le racisme antiarabe qui prennent le relais.

En revanche, l'antisémitisme d'extrême gauche ­ d'une fraction de l'extrême gauche ­ se renforce plutôt. Lui aussi a des racines qui remontent au XIXe siècle, à certains textes et amalgames idéologiques des premiers socialistes rassemblant dans un opprobre commun le capitalisme, l'argent et les juifs : d'où d'ailleurs l'indifférence d'une partie d'entre eux au moment de l'affaire Dreyfus (contrairement à l'engagement éclatant de Jaurès et de beaucoup d'autres). Cette tradition-là, minoritaire mais persistante, a régulièrement intoxiqué les plus sectaires, les plus dogmatiques et les plus obtus d'entre eux. Sous Staline, l'Union soviétique n'y a évidemment pas échappé. Aujourd'hui, on retrouve des confluences dangereuses au sein d'une fraction de l'extrême gauche additionnant mécaniquement mondialisation, financiarisation, empire américain, Israël et plusieurs formes d'antisémitisme.

La tradition antisémite française principale ne relève cependant ni de l'extrême droite ­ sauf sous Vichy ou à l'époque des ligues ­ ni moins encore de l'extrême gauche, mais d'un ensemble de préjugés aux racines religieuses, pseudoculturelles et étatiques. Au XXIe siècle, toutes les autorités gouvernementales, politiques, confessionnelles, laïques et ­ très largement ­ culturelles combattent énergiquement les résidus de cette tradition délétère-là. Cette vigueur s'est accentuée depuis deux décennies. Il lui faut cependant lutter contre des siècles de stéréotypes antisémites, longtemps véhiculés par l'Eglise catholique (et par Luther), intégrés par la société tout entière, instrumentalisés par les monarques successifs au gré de leurs intérêts. La France n'était pas terre de pogrom, mais l'antisémitisme y était, comme partout en Europe, virulent. La cure de désintoxication actuelle ne fait que commencer à l'échelle des siècles.

Quand le «gang des barbares» s'en prend au malheureux Ilan, c'est encore le fruit mortel des séquelles des clichés sur «le juif est riche et sa communauté est solidaire». A quoi il faut ajouter un antisémitisme qui, lui, se développe sur le sol français depuis deux décennies, vigoureusement et parfois violemment : l'antisémitisme islamiste et, beaucoup trop souvent, l'antisémitisme musulman et immigré. Lui aussi a des racines religieuses antiques, mais sans la récente repentance chrétienne. Des prêches, des DVD, des cassettes, des associations, des mouvements activistes entretiennent stéréotypes haineux et préjugés sociaux envieux. Des intellectuels, des religieux, des laïcs tentent de combattre de leur mieux avec courage cet antisémitisme-là, tantôt virulent et tantôt diffus mais toujours présent : ils sont minoritaires chez les leurs, d'autant plus que se mêlent aux traditions religieuses une jalousie sociale et une animosité spécifique envers mieux intégrés et mieux reconnus qu'eux. La France d'aujourd'hui ne ressemble pas à l'âge mythique de l'Andalousie où cohabitaient presque harmonieusement les communautés. Ici, c'est l'antagonisme communautariste qui menace et, comme trop souvent, au détriment des moins nombreux.

Alain Duhamel, Libération,
mercredi 1er mars 2006





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Posté le 02/03/2006 à 16:02:49 (id:26499)
Banania abandonne le slogan "Y'a bon" (Laurent Guenneugues)
Banania abandonne le slogan
En 1915, il n'y a aucun racisme dans cette publicité.
Le tirailleur bénéficie alors d'une image positive que Banania
compte exploiter. Il symbolise la vigueur, la force et l'énergie






Banania trouve ses vieilles pubs
un petit peu trop corsées

Attaquée pour racisme, la marque abandonne
définitivement le slogan «Y'a bon»

Laurent GUENNEUGUES


C'est un slogan que les moins de 30 ans ne connaissent pas forcément. «Y'a bon Banania» a vanté les mérites de la célèbre boisson chocolatée entre 1915 et 1977. L'entreprise Nutrimaine (1) ne l'utilise plus. Mais la formule, dûment enregistrée auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi), lui appartient toujours. Elle vient d'annoncer qu'elle allait la «radier». Elle l'abandonne définitivement. Par conséquent, elle ne versera plus 240 euros à l'Inpi tous les dix ans pour la conserver.

C'est une victoire pour le collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, qui a assigné l'entreprise en justice à l'automne 2005. Il estimait que le slogan était «contraire à l'ordre public en raison de son caractère raciste et de nature à porter atteinte à la dignité humaine». Patrick Karam, le président du collectif, se réjouit de cet accord : «Nous avions ce slogan dans le collimateur depuis un moment. Notre action n'est pas un signal haineux, mais un acte républicain.»

Pétition en ligne. C'est un article publié sur l'Internet en février 2004 qui a lancé le mouvement contre le slogan : «Nous trouvions intolérables l'image peu flatteuse et les clichés que véhiculait cette marque», explique Hervé Mbouguen, auteur de l'article. Le site (2) lance alors une pétition en ligne demandant le retrait du produit Banania. Elle récolte plus de 2 700 signatures. «Nous avions aussi indiqué les numéros de téléphone et de fax de la société pour que les personnes mécontentes le fassent savoir», ajoute Hervé Mbouguen. Patrick Karam et son collectif vont plus loin en demandant à la justice de trancher. Thierry Hénault, président de Nutrimaine depuis le début de l'année, préfère couper court à la polémique et conclure un accord avec le collectif avant le procès, qui aurait dû se tenir le 12 janvier devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) : «Je comprends que cette expression peut émouvoir aujourd'hui. Dans le contexte actuel, l'émotion était encore plus forte.»

Il n'en a pas toujours été ainsi et la perception de ce slogan a changé depuis sa création. En 1912, le journaliste Pierre Lardet ramène du Nicaragua la recette d'un breuvage composé de farine de banane, de céréales pilées, de cacao et de sucre. L'expression «Y'a bon Banania» et le visuel du tirailleur sénégalais coiffé de sa chéchia rouge apparaissent sur les fameuses boîtes jaunes durant la Première Guerre mondiale, en pleine période coloniale. Selon la légende, les créateurs de la marque auraient embauché un tirailleur qui se serait écrié «Y'a bon» en goûtant le breuvage. Plus sérieusement, le tirailleur bénéficie alors d'une image positive que Banania compte exploiter. Il symbolise la vigueur, la force et l'énergie, tout ce qu'un bon petit déjeuner est censé apporter.

«Reflet d'une époque». Cette stratégie marketing s'est progressivement retournée contre la marque : «Un slogan est fait pour vendre, pas pour se mettre à dos une partie de la population, confirme Thierry Hénault. La publicité n'est que le reflet d'une époque, les slogans doivent évoluer avec le temps.» Le président de Nutrimaine l'assure : «Le visuel actuel, un jeune Africain qui représente le petit-fils du tirailleur, ne pose pas de problème en lui-même. C'est son association avec le slogan qui aurait été perçue comme dévalorisante.» Patrick Karam, le président du collectif qui a obtenu gain de cause, assure de son côté que cette affaire allait au-delà du simple slogan. Un brin mystérieux, il promet d'en dire plus dès demain. Pour les associations représentant la communauté noire, c'est en tout cas une troisième victoire, certes plus anecdotique, après le déclassement de l'article de loi sur le rôle positif de la colonisation et l'adoption du 10 mai comme journée de mémoire de l'esclavage.

Laurent Guenneugues, Libération, 2 février 2006


(1) C'est en 2003 que
Nutrimaine a racheté Banania au conglomérat anglo-néerlandais Unilever. Installée à Faverolles, près d'Amiens (Somme),
la PME de 70 salariés produit 9 000 tonnes de Banania chaque année pour un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros.
(2) www.grioo.com

- source de cet article Libération, 2 février 2006


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Posté le 02/02/2006 à 11:05:24 (id:19877)
Échange de courriels Patrice Bardet/Michel Renard
Échange de courriels Patrice Bardet/Michel Renard
Claude Lévi-Strauss est resté au Brésil
de 1934 à 1939. Il en a tiré Tristes tropiques.






Échange de courriels Patrice Bardet/Michel Renard


après un message qui qualifiait un texte de Lévi-Strauss de "vomissure" devant figurer "sur un site fasciste"



Mar, 17 Jan 2006 20:40 Heure de Paris

Bonsoir

vous avez la courtoisie de m'écrire, je me sens donc obligé de vous faire une courte réponse.

En préambule, vous écrivez deux allégations fausses ou abusives :
- je ne suis pas "animateur" de Bellaciao; ce que j'écris ou commente n'engage que moi, et pas le collectif Bellaciao; et je ne comprends d'ailleurs pas ce qui vous permet de tirer cette conclusion eronnée : je ne suis d'ailleurs "animateur" d'aucun site militant
- vous me citez comme étant "militant Ufict-CGT de la Caisse Régionale d'Assurance Maladie Nord Picardie, délégué syndical". C'est parfaitement exact. Néanmoins, je ne vois pas le rapport avec le commentaire que j'ai pu faire sur Bellacio à propos d'Alain Finkielkraut

En effet, vous m'accorderez j'espère
- que ma vie privée ne s'arrête pas à être militant Ufict-CGT
- que je distingue toujours quand je m'exprime en mon nom personnel (auquel cas l'opinion que j'exprime n'engage que moi), ou quand je m'exprime sur des questions exclusivement syndicales en faisant état de mon engagement militant à l'Ufict-CGT)

Vous faites état que j'ai qualifié votre commentaire de "vomissure", suggérant de l'éditer sur un site fasciste.
Vous avez totalement raison sur ce point, hier je me suis regrettablement emporté : votre invasion de nombreux articles paru sur Bellaciao m'avait pour le moins agacé.

Je puis être en désaccord avec la phrase de Lévi-Strauss et sa vision particulière de la nécessaire séparation des cultures (dont Alain Finkielkraut poursuit la pensée jusque parfois la haine). Je n'ai peut être pas tout compris Lévi-Strauss (dont j'ai lu quelques écrits), n'ayant pas la prétention d'être un "intellectuel", sans être pour autant anaphabète. Cela n'en fait bien évidemment pas un raciste. Dont acte.

Que vous défendiez Alain Finkielkraut, soit ! Que vous défendiez l'émission "Répliques", soit ! D'ailleurs, j'écoute aussi avec intérêt de temps en temps cette émission, ou Alain Finkielkraut encore sur RCJ.

Néanmoins, Alain Finkielkraut a tenu des propos que je persiste à qualifier de racistes dans le quotidien Ha'aretz du 18 novembre 2005. Que l'on prenne la version traduite de l'hébreu vers le français par l'UJFP, ou la version traduite de l'anglais vers le français par Monsieur Macina (de l'UPJF), ses propos sont indéniablement racistes à mon sens. Et il les maintient totalement lors des émissions du RCJ des 4 et 11 janvier, où il estime être "victime" d'une machination du Ha'aretz, puis du Monde, et d'un chroniqueur de Libération. Sa loggorhée est pourtant étalée sur 8 pages dans le Ha'aretz, il ne peut être question de piège au détour d'une question, ni encore des extraits de citations qu'a faits le Monde.

Je n'ai pas demandé qu'il soit écarté de l'émission Répliques qu'il anime sur France Culture, mais je ne me priverai pas de dénoncer ces propos.
J'ai parcouru quelques articles reproduits sur votre site ; à l'évidence, nous ne partageons pas les mêmes valeurs, et encore moins les mêmes combats.

Patrice Bardet




Mardi 17 janvier – 23 h 25

Bonsoir,

Je vous fais acte de la civilité de votre réponse et suis sensible au regret exprimé de vous être emporté. Cela est tout à votre honneur.

Sachez que "l'invasion" à laquelle j'ai procédée, en plaçant mon message sur une quinzaine de sujets du site "Bellaciao", ne venait qu'après avoir été censuré TROIS FOIS... alors que je ne m'exposais à aucun des motifs justifiant une telle censure.
Le double langage (démocratisme côté cour, et censure côté jardin) et les abus d'autoritarisme me sont, comme à beaucoup d'autres j'imagine, insupportables...

Je concède, pour ma part, une erreur relative à la nature de vos rapports avec le site "Bellaciao" dont vous n'êtes donc pas un responsable ni un animateur. Et comprends, évidemment qu'un engagement syndical n'épuise pas la richesse d'une vie privée ni la palette de convictions acquises en dehors de ce champ d'activités militantes.

Mais là n'est pas l'essentiel. Peu importe, ici, que vous n'engagiez pas, institutionnellement, la CGT. Ce qui me choque, c'est qu'avec cette culture politique et – quoi que vous vous en défendiez – cette intellectualité (au sens de "l'intellectuel organique" de Gramsci), vous n'ayez pas eu, au minimum, le réflexe de ne pas écrire ce que vous avez écrit.

Je ne vous fais pas un procès personnel. Je traite votre réaction comme un symptôme, inquiétant, de la porosité de milieux dits "progressistes" :

a) aux catégories d'un ultra anti-sionisme qui vire à la haine et à la judéophobie ;

b ) aux conceptions d'un anti-impérialisme qui tend au choc des civilisations [par une diabolisation de "l'Occident"] ;

c) aux discours communautaristes qui essentialisent leur "identité", voire même qui la fabriquent, comme dans le cas d'un Tariq Ramadan avec son "identité musulmane" ;

d) aux hypocrisies des discours "anti-racistes" qui interdisent, d'évoquer, par exemple, la sur-représentativité "maghrébine" dans les prisons - comme le fait le Père Delorme – sans se faire "FNisé" sans plus de réflexion. Etc.

Le républicanisme d'un Finkielkraut, qu'il accentue au fur et à mesure d'interventions de plus en plus désespérées, représente un obstacle pour ces courants. Son intelligence dérange. Et ses engagements aux côtés de Shalom Archav ("La Paix maintenant") trouble les partisans d'un anti-sionisme globalisant et judéophobe.

Je ne "défends" pas Finkielkraut. Je crois que lui aussi s'est emporté dans cette interview à Haaretz. Mais je m'insurge contre l'idée qu'on puisse le taxer de racisme parce qu'il refuserait de s'esbaudir devant le poncif des vertus du métissage.

Lévi-Strauss permet de penser un anti-racisme qui ne soit pas un racisme retourné, ni une haine de soi. Défauts dans lesquels tombe la pétition des "Indigènes de la République", qu'effectivement je ne soutiens pas.

Lévi-Strauss n'exhorte pas à la "nécessaire séparation des cultures", il explique que ce qui rend leur rencontre féconde, c'est précisément leurs différences, et que ces différences sont menacées par l'uniformisation à laquelle il faut donc résister si on souhaite que les cultures aient toujours à se féconder par leur rencontre.

Pourquoi de telles propositions ne peuvent-elles être débattues sur le forum de "Bellaciao" ? Qui, au contraire, laisse l'antisémitisme s'exprimer sans retenue... Voilà qui est inquiétant quand, comme moi, on s'est longtemps situé dans le républicanisme, le progressisme et, même, le révolutionnarisme de gauche*.

Michel Renard



* Républicain, je le suis plus que jamais, quel que soit le subterfuge sémantique par lequel ceux qui ne le sont plus voudraient blâmer ceux qui le sont encore en les taxant de "républicains abstraits". Être républicain c'est à la fois défendre un idéal, un principe et des dispositifs pratiques. Pourquoi prétendre dissocier les deux ? Sinon pour, dénaturant le principe, faire adopter des dispositifs qui ne sont plus républicains (communautarisation de l'espace public, discrimination positive, atteintes à la laïcité...). Critiquer un républicain en lui disant qu'il défend une "abstraction" rappelle le stalinisme qui repoussait la notion, abstraite, de liberté en disant qu'elle était "formelle" et "bourgeoise"...

Progressiste
, je le suis mais sans fanatisme. Ceux qui détruisent l'école au nom d'un pédagogisme "centré sur l'enfant" et au nom de "l'égalité" ont beau se prétendre progressistes, ce sont sont de vrais réactionnaires (et ils sont majoritairement "à gauche"). Alors que ceux qu'on cherche à ridiculiser en les associant à une défense des "vieilles méthodes" sont de réels progressistes. Le drapeau du "progressisme" cache des bataillons qui ne le sont plus.

Révolutionnaire
. Je ne sais plus quelle signification cela peut bien avoir aujourd'hui ni qui s'en réclame sérieusement. Mais cela n'invalide pas une bonne part des combats passés qui se sont déroulés sous cette bannière.

M.R., 31 janvier 2006



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Posté le 30/01/2006 à 23:52:05 (id:19468)
"Bellaciao", Patrice Bardet, les autodafés de l'intégrisme militant (Michel Renard)
autodafé organisé par les nazis allemands en mai 1933





"Bellaciao", Patrice Bardet,
les autodafés de l'intégrisme militant

après la censure d'une citation de Lévi-Strauss par le site "Bellaciao"

Michel RENARD



Le site "Bellaciao" a donc définitivement censuré la critique que j'apportais à la diatribe qu'ils publient contre Finkielkraut. Il a censuré la citation du grand ethnologue Claude Lévi-Strauss tirée du livre d'entretiens accordés à Didier Éribon en 1988 : De près et de loin. Citation invoquée contre l'usage irénique et les apories de la notion de "métissage". J'ai eu ainsi l'occasion de mesurer à quel point la pensée dite "révolutionnaire" pouvait diverger du progressisme intellectuel qui l'avait longtemps accompagnée.

Le site "Bellaciao" prétend s'inscrire dans l'héritage de la résistance italienne et européenne au fascisme... Simple posture romantico-vibrionniste...!
En réalité, l'esprit est à la caricature et au simplisme, à l'intolérance et au refus de la contradiction, à l'injure et à la grossièreté anti-intellectualiste. En arriver à censurer Lévi-Strauss... quand on se prétend défenseurs de l'anti-racisme, cela devrait faire réfléchir.

Ils ignorent que l'une des plus grandes critiques du racisme a pour titre "Race et histoire", rédigée à la demande de l'Unesco en 1952 par Claude Lévi-Strauss, qu'elle a longtemps figuré dans le livre Anthropologie structurale (2) avant d'être éditée à part. Ils ignorent, dans ce texte, l'existence de cette affirmation paradoxale : "En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus «sauvages» ou «barbares» de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie." Ce que l'on pourrait peut-être décliner dans les termes suivants, à propos des animateurs du site "Bellaciao" : les "racistes, et tous les ennemis du genre humain" sont d'abord ceux qui croient que tous leurs contradicteurs sont des racistes, et des ennemis du genre humain...


Patrice Bardet, "militant Ufict-CGT de la Caisse Régionale d'Assurances Maladie Nord Picardie", délégué syndical, et l'un des animateurs de "Bellaciao", a qualifié la citation de Lévi-Strauss sur la différence des cultures et la résistance à leur uniformisation, de "vomissure"..., disant qu'elle devait trouver place sur un "site fasciste".
Patrice Bardet, professionnellement, est un cadre, ce n'est donc pas un analphabète. Politiquement, il est engagé dans des mouvements qui critiquent la déshumanisation produite par le triomphe des seuls intérêts marchands dans la société capitaliste, il aspire à une "révolution" émancipatrice... Comment se fait-il qu'il manifeste un tel analphabétisme en matière de culture "progressiste" ? Comment se fait-il que son militantisme soit à ce point déshumanisé qu'il destine un texte de Claude Lévi-Strauss à une "poubelle fasciste" ? On me dira : on n'est pas obligé de connaître Lévi-Strauss pour être un militant CGT ou pour intervenir sur le forum du site "Bellaciao". Soit. Mais alors, qu'il se renseigne avant de parler...! L'ignorance n'a jamais rendu service à qui que ce soit. Surtout pas à un militant "révolutionnaire".

Finalement, les autodafés ne sont peut-être pas à craindre d'un seul camp. La "gauche révolutionnaire" a bien changé, et l'obscurantisme militant fait des ravages. Je comprends un peu mieux comment une partie d'entre elle (Forum Social européen...) a pu s'allier avec les islamistes, partisans du voile pour les femmes : c'est le même intégrisme qui leur sert de pensée politique.
Michel Renard



- Race et histoire (1952) de Lévi-Strauss :
http://www.amazon.fr/ex...133/402-3932320-4485745




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Posté le 17/01/2006 à 11:10:14 (id:16738)
Outrance et censure sur le site "Bella ciao" - à propos de Finkielkraut (Michel Renard)
Outrance et censure sur le site
la rhétorique contre les "ennemis du genre humain"
fleure bon l'antisémitisme




Outrance et censure sur le site "Bella ciao"

à propos de Finkielkraut

Michel RENARD



Le vendredi 13 janvier 2006, le site "Bellaciao" http://bellaciao.org/fr...e.php3?id_article=22176 publiait cet article : "LE FRONT DE LA HAINE Sarkozy Finkielkraut Klarsfeld" :


Nicolas Sarkozy, Monsieur Racailles-Karcher, après avoir mis le feu aux banlieues par ses insultes et le comportement de sa police, s'est fait épauler par deux de ses amis :
- Alain Finkielkraut qui s'est permis d'injurier copieusement "les noirs" et "les arabes" (en novembre dernier dans une interview au quotidien israélien Haaretz), les accusant d'êtres les seuls responsables des émeutes dans les banlieues, de refuser de s'intégrer, de haïr les Français et d'exercer une mauvaise influence sur les "Français blancs", propos qui lui ont valu des félicitations de notre ministre de l'Intérieur selon lequel Finkielkraut " fait honneur à l'intelligence française".
Ce même "philosophe", qui monopolise la parole dans les médias (il a même une émission hebdomadaire sur France Culture, radio publique financée par nos impôts !), avait déjà accusé les Antillais (sur Radio Communauté Juive) d'être des assistés de la métropole. Il a en outre fait savoir à plusieurs reprises que "le métissage" lui répugnait.

- Arno Klarsfeld, avocat qui se présente plus volontiers dans sa tenue de militaire israélien pour bien faire savoir qu'il a récemment passé un an dans l'armée israélienne à réprimer les Palestiniens dans les territoires occupés de Cisjordanie, s'est vu confier par Sarkozy la mission de statuer sur la loi du 23 février 2005, la loi pour l'enseignement des "bienfaits de la colonisation française".

Mais ne soyons pas mauvaises langues, M. Sarkozy a également d'autres amis, notamment :
- les chefs de la police israélienne qu'il a fait venir en France en décembre dernier pour donner des leçons de "maintien de l'ordre" à la police française. Il ne faudrait pas que tous ces métèques, ces grévistes, ces lycéens, tous ces contestataires s'imaginent qu'ils peuvent croire en une société plus équitable.
Sarkozy trouve la méthode israélienne à son goût. C'est bien normal : au nom de la "sécurité" de la "lutte contre le terrorisme" on fait passer de plus en plus de lois et de décrets liberticides sur les contrôles de police, la durée de la garde à vue, la généralisation de la vidéosurveillance. On attaque le droit de grève, et dans le même temps on rogne le pouvoir d'achat des moins riches tout en demandant la suppression de l'impôt sur la fortune, on privatise et on délocalise pour le bénéfice de quelques uns, on déloge les sans-logis de leurs abris, on rafle des enfants pour les mettre dans des charters .

Pas contents ? Vous n'avez qu'à vous en prendre à tous ceux qui ont été parqués dans des banlieues-ghettos. Tout est de leur faute ! C'est ça le "choc des civilisations" qu'essaie de nous vendre la propagande américano-israélienne de Sarko-Racailles-Karcher, qui revendique "la manière forte" pour nous mater tous, sous couvert de «mauvaises graines islamistes des banlieues».

La plupart des médias ont beau se relayer pour essayer de nous vendre cette marchandise, qui a fait le lit des régimes fascistes, nous ne sommes pas dupes.
Nous avons obligé Finkielkraut à renoncer à sa conférence publique à Lyon en décembre dernier, et Klarsfeld à enlever sa tenue militaire israélienne, à Montpellier en ce début d'année.
Ensemble, nous pouvons faire reculer Sarkozy, les racistes, et tous ces ennemis du genre humain.



À la lecture de cet article, j'adresse le commentaire suivant au site... et m'aperçois, le lendemain, qu'il a été purement et simplement effacé. C'est leur droit. Mais :

1) qu'ils disent préalablement que la censure s'exerce sur "ballaciao.org" ; on saura à qui on a à faire ;
2) qu'ils l'assument, en "caviardant" au noir les commentaires censurés comme le faisait la presse de gauche et d'extrême-gauche au temps de la censure gouvernementale ;
3) qu'ils ne se posent pas en parangons de la démocratie.

Par ailleurs, la rhétorique contre les "ennemis du genre humain" fleure bon l'antisémitisme
. C'est ainsi que l'on taxait les juifs dans l'empire romain, au Moyen Âge et... jusque dans une certaine extrême gauche anarchiste française (Proudhon : "Le Juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l'exterminer") et dans le discours islamiste contemporain.
Michel Renard




commentaire du texte "le front de la haine"
censuré par le site "Bellaciao"


Cet article est, évidemment, outrancier.

Prétendre que Finkielkraut "monopolise" la parole dans les médias, relève de la plus mauvaise foi. Quant à son émission "Répliques", sur France Culture, c'est effectivement, l'une des plus intelligentes émissions que je connaisse depuis des années !

Lui reprocher de ne pas apprécier le métissage est absurde. La logique du métissage, c'est la disparition de TOUTE culture. Ce qu'avait déjà relevé une grand intelligence française qui s'appelle Claude Levi-Strauss :

- "C'est la différence des cultures qui rend leur rencontre féconde. Or ce jeu en commun entraîne leur uniformisation progressive : les bénéfices que les cultures retirent de ces contacts proviennent largement de leurs écarts qualitatifs ; mais au cours de ces échanges, ces écarts diminuent jusqu'à s'abolir. N'est-ce pas ce à quoi nous assistons aujourd'hui ? Soit dit en passant, cette idée que, dans leur évolution, les cultures tendent vers une entropie croissante qui résulte de leur mélange (...) vient en droite ligne de Gobineau, dénoncé par ailleurs comme un père du racisme. Ce qui montre bien le désordre qui règne actuellement dans les esprits. (...)
Que conclure de tout cela, sinon qu'il est souhaitable que les cultures de maintiennent diverses, ou qu'elles se renouvellent dans la diversité ? Seulement il faut consentir à en payer le prix : à savoir, que des cultures attachées chacune à un style de vie, à un système de valeurs, veillent sur leurs particularismes ; et que cette disposition est saine, nullement - comme on voudrait nous le faire croire - pathologique. Chaque culture se développe grâce à ses échanges avec d'autres cultures. Mais il faut que chacune y mette une certaine résistance, sinon, très vite, elle n'aurait plus rien qui lui appartienne en propre à échanger. L'absence et l'excès de communication ont l'un et l'autre leur danger."
Claude Lévi-Strauss, De près et de loin, éd. Odile Jacob, 1988, p. 206-207.

Bon, mais avec la folie actuelle, on peut s'attendre à ce qu'un procès en déficience d'anti-racisme ne soit prochainement intenté à Claude Lévi-Strauss...

Michel Renard
16 janvier 2006


- le livre de Claude Lévi-Strauss, De près et de loin :
http://www.amazon.fr/ex...177/402-3932320-4485745



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Posté le 16/01/2006 à 15:53:36 (id:16594)
Va-t-il falloir bastonner Voltaire ? La critique de l'islam (David Martin-Castelnau)
Va-t-il falloir bastonner Voltaire ? La critique de l'islam (David Martin-Castelnau)
Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP,
Ahmed Naït Balk, journaliste et Catherine Wihtol de Wenden, politologue
lors d'un débat à l'Institut du Monde Arabe en avril 2005




Va-t-il falloir bastonner Voltaire ?

La critique de l'islam

David MARTIN-CASTELNAU




Il ne semble plus possible de mener une réflexion critique sur l'islam sans qu'elle passe pour du racisme antiarabe. Aussi, l'islam n'est plus seulement une religion, mais une idéologie en action. Peut-on encore en débattre librement?
Marianne


Les récents articles et interventions de Mouloud Aounit, le secrétaire général du Mrap, posent une question pertinente : peut-on critiquer l'islam sans nourrir le racisme qui frappe nombre d'Arabes ? Dit autrement : peut-on, même sans ménagement, s'en prendre à une doctrine sans nuire à ses partisans ou assimilés ? La réponse que propose Aounit - en bref : priorité à la lutte contre le «racisme islamophobe» - n'est, hélas, guère satisfaisante.

Vient d'abord un problème de définition. Qu'est-ce que le «racisme islamophobe» ? Est-on encore ici dans le débat rationnel, qui veut que les mots correspondent à des faits ? Ou dans une compote polémique, qui verrait «fascisme» , «racisme» ou simple «désaccord» se confondre ? Le racisme, par définition, cible des races, des ethnies, pas des idées. On n'évoque ainsi jamais un racisme anticapitaliste ou un racisme antinihiliste, mais un racisme antiarménien ou antiasiatique. Etablir, non un parallèle, mais une identité entre l'ethnie et la religion, entre le fait d'être arabe et celui d'être musulman, est un raccourci contestable.

Une telle confusion, qui brouille délibérément la frontière entre islam et Arabe, reproduit du reste le schéma lepéniste : l'individu étant programmé par sa communauté, il ne saurait échapper à son essence. Or, une partie non négligeable des Arabes sont chrétiens ou libres-penseurs. Sont-ce de mauvais, de faux Arabes ou des sous-Arabes ? Un Arabe n'appartient pas à l'islam comme la plante à son terreau. Comme n'importe lequel de ses frères humains, c'est un être doué de libre arbitre - pour s'en persuader, lire et relire le lumineux Pourquoi je ne suis pas musulman d'Ibn Warraq.

Problèmes subséquents : la critique de l'islam peut-elle avoir des motivations non malignes ?

Peut-elle provenir même de ceux qui ne cherchent pas un prétexte malveillant envers les Arabes ? Abdelwahab Meddeb a tenté de répondre dans un essai nuancé, la Maladie de l'islam. Car, n'en déplaise à Mouloud Aounit et au Mrap, l'islam pose un certain nombre de problèmes qui ne doivent rien au racisme occidental. Ces problèmes sont, d'ailleurs, ressentis de façon aiguë en Asie, en Inde notamment, et dans nombre de pays africains, chrétiens ou animistes, soit, avec l'Europe et les Etats-Unis, par les huit dixièmes de l'humanité. Il faudra bien en parler, et autoriser les maladroits, comme les excités, de tous bords à en parler.

L'alternative, au demeurant, est simple : interdire toute réflexion critique sur l'islam, en la requalifiant de délit raciste. N'aura-t-on, dans l'avenir, plus le droit de s'en prendre à l'islam en tant qu'idéologie ? Imposera-t-on par la contrainte sa mise sous tabou, pour décréter que seuls le christianisme, le capitalisme, l'écologie, le sionisme, etc., pourront être malmenés dans le débat? Faudra-t-il tenir à l'oeil la satire laïcarde du Canard enchaîné, les outrances anti-religieuses de Charlie Hebdo, voire les cercles de réflexion maçons ? Mettre à l'index les philosophes qui, de René Girard à Marcel Gauchet, avancent que le judéo-christianisme n'est pas l'équivalent de l'islam, et que lui seul, à ce jour, a permis sa propre relégation au profit de la démocratie ? Traduire devant un tribunal Bernard Stasi, président de la Commission sur la laïcité, qui déclare que «le voile est objectivement un signe d'aliénation de la femme» ? La société de citoyens libres et raisonnables que nous voulons être ne peut l'accepter.

Nostalgique de l'Andalousie ou non, solidaire de la précarité immigrée ou non, on est en droit d'estimer que quelque chose ne tourne pas rond en islam sans être traité de «raciste». Il existe, en effet, de sérieux motifs à traiter l'islam contemporain comme une idéologie en action et de le tenir, sans haine mais avec préoccupation, pour problématique : propagation de la violence et du ressentiment, régression du statut de la femme comme du citoyen, explosion de l'anti-sémitisme sous couvert d'antisionisme -jusqu'au rapport du Pnud, présenté par deux musulmans en 2002, mesurant le naufrage économique, culturel et politique des pays régis par la charia. Nulle part il n'est question d'insulter ou de brimer des êtres, mais de discuter des idées, de les critiquer.

Imaginons que Voltaire, l'homme qui a contribué à mettre le catholicisme tout-puissant à genoux et à le renvoyer dans la sphère privée, revienne pour professer qu'aujourd'hui «écraser l'infâme» , c'est refouler l'islam. Faudrait-il l'embastiller? Le faire bastonner au pied de son immeuble ? Prolongeons cette sombre question par une autre, presque comique : où en est la gauche associative, dans quel état de déréliction, pour qu'une succursale communiste, le Mrap, annonce vouloir créer un Observatoire de l'islamophobie ? Est-elle fidèle à son rôle en défendant ainsi le haschisch du peuple ?

* Auteur des Francophobes (Fayard) ;
à paraître : le Haineusement Correct (Fayard).
Marianne, 24 novembre 2003



- source de cet article, Marianne :
http://www.marianne-en-..._article_marianne.phtml



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Posté le 11/01/2006 à 15:26:27 (id:15597)
Le credo antisémite de Hugo Chávez (Libération)
Le credo antisémite de Hugo Chávez (Libération)




Le credo antisémite de Hugo Chávez

Inquiétudes de la communauté juive après un discours du président vénézuélien




Antinéolibéral, anti-impérialiste... et antisémite ? Le président vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine, a identifié les «maîtres du monde» : «Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ.» Cette «minorité s'est emparée des richesses du monde». Des déclarations tenues le 24 décembre, passées d'abord inaperçues et qui inquiètent la petite communauté juive vénézuélienne, 0,1 % de la population, d'autant que d'autres soupçons visaient déjà depuis longtemps le président vénézuélien. La veille de Noël, Hugo Chávez visite un centre d'hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l'Etat de Zulia. Il discute avec la directrice et les personnes qui vivent là, se lance dans des diatribes habituelles contre «l'impérialisme» et célèbre «Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (...), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste». «Plus que jamais, le Christ nous manque (...), mais il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) s'est emparée des richesses du monde [...] et a concentré ces richesses entre quelques mains.»

«Dans ses mots convergent deux arguments centraux de l'antisémitisme, a réagi la délégation du centre Simon Wiesenthal pour l'Amérique latine, en Argentine, celle qui accuse les juifs d'avoir tué Jésus, et celle qui les associe avec les richesses.» «Il est particulièrement paradoxal, poursuit ce communiqué, que le président d'un pays qui dans quelques jours va être hôte d'un des rassemblements de la pensée progressiste, le Forum social mondial, utilise une rhétorique réactionnaire et moyenâgeuse.»

Le centre Simon Wiesenthal réclame des «excuses publiques» : «Le silence pourra seulement être interprété comme une réaffirmation d'une pensée raciste.» Excuses publiques qui ne viendront jamais. Le texte intégral de la «soirée de Noël» de Hugo Chávez était toujours en ligne hier sur le site officiel du ministère de la Communication et de l'Information vénézuélien.

Le 29 novembre, la communauté juive vénézuélienne s'était déjà inquiétée quand 25 policiers armés avaient investi le Centre hébraïque de Caracas, qui inclut une école, pour, officiellement et en vain, chercher des indices sur l'assassinat à la voiture piégée, un an auparavant, du procureur chargé d'enquêter sur le coup d'Etat du 12 avril 2002 qui avait chassé Hugo Chávez du pouvoir pendant deux jours. Des médias d'Etat vénézuéliens avaient insinué que le Mossad pourrait avoir été derrière cet assassinat. Le procureur général du Venezuela a également accusé la CIA d'avoir «planifié» cet attentat.

Dans les années 90, Hugo Chávez a longtemps été conseillé et inspiré par Norberto Ceresole, notamment sur le thème favori du président vénézuélien, les liens entre Armée, Caudillo, Peuple, titre d'un livre de cet «idéologue» argentin qui avait déjà été conseiller de la dictature militaire nationaliste «de gauche» péruvienne de Juan Velazco Alvarado, entre 1968 et 1975. Norberto Ceresole est un révisionniste affiché qui disait de lui-même, avant sa mort, en 2003 : «Je ne suis bien sûr ni antisémite ni nazi (...), je fais juste partie d'un révisionnisme qui veut démontrer qu'une partie importante du récit de la déportation et de la mort des juifs sous le système nazi a été arrangée en forme de mythe.» Après la tentative de coup d'Etat du lieutenant-colonel Hugo Chávez en 1992, Norberto Ceresole avait été expulsé du pays. Chávez l'avait rappelé à ses côtés en 1998, juste après son élection, avant de s'en séparer un an plus tard.

Chávez sera aussi un des premiers chefs d'Etat à recevoir ­ «début 2006» ­ le président iranien, élu en juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, celui-là même qui a appelé à «rayer Israël de la carte».

Jean-Hébert Armengaud,
Libération, lundi 09 janvier 2006




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Posté le 09/01/2006 à 08:57:36 (id:15335)
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