- Mémoire familiale
Joseph Renard (1874-1915), mon arrière grand-père (photo)
Joseph Renard (1874-1915), mon arrière grand-père (photo)
Joseph Renard, "mort pour la France"
le 27 novembre 1915 à Allencomble (Meurthe-et-Moselle)




Joseph Renard (1874-1915), mon arrière grand-père




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Posté le 09/01/2006 à 11:34:53 (id:15345)
Joseph Renard (1874-1915), "mort pour la France"
Joseph Renard (1874-1915),
fiche de mon arrière grand-père, Joseph Renard,
"mort pour la France" en 1915
(site internet "Mémoire des hommes")




Joseph RENARD, 1874-1915, "mort pour la France"



Mon arrière grand-père avait pour nom Edme Joseph Renard, on l'appelait Joseph. Il était né le 3 janvier 1874 à Montcresson, petite commune du Loiret, et mourut pendant la guerre de 1914-1918. Son propre père, Michel Renard (1842-1913) avait eu deux fils : Joseph et Émile (1877-1942).

Joseph Renard était jardinier. Il s'est marié le 4 septembre 1899 avec Marcelline Beaulieu, née le 22 octobre 1873 à Gy-les-Nonains (Loiret) qui exerçait la profession de couturière et habitait à Saint-Germain-des-Prés, celui du Loiret, pas celui de Paris...

En 1899, à la présidence de la République, Émile Loubet avait remplacé Félix Faure mort dans les bras de sa maîtresse. Loubet avait été élu par les partisans de la révision du procès Dreyfus qui divisa la France. Le 23 février, lors des funérailles de Félix Faure, Paul Déroulède et sa "Ligue des patriotes" tentèrent d'entraîner sur l'Elysée l'escorte militaire funéraire, mais la tentative de coup d'Etat échoua. Dans ce climat de violente agitation nationaliste, Emile Loubet fut agressé au champ de courses d'Auteuil. La tentative de coup d'Etat et l'agression physique dont il avait été victime poussèrent le président à faire appel à Pierre Waldeck-Rousseau qui forma, le 22 juin 1899, un cabinet de "défense républicaine". Par ailleurs, alors qu'il a été condamné à nouveau par le tribunal militaire, lors du procès de Rennes, le capitaine Dreyfus est grâcié le 19 septembre par Emile Loubet.

Joseph Renard, lui, était domestique jardinier dans une maison bourgeoise. Il avait trouvé du travail à Chitry-les-Mines dans la Nièvre. Chitry, pays de "Poil de carotte", où l'écrivain Jules Renard passa son enfance et dont il fut le maire à partir de 1904... Je ne sais si Jules et Joseph se sont rencontrés... Peut-être... C'est là, sur les bords de l'Yonne, que le 26 octobre 1900 Joseph voit naître son fils René - mon grand-père, mort en 1984.

Joseph fut ensuite employé à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne) où René a grandi. Quand, en 1913, le garçon fut reçu au Certificat d'études, Joseph lui offrit une magnifique bicyclette. À Bois-le-Roi, il travaillait dans un domaine qui s'appelait "Bellerive", propriété du diplomate Léon Noël (1888-1987), alors auditeur au Conseil d'Etat – il devint premier président du Conseil constitutionnel, nommé par De Gaulle en 1959. Léon Noël adressa un télégramme de condoléances lors du décès de Joseph, la deuxième année de guerre.

Mon arrière grand-père trouva la mort le samedi 27 novembre 1915, dans l'éboulement d'une tranchée d'Allencomble (Meurthe-et-Moselle), au cours du bombardement de la position. Quelques jours avant que sa compagnie ne quitte le front pour aller au repos. À quoi songeait-il ? À qui allaient ses pensées, quand le bruit sourd de l'impact et le fracas des madriers s'abattirent sur lui ? Le jardinier qui s'était appliqué à retourner la terre pour y semer la vie, eut-il le temps de trouver injuste que l'absurdité humaine mît un terme à la sienne en l'abandonnant vivant sous la glaise et le bois déchiqueté ? Combien de minutes resta-t-il à souffrir et comprendre qu'il s'enfonçait dans le noir, seul...? Son capitaine écrivit à sa veuve, mon arrière-grand-mère Marcelline, que j'ai connue quand elle vivait à Brolles, à côté de Bois-le-Roi, une lettre avant même qu'elle ne fut officiellement prévenue. Son mari n'a donc vécu que 41 ans et, de son côté, après 16 ans de mariage, elle connut un veuvage qui dura 55 ans... puisqu'elle disparut en 1970.




Lettre du capitaine
de la compagnie du 39e Régiment Territorial auquel appartenait
Joseph Renard, à la suite de son décès le 27 novembre 1915

Jeudi 9 décembre 1915
Madame,
Je n'avais pas le droit de vous prévenir officiellement du grand malheur qui vous frappe. Maintenant que vous ne l'ignorez pas, je m'empresse de vous donner tous les renseignements qui pourront vous être de quelque intérêt. Votre mari était un excellent soldat, d'un dévouement à toute épreuve et possédait l'amitié et l'estime de ses camarades et de ses chefs.
Il est tombé au champ d'honneur face à l'ennemi le 27 novembre dernier à 10 heures 30 du matin, lors du bombardement intense de la position occupée par la compagnie.
Il n'a pas été frappé par un obus, mais écrasé par l'éboulement d'un boyau. Quelques minutes après, quand ses camarades l'ont retiré, il avait cessé de vivre. Vous pouvez être certaine que sa mort a été sans souffrance.
Nous lui avons rendu les derniers honneurs le lendemain dimanche, et son corps repose au cimetière militaire de Badonviller. Un cercueil a été fait, sa tombe est numérotée, et vous le retrouverez facilement après la guerre. J'ai fait dire une messe pour le repos de son âme le jeudi 2 décembre et nous y avons tous assisté.
Vous serez prévenue officiellement du décès, et remise vous sera faite ultérieurement d'un petit lot d'effets usagés que le régiment fera parvenir au dépôt.
Je me suis permis de mettre de côté pour vous en faire l'envoi moi-même de certains objets qui sont pour vous des reliques et dont j'aurais craint la perte en les laissant dans le paquet dont je vous parle.
Dans peu de jours, la compagnie ira au repos. Je vous ferai l'envoi : d'un paquet de quelques lettres arrivées également depuis le décès. D'un paquet contenant sa montre, son couteau, son portefeuille et divers objets personnels. Enfin un mandat de cent quatre vingt dix sept francs quinze centimes comprenant les deniers trouvés sur lui, soit : 195 F 40 et le prêt auquel il avait droit du 21 au 27 novembre, soit 1 F 75. Je vous serais reconnaissant de m'accuser réception du tout.
Je vous renouvelle encore tous mes sentiments de condoléance et vous assure, madame, de mon respectueux dévouement.
Maru..avey (??)


- site "Mémoires des hommes" qui contient toutes les fiches des "morts pour la France" de 1914-1918 :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/



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Posté le 09/01/2006 à 00:46:49 (id:15332)
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