- Mémorialisme
Racisme anti-Harkis (Khader Moulfi)
Racisme anti-Harkis (Khader Moulfi)







Racisme anti-Harkis

Roubaix : suite à la stèle en hommage aux harkis souillée

Khader MOULFI




Communiqué de presse de Khader Moulfi, coalition nationale des harkis
Suite au "vandalisme abject et pleutre" (perpétré dans la nuit du 26 au 27 janvier dernier), de la "stèle érigée en hommage aux harkis", par la Ville de Roubaix, passé sous silence, quasi-total, étatique, politique, démocratique et médiatique, la Coalition Nationale des Harkis et des Associations de Harkis appelle à un rassemblement (suivi d'une marche jusqu'à l'Hôtel de Ville)

le samedi 11 février 2006 à 15h30
devant le Monument aux Morts à Roubaix !!!

Ces "évènements très préoccupants" ne sauraient être dissociés, de la récente "polémique outrancière et tous azimuts", autour de l'alinéa 2 de l�article 4 de la Loi du 23 février 2005 (destiné, également, à accorder une place éminente, dans les manuels scolaires, à l'histoire dramatique et occultée des harkis), au cours de laquelle certains "revanchards anti-harkis" (anciens porteurs de valise du FLN et/ou assimilés, nationalistes pro-FLN franco-algériens et/ou immigrés résidents dans notre territoire, pseudos historiens révisionnistes et négationnistes mettant leur idéologie au-dessus de la déontologie �) ont saisi, cette "aubaine", pour en découdre, une fois de plus, avec les harkis et leurs familles, en incitant à la haine et à la violence, à l'encontre des rapatriés d�origine Nord Africaine (RONA), par leur "stigmatisation abusive et permanente", en créant un "amalgame douteux et dénué de tout fondement" entre la "colonisation et la décolonisation" et le "règlement partiel du rapatriement dégradant, inhumain et discriminatoire des harkis et leurs familles".

Néanmoins, il convient de rappeler que ces "incidents affligeants et honteux" sont, relativement, fréquents puisqu'il y a, à peine quelques mois de cela, des "tombe ", exclusivement, de RONA (à l'origine d'une perfide sélection délibérée et préméditée par les protagonistes de ces initiatives veules et inqualifiables), ont été "profanées", dans le cimetière municipal, de la Ville de Hem (affaire très peu médiatisée, elle aussi, en son temps et, objet du mépris des politiques et des pouvoirs publics) !!!

Force est de constater que les harkis et leurs familles sont victimes, dans une indifférence quasi-générale, d'un "triple racisme" : l'un aux faciès très basique, l'autre de la part des ressortissants algériens et franco algériens et, enfin, par les plus hauts indignitaires du FLN algérien, dont le despote Bouteflika, se permettant de nous injurier, en toute impunité, sur notre propre territoire...!!!

La "communauté harkie" n'entend plus, dorénavant, continuer à subir, de telles "persécutions", au sein de notre propre pays, et de rester, ad vitam aeternam, les "laissés pour compte de la république" et, en conséquence, notre collectif exhorte, tous les "républicains démocrates", à soutenir, notre présente initiative, car nous sommes hostiles aux "atteintes de quelque nature que ce soit contre l'intégrité, la mémoire et l'honneur de nos parents vivants ou défunts" !!!

Enfin, nous déplorons l'absence de "réactions significatives et tranchées", de la part de l'Etat et de ses services, des politiques de gauche comme de droite, des "professionnels de la citoyenneté et autres droits de l'hommiste subventionnés", ...

Khader Moulfi
Porte-parole et coordinateur
de la coalition nationale des harkis
et des associations de harkis

Collectif apolitique et militant
pour la justice et la réparation envers
les harkis et leurs familles à Roubaix



- en savoir plus : harkis.info.com

- la profanation de la stèle des harkis à Beauvais en décembre 2004





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Posté le 10/02/2006 à 21:32:45 (id:21301)
Jacques Chirac et la date de la commémoration de l'esclavage (Emmanuel Georges-Picot)
Jacques Chirac et la date de la commémoration de l'esclavage (Emmanuel Georges-Picot)
exposition à Saint-Denis et Montreuil
(2002) sur les résistances à l'esclavage dans les
colonies françaises






Jacques Chirac annonce lundi la date de la commémoration de l'esclavage

Emmanuel Georges-Picot



PARIS (AP) -- Jacques Chirac annoncera lundi la date retenue pour la journée annuelle de la mémoire de l'esclavage dans un discours destiné à apporter la réponse de la République française à la "question noire", selon l'Elysée.
Le chef de l'Etat pourrait retenir la date du 10 mai. Cette date a été proposée par le comité pour la mémoire de l'esclavage, présidé par l'écrivain guadeloupéen Maryse Condé, dans un rapport remis en avril 2005 à Jean-Pierre Raffarin.
Ce comité, qui assistera au discours présidentiel, avait été constitué après le vote de la loi du 21 mai 2001, dite loi Taubira, par laquelle la France a reconnu l'esclavage comme un crime contre l'humanité. La loi prévoyait de fixer une date de commémoration annuelle en métropole après "la consultation la plus large".
Depuis 1983, les départements d'outre-mer célèbrent l'abolition de l'esclavage à des dates distinctes: le 22 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, le 20 décembre à La Réunion, le 27 avril à Mayotte. La journée nationale ne se substituera pas à ces dates, précise l'Elysée.
Le choix de la date de commémoration est une question très sensible, particulièrement outre-mer. Le comité Condé s'est prononcé en faveur du 10 mai, date de l'adoption par le Parlement de la loi Taubira.
Mais six députés UMP et PS des départements d'outre-mer ont appelé solennellement jeudi Jacques Chirac à retenir le 23 mai, date d'une manifestation en 1998 à Paris de 40.000 Français originaires des DOM. Le PCF s'est également prononcé en faveur du 23 mai. Quelle que soit la date retenue, la première journée de commémoration, non fériée, aura lieu dès cette année, précise l'Elysée.
Outre la date de commémoration, le chef de l'Etat annoncera la création d'un lieu dédié à la mémoire de l'esclavage. Une mission de préfiguration sera confiée à une "personnalité indiscutable", selon son entourage.
Jacques Chirac annoncera par ailleurs la constitution d'un laboratoire de recherche sur l'esclavage. Devant des élèves de trois collèges et lycées de Bordeaux, Châteaubriant et La Courneuve, il insistera sur la nécessité d'accorder à ce crime sa juste place dans les programmes scolaires.
Au-delà de ces mesures concrètes, le chef de l'Etat veut apporter une réponse "claire, symbolique et apaisée" à une blessure qui s'est rouverte ces dernières années. Les difficultés d'intégration des personnes de couleur, et plus récemment la polémique sur la colonisation, ont mis en évidence une "question noire" en France, reconnaît l'Elysée. Même si l'entourage présidentiel se refuse à faire le lien, la crise des banlieues a aussi joué un rôle dans cette prise de conscience.
Un Conseil représentatif des associations noires (CRAN) s'est créé en novembre dernier pour défendre les intérêts des quelque cinq millions de Français ayant la peau noire. Son président a été invité lundi à l'Elysée avec d'autres responsables d'associations.
Préoccupé par le risque d'exploitation de ce malaise à des fins communautaristes, Jacques Chirac expliquera que les valeurs républicaines peuvent rassembler les Français, explique son entourage.
Le chef de l'Etat, loin d'une démarche de repentance, rappellera ainsi que "la République a toujours été exemplaire sur cette question de l'esclavage". L'esclavage, rétabli par Napoléon Ier, a été aboli une première fois en 1794, puis définitivement en 1848.
"Nous pouvons être fiers de notre histoire, marquée par tant de succès, tant de grandeur, tant de lumière. Mais c'est aussi parce qu'on est à l'aise avec son histoire que l'on peut reconnaître ses zones d'ombre et ses épreuves", déclarait le chef de l'Etat le 4 janvier.
Cette volonté de réconcilier la France avec son passé a été au coeur des deux mandats de Jacques Chirac, dont l'un des premiers gestes a été de reconnaître en juillet 1995 la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des juifs. D'autres discours importants sur des enjeux de mémoire sont prévus dans la dernière année de son mandat.
AP, 29 janvier 2006



- source de cet article : http://permanent.nouvel...60129.FAP3038.html?1616



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Posté le 30/01/2006 à 00:45:53 (id:19227)
Ghettoïsation : un cran d'arrêt (Michel Wieviorka)
Ghettoïsation : un cran d'arrêt (Michel Wieviorka)
Michel Wieviorka





Ghettoïsation : un cran d'arrêt

Le Conseil représentatif des associations noires mérite les encouragements des démocrates

Michel WIEVIORKA, sociologue



Les violences urbaines de novembre ont mis à mal non pas l'idéal républicain, mais les discours incantatoires qui, depuis près d'un quart de siècle, l'ont transformé en «républicanisme». Pour les tenants de cette manière de voir, quiconque s'en écarte, intellectuellement ou pratiquement, est nécessairement un «casseur de la République», un communautariste dangereux s'il s'agit d'un penseur ou d'un chercheur, un délinquant s'il s'agit d'un acteur. Mais l'intégration à la française est en panne : sociale, puisque des pans entiers de la population sont durablement exclus ; institutionnelle, puisque les institutions de la République ne tiennent pas pour tous leur promesse de liberté, d'égalité et de fraternité ; politique, puisque le système des partis n'offre aucune perspective réaliste d'inflexion; et culturelle, puisque divers particularismes viennent contester le monopole de la nation dans sa capacité à absorber ou transcender les identités.

Une dimension cruciale de cette crise tient à la faiblesse des acteurs qui pourraient, de bas en haut, impulser des dynamiques de changement et réenchanter notre vie politique. C'est ainsi que dans les quartiers les plus démunis, le Parti communiste, principal animateur des «banlieues rouges» de l'époque, a décliné et le tissu associatif a dépéri.

Dans ce contexte qui serait encore plus désespérant si des élus locaux n'avaient pas maintenu une certaine présence municipale, ni les projets d'un Parti socialiste inaudible, ni les propositions cosmétiques d'un Premier ministre sans ressources, ni l'agitation médiatique d'un ministre de l'Intérieur au profil de plus en plus bonapartiste n'apportent de quoi mettre fin aux inquiétudes sur l'avenir.

Pourtant ces dernières semaines, un espoir est apparu, avec l'annonce de la création d'une fédération regroupant quelque cinquante associations «noires», le Cran (Conseil représentatif des associations noires). Cette naissance tombe à pic. Elle souligne le caractère réactionnaire jusqu'à l'absurde des parlementaires de droite, qui ne veulent pas revenir sur le texte de loi demandant que les manuels scolaires d'histoire soulignent les mérites de la colonisation. Elle marginalise Dieudonné, dont les dérives antisémites transformaient en haine et en irrationalité la cause des descendants de la traite, de l'esclavage et de la colonisation.
Elle annonce une plus grande capacité de lutte contre le racisme et les discriminations, tant il est vrai que dans l'espace public, ce type de combat est d'autant plus efficace qu'il est porté par ses victimes, qui cessent d'être dominées ou aliénées, de se taire, ou de tout attendre d'autres qu'eux-mêmes ­ aussi bien intentionnés qu'ils soient, démocrates, humanistes, religieux. Le nouveau mouvement noir n'a rien à voir avec la haine antisémite, est ouvert à la connaissance historique, à la raison, et d'ailleurs, il compte en son sein des historiens professionnels.

S'il parvient à s'installer dans la durée, il devrait apporter la démonstration qu'il est possible en France, sans mettre en cause le moins du monde l'idée républicaine, d'affirmer l'existence d'une identité particulière dans l'espace public, d'agir pour transformer la mémoire en histoire, et de combattre pour faire reculer le racisme. Cela vaut assurément mieux que les propos «républicanistes» qui vouent aux gémonies tout ce qui marque la présence d'une minorité dans ce même espace public. Après tout, si aujourd'hui, notre connaissance du régime de Vichy a pénétré jusqu'aux manuels scolaires, c'est bien parce qu'il y a eu une mobilisation dans laquelle des membres d'un groupe particulier, en l'occurrence juif, ont exercé une pression considérable. On est en droit d'attendre le même type de progrès du nouveau mouvement «noir».

Mais ne nous leurrons pas, des difficultés considérables attendent les nouveaux acteurs «noirs», et pas seulement parce qu'ils s'opposent aux nostalgies réactionnaires de ceux qui ne veulent considérer que des individus libres et égaux en droit, sans ancrage ni rivage particuliers, pas seulement non plus parce qu'ils ferment la voie au discours de la haine, qu'elle soit «antiblanche» ou autre. Les premières tiennent à l'adjectif «noir» qui est ainsi revendiqué. Car cet adjectif ramène les acteurs à leurs seules dimensions biologiques, à la couleur de peau, et donc à un attribut synonyme de violences subies, physiques comme symboliques. Etre «noir», c'est être avant tout victime, être défini par un passé fait de destructions, d'oppression, de domination, de rejet et de mépris. Pour se constituer durablement, tout en évitant de se raidir lui-même dans la violence, le mouvement «noir» devra se doter d'une identité positive, et pas seulement victimaire, il lui faudra montrer sa capacité à se définir par un apport à l'humanité, et à la société dans laquelle il se développe - une culture, des formes artistiques, une littérature, des langues, une mémoire qui ne soit pas seulement «lacrymale», selon le mot de l'historien juif Salo Baron. C'est ce qu'ont bien compris dès les années 70 certains militants de la cause noire aux Etats-Unis, surtout parmi les couches moyennes éduquées, qui, à l'instar de Jessie Jackson, ont commencé à imposer l'usage du qualificatif d'African-American et l'abandon de celui de Black. Car être African-American, c'est mettre en avant divers aspects positifs de l'identité, historiques, culturels, et pas seulement demander reconnaissance d'un passé et d'un présent fait de discriminations et de vexations ­ ce qui se voit, par exemple, dans la démultiplication des départements d'African-American Studies dans les universités américaines. Un premier enjeu, pour le mouvement naissant en France, sera de trouver les mots lui permettant d'adosser une identité positive, à une identité «négative», détruite, qu'il ne s'agit donc pas de sous-valoriser.

Un deuxième ensemble de difficultés tient à l'hétérogénéité de la population qu'il s'agit pour l'heure de fédérer. Le terme «noir», en effet, pourrait ne pas résister aux différences qui séparent, par exemple, ceux dont l'histoire résulte de la traite négrière et l'esclavage, notamment aux Antilles, de ceux qui ont plutôt été victimes de la colonisation française, en particulier en Afrique subsaharienne. Là encore, l'expérience des Etats-Unis devrait inciter à réfléchir : la distance revendiquée y est grande, par exemple, entre descendants des esclaves, African-Americans, et nouveaux migrants en provenance d'Afrique subsaharienne, et ni les uns, ni les autres ne se confondent avec ceux qui viennent des Caraïbes. La raison, l'acceptation du savoir historique, l'idée d'un combat diversifié, mais contre le même adversaire ­ le racisme, la négation historique ­ devront s'imposer à tous malgré des différences importantes, que le mouvement devra apprendre à gérer, et à ne pas laisser se transformer en conflits et en déchirements internes.

Mais dans le climat plutôt déprimant qui est le nôtre, nous devons saluer l'émergence d'un acteur qui devra, certes, surmonter bien des écueils, mais qui mérite les encouragements de tous ceux qui entendent conjuguer l'idée républicaine et la démocratie ­ et non pas les opposer.

© Libération, 19 décembre 2005

- Dernier ouvrage paru : La Tentation antisémite. Haine des juifs dans la France d'aujourd'hui, Robert Laffont.




Pas d'accord...

* Michel Wieviorka défend des thèses que je ne partage pas. Il s'est toujours montré partisan d'une affirmation et d'une visibilité des "identités particulières dans l'espace public". Je ne vois pas en quoi cela permettrait de dépasser les discriminations qui existent ni de dissoudre les "ghettos"... Une communautarisation de l'espace public, même "soft", alimente une dynamique de filières protégées, de clientèles et de ghettos. À propos des discriminations, il faudrait songer à incriminer la formation reçue à l'école qui, sous l'emprise du pédagogisme, a désarmé les enfants des milieux les plus défavorisés et gravement perturbé leurs possibilités d'acquérir de réels savoirs.

La prise en compte plus grande de l'histoire et des origines d'éléments de la population française provenant de l'ancien empire colonial, est évidemment souhaitable. Mais elle ne doit pas être inféodée aux groupes qui déforment la réalité historique et réduisent la période coloniale à un "système" dépersonnalisant, uniquement oppressif et exploiteur, tels que s'y emploient les leaders des "Indigènes de la République".

Michel Wieviorka développe une vision simpliste de la place prise par l'épisode de Vichy (1940-1944) et par la persécution des juifs dans l'histoire de France. Selon lui, elle serait due à une "mobilisation dans laquelle des membres d'un groupe particulier, en l'occurrence juif, ont exercé une pression considérable". Désolé, mais il s'agit d'un point de vue rétrospectivement "communautariste"... La réalité, ce sont bien sûr les initiatives des époux Klarsfeld, de Marcel Ophuls (le film Le chagrin et la pitié), de Claude Lanzmann ou de Bernard-Henry Lévy... qui sont intervenues dans un contexte particulier : affaire Darquier de Pellepoix qui niait les chambres à gaz en 1978. Initiatives dont la valeur en terme de connaissance n'est pas égale d'ailleurs... : le film Shoah survalorise le témoignage sans aucune critique historienne, et le livre de BHL, L'idéologie française, a été sévèrement étrillé par les historiens pour ses amalgames et raccourcis.

Mais la réalité, c'est aussi le travail d'historiens tels que Jean-Pierre Azéma, Serge Klarsfeld, justement, Pascal Ory, Fred Kupferman, Pierre Vidal-Naquet, et bien sûr les Américains Stanley Hoffmann, Robert Paxton (la traduction de la France de Vichy date de 1973) et Herbert Lottman, qui a permis un débat de connaissances sur le passé. Sur ce point, il faut lire l'ouvrage d'Henry Rousso, Le syndrome de Vichy (1987).

La république et la démocratie ne sont pas à opposer, ainsi que le souhaite avec raison Michel Wieviorka. Pour cela, laissons la concurrence des mémoires se développer dans l'espace démocratique (c'est inévitable), mais reconnaissons à l'institution républicaine et à ses composantes (école, université notamment...) le soin d'énoncer des savoirs historiques susceptibles de servir de références rigoureuses et, pour cela, admissibles par tous dans la vie de la nation. La République ne saurait être placée à la remorque de la démocratie dont l'un des inconvénients (mais c'est aussi, pour une part, une garantie des libertés) réside dans le déploiement confus des identités essentialisées et exaltées.
Michel Renard




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Posté le 27/01/2006 à 12:25:26 (id:18523)
Esclavage, une journée pour mémoire (Bernard Thiolay)
Esclavage, une journée pour mémoire (Bernard Thiolay)
Alphonse GARREAU (1792, ?)
L'Emancipation à la Réunion,
Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie*




Esclavage
Une journée pour mémoire


La date du 10 mai devrait être choisie pour que la France se souvienne de la traite négrière. Cela suffira-t-il à éteindre la polémique ?

Boris THIOLAY


À quand une trêve dans la guerre des mémoires qui cherchent peu à peu à annexer le terrain de la recherche historique? Alors que la polémique se poursuit sur le bilan de la colonisation et sur les séquelles de l'esclavage, le président de la République, Jacques Chirac, devrait annoncer, avant la fin du mois de janvier, l'instauration d'une «Journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions», le 10 mai. Suggérée par le Comité pour la mémoire de l'esclavage, mis en place sous l'autorité du ministère de l'Outre-Mer, la date du 10 mai renvoie au jour de 2001 où fut votée la loi Taubira reconnaissant «la traite négrière et l'esclavage [comme] un crime contre l'humanité». La France reste à ce jour le premier pays, et le seul, à avoir adopté une telle loi. Une exception française qui, après le refus par les parlementaires UMP d'abroger l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le «rôle positif de la présence française outre-mer», finit par hérisser le poil des universitaires. Ainsi, 19 historiens - rappelant que l'Histoire n'est ni la «mémoire» ni la «morale», pas plus qu'un «objet juridique» - réclament désormais l'abrogation de plusieurs articles des quatre lois mémorielles votées en France: la loi Gayssot sur les crimes contre l'humanité (1990), celle reconnaissant le génocide arménien (1991), la loi Taubira ainsi que celle du 23 février 2005.

La prochaine journée de commémoration de la traite et de l'esclavage, qui est censée impulser la recherche universitaire et l'enseignement sur le sujet, permettra-t-elle d'apaiser les esprits? Pas évident.

Car le choix du 10 mai est contesté. «On veut nous imposer cette date alors que la majorité des associations de Français originaires d'outre-mer sont favorables au 23 mai, en référence à la première grande marche silencieuse (40 000 participants) de 1998, à Paris, en hommage aux victimes de la traite», proteste Patrick Karam, président du Collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais. Friande de coups d'éclat, cette association s'aventure aussi sur un terrain douteux: assigner en justice un historien spécialiste de l'esclavage, Olivier Pétré-Grenouilleau (Les Traites négrières), pour «contestation de crimes contre l'humanité», au nom de cette même loi Taubira qu'il aurait contredite dans un entretien donné en juin 2005 au Journal du dimanche. Ainsi, après les parlementaires, ce serait à la justice de trancher dans le débat historique...

L'urgence d'un débat démocratique
«Le choix de la date importe moins que le contenu de la commémoration, relève de son côté l'historien guadeloupéen Frédéric Régent (Esclavage, métissage, liberté). L'essentiel est de parvenir à un débat démocratique sur ces questions.» L'universitaire rappelle cependant la force symbolique d'un autre 10 mai dans la lutte contre l'esclavage. Ce jour-là, en 1802, Louis Delgrès, colonel martiniquais de l'armée républicaine - qui préféra se suicider avec ses hommes plutôt qu'accepter le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte - fit placarder une proclamation: «La résistance à l'oppression est un droit naturel. [Notre cause] est celle de la justice et de l'humanité.» Dans cette déclaration, Delgrès garantissait aussi aux Blancs protection et respect. Des mots d'une portée universelle.
Bernard Thiolay, L'Express, 5 janvier 2006



- source de cet article :
http://www.lexpress.fr/.../dossier.asp?ida=436390

- source de l'iconographie :
http://www.histoire-ima...e.php?liste_analyse=414

Le tableau donne à voir une représentation héroïque et allégorique de la déclaration publique du décret. Le processus historique qui a conduit à l'affranchissement des esclaves et à leur accession au statut de citoyens est minoré au profit de la représentation héroïsée du représentant du peuple et des allégories de la Liberté et de l'Égalité. Sarda-Garriga est représenté debout, tenant dans sa main droite une lettre où figure le texte de la déclaration. Il porte l'écharpe tricolore et une cocarde rouge, insignes de la République. Son visage est tourné vers la foule des hommes, femmes et enfants noirs qui se pressent autour de lui. Sa main gauche désigne les outils utilisés par les esclaves dans les plantations ainsi qu'une roue de moulin à sucre, objets entassés au pied d'un monument. Sarda-Garriga se tient en bas des marches de ce monument où le buste de la République est associé au mot Liberté et au symbole de l'Égalité (gravure d'une balance). A côté de ce monument allégorique sont figurées des ruches d'où s'échappent des abeilles, représentation énigmatique, qui semble s'opposer à la sucrerie figurée à l'arrière-plan. Les divers outils et instruments évoquant les travaux exécutés par les esclaves dans la colonie reposent contre un trépied supportant un brasero où brûlent des substances aromatiques, parfum qui semble s'opposer, comme le miel des abeilles et le sucre issu du travail des esclaves, à la fumée qui se dégage de la cheminée de l'usine de canne à sucre. L'ensemble forme une allégorie au sens obscur, qui traduit peut-être certains éléments du discours qui accompagnait la lecture publique du décret d'abolition de l'esclavage faite par Joseph Sarda-Garriga le 20 octobre 1848 devant la préfecture de Saint-Denis.

Esclavage et économie coloniale
La première moitié du XIXe siècle voit l'émergence d'une classe dominante de colons dont la richesse s'appuie sur la possession de grands domaines consacrés à la culture de la canne à sucre et à sa transformation. De nombreux esclaves constituent l'essentiel de la main-d'œuvre utilisée sous la conduite de gérants et de commandeurs. Les fondements de cette société esclavagiste, qui se perpétue depuis le XVIIe siècle, n'ont pas été ébranlés par la résolution de la Convention du 4 février 1794, abolissant l'esclavage dans les colonies, résolution jamais appliquée dans l'île de La Réunion. Sous la pression de l'Angleterre, le gouvernement français prohibe en 1817 la traite dans les colonies françaises, mais la condition d'esclave, personne physique sans état civil, sans personnalité juridique et sans droits propres, perdure pour les 62 000 esclaves de La Réunion. Cependant, les idées républicaines ainsi que le développement des mouvements abolitionnistes, notamment à travers les écrits de Victor Schoelcher, aboutissent à l'adoption du décret d'abolition du 27 avril 1848. Nommé gouverneur de l'île en 1848, le “ représentant du peuple ” Joseph Sarda-Garriga reçoit la mission de mettre un terme à plus d'un siècle et demi d'esclavage dans l'île. Le 19 octobre 1848, en compagnie du procureur Massot, il préside la séance officielle d'enregistrement du décret du 27 avril.

Le tableau d'Alphonse Garreau, qui était également professeur au collège de Saint-Denis, est sans doute l'un des premiers exemples de construction d'une iconographie républicaine qui érige en symbole non plus seulement des idées, mais les journées et les événements qui accompagnèrent l'avènement de la IIe République. On pourra comparer cette représentation de l'abolition de l'esclavage avec d'autres allégories créées à cette époque, notamment les allégories de la Liberté, figure féminine triomphante, debout sur un char accompagnée d'un ancien esclave brandissant une chaîne brisée (Anniversaire de la République universelle et sociale, lithographie de 1848, Archives départementales de La Réunion). On pourra également la rapprocher également du tableau d'Auguste-François Biard, La Déclaration de l'abolition de l'esclavage, le 27 avril 1848, allégorie illustrant l'oubli du passé et la réconciliation sociale.
Marie-Hélène THIAULT



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Posté le 08/01/2006 à 14:29:02 (id:15064)
Contestation d'un mémorial dédié aux musulmans tués à Verdun
Contestation d'un mémorial dédié aux musulmans tués à Verdun
stèles musulmanes au cimetière
de Verdun-Douaumont



Contestation d'un mémorial
dédié aux musulmans tués à Verdun


Boubakeur présente à Chirac un mémorial dédié
aux musulmans tués à Verdun (AFP)



vendredi 6 janvier 2006

AFP 05.01.06 | Le recteur de la mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, a présenté jeudi à Jacques Chirac un mémorial en hommage aux musulmans tués dans la bataille de Verdun, qui doit être inauguré en 2006. Le président de la République a reçu à l'Elysée les autorités religieuses à l'occasion des voeux. "Nous avons fait un tour d'horizon de la situation des musulmans de France, et j'ai présenté au président de la République le projet du mémorial des musulmans morts pour la France à la bataille de Verdun en 1916 qui est actuellement en cours de construction à Douaumont et que nous souhaitons qu'il inaugure en juin 2006", a déclaré M. Boubakeur à la sortie de la cérémonie. Outre M. Boubakeur, l'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, le président de la Fédération protestante de France, Jean-Arnold de Clermont, le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, et le métropolite grec-orthodoxe de France, Mgr Emmanuel, étaient reçus à l'Elysée, en compagnie de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et à ce titre chargé des cultes.

Commentaire FLJ : Même dans la mort, même lorsque la mort a emporté des citoyens qui se sont battus pour leur pays, il faut que l'on classe les humains, il faut que certains cherchent à séparer, à revendiquer un petit bout d'une prétendue identité. S'il faudrait effectivement que la République française reconnaisse beaucoup mieux le rôle essentiel joué par les Français originaires des colonies en 14-18, il est consternant de voir qu'on va élever un mémorial en mettant en avant la religion des combattants. Et puis, des questions se posent. Comment est-on sûr que ceux qu'on va honorer comme "musulmans" morts au combat se sentaient vraiment musulmans ? Certains n'avaient-ils pas apostasié ou changé de religion ? Faudra-t-il bientôt aussi un mémorial pour les homosexuels morts au combat ? Et un pour les hétéros noirs et d'origine juive ? Un autre pour les bouddhistes mangeurs de chocolat ? Un dernier pour les amateurs d'astrologie pensant qu'ils sont morts parce que les astres n'étaient pas bien placés ? Bref, on ferait mieux d'honorer les morts pour ce qu'ils sont : des hommes et des femmes tués dans une guerre stupide. Quand on voit un squelette, sa religion a peu d'importance.
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J'ai adressé à ce site le commentaire suivant :

Votre commentaire est assez surprenant... Vous dites : "quand on voit un squelette, peu importe la religion". D'abord, on ne voit pas un squelette. On voit une sépulture qui, hors cas de mort violente à la guerre, répond généralement aux voeux de celui qu'elle abrite et qu'il a formulés de son vivant. Or, les hommes de confession et de culture musulmane - ainsi que ceux de toutes religions d'ailleurs - observent certains rites mortuaires dont on ne voit pas quelle raison justifierait qu'on les en prive parce qu'ils sont morts au combat et non dans leur lit... Réduire, comme vous le faites, leur existence à une mort anonyme par la violence de la guerre, n'est-ce pas les tuer une seconde fois en trahissant leur foi et leurs coutumes... dont le respect, faut-il le remarquer, ne cause de tort à personne et ne retire rien à ceux qui vivent encore après eux et devraient se montrer reconnaissants.

Michel Renard, professeur d'Histoire
(Saint-Chamond, 42400)
7 janvier 2006
blog : http://recuerdo.macreablog.com/



- site d'où provient ce texte :
http://www.fairelejour.org/breve.php3?id_breve=984

- iconographie :
http://clg-anne-frank.s...tes/voyages/verdun2.htm



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Posté le 07/01/2006 à 22:11:54 (id:14833)
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