- Histoire
«Qu'est-ce qu'un Empire ?» de Paul Veyne
«Qu'est-ce qu'un Empire ?» de Paul Veyne
mosaïque romaine, Rome, IIIe siècle
© España, Madrid, Museo arqueológico nacional





«Qu'est-ce qu'un Empire ?» de Paul Veyne
lectures et commentaires


Claude Fouquet a lu «L'Empire gréco-romain» de Paul Veyne
(Seuil, 2005, 25 €)

Hérodote.net



L'idée impériale ensorcelle les hommes depuis deux millénaires. Alexandre n'était que basileus, c'est-à-dire roi. Ce ne sont pas les Grecs, mais les Romains qui ont inventé l'empire avec Jules César et ses héritiers, au point qu'empereur se dit Kaiser en allemand et Czar ou Tsar en russe, en serbe et en bulgare. À Constantinople les Grecs ont continué d'appeler basileus leur empereur, jusqu'en 1453.

L'empire gréco-romain, Paul Veyne (Seuil).

À partir du mot imperator, qui en latin signifie seulement chef, général victorieux, Rome nous a transmis une image de souverain prestigieux, au-dessus des simples rois, au point qu'encore en 1871, un roi prussien croyait utile à sa gloire de venir sceller à Versailles sa victoire sur la France en se faisant décerner le titre de César.

L'empire désigne à la fois un vaste État multinational et une forme de gouvernement électif où seul voterait le corps des officiers. Impérialisme est un terme ambigu, plus spécialisé et moderne que monarchisme, mais la chose est récusée à bon droit par les démocrates qui n'aiment pas les plébiscites, aussi par ceux qui ne veulent rien au-dessus de la nation, et enfin par les anticolonialistes, c'est-à-dire tout le monde aujourd'hui.

En 1973, Raymond Aron publiait La République impériale, les Etats-Unis dans le monde, 1945-1972, où il montrait en somme – c'est du moins ce que j'en ai retenu à l'époque – qu'une puissante démocratie pouvait légitiment s'opposer à une tyrannie qu'admiraient alors un quart des Français, derrière Sartre et une majorité d'enseignants, tyrannie que Ronald Reagan allait bientôt caractériser comme l'Empire du Mal, s'attirant ainsi durablement les moqueries de tant d'intellectuels. Ce n'est cependant pas Raymond Aron qui a inventé le terme de république impériale. Déjà, en 1896, un journaliste américain, Marse Henry Watterson, écrivait hardiment : «Nous sommes une grande république impériale destinée à exercer une influence déterminante sur l'humanité et à façonner l'avenir du monde comme aucune autre nation, y compris l'empire romain, ne l'a jamais fait.»

Vingt ans auparavant, la plus vieille monarchie d'Europe, la plus prestigieuse et aussi la plus démocratique, avait cru bon de conférer à la reine Victoria, qui n'avait rien demandé, le titre d'impératrice – certes seulement des Indes, pas d'Angleterre ni d'Écosse – afin semble-t-il d'exprimer l'idée d'une domination planétaire, au moment même où cette hégémonie sur la mer et l'outre-mer commençait à s'épuiser. C'était en effet bientôt l'Amérique qui allait, en 1898, saisir le sceptre impérial par sa victoire sur l'Espagne et sa conquête de Cuba et des Philippines. La république impériale allait ensuite sauver l'Europe, victime de ses démons nationaliste, marxiste et raciste. Elle continue encore aujourd'hui à dominer le monde, dans l'ensemble avec bienveillance et efficacité.

Le 5 janvier 2004, dans The New York Times Magazine, Michael Ignatieff décrivait en termes saisissants l'actuelle puissance américaine :
«C'est la seule nation qui assure la police du monde à travers cinq commandements militaires globaux ; maintient plus d'un million d'hommes et de femmes en armes sur quatre continents ; déploie des porte-avions avec leur escadre d'accompagnement pour surveiller tous les océans; garantit la survie de pays tels Israël et la Corée du Sud ; fait tourner les rouages des échanges et du commerce mondial, et remplit les cœurs et les esprits d'une planète entière avec ses rêves et ses désirs».



Paul Veyne : actualité de Rome

Est-il encore utile aujourd'hui d'étudier la Rome antique pour comprendre la république impériale qui domine actuellement le monde ? C'est en réalité dès l'époque de la République, deux siècles donc avant le Principat d'Auguste, que Rome devint un empire, c'est-à-dire une hégémonie transnationale. C'est-là un sujet que Paul Veyne, professeur au Collège de France, a passé sa vie à étudier et sur lequel il apporte un témoignage savant, subtil et nuancé. Son Empire gréco-romain n'est pas une histoire chronologique ; mais une reprise dense – 875 pages – d'articles récents, postérieurs à l'an 2000, et souvent profondément remaniés, car il avoue avoir l'esprit de l'escalier. Son propos est de suggérer une vision d'ensemble de cette «première mondialisation» que fut l'empire gréco-romain, dont tant de concepts subsistent dans le monde actuel, mondialisation commencée dès la République dans «les atroces guerres civiles qui devaient déboucher sur la monarchie augustéenne (et) avaient saccagé l'Orient devenu un enjeu, un champ de bataille, une terre d'aventure et avant tout une proie à dépecer pour les magnats romains qui se disputaient le pouvoir les armes à la main et qui pressuraient chacun leur part de Grèce et d'Orient pour financer leurs guerres» (page 235).

La monarchie césarienne n'a rien à voir avec les monarchies chrétiennes apparues en Europe occidentale sur les ruines de l'empire, et que le grand historien Ernst Kantorowicz estimait fondées sur «le Christ, la loi et l'homme». (The King's two bodies, Princeton University Press, 1957) Jamais les rois chrétiens ne furent considérés comme des dieux, alors que César devint dieu (Dominus et Deus) à partir de Domitien. Contrairement au César de Rome qui ne se reconnaît point d'homologues, les rois d'Ancien Régime s'appelaient l'un l'autre «mon cousin». «Le principat, note Veyne, n'avait pas l'équivalent des lois fondamentales non écrites de l'Ancien Régime. La plupart des régimes politiques sont limités par une tradition inconsciente, dont la réalité et la puissance ne se révèlent que trop, lorsque cette tradition n'existe pas ou qu'un régime dictatorial rompt avec elle ; les phénomènes les plus divers de tératologie politique peuvent alors apparaître, tels que notre siècle en a connu.

Or le régime impérial était né sans tradition ni modèle étranger ; jusqu'au IIIe siècle, il n'a pas existé de rôle auquel les princes se seraient conformés à leur insu et qui aurait limité leurs errements ou excentricités. Pire encore, il existait bien une tradition, mais c'était celle du pouvoir comme imperium, qui bousculait tout obstacle ; d'où les caprices sultanesques de Néron, Caligula et autres, tandis que notre ancien Régime n'aura pas ses "Césars fous"... Ce pouvoir absolu auquel la noblesse n'était pas en mesure de faire contrepoids n'avait d'autres limites que les prétendants rivaux, le meurtre du maître ou, si ce maître était un faible, les intrigues de sérail» (page 51).

L'absence d'État de droit est sans aucun doute une des raisons qui a empêché l'émergence d'une classe moyenne à Rome. Le bourgeois, créateur de l'économie moderne, n'est apparu pour la première fois qu'au Moyen Âge, dans l'Europe chrétienne latine et nulle part ailleurs. Car Rome était, selon Veyne, «l'empire du bakchich et de l'extorsion ou squeeze à tous les niveaux, comme les empires turc ou chinois.» C'est pourquoi les incontestables avancées technologiques des temps hellénistiques et romains furent stérilisées et ne permirent pas le décollage économique.

Après les guerres civiles de la fin de la République, le Principat puis l'Empire apparurent comme le prix qu'il fallait payer pour la paix civile. Ce fut un prix très élevé comme le montre la dépopulation attestée par l'archéologie. En cinq siècles, la partie européenne de l'empire perdra la moitié de sa population. On est loin de l'Âge d'Or évoqué jadis par Montesquieu et Gibbon.

C'est un sombre tableau de cette époque que peint Veyne. Il se demande même si le césarisme est bien un système politique. En tout cas, souligne-t-il, ce n'est en aucune manière un État de droit. «La mort en cet empire rôdait partout pour tout le monde petits et grands. Nous avons énuméré les usurpations incessantes, la mort violente des princes à deux chances sur trois, la loi de la jungle dans la classe gouvernante, le droit impérial de vie et de mort, la troupe envoyée contre les populations, l'imperium qui évacue l'idée d'un «droit» pénal ; ajoutons les réquisitions abusives, l'impunité avec laquelle les latifundiaires écrasent les petits propriétaires, les prisons privées pour dettes, les abus de pouvoir par l'administration, de puissance par les puissants, le degré élevé de férocité et d'arbitraire des répressions juridiques ou politiques, les épidémies de chasse aux magiciens ou à l'adultère, l'énorme chapitre de la vénalité, de la corruption, des détournements et des squeezes dans l'administration, la justice et la vie économique» (page 66).

Et les Grecs, dans cet empire bilingue ? Se sentaient-ils romains ? Plutarque, le plus romain des écrivains grecs, ne cache pas son amertume. Dans un texte rarement cité, il n'hésite pas à définir la pax romana comme «paix et servitude». Il va même très loin dans l'éloge de Néron, qui a si bien humilié la classe dirigeante romaine. Selon Veyne, «Rome a un complexe de supériorité politique et d'infériorité culturelle et, jusqu'à la chute de l'empire d'Occident, les Grecs auront le complexe inverse ; leur identité nationale sera celle d'un peuple hautement civilisé qui a été impérial et ne l'est plus» (page 178). D'Auguste à Théodose aucun empereur n'est grec. Alors que Gaulois et Ibériques se sont rapidement sentis romains, les Grecs se ressentent comme soumis aux Romains jusqu'à l'époque de Théodose.

C'est en effet en 395 que tout bascule, quand Théodose partage l'empire entre ses deux héritiers. C'est alors un vrai divorce où le mépris mutuel s'exprime enfin librement. Pour les Occidentaux les Grecs sont lâches et efféminés. Ils ont trahi l'empire et favorisé le triomphe des barbares. À partir de cette date aucun empereur n'est légitime à Rome ou Ravenne s'il n'est investi ou même envoyé par Constantinople. «Devenus les maîtres d'une Rome grecque, les Grecs vont devenir les vrais Romains et s'appelleront les Rômaioi pour le millénaire à venir» (page 256). Ce divorce n'a cessé de marquer les esprits jusqu'à nos jours. Les autorités religieuses orthodoxes d'Athènes condamnaient encore récemment le sac de Constantinople par les croisés, en 1204, et l'empire latin alors imposé aux Grecs par la force.
Claude Fouquet



* Claude Fouquet est diplomate et historien. Il est notamment l'auteur de
Julien, la mort du monde antique (Les Belles Lettres, Paris, 1985) et de Délires et défaites (Albin Michel, 2000).

- source de cet article, le site Hérodote.net :
http://www.herodote.net...56121ebe930de3881d1a7ab





La Rome antique, quel cirque !

Un entretien avec Paul Veyne

Le Nouvel.Obs en ligne



Dans L'Empire gréco-romain, le grand historien a cherché à se mettre dans la peau des gens qui vivaient à l'époque. Et ce n'est pas triste

Le Nouvel Observateur. - Dans cette somme sur l'Empire gréco-romain, vous montrez que, si la politique est romaine, la culture, elle, est grecque...
Paul Veyne. - La culture et même la vie quotidienne ! Un Grec débarquant à Rome il y a deux mille ans, ce serait l'équivalent d'un Français débarquant au Japon aujourd'hui. Il y trouve les mêmes voitures, les mêmes ordinateurs et la musique nationale est la « Neuvième Symphonie » de Beethoven. L'empire gréco-romain est bilingue. La moitié orientale parle le grec qui est la langue internationale de la science et du commerce : c'est l'anglais de l'époque. Les Romains commandent mais, pour le reste, pour leur standing, ils adoptent la culture grecque qui s'étendait alors de l'Afghanistan au Maroc.

N. O . - Quel était le projet de ce livre ?
P. Veyne. - J'ai voulu réunir dans un volume tous les sujets dans lesquels j'espérais et imaginais pouvoir faire comprendre aux gens quel effet cela faisait quand on était dans la peau d'un individu à cette époque. Qu'est-ce qu'on ressentait quand on allait aux jeux du cirque ou quand on priait, comment c'était du dedans.

N. O. - Comment un Romain vivait sa religion ?
P. Veyne. - Je vous donne un exemple ahurissant. Un prince très aimé meurt. Aussitôt, la foule romaine furieuse jette des cailloux sur les temples des dieux à la façon dont des manifestants, chez nous aujourd'hui, protestent devant une ambassade étrangère. Si vous aviez des chagrins d'amour, vous vous en preniez à Vénus sur le thème « après tous les sacrifices que je t'ai offerts, c'est fini entre nous ». Ferait-on cela avec le dieu du christianisme ?

N. O. - Justement, le christianisme...
P. Veyne . - Le christianisme arrive avec une double invention invraisemblable : un dieu qui entretient avec ses fidèles des rapports passionnels puisqu'il punit ou pardonne et le personnage de Jésus-Christ qui n'est pas quelqu'un de légendaire. Il est de son époque, c'est un gourou. Voilà pourquoi cette religion s'est imposée comme un best-seller.

N. O. - Ce best-seller monothéiste a-t-il eu tout de suite beaucoup de pratiquants ?
P. Veyne. - Soyons franc, la proportion de la population sensible à ce pathétique qui prend aux tripes se comptait sur les doigts d'une seule main, de l'ordre de 3% ou 4%. Ce qu'il y a de décisif, c'est qu'un jour un empereur s'est converti sincèrement en 313. Il s'appelait Constantin. Il a jugé qu'un best-seller pareil, c'était la modernité, c'était la vraie religion, bien plus élégante que le paganisme avec ses contes et ses fables mythologiques. Lui-même et tous ses successeurs sont chrétiens parce que c'est la religion moderne.

N. O . - Persécutait-on les païens ?
P. Veyne. - Non. Il y avait d'ailleurs autant de hauts fonctionnaires chrétiens que païens. Le christianisme, c'est l'affaire privée de l'empereur. Il encourage financièrement cette religion qui est aussi une Eglise, c'est-à-dire un groupe hiérarchisé ayant autorité sur ses membres. Grâce aux évêchés, cette Eglise encadre la population. C'est ainsi que cet empereur et ce pouvoir impérial devenus chrétiens ne persécutent pas les païens mais les hérétiques !

N. O. - Le nouveau pouvoir n'a pas tenté d'affaiblir le paganisme ?
P. Veyne. - Si bien sûr, mais pas par la force. On ne change pas plus une société par religion que par décret. Il y a beaucoup de païens dans l'Empire et personne ne songe à les convertir de force. Les sacrifices sanglants seront supprimés mais les jeux du cirque maintenus pour ne pas se mettre la population à dos.

N. O. - Vous laissez entendre que les gladiateurs étaient des sortes d'intermittents du spectacle de l'époque, des saltimbanques...
P. Veyne. - Oui, mais des saltimbanques de très haut vol. Ce qu'ils font est tellement gonflé que chaque fois que naît un prince impérial la malice publique répand la rumeur que le bébé ressemble à tel gladiateur, c'est-à-dire sous-entend que l'impératrice a couché avec tel gladiateur ou bien qu'elle rêvait à lui au moment où l'empereur lui a fait l'enfant. Ce sont des super-vedettes parce qu'ils risquent la mort. D'où leur succès encore aujourd'hui au travers du cinéma.

N. O. - Pour quelle raison cet Empire a-t-il chuté ?
P. Veyne. - Sans aucune raison profonde. Certes le nombre de cinglés hystériques dans ce siècle chrétien est invraisemblable, mais cela ne suffit pas à expliquer la chute. Pas plus que la thèse de la dégénérescence ou de la décadence. Jamais ils n'ont été aussi vertueux et les hommes de génie abondaient aussi à cette époque. Non, c'est l'accumulation fâcheuse de petits incidents. La chute de l'Empire s'apparente à celle d'un pot qui tombe.
Laurent Lemire
semaine du jeudi 17 novembre 2005


- L'Empire gréco-romain, par Paul Veyne, Seuil, 880 p., 25 euros. Paul Veyne vient en outre de réunir ses articles parus dans le magazine «l'Histoire» sous le titre Sexe et pouvoir à Rome (Tallandier, 200 p., 21 euros).

- Paul Veyne, 75 ans, professeur honoraire au Collège de France et titulaire de la chaire d'histoire de Rome, est l'auteur d'une vingtaine de livres de référence dont Comment on écrit l'histoire, Le Pain et le Cirque et une étude sur René Char.

- source de cet article :
http://www.nouvelobs.co...cles/p2141/a286991.html



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Posté le 24/01/2006 à 10:19:01 (id:18092)
Les bases d’une conscience historique commune (manuel scolaire franco-allemand)
Les bases d’une conscience historique commune (manuel scolaire franco-allemand)
Voltaire et Frédéric II, roi de Prusse




Les bases d'une conscience historique commune

Un manuel scolaire franco-allemand

interview de Jean-Louis Nembrini,
conseiller du ministre de l'Éducation nationale et inspecteur général



À l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de l'Élysée en 2003, le président de la République française et le chancelier allemand ont décidé de faire du 22 janvier la Journée franco-allemande. Dans les écoles en France, cette journée est précédée d'une semaine visant en particulier à promouvoir l'apprentissage d'une langue parlée par environ 100 millions d'Européens. Par ailleurs, est actuellement en chantier un manuel d'Histoire commun aux 2 pays. Le CNDP a interrogé sur ce dernier point Jean-Louis Nembrini, conseiller du ministre de l'Éducation nationale et inspecteur général.


ENSEIGNEMENT


Comment est né le projet d'un manuel d'Histoire commun à la France et à l'Allemagne ?
- Jean-Louis Nembrini : Le projet de manuel d'Histoire commun franco-allemand a été présenté par le Parlement des jeunes à Berlin, le 23 janvier 2003, à l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de l'Élysée qui a été, d'une certaine manière, l'acte de naissance du “couple franco-allemand”. Cette proposition a reçu un accueil favorable de la part du président de la République française et du chancelier de la République fédérale d'Allemagne. Elle a ensuite été inscrite par le Premier ministre et par le chancelier parmi les thèmes traités au titre de la coopération décentralisée. Le Conseil des ministres franco-allemand - formule créée lors du 40ème anniversaire du Traité de l'Élysée - a donné une impulsion décisive au projet en mai 2004. Le 4ème Conseil des ministres commun, le 26 octobre 2004, a confirmé la décision de proposer un manuel commun d'Histoire franco-allemand et a arrêté le contenu proposé par le Conseil scientifique.
J'ai été chargé, au nom de l'inspection générale de l'Éducation nationale, de co-piloter avec Stephen Krawielicki, haut fonctionnaire du ministère allemand des Affaires étrangères, le Conseil scientifique franco-allemand chargé de ce projet.

Quel est son objectif ?
- Ce manuel a pour but de poser les bases d'une conscience historique commune chez les élèves allemands et français. Il est un signe et un symbole du rapprochement de nos 2 nations et du renforcement de l'identité européenne ; il exprime la volonté de contribuer à la construction de la citoyenneté européenne. De la même manière qu'en France, l'enseignement de l'histoire nationale a contribué à l'installation de la République. Ce manuel commun ne peut qu'aider à renforcer le sentiment d'une unité européenne.
Par ailleurs, ce manuel participe de l'utile travail d'approfondissement des relations entre nos 2 pays, au moment où l'Europe doit résoudre les problèmes de son organisation politique, de son élargissement et de ses limites.
Il permettra également d'enrichir la réflexion historique sur de nombreux sujets : les élèves bénéficieront du croisement des points de vue sur certaines questions et d'une documentation jusque-là absente des manuels d'Histoire.
Ce manuel représente une révolution dans l'enseignement de l'Histoire dans les lycées, car l'enseignement de l'Histoire, comme d'ailleurs l'enseignement de la Littérature, est essentiellement de tradition nationale. C'est aussi une grande première pour le ministère de l'Éducation nationale qui ne s'était jamais aventuré auparavant sur un terrain de cette nature.

À quoi ressemblera ce manuel ?
- Il abordera, en 18 chapitres, l'Histoire, de l'Antiquité à nos jours, y compris évidemment les 2 Guerres mondiales. En réalité, il y aura 6 ouvrages, puisque les classes de Seconde, de Première et de Terminale en France et les classes correspondantes en Allemagne seront concernées.
L'histoire européenne sera prioritairement traitée, mais les thèmes les plus importants de l'histoire mondiale ne seront évidemment pas absents ; cette approche est d'ailleurs celle des actuels programmes français d'Histoire. Les différentes questions seront abordées du point de vue de la France et de l'Allemagne dans les traditions respectives de l'enseignement de l'Histoire. Ce ne sera donc pas un livre traitant des relations franco-allemandes : naturellement, ces dernières seront abordées dès lors qu'elles seront centrales ou essentielles à l'intelligence du propos.
De chaque côté du Rhin, les grandes lignes du programme sont relativement similaires, malgré des traditions différentes : en France les programmes sont nationaux, en Allemagne les Länder ont leur autonomie. Au total, pour chaque niveau, l'essentiel du programme français sera traité. Les documents choisis afin d'accompagner les textes d'auteur seront les mêmes, quitte, pour certaines pièces particulièrement emblématiques, comme la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, à les présenter d'abord dans leur langue d'origine.

Cela représente-t-il beaucoup de travail ?
- Le gros travail, un travail d'écriture et de choix de documents, est à venir. À ce jour, le Conseil scientifique a rapproché les programmes en vigueur dans les 2 pays, détaillé le contenu des ouvrages et rédigé les problématiques des 18 chapitres, à charge pour les éditeurs et les auteurs - nécessairement bilingues - qu'ils auront choisis, de suivre ce guide précis. Bien entendu, le Conseil scientifique accompagnera en tant que de besoin la réalisation de ces ouvrages.

Comment traiter les chapitres douloureux de l'histoire commune aux 2 pays, par exemple les 2 Guerres mondiales ?
- L'essentiel n'est pas de chercher à tout prix un consensus historique : cela n'aurait aucun sens et ce n'est absolument pas le projet de ce manuel. L'histoire qui sera proposée aux élèves ne sera en aucun cas le résultat d'un plus petit dénominateur commun. Il est néanmoins vrai que les mémoires comme l'historiographie sont parfois différentes de part et d'autre du Rhin ; par exemple, les traités qui achèvent la 1ère Guerre mondiale font l'objet de lectures différentes. Il faudra donc, répétons-le, croiser les points de vue et opérer des mises en parallèle pour donner à la compréhension des choses une dimension supérieure.

Concrètement, comment va se présenter le manuel ?
- Il comportera 3 volumes au contenu identique, qui seront publiés simultanément dans les 2 pays. Ces ouvrages ne se différencieront pas des autres manuels d'Histoire avec leurs dimensions documentaires et méthodologiques. La publication aura lieu au printemps 2006, par un ou plusieurs tandem(s) d'éditeurs français et allemand(s) qui auront manifesté leur intérêt pour ce projet. Les ouvrages seront alors proposés au choix des établissements, au même titre que les autres manuels disponibles, pour les classes du second cycle des lycées, tant en France qu'en Allemagne, à partir de la rentrée 2006.

Pourra-t-on imaginer d'autres manuels de la même veine ?
- Avez-vous en perspective l'idéal d'un ouvrage commun aux Vingt-Cinq pays qui composent désormais l'Union européenne ? Mais la lourdeur de l'entreprise aurait de quoi décourager les tentatives ! Si, dès 2006, ce manuel franco-allemand d'Histoire figure en bonne place dans les établissements des 2 pays, si les professeurs, comme je le pense, le choisissent comme auxiliaire principal de leur enseignement, ce sera un beau résultat. Cela voudra dire qu'à terme, nous pourrions envisager des programmes communs d'Histoire, bi-nationaux ou plurinationaux.

Publié dans l'édition du mercredi 11 janvier 2006
site "Témoignages", journal fondé en 1944 par le Dr Raymond Vergès



- source de cet article :
http://www.temoignages....e.php3?id_article=12825

- L'Allemagne et la France poursuivent le rapprochement de leurs systèmes d'enseignement et de recherche :0
http://www.ac-versaille...info/flash17mai04.htm#1



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Posté le 11/01/2006 à 14:33:51 (id:15589)
Le serment du jeu de paume (J.-L. David)
Le serment du jeu de paume (J.-L. David)
Jacques Louis David, Serment du Jeu de paume,
le 20 juin 1789, 1790-1791. Huile sur toile.
Musée Carnavalet, Paris.



Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789,
au musée Carnavalet



Attribué à Louis David 1748-1825
Le Serment du Jeu de Paume
Huile sur toile, 1789
Salle 101

La main levée de Bailly est au centre de la composition. Représenté de face, l'orateur prend à témoin le spectateur éventuel de la grandeur de ce moment historique.

L'éclair zébrant les nuages, le vent qui s'engouffre dans les rideaux renforcent la " charge électrique " et dramatique de la représentation. Cette toile est peut-être l'esquisse du tableau commandé à David par l'Assemblée et laissé à l'état de préparation : l'évolution politique fut si rapide que l'œuvre cessa d'être de circonstance...


Le Serment du Jeu de paume

Convoqués par Louis XVI, ouverts le 5 mai 1789, les Etats Généraux sont le premier acte de la Révolution. Des réformes s'imposent, mais la noblesse prétend maintenir un vote par ordre, alors que le tiers état réclame une délibération commune et un vote démocratique, par tête. Le 17 juin, l'assemblée du tiers, grossie de transfuges du clergé, se proclame Assemblée nationale. Le 20 juin au matin, les élus du tiers se voient interdire l'accès à la salle des Menus Plaisirs où ils se réunissent. Furieux, ils se réfugient alors dans celle du Jeu de paume...
"Nation française, c'est ta gloire que je veux propager ! Peuples de l'univers, c'est une grande leçon que je veux vous donner !" (David). Rajeunis, idéalisés, les députés empruntent leurs attitudes à la noblesse des marbres antiques. En bon peintre d'Histoire, David joue de la variété des expressions pour saisir toute la gamme des passions. Mais tous les bras répètent le même geste fondateur, tous les regards convergent vers Bailly, plongé dans la lecture du serment révolutionnaire : "jurons de ne jamais nous séparer et de nous réunir partout où les circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que la constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides".



- source du texte : site du Musée Carnavalet :
http://www.paris-france...ution_serment_paume.htm



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Posté le 04/01/2006 à 11:35:46 (id:14283)
Pour les enfants, un récit simple (Fernand Braudel)
Pour les enfants, un récit simple (Fernand Braudel)
prise de la Bastille, 14 juillet 1789
anonyme, musée national du château de Versailles



Quel enseignement de l'histoire ? "Exiger la connaissance des dates essentielles,
situer dans le temps les hommes éminents, importants ou même détestables",
disait Braudel... à cent lieues des ratiocinations pédagogistes.




Pour les enfants, un récit simple

Fernand BRAUDEL


Pour les uns, l'histoire traditionnelle, fidèle au récit, esclave du récit, accable les mémoires, en prodiguant sans le moindre souci de les épargner les dates, les noms des héros, les faits et gestes des grands personnages ; pour les autres, l'histoire "nouvelle" qui se veut "scientifique", qui cultive entre autres la longue durée et néglige l'événement, serait responsable de ses échecs didactiques qui sont de véritables catastrophes, entraînant pour le moins l'oubli impardonnable de la chronologie. Cette querelle des Anciens et des Modernes n'a-t-elle pas bon dos ? Dans un débat qui est de pédagogie et non de théorie scientifique, elle cache les problèmes et les "culpabilités" au lieu de les éclairer.

Le problème est-il si compliqué ? Vous avez devant vous, dans le secondaire, de jeunes enfants, puis des adultes. Forcément, à un moment donné, l'enseignement doit changer, celui de l'histoire comme celui des autres matières. (...)
J'ai toujours prôné, pour les enfants, un récit simple, des images, des séries de télévision, du cinéma, soit en gros une histoire traditionnelle, mais améliorée, adaptée aux médias dont les enfants ont l'habitude. Je parle en connaissance de cause. J'ai été longtemps, comme tous les universitaires de ma génération, professeur de lycée et je réclamais toujours, à côté des classes terminales ou de concours qui m'étaient confiées, une classe de 6e, c'est-à-dire des enfants de dix à douze ans. C'est un public délicieux, spontanément émerveillé, devant qui on peut faire défiler l'histoire comme avec une lanterne magique.

Le grand problème est, chemin faisant, de lui faire découvrir la perspective, la réalité du temps vécu, les directions et significations qu'il implique, les successions qui, en le marquant, le jalonnent et lui donnent un premier visage reconnaissable. Je trouve abominable, en soi, qu'un élève moyen ne situe pas Louis XIV par rapport à Napoléon, ou Dante par rapport à Machiavel... Que le temps, peu à peu reconnu, prête donc le moins possible à confusion... Mais que le récit facile s'ouvre comme de lui-même sur des spectacles, des paysages, des vues d'ensemble ! Nous sommes en tels ou tels lieux, à Venise, à Bordeaux, ou à Londres...

À côté de l'apprentissage du temps, s'impose aussi l'apprentissage du vocabulaire : apprendre à jouer précisément avec les mots, les abstraits et les concrets... Avec les notions clefs : une société, un État, une économie, une civilisation... Tout cela le plus simplement du monde. Exiger la connaissance des dates essentielles, situer dans le temps les hommes éminents, importants ou même détestables. Les mettre à leur place.

Fernand Braudel, Grammaire des civilisations (préface, 1983),
Champs-Flammarion, 1993, p. 20-21.



- le livre de Braudel :
http://www.amazon.fr/ex...858/402-4988201-8094559

- le livre dirigé par Alain Corbin, 1515 et les grandes dates de l'histoire de France, revisitées par les grands historiens d'aujourd'hui :
http://www.amazon.fr/ex...845/402-4988201-8094559



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Posté le 28/12/2005 à 18:09:03 (id:13134)
La France occupée (1940-1944)
La France occupée (1940-1944)
La France occupée (1940-1944)



La France occupée (1940-1944)



- Vichy 1940-1944, Jean-Pierre Azéma et Olivier Wiewiorka, Perrin, 1997.
http://www.amazon.fr/ex...230/403-5286515-2151635

- site atlas-historique.net :
http://www.atlas-histor...rtes/France1940-44.html



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Posté le 22/12/2005 à 12:02:20 (id:12500)
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