1 - Andrée Michel,
Les travailleurs algériens en France, préface de Pierre Laroque, C.N.R.S., 1956, p. 197.
2 - Jacques Berque évoquait cette «crainte de l'insurrection, ou tout au moins de revanches spasmodiques, que le Petit Blanc impute aussitôt au "fanatisme" ou aux "mauvais instincts" du partenaire», in
Le Maghreb entre deux guerres, Seuil, (1962) rééd. 1979, p. 345.
3 - Certains historiens algériens n'hésitent pas devant une révision intégrale de l'histoire du conflit en lui attribuant une nature catégoriquement religieuse. C'est le cas de Mohammed Guentari : «La religion musulmane agissait dans les esprits et dans les cœurs des militants et Djounouds algériens. Elle formait et encourageait moralement les révolutionnaires fidèles à Allah (Dieu) et à la patrie, et, le premier devoir du militant du F.L.N. et [du] Djounoud de l'A.L.N. était d'appliquer la religion, pratiquer la prière même en plein combat, car la religion musulmane pour les Algériens était une fonction inhérente au comportement quotidien. (...) Le point principal du déclenchement de la révolution algérienne était le Djihad, la guerre sainte pour Dieu et la Patrie. Le nom d'El-Moudjahid était attribué à ceux qui avaient participé réellement et activement à la guerre de libération nationale. La révolution exigeait du militant lors de son insertion dans les rangs de l'A.L.N. de remplir avant tout ses obligations religieuses», in
Organisation politico-administrative et militaire de la révolution algérienne de 1954 à 1962, 2 vol., Office des publications universitaires, Alger, 1994, p. 202.
4 - Mohammed Harbi, «Repenser le nationalisme algérien», in
Mélanges Charles-Robert Ageron, études réunies et préfacées par Abdeljelil Temimi, éd. Ftersi, Zaghouan (Tunisie), juin 1996, tome 2, p. 571-577 ; cit. p. 575.
5 - Mohammed Harbi, «Repenser le nationalisme algérien»..., p. 575-576.
6 - Les tentatives d'implantation de l'association des Oulémas en métropole se situent à deux périodes distinctes : en 1936-1938 avec les "Cercles de l'éducation", et en 1952-1954 avec différents comités locaux à Paris, Marseille et Lyon sous la direction de Yalaoui et Bouchama puis de Saïd El Bibani.
7 - Cf. Arlette Jouanna : «Ce que l'on a coutume d'appeler guerres de Religion, ces affrontements qui, de 1562 à 1598, ont opposé d'abord les catholiques et les protestants puis, à la fin, surtout les catholiques entre eux», in
Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Arlette Jouanna et alii, Robert Laffont, 1998, p. 3.
8 - Cf. encore Arlette Jouanna à propos des guerres de religion : «Les historiens ont cherché des pistes interprétatives. Les uns ont évoqué l'explosion des frustrations de toute sorte, secouant le poids des conservatismes et des situations établies : les passions religieuses serviraient de révélateur à la virulence des antagonismes sociaux. D'autres ont mis en évidence les luttes des factions pour le pouvoir, que ce soit à la tête de l'État ou dans les villes : l'âpreté du conflit proviendrait du choc des intérêts politiques et des ambitions», in
Histoire et dictionnaire des guerres de religion, p. 4.
9 - Denis Crouzet,
Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, Champ Vallon, 1990, p. 61.
10 - Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu..., p. 75.
11 - Quand Denis Crouzet analyse, par exemple, le «paroxysme d'agressions rituelles tant catholiques que huguenotes» pour la période 1562 à 1572, il écrit : «Les violences papistes furent des violences de possession divine, des violences de Dieu qui disent, par leurs connotations eschatologiques, la puissance extatique d'un imaginaire prophétique (...). Les guerres de religion furent, pour les catholiques, des guerres de croisade parce que guerres de l'angoisse de la fin des Temps. (...) À l'opposé, les violences huguenotes semblent avoir été des violences de la raison, planifiées méthodiquement afin d'assurer la plus grande glorification possible de Dieu en l'avènement de l'Évangile»,
Les guerriers de Dieu..., p. 50 51. On mesure la distance qui sépare un tel contexte de celui du combat nationaliste algérien face aux radicaux ou socialistes de la IVe République à l'époque de la conférence de Bandoeng...
12 - Mohammed Harbi,
Une vie debout. Mémoires politiques, tome 1 : 1945-1962, La Découverte, 2001, p. 107.
13 - Cf. Ali Merad,
Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940, Mouton, 1967, p. 125.
14 - Cité par Ali Merad,
Le réformisme musulman en Algérie..., p. 126.
15 - Commentant la déclaration programmatique du F.L.N. (novembre 1954), Roger Le Tourneau remarque la présence quasi indicielle de la référence à l'islam : «on est loin des appels à l'esprit de guerre sainte lancés par Messali en tant d'occasions»,
Évolution politique de l'Afrique du Nord musulmane, 1920-1961, Armand Colin, 1962, p. 389.
16 - El Moudjahid, n° 4, t. 7, p. 72, cité par Guy Pervillé,
Pour une histoire de la guerre d'Algérie, éd. Picard, 2002, p. 127.
17 - Plate forme, III, 4, A, cité dans
La Révolution algérienne par les textes, documents présentés par André Mandouze, Maspéro, 1961, rééd. Éditions d'Aujourd'hui, "Les introuvables", 1975, p. 37.
18 - Mohammed Harbi,
Une vie debout..., p. 69. Cf. aussi : «le MTLD estimait inutile, voire nuisible à son audience, toute discussion sur la religion. (...) Au sommet du parti, les dirigeants évitaient de clarifier, de s'affronter sur la question religieuse. Leur mutisme profitait à ceux qui en faisaient le fondement de leur politique. (...) Ce serait une erreur de croire que, pour nous, la religion était taboue. Pour autant, je ne partageais pas l'opinion des cyniques, qui estimaient que la religion était nécessaire au peuple ; et je n'approuvais pas non plus ceux qui en faisaient une arme contre le PCA, notre concurrent dans le monde du travail», Une vie debout..., p. 96.
19 - Mohammed Harbi,
Une vie debout..., p. 81-82.
20 - Jusqu'à présent, les études de l'émigration algérienne pendant la guerre d'Algérie - mais cela est aussi valable pour la période antérieure - ont privilégié la dimension politique et idéologique, la constitution des courants du nationalisme et les aspects internes de ses organisations, en particulier du FLN : cf. les ouvrages de Mohammed Harbi, ceux de Benjamin Stora, celui de Jacques Valette (La guerre d'Algérie des messalistes, 1954-1962, L'Harmattan, 2001) et, à part deux chapitres, celui de Jacques Simon (
L'immigration algérienne en France, Paris-Méditerranée, 2000), sans parler des témoignages. La contribution de Daho Djerbal au colloque
La guerre d'Algérie et les Algériens, 1954-1962 (dir. Charles-Robert Ageron, Armand Colin, 1997), «La question des voies et des moyens de la Guerre de libération nationale en territoire français» ne traite, en réalité, que de stratégie politique. Une exception doit être relevée, il s'agit du livre de Jean-René Genty,
L'immigration algérienne dans le Nord/Pas-de-Calais, L'Harmattan, 1999, qui, outre la presse, a consulté les séries M et Z des archives départementales. L'histoire culturelle et religieuse de la colonie algérienne en métropole reste à faire. Le recours aux archives permettra également de recouper les récits de témoins et de disposer d'autres sources pour l'histoire politique, les actions militantes et leur répression. Les fonds sont volumineux, en particulier dans les dépôts départementaux hors Paris - Paris étant le seul département de France à ne pouvoir mettre à la disposition des chercheurs ce qu'ils peuvent consulter à peu près partout ailleurs...
21 - Je parle ici des manifestations directes du sentiment religieux. Mais il faut songer aux analyses d'anthropologie politique du "corps priant" proposées par Omar Carlier à propos de la salle de réunion du meeting messaliste dans l'émigration : «le rassemblement de "fidèles", dont certains ne se cachent même pas d'être libres penseurs ou non-pratiquants, dans une salle laïque organisée par des laïcs pour une cérémonie laïque, conserve quelque chose de religieux. Non pas tellement en raison des signes du sacré que les orateurs/organisateurs introduisent, réintroduisent ou redoublent : l'étoile et le croissant, le drapeau ou le journal, les hadiths et les versets qui parsèment les discours, sinon la fatiha qui quelquefois peut ouvrir les réunions par un orateur imam. Mais parce que le rassemblement même des musulmans, entre musulmans, hors du dar el islam, est nécessairement producteur de religieux. C'est qu'il est de l'essence même de la salle, serait-elle syndicale, et encore parsemée de drapeaux rouges, de produire du "vert", par cela même qu'elle est clôture d'un espace commun-communiel entre musulmans», in
Entre nation et djihad. Histoire sociale des radicalismes algériens, Presses de Sciences Po, 1995, p.136-137.
22 - La question de l'exemplarité muhammadienne est centrale dans la conscience musulmane qui rappelle la place privilégiée que lui accorde le Coran : «Vous avez dans l'Envoyé de Dieu un excellent modèle, pour quiconque espère en Dieu et au Jour Dernier et invoque Dieu fréquemment» (sourate XXXIII, verset 21). Il existe toute une gamme d'acceptions de ce verset jusqu'aux plus dégradées consistant en un mimétisme étroit qui prétend tirer succès d'une réitération fétichiste des faits et gestes du Prophète indépendamment des métamorphoses historiques. Mohammed Harbi cite sur le sujet le philosophe égyptien Abdurrahman Badawi : «L'idée de la possibilité de répétition des événements historiques est ancrée dans l'inconscient et même la conscience des gens... Quelques chefs politico-religieux (tel Hassan al-Banna) sont allés jusqu'à confondre leur propre vie politico-religieuse avec celle du Prophète... Il aimait dire à ses adhérents : "Aujourd'hui, c'est notre bataille de Badr" (première bataille que le prophète Mohammed a remporté contre ses adversaires Qoraïchites) ou celle de Ouhoud (bataille perdue par le Prophète) quand il essuyait un revers. Ce même phénomène se réalise encore dans le discours des chefs après les grands événements de l'histoire arabe actuelle ; et les grandes figures de l'Islam sont toujours prêtes à fournir des exemples», «Sciences humaines et vie culturelle dans le monde arabe», in Quelques figures et thèmes de la philosophie islamique, Maisonneuve et Larose, 1979, p. 152-153, cité par M. Harbi in
L'Algérie et son destin. Croyants ou citoyens, Arcantère, 1992, p. 20-21.
23 - Archives départementales du Nord, cabinet du Préfet, W 142 180, SPG 1952, I.A.C., lieux publics (Nord-Africains).
24 - Le rapport de police du 9 décembre 1952 en fait le compte rendu suivant : «En fait, cette fête, qui est déroulée de 18 h à 4 h du matin, le dimanche 7 décembre courant, au café tenu par le militant du M.T.L.D., Kebbab Abdelkader et sis rue du Marché, a servi surtout de prétexte à la tenue d'une réunion de propagande des Algériens favorables au mouvement nationaliste. Pendant tout le déroulement de cette "réception", la salle du débit de boissons a été remplie de consommateurs, à qui il était offert des boissons non alcoolisées et qui pouvaient prendre part à un repas (mouton et couscous). La majorité des participants était arabe, pourtant une dizaine de Kabyles venus de Douai, ont assisté à la séance, qui a été marquée d'autre part par des intermèdes de musique et de chants nationalistes. Trois musiciens Nord-Africains, venus de Lille (dont un certain Si Mohamed, et un autre prénommé Abderrahmane), ont en effet prêté leur concours à la fête. À un certain moment, le nommé Charef Ahmed, chef de cellule MTLD, est monté sur une table et pendant une heure, il s'est adressé à ses coreligionnaires. Après avoir brossé une brève rétrospective sur "l'occupation de l'Algérie par les Français", il s'est complu à rappeler des aspects de la civilisation passée du monde arabe, en précisant que celui-ci a été à l'avant-garde des nations civilisées. Il a affirmé, d'autre part, que la France avait arrêté la progression du peuple algérien dans le domaine culturel, par des mesures "indignes" (fermeture des écoles arabes, retrait de certains livres, etc...). Poursuivant, l'intéressé a continué à rejeter sur la France tous les "malheurs" qui se sont abattus sur le peuple algérien. C'est alors qu'il en est venu à dire qu'il fallait se libérer de la tutelle française et qu'il a exalté la lutte patriotique menée par les Tunisiens, les Marocains et les Égyptiens.»
25 - La geste prophétique est la plus fréquemment évoquée grâce à la multitude des hadiths, aux récits de la sîra et des campagnes militaires (
maghâzî) dont la connaissance fait partie de la culture religieuse des musulmans. Mais il peut être aussi question, dans une certaine approximation historique, des guerres de conquête des VIIe-VIIIe siècles, ou des guerres de défense contre les Croisés et les Mongols des XIIe-XIIIe siècles.
26 - Il n'est pas question ici des cadres "intellectualisés" dont parlait Mohammed Harbi plus haut, qui combinaient incroyance ou vision sécularisée du monde et participation affectée à des rituels religieux, mais de militants qui, pour la plupart, n'ont pas eu les moyens d'interroger leur foi à l'aune des catégories philosophiques de la modernité, ceux que le même M. Harbi découvre à son arrivée en métropole en 1952.
27 - Archives départementales du Nord, cabinet du Préfet, W 142 187, Nord-Africains : référence de toutes les citations qui suivent.
28 - La faible mobilisation à Jeumont concerne bien l'initiative politique. Mais de cette carence on ne doit pas conclure à un désintérêt idéologique. Quelques mois auparavant, la police signale que circule, à Jeumont et dans le bassin de la Sambre, «une revue nationaliste arabe,
Le Lien Arabe, en petit nombre d'exemplaires, via l'Égypte et Alger», arch. dép. Nord, W 142 187.
29 - Dans ce camp de la région d'Ostricourt, la police signale un «entraînement militaire» en septembre 1953 et rapporte que «à la cantine de l'Offlarde, le jour de la célébration de l'Aïd el-Kebir, 20 Nord-Africains sont arrivés à cette cantine, venant de Laforest, en marchant au pas cadencé sous le commandement d'un chef de groupe», arch. dép. Nord, W 142 187, 12 septembre 1953, au sujet de l'activité du M.T.L.D.
30 - Évidemment, le rapport au religieux varie selon les individus. Il est intéressant de noter que circule souterrainement une littérature de langue arabe dans cette population algérienne de métropole. Ainsi, à Valenciennes, la police signale que : «M. Dib Elkheir, sujet nord-africain, demeurant à Denain, 103 rue Casanova, vend dans les milieux musulmans du Valenciennois divers périodiques provenant d'Égypte et édités entièrement en langue arabe. - revues :
Akher Saa (La Dernière Heure), n° 989 du 7. 10. 53 et n° 990 du 14. 10. 535 ; -
Al Mussavar (Le Point de Vue), n° 1514 du 16 octobre 1953 ; -
Al Itnein (Lundi), n° 109 ; du 12. 10. 53. De temps à autre, il vend le journal hebdomadaire El Arab (Les Pyramides) [sic] qui est rédigé lui aussi en langue arabe. L'intéressé procède aussi à la vente de livres religieux notamment des Corans qui sont écrits entièrement en langue arabe. Les ventes effectués par M. Dib Elkheir se limiteraient généralement à une dizaine d'exemplaires par semaine pour chacun des périodiques sus mentionnés, qui lui seraient livrés par un libraire d'Escaudin. M. Dib Elkheir n'a jamais été connu de notre service comme s'occupant de politique. Sa neutralité dans ce domaine, notamment à l'égard du M.T.L.D., semble d'ailleurs nuire plutôt à son activité. Enfin, ces ouvrages en langue arabe ne trouvent que très peu d'acquéreurs du fait que le nombre de Nord-Africains capables de les lire et de les comprendre est très restreint» arch. dép. Nord, W 142 187, 23 octobre 1953.
31 - Il a surtout été question ici du sentiment religieux lié aux manifestations politiques. Mais l'observance religieuse existe en elle-même tout en étant l'objet de rivalités pour son contrôle : ainsi la mosquée inaugurée à Libercourt le vendredi 8 février 1952 par Si Kaddour Ben Ghabrit, recteur de la Mosquée de Paris, et l'activité de l'Union sociale nord-africaine dirigée par Djelloul Yagoubi et Belkacem Sab. Les entreprises industrielles et minières ont joué un rôle primordial dans la mise à disposition de salles de prières pour leurs employés de confession islamique.
32 - Archives départementales du Nord, cabinet du Préfet, W 142 187, SPG 1953, I.A.C., Nord-Africains, au sujet du M.T.L.D. dans la région de Flers-en-Escrébieux-Auby.
33 - Archives départementales du Nord, cabinet du Préfet, W 142 187, SPG 1953, I.A.C., Nord-Africains, au sujet du Mouvement national algérien, Douai, 14 décembre 1953.
34 - Mohammed Harbi : «notre mouvement nationaliste fit appel à l'idéologie islamique du sacrifice»,
Une vie debout..., p. 117.
35 - Ainsi le leitmotiv de "Hadj politique", personnage du film au titre parfaitement symptomatique,
Les sacrifiés de Okacha Touita (1982), devant toute manifestation de l'adversité : «On est des Algériens...!» et la réplique d'un autre personnage - le joueur de luth - quand il n'y a que deux lits pour trois : «Ça fait rien, on est des Algériens, on couche par terre et on dit rien». Rappelons que ce film a pour cadre le bidonville de Nanterre entre 1955 et 1961 (édition en vidéocassette, La Médiathèque des Trois Mondes).
36 - Benjamin Stora, «La Fédération de France du F.L.N. (1958-1962)», in
La France en guerre d'Algérie, Musée d'Histoire contemporaine - BDIC, dir. Laurent Gervereau, Jean-Pierre Rioux et Benjamin Stora, 1992, p. 66-74. Dans le même ouvrage, Mohammed Harbi décrit l'espace mental quasiment obsidional dans lequel vivent les émigrés : «Plongés dans un milieu hostile, isolés à bien des égards (habitat, etc...) dans la société française, marqués par des réactions paternalistes et racistes, soumis quotidiennement aux rafles et à la chasse au faciès...», «Le F.L.N. et la lutte armée en France. Éléments d'un débat», p. 75-79.
37 - Le parti plébéien de Messali Hadj avait eu recours à ces procédés dès les années 1930 sur le territoire algérien, selon Mohammed Harbi : «des campagnes contre l'alcool, la prostitution, les bandes organisées et les proxénètes, campagnes appuyées par des démonstrations de force, sont engagées frayant ainsi la voie à l'adhésion du sous-prolétariat urbain. Les Oulémas prétendaient au rôle de conscience de la société. Ils prêchaient les bonnes manières (
el-adab), la promotion sociale et intellectuelle (
et-taraqqi). Le parti plébéien se présentait comme le bras séculier de la foi. Son action est défensive. Elle vise à renforcer les caractères spécifiques du milieu musulman algérien et à faire barrage aux aspirations des élites et des catégories bourgeoises qui, en relations avec la société européenne du point de vue des façons de vivre et des modèles culturels, tournent le dos aux problèmes de la majorité. (...) Les idées du parti plébéien portaient en elles toutes les contraintes d'essence religieuse.», in
Aux origines du F.L.N. : le populisme révolutionnaire en Algérie, Christian Bourgois éd., 1975, p. 71-72. Sur l'islamo-populisme messaliste, cf. aussi de M. Harbi,
1954. La guerre commence en Algérie, éd. Complexe, 1984, p. 121-126 : «De filiation confrérique, l'islamo-populisme met l'accent sur la mobilisation populaire, le recours à la violence, le rejet de la coopération avec l'adversaire et s'inspire de l'idéal de la "guerre sainte" - du djihad. Il ne s'aventure pas à heurter de front les aspirations populaires, les superstitions, etc... La réforme des individus y est secondaire. Les idées reçues sur la famille, la religion, les dangers du rationalisme et la haine de l'Occident chrétien, etc. sont sacrées.», p. 11.
38 - Mohammed Harbi,
Une vie debout..., p. 207.
39 - L'attention portée aux préoccupations religieuses par le F.L.N. allait jusqu'à la nourriture. C'est du moins ce que prétend Ali Haroun en publiant cette «Note du responsable à l'organisation» malheureusement non datée et non évaluée dans ses effets réels : «Vu les conditions de logement et de nourriture des émigrés nord-africains, vu la responsabilité des propriétaires de garnis et restaurateurs nord-africains, dans une amélioration des conditions de vie de leurs compatriotes et en tenant compte de la bonne marche de leur commerce. (...) Pour les restaurateurs : a) améliorer le menu en tenant compte du désir des clients, notamment en ce qui concerne la fourniture de la viande fraîche selon les principes de l'Islam», in Ali Haroun,
La 7e wilaya. La guerre du FLN en France, 1954-1962, Seuil, 1986, p. 445, document n° 5.
40 - Heidi Seray,
La trahison. Le roman d'une porteuse de valise du FLN, Lausanne, éd. Pierre-Marcel Favre, 1984, p. 33 ; cité par Benjamin Stora, «La Fédération de France...», p. 71.
41 - Les archives de la révolution algérienne, rassemblées et commentées par Mohammed Harbi, éditions Jeunes Afrique, 1981, p. 105 (document n° 15 : 15 juin 1955 ; auteur : F.L.N. ; source : archives privées.
42 - Archives départementales de la Somme, 21 W 102, ministère Intérieur, 12 décembre 1955. Objet : synthèse mensuelle de renseignements, 1er décembre 1955 [Scina pour novembre 1955].
43 - Mohammed Harbi,
Une vie debout..., p. 179.
44 - Arch. dép. Somme, 21 W 102, ministère Intérieur, 17 février 1956. Objet : synthèse mensuelle de renseignements, "secret" [Scina pour janvier 1956].
45 - Arch. dép. Sarthe, 1359 W 129, ministère Intérieur, 29 mai 1956. Objet : synthèse mensuelle de renseignements, "secret" [Scina pour avril 1956].
46 - Arch. dép. Sarthe,
ibid.
47 - Arch. dép. Somme, 21 W 102, ministère Intérieur, 20 septembre 1956. Objet : synthèse mensuelle de renseignements, "secret" [Scina pour juillet et août 1956] ; "F.M." = Français Musulmans.
48 - Arch. dép. Somme, 21 W 102, ministère Intérieur, 21 novembre 1956. Objet : synthèse mensuelle de renseignements, "secret" [Scina pour octobre 1956]. Il faut remarquer que la prohibition de l'alcool s'adosse à des énoncés coraniques assez clairs (XVI, 67 ; II, 219 ; IV, 43 ; V, 90-91) mais que rien n'est évoqué - et pour cause... - à propos du tabac pour lequel la "jurisprudence" musulmane reste hésitante. Il en découle que l'interdit visant le tabac est beaucoup moins légitime sur le plan religieux - ce qui peut expliquer le découplage des deux prohibitions.
49 - Arch. dép. Somme, 21 W 102, ministère Intérieur, 28 janvier 1957. Objet : synthèse mensuelle de renseignements, "secret" [Scina pour janvier 1957]
50 - Mohammed Harbi,
Une vie debout..., p. 213.
51 - Arch. dép. Somme, 21 W 102, Circulaire télégraphique du Directeur général de la Sûreté Nationale, n° 278 SN/RG 8e section n° 135, diffusée par min. Intérieur à IGAMES et préfets, 1er juillet 1957.
52 - Andrée Michel,
Les travailleurs algériens en France, C.N.R.S., 1956, p. 197.
53 - Encore que le respect de prohibitions alimentaires ou autres ne relève pas, à proprement parler de "l'observance", cette notion devant être réservée aux "piliers" de l'islam (la prière, le jeûne, la zakât et le pèlerinage). Les prohibitions, comme les rites funéraires et d'autres obligations appartiennent à la catégorie plus vaste des "pratiques".
54 - Andrée Michel est en effet encore plus péremptoire quelques pages plus loin : «fidèles aux modèles traditionnels de la civilisation islamique, les dirigeants nationalistes en France orientèrent les travailleurs algériens vers le respect des pratiques du jeûne au cours du Ramadan, l'interdiction de consommation du vin, voire même des cigarettes. Ces directives furent adoptées par les travailleurs algériens : les observateurs signalent la fréquence plus élevée par rapport aux années précédentes (du simple au double) de l'observance du jeûne en 1955 et, en 1956, l'abstinence collective de l'alcool par le groupe musulman . Il ne s'agissait pas d'une manifestation religieuse [c'est moi qui souligne, MR] mais de la volonté toute laïque du groupe musulman, recherchant, face aux tentatives de dissolution d'une culture, sous prétexte d'assimilation, à en prouver l'hétérogénéité. L'appel à une forme extérieure religieuse ne déguisait nullement le contenu essentiellement politique de ces comportements»,
ibid., p. 211.
55 -
La communauté algérienne du département de la Seine, Préfecture de police, Direction des Renseignements généraux et des jeux, Paris, éd. par la Préfecture de police, [1965], multigr., Bibliothèque administrative de la Ville de Paris.
56 - L'imposition religieuse, pendant cette période 1954-1958, peut sembler majorer le respect des interdits et favoriser les rituels. Mais, le contexte de guerre a pu, inversement, minorer certaines pratiques rituelles. Ainsi, en Algérie, lors de l'Aïd el Kebir des 30 et 31 juillet 1955 : «les nationalistes ont tout mis en œuvre pour que cette solennité soit célébrée dans l'austérité, en signe de deuil et de solidarité à l'égard des "moudjahidin". Elle n'a pas donné lieu aux réjouissances habituelles dans les rues. Elle a été une fête de famille célébrée dans le privé. (...) Le mot d'ordre nationaliste a surtout porté sur l'interdiction de procéder au traditionnel sacrifice du mouton. (...) Les Oulama ont pris une part active au boycottage de cette fête. (...) À Oran, le 22 juillet, lors de la prière de midi à la "Djemaïat el Falah", le cheikh Yadjouri a déclaré : "Tuez le mouton si vous le voulez, je ne veux pas vous influencer, mais vous devez comprendre la situation actuelle. Plusieurs de vos frères sont tombés et vous devez savoir ce qu'il vous reste à faire".» Centre des archives d'outre-mer (Caom à Aix-en-Provence), 11 Cab 7, Service des Liaisons nord-africaines, n° 2067/NA/4, Bulletin des questions islamiques, juillet-août 1955.
57 - Après avoir mis en parallèle dans un chapitre de L'intérieur du Maghreb, «la courbe existentielle» de l'individu parvenu à maturité qui vient à résipiscence (tawba), et celle de la communauté cherchant à rompre avec les vicissitudes de l'occupation étrangère après une longue période de prostration, Jacques Berque écrit : «il va se produire alors la multiplication d'une attitude individuelle par le ressentiment collectif. Ainsi pourrait s'expliquer la recrudescence intériorisée de l'Islam maraboutique et confrérique sous le régime colonial». Puis il envisage la réaction : «Contre l'éclatement, la distorsion, l'humiliation, la vieille culture se mobilise sous son signe le plus unanime. La religion prend en charge les attitudes de rassemblement, de récollection. "Récollection" : n'est-ce pas une traduction de dhikr. Le dhikr, c'est la formule ou démarche spirituelle qui permet cette concentration de soi-même et la récapitulation d'un psychisme investi»,
L'intérieur du Maghreb, XVe-XIXe siècle, Gallimard, 1978, p. 427-428.
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