- Islam médiéval
La mer et les musulmans d'Occident au Moyen Âge
La mer et les musulmans d'Occident au Moyen Âge
Paysage d'Afrique du Nord, aquarelle signée Yembo, 1927



La mer et les musulmans d'Occident
au Moyen Âge

Christophe PICARD



Les mouillages en Espagne (al-Andalus) et au Maghreb

Les géographes occidentaux avaient pour tradition de rapporter les détails des principaux itinéraires qu'ils avaient eux-mêmes empruntés ou bien fait décrire par des enquêteurs ou encore repris à des ouvrages précédents. Nous savons qu'Ibn Hawqal et al-Idrîsî visitèrent un certain nombre des lieux concernés : al-Bakrî utilisa les relations d'Ibn al-Warrâq, faites à la demande du maire du palais al-Mansûr à l'époque omeyyade, ainsi que les notations des auteurs ayant écrit sur ces régions comme al-Râzî, Ibn Hayyân ou, souvent, al‘Udhrî. Aucun ne négligea deux sources habituelles : les écrits des antiques, Prolémée et Orose en tête, et ceux des Orientaux comme al-Ya‘qûbî ou al-Mas‘ûdî.
En plus, ces mêmes géographes citaient, pour le domaine maritime, des récits de voyageurs comme celui du Tortosan du Xe siècle Ibrâhîm ibn Ya‘qûb ou, pour l'itinéraire marin du Maghreb occidental chez al-Bakrî, celui de Mu'min ibn Yûmar al-Hawwârî. (...)
Finalement, nous possédons une liste importante des mouillages situés sur les littoraux musulmans de l'Occident, particulièrement grâce au deuxième ouvrage connu d'al-Idrîsî qui dresse la liste des itinéraires détaillés de l'Andalus. L'œuvre maîtresse du même géographe, consacrée à la description des cités et de leur territoire, complète largement nos connaissances.
Les itinéraires proprement marins ainsi énumérés permettent de parcourir toutes les côtés de l'Andalus. En partant de Barcelone, une première séquence donne la liste des mouillages jusqu'à Algeciras, avec cinquante-six abris sur une distance approximative de 1230 kilomètres en suivant la côte. D'Algeciras à Sintran au nord de Lisbonne, une deuxième séquence donne une liste de vingt-cinq mouillages sur une distance approximative de 800 kilomètres. Il convient d'y ajouter les étapes fluviales utilisées pour atteindre les ports de l'intérieur : sept étapes fluviales (tarîq al-nahr) à partir de l'embouchure du Guadalquivir par exemple, depuis Trebujena jusqu'à Séville. (...)

Pour la côte méditerranéenne du Maghreb, en plus de sindications dues à des géographes arabes comme Ibn Sa‘îd ou l'anonyme de l'Istibsâr, des données plus précises sont fournies par al-Bakrî et par le Nuzhat d'al-Idrîsî. Là encore, la fréquence des mouillages utilisables par les marins permettait des voyages de courte durée. Sur la distance d'Alger à Ceuta, al-Bakrî donne une liste d'une quarantaine de mouillages, ajoutant, pour la zone située entre Ténès et Marsâ ‘Ayn Farrûj (Mers el-Hadjad), qu'il existait plusieurs autres havres qu'il ne cite pas.

Sans être aussi précises, les données fournies par al-Idrîsî indiquent l'absence d'étapes supérieures à une centaine de kilomètres, ce qui correspondait à peu près à une journée de navigation dans des conditions normales. Là encore, la localisation des mouillages est très irrégulière : la zone du Rif offrait des abris environ tous les quinze kilomètres, alors que de Targha à Ceuta ils étaient beaucoup plus rares (wâdî Law). Plus à l'est, les régions des Traras (Hunayn, Arshqûl), d'Oran et d'Alger offraient également une grande densité d'abris. Ainsi, entre Sidi-Ferruch et Alger, distants d'une trentaine de kilomètres, al-Bakrî cite trois mouillages, Aunfu al-qanâtir, Marsâ al-dhubbân et Marsâ Janâbiya.

Christophe Picard, La mer et les musulmans d'Occident au Moyen Âge,
Puf, 1997, p. 104-106./



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Posté le 14/12/2005 à 00:49:08 (id:11405)
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