- Indigènes Républ.
Et maintenant, les nouveaux racistes ! (François Darras)
Et maintenant, les nouveaux racistes ! (François Darras)
Monument de la France civilisatrice
devant l'ancien musée des Colonies, porte Dorée à Paris



Et maintenant, les nouveaux racistes !

François DARRAS



Ça nous pendait au nez. C'était quasiment programmé. L'émergence et l'affirmation, grâce au soutien médiatique que l'on sait, d'une gauche réac, anti-républicaine, cléricale, anti-laïque, communautariste et ethniciste ne pouvait qu'enfanter ce «monstre» qu'est la pétition intitulée «nous sommes les indigènes de la République», lancée sur le site islamiste «oumma.com», appuyée par des personnalités d'extrême gauche, ou même de gauche, la fraction antisioniste des Verts, des partisans de Dieudonné, Tarik Ramadan, des intellectuels pro islamistes (mais aussi d'authentiques antiracistes ou anti-colonialistes démocrates) et publiée, sans distanciation critique, dans les colonnes du Monde. (Précisons que plusieurs signataires de ce texte inouï, parfois dément, que nous avons contactés, ont pris leurs distances depuis qu'ils l'ont vraiment lu).

Texte angoissant, tant il rompt radicalement avec tout l'héritage progressiste, humaniste, universaliste de la tradition républicaine. Le ton est donné d'emblée puisque les signataires s'autoproclament «militants engagés dans les luttes contre l'oppression et les discriminations produites par la République post-coloniale». Et, en effet, ce qui, de bout en bout est stigmatisé, assimilé à l'esclavagisme, ce n'est ni la monarchie qui pratiqua la traite des noirs, ni l'empire qui rétablit la servitude, ni le capitalisme qui exacerbe les discriminations ethniques et sociales, qui ghettoïse les populations venues d'ailleurs, mais, obsessionnellement, l'ignoble République, celle là-même qui, à deux reprises, avec l'abbé Grégoire et Victor Schoelcher, imposa l'émancipation totale des esclaves ! Les expressions sont significatives : «la République de l'égalité est un mythe», «il est temps que la France interroge ses Lumières» - oh l'odieux Voltaire ! – qu'elle «refoule son nationalisme arc-bouté au chauvinisme de l'universel (sic)».

Que dit, au fond, ce texte qui témoigne d'une régression absolue ?

- Qu'à l'union et à la solidarité des exploités, d'hier et d'aujourd'hui, telles que l'histoire de notre pays en a souvent magnifié les combats, et quelles que soient leur origine ou leur religion, doit se substituer une véritable sécession des indigènes de l'intérieur qui n'ont rien de commun avec ces Français autochtones qui ont été et «restent» intrinsèquement des colonisateurs, sinon des esclavagistes, qu'ils le veuillent ou pas, et quelque combat anti-colonialistes qu'ils aient mené. D'ailleurs, ce n'est pas la barbarie du système économique néo-libéral ni l'exacerbation sauvage de la loi du marché, mais, encore et toujours, la «République qui relègue les populations de banlieue aux marges de la société».

- Que, de même que le Français de souche restera génétiquement un colonisateur et un esclavagiste – un héritier des méchants -, les musulmans, les noirs, resteront eux, tout aussi génétiquement, des fils, petits-fils, arrière petits-fils «d'esclaves», de «déportés» ou de «colonisés», enfermés donc, pour l'éternité, dans ce statut qui les exclut par définition de toute communauté citoyenne possible.

- Que toute forme d'intégration – et surtout d'intégration républicaine - est, en conséquence, une trahison et que, par exemple, les élus issus des populations immigrés ne peuvent que jouer le rôle «de beurs ou de blacks de service !», y compris, bien sûr, les Harlem Désir, les Malek Boutih ou les Kofi Yamgnane. Que signifie, à cet égard, cette phrase : «la loi elle-même n'est pas toujours égale : ainsi l'application du statut personnel aux femmes maghrébines ou sub-saharienne» - que signifie-t-elle, sinon que lutter contre la polygamie est, en soi, scandaleux ?

- Que la participation, aux côtés de républicains progressistes autochtones, à des combats émancipateurs et citoyens, relève donc de la collaboration ethnique, comme les staliniens parlaient de «collaboration de classe».

- Que le respect du principe de laïcité constitue une agression contre les musulmans, donc contre les «colonisé », de même que «la gestion de l'Islam par le ministre de l'Intérieur» ou la lutte contre l'immigration clandestine, c'est-à-dire contre des gens «qui sont contraints de franchir les frontières illégalement». Là où ce texte est paranoïaque, c'est qu'il ajoute aussitôt : «on tente de faire jouer aux travailleurs immigrés le rôle de dérégulateur du marché du travail pour étendre à l'ensemble des salariés encore plus de précarité et de flexibilité». Ca, c'est juste. Mais précisément l'immigration libre revendiquée y contribue.

- Que «la gangrène coloniale s'empare des esprits... au point qu'une frange active du monde intellectuel, politique et médiatique, devenue agent de la pensée bushienne, désigne, comme aux heures glorieuses de la colonisation, sous le vocable d'intégrisme, les populations indigènes comme la 5ème colonne de la barbarie qui menace l'Occident et ses valeurs» : or, que désigne cette phrase sinon tous ceux qui se posent en adversaires de l'islamisme radical et du terrorisme ?

- Que les «fils et petits-fils de» (expression employée par référence à l'association des «fils et filles de déportés» de Serge Klarsfeld) sont appelés, en tant qu'indigènes, à «décoloniser la République», c'est-à-dire, si les mots ont un sens, à se comporter à l'égard de la France, mais au sein de la France, comme l'ont fait les Moudjahidins algériens (ou les Fedayins palestiniens à l'égard d'Israël).

Donc, de même que le Français est un colon, même chez lui, l'immigré est un «indigène», même en «métropole». Ni l'un ni l'autre ne peuvent s'en sortir, en somme, biologiquement assignés qu'ils sont à ce rôle ou à cette fonction. Aucune fusion n'est possible, aucun combat commun n'est envisageable, autre que celui-là auquel appelle les signataires, qui est celui de la revanche.

Jamais une fraction de la gauche n'avait cautionné un texte de diversion aussi intrinsèquement de droite, raciste, clérical, diviseur, confessionnel et rétrograde. Jamais un tel cadeau n'avait été fait aux vrais oppresseurs et exploiteurs, qui toujours se nourrissent des guerres intestines qui neutralisent et paralysent leurs victimes, par des extrémistes dévoyés qui croient sincèrement se rebeller contre l'exploitation et l'oppression !
François Darras
le 21 décembre 2005 à 12 h 18
sur le site de l'hebdomadaire Marianne



- Marianne en ligne :
http://www.marianne-en-...phtml?cle_dossier=21174



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Posté le 31/01/2006 à 14:37:42 (id:19564)
Le conglomérat des opprimés de père en fils (Leïla Babès)
Le conglomérat des opprimés de père en fils (Leïla Babès)
Postuler une continuité entre les "indigènes" des anciennes
colonies et les "discriminés" de la société française est un
argument rhétorique
cherchant à accaparer le capital de
sympathie que peuvent susciter les dominés du temps
colonial au profit d'un combat politique aveugle.





Naissance d'une nouvelle identité :
le conglomérat des opprimés de père en fils



Ce texte ne défend à aucun moment le principe
d'égalité des sexes



Leïla BABÈS*




Cette semaine, un appel intitulé «Nous sommes les indigènes de la République !...», a été publié sur le site islamique Oumma.com. La démarche qui projette d'organiser des Assises de «l'anti-colonialisme post-colonial», a recueilli de nombreuses signatures émanant de divers milieux et origines, mais dont il est possible d'identifier, par la nature du texte ainsi que par les noms de quelques signataires, comme le prédicateur suisse Tariq Ramadan, les chercheurs François Burgat et Vincent Geisser, tous deux ardents défenseurs des islamistes, les convergences d'idées. On y trouve également des associations de travailleurs immigrés, des courants d'extrême gauche, des Verts, et des personnalités qui se sont distinguées par leur opposition au vote de la loi d'interdiction des signes religieux à l'école comme le sociologue de l'immigration, Saïd Bouamama

Ce qui frappe dans ce texte pour le moins étrange, c'est la référence à un cadre d'inscription qui n'est ni la citoyenneté, ni l'immigration proprement dite, mais les anciennes colonies. En fait, c'est un procès qui est fait à la France coloniale, esclavagiste, accusée de pratiquer aujourd'hui encore les mêmes traitements aux citoyens ou ressortissants appartenant aux peuples anciennement colonisés ou définitivement conquis comme les Antillais.
Il n'est pas superflu de relever dans ce texte où règne une confusion savamment entretenue par une rhétorique belliqueuse et vindicative, quelques amalgames et contre-vérités. Bref, la lecture de cet appel qui s'apparente plus à un brûlot qu'à un engagement serein, laisse une impression de malaise.

Bien entendu, la dénonciation des discriminations à l'embauche et au logement est légitime et ne souffre d'aucune discussion. Le texte y adjoint toutefois, les domaines de l'école, de la santé et des loisirs.
Dans le premier cas, la loi d'interdiction des signes religieux, que le manifeste appelle «loi anti-foulard», est jugée «discriminatoire, sexiste, (et) raciste», «une loi d'exception aux relents coloniaux».
Arrêtons-nous d'abord sur les termes de ce procès fait à la loi, donc à la France. La confusion entretenue entre le registre des «signes ostensibles» d'appartenance religieuse dans un secteur clairement circonscrit -écoles, collèges et lycées-, c'est-à-dire non pas l'ensemble d'une religion mais l'exhibition de ses signes dans un lieu unique, et la notion de racisme dont ferait l'objet un vague conglomérat identitaire dont rien ne permet de définir les contours -religieux, culturel, ethnique ?-, laisse perplexe.

Voilà donc une loi désignée comme discriminatoire -pour qui ? Les femmes, les musulman(e)s, les Arabes, les Africains, les immigrés ?-, et tous les Français originaires des anciennes colonies, ainsi que les immigrés -lesquels ? Seulement les Maghrébins, Africains et Musulmans, ou faut-il aussi ajouter les Polonais, les Portugais et les Kosovars ?-, ainsi que les Antillais, descendants d'esclaves, devraient se sentir concernés, non pas sur un plan citoyen, mais sur un plan identitaire, comme opprimés et descendants d'opprimés. Une nouvelle identité est née : le conglomérat des opprimés de père en fils. On est pourtant forcé en parcourant la liste des signataires, de s'interroger sur les raisons qui poussent tant de personnes dont la réussite sociale ne fait pas de doute, à se sentir malheureuses. Mais c'est une autre histoire.

Deuxième terme tout aussi problématique que le précédent : sexiste. Ainsi donc, la loi est une atteinte aux femmes voilées, non parce qu'elles portent un voile à l'école, mais parce qu'elles sont femmes. En d'autres termes, défendre le voile revient à défendre les femmes comme les égales des hommes. Il est d'ailleurs symptomatique que le texte qui dénonce l'oppression des peuples, l'impérialisme et le néo-colonialisme et en appelle à l'égalité de manière générale, ne défend à aucun moment le principe d'égalité des sexes
. Que le port du voile soit un obstacle pour les femmes dans l'accès aux fonctions publiques, ne serait-ce que parce que les idéologues qui ont fait du voilement du corps de la femme le symbole de toute leur campagne, les assignent tout naturellement à la domesticité, ne semble nullement gêner ces nouveaux militants de la lutte contre les discriminations.

Quant au domaine de la santé, je ne vois pas à quelles sortes de discriminations les populations originaires des anciennes colonies sont confrontées. En revanche, on ne peut s'empêcher de penser au refus des islamistes de laisser leurs femmes se faire examiner ou soigner par un médecin homme. De la même manière, la faute en est à la République qui opprime les femmes, et non aux hommes qui préféreraient mettre en danger la vie des leurs épouses plutôt que de les livrer à des médecins qui n'ont bien sûr rien d'autre à faire qu'à tripoter leurs patientes.

Autres accusations : la République, néo-coloniale donc, est responsable comme par le passé, des dissensions internes au «conglomérat», en opposant les Berbères aux Arabes, les Juifs aux «Arabo-musulmans» et aux Noirs, ainsi que des risques que prennent les candidats à l'immigration clandestine en franchissant les frontières illégalement. Un tel délire se passe de commentaire.
Mais lorsqu'il est question de dénoncer l'application du statut personnel aux femmes d'origine maghrébine et sub-saharienne, -dénonciation que je partage évidemment-, il est tout de même étonnant que l'évocation de cette aberration ne soit nullement accompagnée d'un positionnement clair en faveur des valeurs qui accompagnent tout naturellement ce dysfonctionnement : l'égalité des sexes, et l'ensemble des valeurs laïques. Mais on comprend que cela risque de faire apparaître au grand jour les contradictions inhérentes à ce front du refus et du ressentiment
, que le seul moyen de surmonter est l'usage du langage de la confusion.

Quant aux jeunes «issus de l'immigration», ils seraient accusés «d'être le vecteur d'un nouvel anti-sémitisme». Impossible de ne pas relever là aussi la pratique de l'amalgame et de la dénégation. Car s'il est faux que c'est l'ensemble des jeunes «issus de l'immigration» qui fait l'objet d'une telle accusation, en assénant cette contre-vérité, on élude par-là même l'existence d'une attitude effectivement antisémite chez une partie de ces jeunes, et on se dédouane de toute condamnation dans ce sens.

Le même scénario se reproduit avec une autre affirmation lorsqu'il est dit que « sous le vocable jamais défini d'«intégrisme», les populations d'origine africaine, maghrébine ou musulmane sont désormais identifiées comme la Cinquième colonne d'une nouvelle barbarie qui menacerait l'Occident et ses «valeurs».

Enfin, les contours de l'ennemi se dessinent ensuite sous les traits de ceux qui défendent «frauduleusement», est-il précisé, la laïcité, la citoyenneté et le féminisme. Voilà un procédé qui identifie les courants auxquels appartiennent les «collaborateurs» (le mot est de moi) de la République néo-coloniale, et en même temps sème le doute quant à leur sincérité. Un jeu enfantin pour les amateurs de la théorie du complot
. Un indice pour les cancres : laïc = vendu = arabe de service = sioniste.
Moi en tous cas, je me reconnais bien dans l'expression «indigène de la République». Je traduis pour tous les cancres : indigène = habitante = citoyenne. Et j'ajouterais : plutôt bien dans ma peau. Hamdullah !

*Auteur de Le voile démystifié, Bayard, 2004



- se procurer le livre de Leïla Babès

- iconographie : "Visitez l'Algérie terre d'élection du tourisme (...) par les circuits automobiles contrôlés par l'Office Algérien d'Action Economique et Touristique (OFALAC)". Affiche de tourisme illustrée. Photographie noir et blanc de Ghardaïa. Source : base Ulysse du Centre des Archives d'Outre-Mer d'Aix-en-Provence.





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Posté le 31/01/2006 à 14:36:31 (id:19563)
«Nous sommes les indigènes de la République !...»
«Nous sommes les indigènes de la République !...»






«Nous sommes les indigènes de la République !...»

Appel pour les Assises de l'anti-colonialisme post-colonial



Discriminés à l'embauche, au logement, à la santé, à l'école et aux loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l'immigration post-coloniale sont les premières victimes de l'exclusion sociale et de la précarisation. Indépendamment de leurs origines effectives, les populations des «quartiers» sont «indigénisées», reléguées aux marges de la société. Les «banlieues» sont dites «zones de non-droit» que la République est appelée à «reconquérir». Contrôles au faciès, provocations diverses, persécutions de toutes sortes se multiplient tandis que les brutalités policières, parfois extrêmes, ne sont que rarement sanctionnées par une justice qui fonctionne à deux vitesses.

Pour exonérer la République, on accuse nos parents de démission alors que nous savons les sacrifices, les efforts déployés, les souffrances endurées. Les mécanismes coloniaux de la gestion de l'islam sont remis à l'ordre du jour avec la constitution du Conseil français du Culte Musulman sous l'égide du ministère de l'Intérieur. Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi anti-foulard est une loi d'exception aux relents coloniaux. Tout aussi colonial, le parcage des harkis et enfants de harkis. Les populations issues de la colonisation et de l'immigration sont aussi l'objet de discriminations politiques. Les rares élus sont généralement cantonnés au rôle de «beur» ou de «black» de service. On refuse le droit de vote à ceux qui ne sont pas «français», en même temps qu'on conteste «l'enracinement» de ceux qui le sont. Le droit du sol est remis en cause. Sans droit ni protection, menacées en permanence d'arrestation et d'expulsion, des dizaines de milliers de personnes sont privées de papiers. La liberté de circulation est déniée ; un nombre croissant de Maghrébins et d'Africains sont contraints à franchir les frontières illégalement au risque de leurs vies.


La France a été un Etat colonial...

Pendant plus de quatre siècles, elle a participé activement à la traite négrière et à la déportation des populations de l'Afrique sub-saharienne. Au prix de terribles massacres, les forces coloniales ont imposé leur joug sur des dizaines de peuples dont elles ont spolié les richesses, détruit les cultures, ruiné les traditions, nié l'histoire, effacé la mémoire. Les tirailleurs d'Afrique, chair à canon pendant les deux guerres mondiales, restent victimes d'une scandaleuse inégalité de traitement.


La France reste un Etat colonial !

En Nouvelle Calédonie, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Polynésie règnent répression et mépris du suffrage universel. Les enfants de ces colonies sont, en France, relégués au statut d'immigrés, de Français de seconde zone sans l'intégralité des droits. Dans certaines de ses anciennes colonies, la France continue de mener une politique de domination. Une part énorme des richesses locales est aspirée par l'ancienne métropole et le capital international. Son armée se conduit en Côte d'Ivoire comme en pays conquis.


Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s'y réduire, la politique coloniale

Non seulement le principe de l'égalité devant la loi n'est pas respecté mais la loi elle-même n'est pas toujours égale (double peine, application du statut personnel aux femmes d'origine maghrébine, sub-saharienne...). La figure de l'« indigène » continue à hanter l'action politique, administrative et judiciaire ; elle innerve et s'imbrique à d'autres logiques d'oppression, de discrimination et d'exploitation sociales. Ainsi, aujourd'hui, dans le contexte du néo-libéralisme, on tente de faire jouer aux travailleurs immigrés le rôle de dérégulateurs du marché du travail pour étendre à l'ensemble du salariat encore plus de précarité et de flexibilité.


La gangrène coloniale s'empare des esprits

L'exacerbation des conflits dans le monde, en particulier au Moyen-Orient, se réfracte immédiatement au sein du débat français. Les intérêts de l'impérialisme américain, le néo-conservatisme de l'administration Bush rencontrent l'héritage colonial français. Une frange active du monde intellectuel, politique et médiatique français, tournant le dos aux combats progressistes dont elle se prévaut, se transforme en agents de la « pensée » bushienne. Investissant l'espace de la communication, ces idéologues recyclent la thématique du « choc des civilisations » dans le langage local du conflit entre « République » et « communautarisme ». Comme aux heures glorieuses de la colonisation, on tente d'opposer les Berbères aux Arabes, les Juifs aux « Arabo-musulmans » et aux Noirs. Les jeunes « issus de l'immigration » sont ainsi accusés d'être le vecteur d'un nouvel anti-sémitisme. Sous le vocable jamais défini d'« intégrisme », les populations d'origine africaine, maghrébine ou musulmane sont désormais identifiées comme la Cinquième colonne d'une nouvelle barbarie qui menacerait l'Occident et ses « valeurs ». Frauduleusement camouflée sous les drapeaux de la laïcité, de la citoyenneté et du féminisme, cette offensive réactionnaire s'empare des cerveaux et reconfigure la scène politique. Elle produit des ravages dans la société française. Déjà, elle est parvenue à imposer sa rhétorique au sein même des forces progressistes, comme une gangrène. Attribuer le monopole de l'imaginaire colonial et raciste à la seule extrême-droite est une imposture politique et historique. L'idéologie coloniale perdure, transversale aux grands courants d'idées qui composent le champ politique français.


La décolonisation de la République reste à l'ordre du jour !

La République de l'Egalité est un mythe. L'Etat et la société doivent opérer un retour critique radical sur leur passé-présent colonial. Il est temps que la France interroge ses Lumières, que l'universalisme égalitaire, affirmé pendant la Révolution Française, refoule ce nationalisme arc-bouté au « chauvinisme de l'universel », censé « civiliser » sauvages et sauvageons. Il est urgent de promouvoir des mesures radicales de justice et d'égalité qui mettent un terme aux discriminations racistes dans l'accès au travail, au logement, à la culture et à la citoyenneté. Il faut en finir avec les institutions qui ramènent les populations issues de la colonisation à un statut de sous-humanité.

Nos parents, nos grands-parents ont été mis en esclavage, colonisés, animalisés. Mais ils n'ont pas été broyés. Ils ont préservé leur dignité d'humains à travers la résistance héroïque qu'ils ont mené pour s'arracher au joug colonial. Nous sommes leurs héritiers comme nous sommes les héritiers de ces Français qui ont résisté à la barbarie nazie et de tous ceux qui se sont engagés avec les opprimés, démontrant, par leur engagement et leurs sacrifices, que la lutte anti-coloniale est indissociable du combat pour l'égalité sociale, la justice et la citoyenneté. Dien Bien Phu est leur victoire. Dien Bien Phu n'est pas une défaite mais une victoire de la liberté, de l'égalité et de la fraternité !

Pour ces mêmes raisons, nous sommes aux côtés de tous les peuples (de l'Afrique à la Palestine, de l'Irak à la Tchétchènie, des Caraïbes à l'Amérique latine...) qui luttent pour leur émancipation, contre toute les formes de domination impérialiste, coloniale ou néo-coloniale.

NOUS, descendants d'esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d'immigrés, NOUS, Français et non-Français vivants en France, militantes et militants engagé-es dans les luttes contre l'oppression et les discriminations produites par la République post-coloniale, lançons un appel à celles et ceux qui sont parties prenantes de ces combats à se réunir en Assises de l'anti-colonialisme en vue de contribuer à l'émergence d'une dynamique autonome qui interpelle le système politique et ses acteurs, et, au-delà, l'ensemble de la société française, dans la perspective d'un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle.

Le 8 mai 1945 , la République révèle ses paradoxes : le jour même où les Français fêtent la capitulation nazie, une répression inouïe s'abat sur les colonisés algériens du Nord-Constantinois : des milliers de morts !


Le 8 mai prochain, 60ème anniversaire de ce massacre, poursuivons le combat anticolonial par la première Marche des indigènes de la République !





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Posté le 31/01/2006 à 14:27:45 (id:19562)
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