- Maroc colonial
Marrakech, 1913
Marrakech, 1913
Ludwig Braun (1836-1916),
Cavaliers devant Bab Agnaou à Marrakech (1896), aquarelle



Au pied de Bab-Agnaou

André CHEVRILLON


Au pied de Bab-Agnaou, quel contraste fait un poste de nos petits soldats ! vifs et délurés sous leurs casques blancs, ils ne s'étonnent de rien, pas même de garder un si grave, altier décor. Un seul, l'arme à l'épaule, est de faction. Les autres devisent, les mains dans les poches, ou bien roulant des cigarettes. Il y a tout juste sept mois que le tricolore flotte à Marrakech. [récit du printemps 1913]
(...)
Bab-Agnaou franchie, on arrive tout de suite à la grande mosquée de Moulay-Yazid, où le sultan vient faire ses dévotions du vendredi. Blancs parvis, blancs portiques, blanches cours, dont nul chrétien n'a jamais foulé la pierre. Au passage, on entrevoit les files neigeuses de croyants, debout, ou bien les fronts touchant les dalles, dans la gymnastique disciplinée de la prière.

André Chevrillon, Marrakech dans les palmes, Paris, Calmann-Lévy, 1919, p. 119 et 121.


iconographie : http://orientaliste.free.fr/expovirt/t150.html

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Posté le 13/12/2005 à 02:31:18 (id:11138)
Rabat, entrée des Oudaias
Rabat, entrée des Oudaias
entrée monumentale des Oudaias



la masse puissante, inattendue, de la kasbah des Oudayas

Jérôme et Jean THARAUD


Mais qu'on s'éloigne ou que vienne le soir, et le magique Orient refait aussitôt ses prestiges sur la kasbah des Ouadayas. Quand le soleil s'incline à l'horizon et qu'une lumière voilée de brume enveloppe ce rocher plein d'histoire, tout se récrée, tout s'anime. les murs retrouvent leur jeunesse et leur ancienne perfection, la verdure son éclat, les nids leur poésie aérienne. (...)

Au bord de ces choses de rêve inconsistantes et ouatées, la masse puissante, inattendue, de la kasbah des Oudayas, avec sa porte géante, semble retenir sous son arc en forme de fer à cheval, toute l'ombre de la nuit qui vient. La mer n'est qu'un sentiment, un bruit, une fraîcheur qu'on sent sur son visage, une ligne plus foncée du ciel, un peu d'écume qui miroite, s'éteint et se ravive sur la grève du cimetière de Salé. Et là-bas dans les terres, au-delà de la tout Hassan, immatérielle dans le ciel parmi les vapeurs du fleuve, déjà s'est installée la grande solitude du crépuscule angoissant.

Jérôme et Jean Tharaud, Rabat ou les heures marocaines, Paris, Plon, 1921, p. 9 et 24-25.



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Posté le 12/12/2005 à 02:09:14 (id:10893)
Rabat, la médersa
Rabat, la médersa
la médersa


un bosquet d'orangers au milieu
d'un parterre de roses

Edith WHARTON



À l'intérieur de la Casbah on tombe sur un terrain vague et sur d'autres murs - car toutes les villes marocaines sont entourées de plusieurs enceintes. Puis, sans qu'on s'y attende, une porte dans l'enceinte intérieure introduit dans un cloître ouvragé, qui donne sur un bosquet d'orangers au milieu d'un parterre de roses. Cet endroit paisible et bien entretenu se trouve à l'intérieur de la médersa (le collège) des Oudayas.

Le Maroc fourmille de ces collèges, ou pluôt de ces résidences pour les étudiants qui fréquentent la mosquée, car l'éducation musulmane est donnée dans la mosquée elle-même tandis que seul le travail préparatoire se fait dans les collèges.

La plus belle des médersas remonte aux premières années de la longue dynastie mérinide (1248-1548), cette période durant laquelle l'art marocain, libéré de toute influence trop évidemment espagnole ou arabe, se mit à développer la grâce délicate qui lui est propre, aussi éloignée des extravagances décoratives espagnoles que de l'héritage des motifs romano-byzantins ramené de Syrie et de Mésopotamie par la première invasion arabe.

Les bâtiments exquis du collège, bien qu'ils soient toujours utilisés quand ils sont à proximité d'une mosquée célèbre, sont tous tombés dans un état de délabrement sordide. L'Arabe marocain, qui continue à bâtir - et à bâtir fort heureusement selon une vieille tradition qui n'a jamais été perdue - a, comme tous les Orientaux, une répugnance définitive pour tout travail de réparation ou de restauration, et les unes après les autres les fragiles structures arabes, avec leurs cours non protégées et leurs toits en terrasse mal construits, finissent par tomber en ruine.

Il est heureux que l'on se soit décidé à demander au gouvernement français d'intervenir et que, partout au Maroc, les médersas commencent, habilement et discrètement, à être réparées. Celle des Oudayas a déjà été entièrement restaurée et, comme elle n'était plus utilisée depuis longtemps, elle a été transformée par le ministère des Beaux-Arts en musée de l'art marocain.

Edith Wharton, Voyage au Maroc, (1920), L'Imaginaire-Gallimard, 2001, p. 31-32.


- le livre d'Edith Wharton, Voyage au Maroc :
http://www.amazon.fr/ex...890/402-4988201-8094559



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Posté le 12/12/2005 à 02:02:42 (id:10890)
Rabat, les Oudaias
Rabat, les Oudaias
Enceinte et porte



un amoncellement prodigieux de murs rouges


Jérôme et Jean THARAUD



Il y a là-haut un amoncellement prodigieux de murs rouges qui plongent à pic dans la mer ou s'appuient sur la falaise, les uns délités et ruineux, les autres surprenants de jeunesse, de force vivace ; des buissons de cactus, des touffes de roseaux, toutes les espèces de figuiers ; un amas de maisons misérables mais éblouissantes de chaux vive, où les sultans ont installé quelques familles d'une tribu guerrière, la tribu des Oudayas, qui donne son nom au rocher ; un beau palais mauresque avec sa cour, son jet d'eau, ses jardins, où les jeunes pirates s'initiaient jadis aux secrets de la navigation ; une porte géante qui à elle seule ferait une vraie forteresse ; le mât léger d'un sémaphore ; et au sommet de tout cela, dominant des lieues de mer et de campagnes vides, la tour carrée d'un minaret.

Jérôme et Jean Tharaud, Rabat ou les heures marocaines, Paris, Plon, 1921, p. 7-8.



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Posté le 12/12/2005 à 01:58:47 (id:10889)
Maroc de Gabriel Veyre
Maroc de Gabriel Veyre
les autochromes de Gabriel Veyre


Gabriel VEYRE, photographe du Maroc
des années 1901-1935


Gabriel Veyre (1871-1936), photographe originaire de la région lyonnaise. Il devint opérateur du cinématographe pour les frères Lumière en 1896-1897 et voyagea dans de nombreux pays : Mexique, Cuba, Colombie, Venezuela, Panama, puis Canada, Japon, Chine, Indochine. En 1901, il devint photographe et cinéaste du sultan du Maroc Moulay Abd el-Aziz. En 1904, il quitte la cour du sultan et publie l'année suivante Dans l'intimité du sultan.

À partir de 1908, il réalise les premières photographies autochromes au Maroc. L'autochrome est le premier procédé industriel de photographies en couleurs ; il se compose d'une mosaïque d'innombrables et microscopiques grains de fécules de pomme de terre colorés en orangé, vert et violet ; ces grains sont interposés entre une plaque de verre et une émulsion photographique au gélatino-bromure d'argent ; les grains filtrent les rayons lumineux avant qu'ils n'impressionnent l'émulsion photosensible ; ce sont ces grains colorés, vus en transparence, qui donnent la couleur.

De 1908 à 1934, Gabriel Veyre multiplie les activités à Casablanca où il est installé : création d'usines, importation des premières voitures, installation d'une station T.S.F., création d'une ferme pilote. En 1935, il réalise un reportage photographique autochrome à travers le Maroc. Il meurt à Casablanca le 13 janvier 1936

- Cf. Le Maroc de Gabriel Veyre, 1901-1936, Philippe Jacquier, Marion Pranal et Farid Abdelouahab,
éd. Kubik, septembre 2005.


http://www.gabrielveyre-collection.org


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Posté le 11/12/2005 à 12:36:09 (id:10752)
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