- Histoire/politique
Chirac demande une réécriture de la loi sur la colonisation
Chirac demande une réécriture de la loi sur la colonisation
Jacques Chirac et le président algérien Abdelaziz Bouteflika
à l'Institut du Monde Arabe sà Paris, le 3 octobre 2003



Chirac demande une réécriture de la loi
sur la colonisation



Lors de ses voeux à la presse, le chef de l'Etat a décidé de trancher dans le débat sur la loi du 23 février 2005 et exigé une nouvelle proposition de loi.

Polémique sur la colonisation

Jacques Chirac s'est prononcé pour une réécriture de l'article IV de la loi du 23 février sur "le rôle positif" de la colonisation française afin d'apaiser les esprits. "Après avoir consulté les principales associations, le président de l'Assemblée nationale déposera une proposition de loi en ce sens afin de réécrire ce texte et de parvenir à une rédaction qui rassemble et qui apaise les esprits", a-t-il précisé.



- source de cette information :
http://news.tf1.fr/news/france/0,,3276792,00.html

- le Centre des Archives d'Outre-Mer censuré par le gouvernement ?
http://recuerdo.macreablog.com/rub1639/

- un article de l'Express :
http://www.lexpress.fr/...uters.asp?id=12133&1506



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 04/01/2006 à 22:47:57 (id:14453)
Histoire de la colonisation : pour une solution d'apaisement (Arno Klarsfeld)
Histoire de la colonisation : pour une solution d'apaisement (Arno Klarsfeld)
Arno Klarsfeld



«Pour une solution d'apaisement»

Arno KLARSFELD défend la mission que lui a confiée Sarkozy sur l'histoire de la colonisation



Après la polémique sur la loi insistant sur le «rôle positif» de la colonisation, l'avocat Arno Klarsfeld a été chargé par Nicolas Sarkozy, en tant que président de l'UMP, d'une mission sur «la loi, l'Histoire et le devoir de mémoire». Entretien.


Est-ce votre proximité avec l'UMP ou avec Nicolas Sarkozy qui vous a fait accepter cette mission ?
Non, c'est tout simplement parce que c'est une mission intéressante, sur un sujet sur lequel je pense avoir des choses à apporter. Je ne suis pas membre de l'UMP. Quant à Nicolas Sarkozy, j'ai déjà dit que je trouve injuste et scandaleux de le comparer à Jean-Marie Le Pen.

Mais pourquoi, selon vous, Nicolas Sarkozy vous a-t-il choisi ?
Il a dû lire une phrase de l'historien Henri Rousso, écrite dans Libération lors du procès Touvier, qui disait de moi que j'étais «l'avocat de la vérité».

C'est pourtant l'UMP qui est responsable de l'article prescrivant «l'enseignement positif de la colonisation» et qui a refusé de l'abroger, comme le souhaitait le PS...
Je ne suis pas d'accord pour abroger l'article 4 de la loi du 23 février 2005. La solution doit s'inspirer du discours lucide et courageux de Jacques Chirac au Vel d'Hiv' en 1995 qui a reconnu les fautes de l'Etat français, mais aussi rappelé l'attitude courageuse de la population française. Pour la colonisation, il faut en rappeler les méfaits, la torture, les massacres, les injustices, mais aussi les aspects positifs. Une solution par amendement peut vite se dégager.

C'est le but fixé à Jean-Louis Debré par Jacques Chirac. Lui faites-vous concurrence ?
Certainement pas.Je voudrais simplement travailler à une solution d'apaisement, j'aimerais que les deux missions se complètent.

Quels sont les «bienfaits» de la colonisation ?
La France a construit des routes, des dispensaires, apporté la culture, l'administration... Je ne suis pas un spécialiste du sujet, mais le nier serait de l'aveuglement historique.

Ne craignez-vous pas d'être démenti par certains historiens pour qui ces «bienfaits» ont surtout concerné les populations européennes des colonies ?
Vous pouvez penser qu'il n'y a pas d'aspects positifs dans la colonisation. C'est votre position. Pas la mienne. En outre, toutes les nations se sont bâties dans la violence. Il faut replacer leur histoire dans un contexte global.

Dire dans une loi «il y a du positif et du négatif» et qu'on doit l'enseigner, n'est-ce pas prendre les enseignants pour des imbéciles ?
Non. Dans les années 80, les manuels scolaires rédigés par des agrégés d'histoire affirmaient que les juifs en France avaient été arrêtés par les seuls Allemands, alors que les trois quarts l'ont été par des policiers de Vichy. Les historiens ne sont pas neutres, ils ont aussi leurs engagements politiques.

Mais ils affirment que la loi Gayssot contre le négationnisme, la loi sur le génocide des Arméniens, celle sur l'esclavage, renforcent le phénomène de concurrence des mémoires...
Si on célèbre le 14 Juillet ou le 8 Mai, c'est par la force de la loi. C'est au législateur de fixer des bornes morales. La loi Gayssot est nécessaire pour protéger la mémoire des victimes de la Shoah. La loi sur le génocide des Arméniens l'est aussi, tant que la Turquie, candidate à l'Union européenne, ne l'aura pas reconnu. Tout comme la loi sur l'esclavage, car il faut se souvenir du temps des déportations, des massacres, du tri, du travail forcé et du viol des femmes, du mépris. C'est d'autant plus important que l'esclavage existe encore dans le monde. Le législateur doit avoir le souci de rassembler les communautés présentes au sein de la société et dont la mémoire est douloureuse, et donc prendre en compte la mémoire des anciens colonisés. C'est pourquoi je propose de reconnaître les méfaits et les points positifs...

Mouloud Aounit, président du Mrap, affirme que votre engagement pro-israélien vous disqualifie pour cette mission...
Mouloud Aounit prétend que je suis pour la colonisation en Palestine. C'est faux, je suis globalement pour le retour aux frontières de 1967 et le partage de Jérusalem. S'il le maintient, c'est qu'il pense que la colonisation juive commence en Israël même, et donc il est sur la position du président iranien.

N'est-ce pas introduire le conflit israélo-palestinien dans le débat français...
C'est lui qui introduit cet élément. Si l'existence d'Israël le rend malade, je n'y peux rien.

Propos recueillis par Hervé Nathan pour
Libération, 20 décembre 2005



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 30/12/2005 à 10:12:57 (id:13291)
Mémoires abusives (Henry Rousso)
Mémoires abusives (Henry Rousso)
Henry Rousso



Mémoires abusives


Henry ROUSSO



Plusieurs pétitions réclament l'abrogation des lois récentes qui "légifèrent" sur le passé : la loi Gayssot réprimant la négation de l'extermination des juifs (13 juillet 1990) ; celle déclarant que le massacre des Arméniens en 1915 est un génocide (29 janvier 2001) ; celle définissant la traite négrière et l'esclavage, "à partir du XVe siècle", comme un crime contre l'humanité, et qui demande que les programmes scolaires lui accordent "une place conséquente" (23 mai 2001) ; celle, enfin, en faveur des harkis, qui demande à son tour, dans son article 4, que les programmes "reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord" (23 février 2005), article qui a déclenché les polémiques récentes.

Ces pétitions expriment une position de principe : ni la loi ni la justice n'ont à dire l'histoire. Elles offrent également un début d'explication à cette "judiciarisation du passé", en faisant remonter le problème au vote de la loi Gayssot. Celle-ci n'est pourtant pas du même ordre. Elle a une portée juridique concrète en créant un nouveau délit — le "négationnisme" —, les autres lois n'ayant, pour l'instant, qu'une visée "déclamatoire", sans autre portée que d'accorder une forme de reconnaissance à tel ou tel groupe, en inventant une forme inédite de commémoration par la délivrance d'un cours d'histoire sommaire au Journal officiel.

Or le négationnisme n'est pas une simple interprétation de l'histoire : c'est une composante majeure de l'antisémitisme depuis 1945 à l'échelle internationale — les récentes déclarations du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, le confirment jusqu'à la nausée. Sans doute, pour le combattre, aurait-on dû utiliser l'arsenal juridique existant, plutôt que de promulguer une loi contestable. Mais l'abolir aujourd'hui constituerait un acte politique plus inopportun encore. Quant aux autres lois incriminées, si elles sont critiquables sur le principe, il est illusoire de prétendre les effacer, sinon les amender, quelques années après les avoir promulguées, sauf à donner le sentiment que la loi n'est qu'un bien de consommation jetable.

La tendance à légiférer sur le passé est d'ailleurs bien antérieure à la loi Gayssot. Elle est née des procédures lancées, dans les années 1970, contre d'anciens nazis et collaborateurs ayant participé à l'extermination des juifs. Celles-ci utilisaient pour la première fois l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité, votée en 1964. Elles devaient aboutir aux procès Barbie, Touvier et Papon. Les pétitions récentes ne prennent pas en compte cet élément, ni ne rappellent la participation d'historiens à ces procès tardifs, éludant ainsi la responsabilité des scientifiques dans cette judiciarisation de l'histoire que nous étions peu nombreux à dénoncer à l'époque.

Il s'agit pourtant d'un élément central dans la généalogie des disputes actuelles. L'innovation juridique des "procès pour la mémoire" se justifiait, certes, par l'importance et la singularité du génocide des juifs, dont la signification n'est apparue que deux générations plus tard.

Elle exprimait cependant un changement radical dans la place que nos sociétés assignent à l'histoire, dont on n'a pas fini de prendre la mesure. Ces procès ont soulevé la question de savoir si, un demi-siècle après, les juges étaient toujours "contemporains" des faits incriminés. Ils ont montré à quel point la culture de la mémoire avait pris le pas, non seulement sur les politiques de l'oubli qui émergent après une guerre ou une guerre civile, afin de permettre une reconstruction, mais aussi sur la connaissance historique elle-même. L'illusion est ici de croire que la "mémoire" fabrique de l'identité sociale, qu'elle donne accès à la connaissance. Comment peut-on se souvenir de ce que l'on ignore, les historiens ayant précisément pour fonction, non de "remémorer" des faits, des acteurs, des processus du passé, mais bien de les établir ?

Dans le cas du génocide des juifs, dans celui des Arméniens ou dans le cas de la guerre d'Algérie, encore pouvons-nous avoir le sentiment que ces faits appartiennent toujours au temps présent — que l'on soit ou non favorable aux "repentances". L'identification reste possible de victimes précises, directes ou indirectes, et de bourreaux singuliers, individus ou Etats, à qui l'on peut demander réparation. Mais comment peut-on prétendre agir de la même manière sur des faits vieux de plusieurs siècles ? Comment penser sérieusement que l'on peut "réparer" les dommages causés par la traite négrière "à partir du XVe siècle" de la même manière que les crimes nazis, dont certains bourreaux habitent encore au coin de la rue ?

La mobilisation actuelle, notamment à gauche, porte ses coups sur l'article 4 de la loi de février 2005. L'article est certes inepte, mais la dispute est ici idéologique, et n'est pas de nature différente sur le fait de savoir si, par exemple, le communisme recèle un bilan positif ou si la démocratie parlementaire est exempte de critiques. Cela est affaire d'opinion, et n'a pas à être prescrit dans un programme scolaire qui n'a, d'ailleurs, pas la moindre chance d'être jamais appliqué.

Mais cet article 4 est une réaction à l'idée qu'il y aurait des victimes méritant reconnaissance, et d'autres — les harkis — qui n'ont pas droit à cet honneur. Le fond du débat est d'un autre ordre. La loi du 23 mai 2001 a déclaré en quelques lignes que l'esclavage et la traite négrière constituent "un crime contre l'humanité".

L'esclavage, sinon la traite négrière d'antan, a déjà été défini comme un "crime contre l'humanité" dans les statuts du Tribunal militaire international de Nuremberg (article 6c), et il est réprimé depuis par les lois internationales. Pourquoi, dès lors, promulguer une loi à seule fin rétroactive s'il n'y a aucune possibilité d'identifier des bourreaux, encore moins de les traîner devant un tribunal ? Pourquoi devons-nous être à ce point tributaires d'un passé qui nous est aussi étranger ? Pourquoi cette volonté d'abolir la distance temporelle et de proclamer que les crimes d'il y a quatre siècles ont des effets encore opérants ? Pourquoi cette réduction de l'histoire à la seule dimension criminelle et mortifère ? Et comment croire que les valeurs de notre temps sont à ce point estimables qu'elles puissent ainsi s'appliquer à tout ce qui nous a précédés ?

En réalité, la plupart de ces initiatives relèvent de la surenchère politique. Elles sont la conséquence de la place que la plupart des pays démocratiques ont accordée au souvenir de la Shoah, érigé en symbole universel de la lutte contre toutes les formes de racisme. A l'évidence, le caractère universel de la démarche échappe à beaucoup. La mémoire de la Shoah est ainsi devenue un modèle jalousé, donc, à la fois, récusé et imitable : d'où l'urgence de recourir à la notion anachronique de crime contre l'humanité pour des faits vieux de trois ou quatre cents ans.

Le passé n'est ici qu'un substitut, une construction artificielle — et dangereuse —, puisque le groupe n'est plus défini par une filiation passée ou une condition sociale présente, mais par un lien "historique" élaboré après coup, pour isoler une nouvelle catégorie à offrir à la compassion publique. Enfin, cette faiblesse s'exprime, une fois de plus, par un recours paradoxal à l'Etat, voie habituelle, en France, pour donner consistance à une "communauté" au sein de la nation. Sommé d'assumer tous les méfaits du passé, l'Etat se retrouve en même temps source du crime et source de rédemption. Outre la contradiction, cette "continuité" semble dire que l'histoire ne serait qu'un bloc, la diversité et l'évolution des hommes et des idées, une simple vue de l'esprit, et l'Etat, le seul garant d'une nouvelle histoire officielle "vertueuse". C'est là une conception pour le moins réactionnaire de la liberté et du progrès.
Henry Rousso, Le Monde, 24 décembre 2005

Henry Rousso, historien, est directeur de recherche au CNRS (Institut d'histoire du temps présent). Il est notamment l'auteur du Syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours (Le Seuil, 1987).



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 24/12/2005 à 17:20:02 (id:12822)
L'histoire en délire (André Larané)
L'histoire en délire (André Larané)
le vote des "lois mémorielles" par l'Assemblée Nationale en question



L'histoire en délire

André LARANÉ



Décembre 2005 :

La classe politique française ne trouve rien de mieux que de s'écharper sur la colonisation d'il y a 50 ou 150 ans !... La raison en est compréhensible : sanctionnés par le référendum du 29 mai 2005, plombés par deux décennies d'échecs (banlieues en déshérence, économie en panne, finances à sec, recherche à l'abandon,...), gouvernants et élus font du racolage en instrumentalisant l'Histoire avec des lois aussi inutiles que perverses.

La loi Gayssot donne du crédit au négationnisme :

La dérive commence avec la loi Gayssot du 13 juillet 1990 : elle envoie devant les tribunaux les gens désaxés ou stupides qui nient la réalité du génocide juif et, de façon plus grave, tout historien qui examinerait d'un oeil critique un phénomène que la loi française aurait qualifié de «crime contre l'humanité» (*) (le massacre des Arméniens ou l'esclavage par exemple). Sanction : un an d'emprisonnement et/ou 45.000 euros d'amende...

L'historienne Madeleine Rebérioux a pu écrire dans Le Monde (21 mai 1996) :
Ce texte est hautement critiquable pour trois raisons :
– il confie à la loi ce qui est de l'ordre du normatif et au juge chargé de son application la charge de son application la charge de dire la vérité en histoire alors que la vérité historique récuse toute autorité officielle. L'URSS a payé assez cher son comportement en ce domaine pour que la République française ne marche pas sur ses traces.
– Il entraîne quasi inéluctablement son extension un jour à d'autres domaines qu'au génocide des juifs : autres génocides et autres atteintes à ce qui sera baptisé «vérité historique».
– Il permet aux négationnistes de se présenter comme des martyrs, ou tout au moins comme des persécutés.

La France de Vichy enterre celle de De Gaulle :

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac a impliqué la nation française dans la rafle du Vél d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942. Ces jours-là, des milliers de juifs ont été livrés aux nazis par des policiers français aux ordres de l'occupant nazi. «La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable», déclara ce jour-là le président de la République.

Surfant sur l'émotion et les modes du moment, Jacques Chirac a ce faisant rompu avec la prudence de ses prédécesseurs. Il a enterré sous les applaudissements la doctrine de la Résistance et de de Gaulle, qui déniait toute forme de légitimité nationale à l'administration de Vichy sous autorité nazie.

Le Parlement français écrit l'Histoire... de la Turquie :

On a eu ensuite la loi du 29 janvier 2000 : «Article unique : La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915». Nul ne conteste ce génocide (en-dehors de la Turquie et de quelques historiens comme Bernard Lewis, dont c'est le droit). Mais appartient-il au Parlement français d'en faire un texte de loi ?

Si c'est le cas, qu'il ne s'arrête pas en si bon chemin et condamne aussi le «viol de Nankin», l'invasion du Tibet, le massacre des Peaux-Rouges, l'extermination des Pygmées, le massacre des harkis, la destruction de Bagdad par les Mongols, les sacrifices humains des Aztèques,...

Taubira blanchit les esclavagistes non-européens :

La loi Taubira du 21 mai 2001 fait de la traite atlantique et de l'esclavage dans les anciennes colonies européennes un crime contre l'humanité... mais s'abstient soigneusement de condamner les esclavagistes passés et actuels, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

Cette loi a été votée à l'unanimité, sans réflexion et sans débat, les députés ayant mis leur intelligence en veilleuse pour ne pas s'attirer les foudres de quelques militants. «Est-ce que les Grecs d'aujourd'hui vont décréter que leurs ancêtres les Hellènes commettaient un crime contre l'humanité car ils avaient des esclaves ? Cela n'a pas de sens !», lance à son propos l'historien Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 17 décembre 2005).

La droite exalte l'oeuvre coloniale de la gauche :

Pour couronner le tout, la loi du 23 février 2005 s'est enrichie d'un amendement qui énonce : «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit».

Ce voeu pieux a été voté à la sauvette par les députés (droite et gauche réunies) et approuvé par Jacques Chirac pour complaire aux anciens rapatriés d'Algérie. Curieux paradoxe : il est défendu aujourd'hui par une droite qui se réclame du liquidateur de l'empire colonial (le général de Gaulle), et dénoncé par une gauche qui est pour l'essentiel à l'origine de cet empire.

Menaces sur la liberté d'expression

Croient-ils vraiment, nos élus et nos gouvernants, s'attirer l'indulgence des citoyens issus de l'outre-mer, d'Arménie, d'Algérie et d'ailleurs avec ces lois que 19 historiens parmi les plus grands qualifient de « lois indignes» ?...

Prises individuellement, elles peuvent paraître bénignes. Mais leur conjugaison débouche sur des restrictions de plus en plus pesantes de la liberté d'expression.

Une multitude d'associations s'arrogent désormais le droit de traquer les mal-disants. Premières victimes : une fonctionnaire du ministère des anciens combattants coupable d'avoir un grand-père nommé Papon ; un érudit, Olivier Pétré-Grenouilleau, coupable de penser que la traite atlantique ne justifie peut-être pas d'être décrétée «crime contre l'humanité» ; un député, Christian Vanneste, coupable de propos abrupts sur l'homosexualité qui auraient paru banals il y a quelques années,...

Si d'aucuns pensent que de telles lois sont nécessaires pour établir la concorde dans un pays désormais métissé et communautarisé, la loi Taubira démontre le contraire, au vu de l'ampleur du malaise antillais, quatre ans après son adoption !

André Larané*

* André Larané est licencié en Histoire et ingénieur centralien,
il est concepteur et animateur du site Jours d'Histoire - Hérodote.net



- le site d'André Larané :
http://www.herodote.net/editorial05121.htm



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 24/12/2005 à 09:08:02 (id:12719)
La mémoire est de plus en plus tyrannique (Pierre Nora)
La mémoire est de plus en plus tyrannique (Pierre Nora)
Pierre Nora



La mémoire est de plus en plus tyrannique


Pierre NORA



L'historien et éditeur Pierre Nora, membre de l'Académie française, directeur de la fameuse collection Les lieux de mémoires, est un des signataires de la pétition «Liberté pour l'histoire !».


LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Pensez-vous, dans le contexte actuel, que cette pétition des historiens soit de nature à apaiser le débat.
Pierre NORA. - Il faut bien à un moment ou un autre tirer la sonnette d'alarme pour donner un coup d'arrêt à cette dérive pernicieuse du législateur français. Nous sommes le seul pays en Europe à voter de telles lois «mémorielles». Entendons-nous bien : ces textes ne sont pas moralement condamnables, ils visent à reconnaître des génocides, à rappeler des souffrances, à combattre l'oubli. Une communauté qui refuse son passé n'a pas d'avenir. Mais il ne faut pas confondre justice et histoire. C'est aux historiens de travailler sur ces questions. L'intervention du Parlement n'est pas intellectuellement acceptable car le législateur, en édictant des vérités officielles, opère une sanctuarisation juridique de certains pans entiers de l'histoire et condamne le travail des historiens.


Vous vous en prenez, dans cette pétition, à la loi Gayssot, la première de ces lois sur la mémoire. Ne craignez-vous pas de susciter l'incompréhension ou la colère chez ceux qui combattent le négationnisme ?
Certains ont cru, à l'origine, que la loi Gayssot pouvait avoir des effets positifs. Beaucoup de mes amis ou de mes confrères étaient de cet avis. Il est vrai que ce texte s'inscrivait dans un contexte particulier, marqué par la montée du révisionnisme. J'ai compris les raisons de cette loi. Mais, dès cette époque, j'avais déjà des doutes sur sa démarche et sur ses résultats, et c'est pour cette raison que je n'ai pas signé la pétition des historiens en faveur de son adoption. Nous étions deux, avec Madeleine Rebérioux, à nous y opposer. Le dispositif juridique existant, notamment l'incitation à la haine raciale, était, à mon avis, suffisant pour ne pas avoir besoin d'édicter des vérités officielles. Mais on préfère en France faire des lois. La loi Gayssot fut un signe en faveur de communautés légitimement indignées. Mais il me semblait déjà qu'il s'agissait du type même de logique d'inspiration totalitaire qui allait nous entraîner dans un engrenage fatal.


N'y a-t-il pas une distinction à faire entre le passé lointain et le passé proche ? La loi de 1990 avait été votée pour protéger les survivants de la Shoah contre ceux qui niaient l'horreur de ce qu'ils avaient personnellement vécu.
Oui et c'est pour cette raison que j'ai compris les intentions de cette loi. Mais, quinze ans après, les lois «mémorielles» se sont multipliées et nous avons la triste démonstration de leurs effets pervers. Ce processus est sans fin car l'histoire est pavée de crimes contre l'humanité. Il n'est pas du rôle du législateur de favoriser un compartimentage de l'histoire, ni d'arbitrer la compétition victimaire qui se fait jour. Pourquoi ne pas légiférer sur le massacre des Albigeois, les horreurs des guerres de religion ou de la Terreur... ? Nous n'en sortirons plus. Il est probable que l'article 4 de la loi de 2005 est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Il est urgent de stopper cette surenchère. En outre, les nouveaux moyens de communication, notamment Internet, rendent sans effet les dispositions de ces lois.


Vous aviez jadis contribué par vos travaux à revaloriser une certaine «mémoire fondatrice». Diriez-vous aujourd'hui que vous avez été trop entendu. Nous souffrons d'une mémoire envahissante ?
J'avais déjà dénoncé voilà vingt ans, dans la conclusion des Lieux de mémoire, les dangers d'une certaine «tyrannie de la mémoire». La mémoire, ce n'est pas l'histoire. Mais, depuis, les choses se sont aggravées. A l'époque, les minorités sociales, sexuelles, provinciales, etc., qui s'exprimaient demandaient avant tout une certaine reconnaissance légitime. La mémoire était, si l'on peut dire, «modeste». Ces groupes ne revendiquaient pas de droit. Aujourd'hui, certains défenseurs de la mémoire ont une tendance à se montrer agressifs. Ils imposent une mémoire tyrannique, parfois terroriste, notamment vis-à-vis de la communauté scientifique. Des historiens très sérieux sont jetés en pâture à des groupes de pression qui utilisent de plus en plus la menace de la loi pour occulter des vérités qui ne leur conviennent pas. Il faut empêcher les gardiens de telle ou telle mémoire de prendre en otage la recherche historique. Ils exigent que l'histoire les serve parce qu'ils projettent les préoccupations du présent sur les événements du passé. C'est ce péché d'anachronisme qu'il faut dénoncer. Et ce n'est pas le législateur qui peut le faire, mais seulement les historiens.
Le Figaro - 22 décembre 2005
Propos recueillis par J.-S. V.




***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 24/12/2005 à 02:39:28 (id:12713)
Plaidoyer pour les «indigènes» d'Austerlitz (Pierre Nora)
Plaidoyer pour les «indigènes» d'Austerlitz (Pierre Nora)
Allégorie de la victoire d'Austerlitz, 2 décembre 1805
huile sur toile d'Antoine-François Callet
châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN/Jean Lewandowski





Plaidoyer pour les «indigènes» d'Austerlitz

Pierre NORA



Avec cette commémoration, ou plutôt cette non-commémoration de la bataille d'Austerlitz, on touche le fond. Le fond de la honte et le fond du ridicule.

L'Europe entière s'y est mise. La Belgique a commémoré Waterloo par une reconstitution géante qui a trouvé son succès public. Les Anglais ont commémoré somptueusement la bataille de Trafalgar, et la France y a envoyé son plus beau navire, même si l'homme dont il porte le nom, Charles de Gaulle, n'eût peut-être pas apprécié que la France participât à la célébration de sa propre défaite - mais enfin, nous y étions.

Et voici que les Tchèques organisent avec éclat la bataille d'Austerlitz, la bataille des "trois empereurs". En attendant l'année prochaine, où les Allemands projettent ce qu'ils appellent eux-mêmes un "grand rendez-vous avec Napoléon", à Iéna et à Auerstaedt (1806 : victoires napoléoniennes contre le royaume de Prusse).

Toutes ces manifestations sont le signe tangible que Napoléon n'appartient pas qu'à la France et qu'il est entré dans l'imaginaire et le patrimoine européens. Avec sa légende et sa contre-légende, avec sa situation ambiguë de porte-parole de la Révolution des droits de l'homme et d'unificateur d'une Europe à la française, par le fer et par le feu.

Et la France ? Elle se décommande, elle se fait toute petite, elle se fait excuser, elle se cache derrière son petit doigt. On aura beau dire que ce petit doigt était quand même son, ou sa ministre de la défense, c'est ainsi qu'on l'a compris et qu'on l'a voulu.

Et pourquoi ? Parce qu'un quidam a décidé, dans un pamphlet sans queue ni tête publié par les éditions Privé, que le Code noir préfigurait les lois de Nuremberg, et que Napoléon anticipait Hitler (il s'agit de l'ouvrage de Claude Ribbe, Le Monde du 1er décembre). Toujours cette manie d'aujourd'hui de ne juger l'histoire qu'en termes moraux et de plaquer sur le passé des grilles d'interprétation qui ne sont valables que pour le présent. Et quidam sans autre autorité intellectuelle ou morale que celle qu'on vient de lui conférer par aberration en le nommant par décret au Journal officiel du 10 novembre à la Commission nationale consultative des droits de l'homme.

On croit rêver. Même ceux, dont je suis, qui ne sont pas des napoléoniens fervents se frottent les yeux et se sentent devenir à leur tour des "indigènes" de la Grande Armée. Les professeurs devront-ils cesser de dessiner au tableau noir Valmy, Austerlitz et Verdun ? Cesser d'apprendre à leurs élèves les vers de Victor Hugo qui plaisaient tant à Péguy : "Je ne hais pas d'entendre au fond de ma pensée/Le bruit des lourds canons roulant vers Austerlitz."

Ceux qui ont eu plaisir à lire les Cent-Jours (éd. Perrin, 2001) d'un certain Dominique de Villepin plaignent l'auteur, qui a dû avaler son petit chapeau.

Et tous ceux qui, décorés de la Légion d'honneur, se souviennent qu'ils la doivent à Napoléon, qui en a créé l'ordre pour des raisons militaires, doivent-ils maintenant se demander si le rouge qu'ils portent à la boutonnière ne doit pas leur monter au front ?

C'est le moment de rappeler la remarque de l'historien Marc Bloch (1886-1944) : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims et ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération." Il aurait pu ajouter : ceux qui ne sentent pas quelque chose se lever dans leur cœur avec le soleil d'Austerlitz.

Au point où en sont les choses, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ? Encore un effort citoyen ! Ou, plutôt, puisque la responsabilité de cette pantalonnade revient à la plus haute autorité de l'Etat, qu'elle me permette de lui faire respectueusement une modeste suggestion : Monsieur le Président, vous aimez faire plaisir à tout le monde, ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Pendant que vous y êtes, sortez donc Napoléon des Invalides pour le rendre aux Corses et mettez-y à la place la tombe de l'Esclave inconnu.

Pour m'être engagé à fond en faveur de l'indépendance de l'Algérie, je sais qu'il y a bien des mesures à prendre pour mettre la France à jour avec sa conscience coloniale, toujours trop bonne ou trop mauvaise. Mais celle-ci est à coup sûr la plus lamentable, et seulement propre à perdre sur tous les tableaux.

Historien, Pierre Nora, de l'Académie française, est membre du Haut Comité des célébrations nationales
Le Monde, 13 décembre 2005



- la réponse de Claude Ribbe :
http://www.minorites.org/article.php?IDA=13899


***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 24/12/2005 à 02:31:49 (id:12712)
Quand la loi édicte une vérité officielle, nous disons non (Jean-Pierre Azéma)
Quand la loi édicte une vérité officielle, nous disons non (Jean-Pierre Azéma)
Jean-Pierre Azéma, historien



Quand la loi édicte une vérité officielle,
nous disons non

Jean-Pierre AZÉMA


Mémoire. Jean-Pierre Azéma, historien, fustige l'inflation législative


Jean-Pierre Azéma, 68 ans, professeur d'histoire à Sciences-Po, est spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Il explique les enjeux de cette mobilisation contre les lois mémorielles.


Comment est venue l'idée de cette pétition d'historiens ?
J'avais réuni une quarantaine d'historiens et de juristes en un forum de discussions, à Sciences-Po, le 3 décembre, autour du livre d'Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. C'est un livre important, incontestable d'un point de vue historique, et son auteur se trouve pourtant traîné en justice par une association mémorielle, le collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais, pour révisionnisme (lire ci-dessus). Nous voulions en parler avec lui, et le forum s'est demandé comment le défendre, avec quels moyens. Il a été décidé que quelques-uns d'entre nous écriraient des lettres de soutien qui puissent être produites lors du procès, qu'une association d'historiens allait être mise en place afin de venir en aide aux collègues qui, malheureusement, risqueraient d'être mis en cause dans le futur. Et donc qu'une pétition circulerait.

Comment la pétition va-t-elle circuler ?
Nous allons passer par les associations d'historiens, sur le terrain, notamment dans l'enseignement secondaire et supérieur. Car l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le «rôle positif de la colonisation» menace les profs. Aujourd'hui, les enseignants d'histoire sont vulnérables et l'inquiétude monte. Avoir l'obligation de dire que la colonisation a été positive, sans analyse critique, c'est explosif dans les classes. Il y a un vrai ras-le-bol des historiens qui se sentent démunis face à la mémorialisation et à la judiciarisation de l'histoire.

Qu'est-ce qui explique ce double phénomène ?
Ce que j'appellerais un «déferlement de la mémoire» depuis une quinzaine d'années. Qui me semble lié à deux stratégies. D'abord d'ordre médiatico-judiciaire : un bon procès fait parler. Et les groupes de mémoire, qu'ils soient juifs, arméniens, descendants d'esclaves ou de colonisés, pieds-noirs ou harkis, le savent bien. C'est une stratégie judiciaire de communication : la mémoire meurtrie s'entretient à coups de procès, et ce sont souvent les historiens qui en font les frais. Il y a aussi, de la part des politiques, une stratégie partisane. Les quatre lois mémorielles en question, loi Gayssot sur le négationnisme en 1990, sur le génocide arménien le 29 janvier 2001, loi Taubira sur l'esclavage du 21 mai 2001, sur la colonisation en février 2005, ciblent des votes que les politiques veulent s'allier, ou du moins ne pas perdre. Les partis cherchent à récupérer les mémoires, la communauté juive, les Arméniens de France, les harkis, le vote des DOM-TOM. Dans certaines régions, les politiques sont très dépendants de ces stratégies clientélistes.

Mais, pour les historiens, rester entre soi sonne un peu corporatiste...
Il faut être clair : les travaux d'histoire n'ont pas vocation à répondre aux demandes mémorielles. On ne fait pas un livre d'histoire sérieux pour démontrer après coup que tel ou tel groupe mémoriel a raison de se clamer victime. C'est une surenchère dangereuse.

C'est une évolution sociale à laquelle les historiens n'échappent pas...
Il y a trente ans, les historiens ne sortaient pas, ou rarement, de leur pré carré des colloques et des notes en bas de page. Mais en France, l'histoire est de plus en plus importante dans l'actualité : commémorations, procès Touvier, Papon, où des historiens ont été témoins et experts. L'histoire ne doit pas être l'esclave de l'actualité et plaquer sur le passé des schémas contemporains. L'historien devrait répondre de façon non mémorielle à la demande sociale.

Avec la remise en cause de la loi Gayssot, ne craignez-vous pas d'être instrumentalisés par l'extrême droite révisionniste ?
Quand la loi Gayssot vise à une protection contre les agités du négationnisme, très bien. Mais quand elle édicte une vérité officielle de l'histoire, nous disons non. Et ce n'est pas nouveau : à l'époque, deux consciences historiques comme Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet étaient montés au créneau, disant en substance : on peut se passer de cette loi qui n'est pas essentielle. La loi Gayssot n'est pas tout à fait inutile dans les faits de justice ­ elle est un cas limite ­, même si, sur le principe, elle me semble ambiguë.

Lors de l'adoption de la loi Taubira, les historiens ne se sont pas manifestés...
Ils auraient dû, car l'article 2 décrète que les programmes scolaires et de recherche devront faire une place conséquente à la traite et à l'esclavage. Disons qu'il y avait quelques raisons, à l'époque, de compenser le fait que, dans les manuels, on parlait insuffisamment de l'esclavage et de la colonisation. Depuis, cet aspect des choses a changé.

Votre pétition demande l'abrogation des quatre lois mémorielles adoptées depuis 1990...
Nous savons que ces lois ne seront pas abrogées. Mais c'est une question de principe : il fallait marquer un coup dans une stratégie tribunicienne. Et affirmer : «Ça suffit maintenant, plus de loi mémorielle en faveur d'aucune communauté qui pourrait se prétendre victime de l'histoire.» Rien n'empêche les commémorations, nationales, locales ou partisanes, mais on ne peut plus forcer les historiens à enseigner et à écrire une vérité historique votée par les députés.

Quelle sera l'action des historiens dans l'immédiat ?
Créer une association de type loi de 1901, Liberté pour l'histoire, qui veillera à ce que l'histoire ne soit pas instrumentalisée, et pourra aller en justice pour défendre les historiens.
propos recueillis par Antoine de BAECQUE,
Liberation, 21 décembre 2005


- Libération :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=346511



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 22/12/2005 à 19:36:16 (id:12540)
Olivier Pétré-Grenouilleau assigné en justice ! (Libération, 21 décembre 2005)
Olivier Pétré-Grenouilleau assigné en justice ! (Libération, 21 décembre 2005)
Gallimard, 2004


Contre la police de la pensée, contre l'histoire servante
des communautarismes


Longtemps, l'historien a passé pour une manière de juge des Enfers,
chargé de distribuer aux héros morts l'éloge ou le blâme.
Il faut croire que cette attitude répond à un instinct puissamment enraciné.
Marc Bloch, Apologie pour l'histoire (1941)




Mémoire
Un historien assigné en justice


Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur à l'université de Lorient, est assigné devant le tribunal de grande instance de Paris par le collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais. Qui lui reproche, dans une interview au Journal du dimanche du 12 juin à propos de son livre, les Traites négrières (Gallimard), de «nier le caractère de crime contre l'humanité qui a été reconnu à la traite négrière par la loi du 21 mai 2001». L'historien nie le «caractère génocidaire» de l'esclave, puisque le but des esclavagistes était de préserver la main-d'oeuvre servile, non de la tuer. De plus, le collectif attaque l'historien sur ses compétences, au motif qu'il analyse l'esclavage comme un «phénomène global», incluant traites atlantique, arabe et africaine, alors que la loi Taubira ne statue que sur cette première. L'enjeu réel de ce second point juridique est de taille, puisque Pétré-Grenouilleau démontre que les Africains eux-mêmes ont été, pendant des siècles, non seulement victimes mais acteurs de la traite négrière. L'assignation précise enfin les demandes du collectif : outre une condamnation pour «révisionnisme», le retrait du prix du livre d'histoire du Sénat et qu'une sanction administrative soit envisagée dans son université d'origine.
Antoine de BAECQUE
Libération, mercredi 21 décembre 2005


- les positions du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) contre Olivier Pétré-Grenouilleau, sur le site Grioo.com :
http://www.grioo.com/info4864.html

- une interview de Pétré-Grenouilleau à l'Expansion le 29 juin 2005 :
http://www.lexpansion.com/html/A133102.html



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 21/12/2005 à 10:51:02 (id:12264)
Montpellier et le Musée de l'histoire de la France en Algérie (Daniel Lefeuvre)
Montpellier et le Musée de l'histoire de la France en Algérie (Daniel Lefeuvre)
Daniel Lefeuvre, professeur d'Histoire à l'université Paris VIII/Saint-Denis




Montpellier et le Musée de l'histoire de la France en Algérie
Accepter de poser un regard de vérité


Daniel LEFEUVRE



«Faire le pari de l'intelligence plutôt que de s'engager dans une oeuvre de circonstance.»

Entretien accordé par Daniel Lefeuvre au journal Le Midi libre du 17 novembre 2005. Historien de renom et membre du comité scientifique créé pour valider le contenu du Musée de l'histoire de France en Algérie, Daniel Lefeuvre est favorable à un débat public.


Pourquoi avez-vous quitté le comité scientifique ?
Pas du tout ! Je ne l'ai pas quitté et, à l'heure où je vous parle, je suis toujours à l'intérieur et solidaire du comité. Ayant appris par la presse, ce que je trouve discourtois, voire blessant, que la réalisation du projet était freinée, et mes messages étant restés sans réponse, j'ai écrit à Hélène Mandroux pour obtenir des explications. Je les attends toujours. Je sais que le comité scientifique a été convoqué mercredi dernier mais je n'ai pu y participer, ayant été prévenu trop tard je ne sais pas ce qui s'y est dit. J'ai toujours envie de travailler sur ce projet mais j'ai besoin de savoir si son contenu et sa finalité restent les mêmes. J'ai fait parvenir un double de ma lettre à Georges Frêche.

La question du contenu du musée paraît difficile à résoudre. Pour quelle raison ?
Le problème vient de ce que l'on demande aux historiens de porter des jugements, de défendre les uns ou d'accuser les autres. Or, l'historien n'est pas là pour dire le bien et le mal, le juste et l'injuste. Son rôle consiste à chercher à connaître et à comprendre, à montrer la complexité des choses, sans esprit de repentance ni volonté apologétique. On en est arrivé au point que le simple fait d'accepter de faire partie du comité scientifique de ce musée m'a valu d'être présenté comme un nostalgique de la colonisation.

Montpellier a-telle besoin d'un musée sur l'histoire de la France en Algérie ?
À Montpellier ou ailleurs, un tel musée pourrait être utile, dès lors que son contenu serait historiquement irréprochable. En contribuant ainsi a éclairer l'histoire complexe de la France en Algérie, sans en omettre aucun aspect, ce serait aussi un instrument de cohésion sociale en permettant aux uns et aux autres, rapatriés, anciens combattants, d'Afrique du Nord, harkis, jeunes issus de l'immigration... de tourner cette page toujours douloureuse de notre passé récent, de refermer des blessures profondes. Mais j'insiste : pour parvenir à ce résultat, il faut accepter de regarder le passé en face, il faut accepter de poser sur cette histoire un regard de vérité. C'est pour cette raison que je me suis opposé au fait que ce musée soit celui de l'oeuvre française en Algérie. C'est trop connoté.

Le musée doit-il réhabiliter la mémoire des rapatriés ?
Le musée ne doit pas enfermer la complexité de l'histoire dans le camp des nostalgiques ou dans celui de ceux qui veulent se repentir. Ce serait la grandeur de Montpellier de faire le pari de l'intelligence, plutôt que de s'engager dans une oeuvre de circonstance, inutile, voire productrice de rancoeur et de déchirements. C'est d'ailleurs ce que demandent les rapatriés, dans leur grande majorité. On a besoin d'un regard lucide. Au demeurant, l'absence de débat public sur une question de cette importance me paraît regrettable. Pour ma part, je suis prêt à venir discuter de tout ça en public.

Propos recueillis par Ph. B.


***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 20/12/2005 à 11:52:51 (id:12182)
Liberté pour l'histoire (pétition du 13 décembre 2005)
Liberté pour l'histoire (pétition du 13 décembre 2005)
Apologie pour l'Histoire, Marc Bloch, 1941



La méthode historique et la vérité


Contre toute instrumentalisation de l'histoire, qu'elle provienne des clientélismes visant les rapatriés ou qu'elle traverse les courants de la "repentance", de la dénonciation d'une "colonisation génocidaire" et/ou des "indigènes de la République", la méthode historique doit affirmer l'intangibilité de ses procédures de validation de la vérité. Il n'est pas inutile de se ressourcer dans la réflexion de Marc Bloch (1886-1944) :

- Tous les faits humains un peu complexes échappent à la possibilité d'une reproduction ou d'une orientation volontaire.

- Le passé est, par définition, un donné que rien ne modifiera plus.

- Quand le savant a observé et expliqué, sa tâche est finie.

- Longtemps, l'historien a passé pour une manière de juge des Enfers, chargé de distribuer aux héros morts l'éloge ou le blâme. Il faut croire que cette attitude répond à un instinct puissamment enraciné.

- Robespierristes, antirobespierristes, nous vous crions grâce, par pitié, dites-nous simplement quel fut Robespierre

Marc Bloch, Apologie pour l'histoire (1941)

Michel Renard

***


Liberté pour l'histoire


Une pétition pour l'abrogation des articles de loi contraignant la recherche et l'enseignement de cette discipline.


Libération - mardi 13 décembre 2005
Page «Rebonds»

Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.

L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.

L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.

L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.

C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives - notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 - ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.

Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.

Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock



***
[ Ajouter un commentaire | commentaire(s) ]
Posté le 16/12/2005 à 01:32:50 (id:11621)
<<   <      1, 2, 3, 4         
Valid XHTML 1.0 Transitional Valid CSS