- Histoire/politique
M. Debré ne veut "ni repentance, ni renoncement, ni reniement"
M. Debré ne veut
André Sureda, Musulmanes au cimetière d'El Kettar, 1905




Nouvelle loi sur la colonisation : M. Debré ne veut "ni repentance, ni renoncement, ni reniement"



PARIS (AP) -- Le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré a déclaré mardi qu'il allait rédiger une nouvelle mouture de l'article 4 de la loi controversée du 23 février 2005 évoquant le rôle positif de la colonisation en veillant à ce que le texte ne soit "l'expression ni d'une repentance, ni d'un renoncement, ni d'un reniement".
"Avec les représentants des quatre groupes parlementaires, j'entends, j'écoute et j'essaie de comprendre", a-t-il expliqué lors de ses voeux à la presse".
AP, 17 janvier 2006, 12 h 15



- source de cette information :
http://permanent.nouvel...60117.FAP0170.html?1133



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Posté le 18/01/2006 à 22:30:49 (id:17061)
La "Liberté pour l'Histoire" est en marche (Pierre Assouline)
La
le président du Sénat n'a manifestement rien compris
à ce que lui exposaient les quatre historiens : Michel Winock,
Pierre Nora, Françoise Chandernagor et Jean-Pierre Azéma



La "Liberté pour l'Histoire" est en marche

Pierre ASSOULINE



Le mouvement «Liberté pour l'Histoire» est parti et bien parti. Car ce n'est plus seulement une pétition mais une dynamique qui a donné naissance à un véritable réseau. On se souvient que le mois dernier, suite à la polémique sur le traitement de la colonisation française dans les manuels, 19 historiens avaient enfin réagi en publiant un texte réclamant notamment l'abrogation de plusieurs articles des lois Gayssot et Taubira relatives à la négation de la Shoah et à la reconnaissance de l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Leur pétition avait fait beaucoup de bruit. Et pour l'avoir reprise sur ce blog en l'approuvant, sous le titre «L'Histoire aux historiens, enfin !», j'avais eu droit à des commentaires d'internautes me soupçonnant d'user à dessein de la rhétorique «La France aux Français» - ce qui est une curieuse façon de n'entendre que la musique sans écouter les paroles.

Partis donc une poignée, ils sont désormais plus de 450 (chercheurs, universitaires, enseignants du secondaire...), français et étrangers, et ils ne sont pas encore arrivés. Le dernier en date à avoir signé est Tzvetan Todorov mais certains historiens (notamment Annette Wieworka et Henry Rousso), qui travaillent justement sur le contemporain et particulièrement sur la seconde guerre mondiale, ont refusé de se joindre au mouvement. Même si la loi ne les satisfait pas, ils estiment que ce serait encore pire sans elle.

Sous la même appellation de «Liberté pour l'Histoire», la pétition s'est donc métamorphosée en association 1901 présidée par René Rémond, dont les statuts seront enregistrés d'ici à la fin du mois. Elle permettra aux historiens attaqués (tel Olivier Pétré-Grenouilleau qui avait «osé» souligner le rôle prépondérant des Africains et des Arabes dans les traites négrières) d'être défendus et soutenus plus efficacement. En attendant, une délégation de quatre fondateurs (Michel Winock, Pierre Nora, Françoise Chandernagor et Jean-Pierre Azéma) a entrepris d'expliquer son action aux institutions concernées.

Elle a été reçue la semaine dernière par Christian Poncelet, mais le président du Sénat n'a manifestement rien compris à ce qui lui était exposé car il répondait toujours à côté en déviant à chaque fois hors sujet sur le rôle du Sénat dans l'histoire (troublant mais pas nouveau, le phénomène fait frémir lorsqu'on songe qu'en sa qualité de deuxième personnage de l'Etat, c'est lui qui dirigerait la France par intérim en cas de vacance du pouvoir...). Le quatuor sera reçu en fin de semaine par Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale puis par Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, lesquels ont chacun lancé une mission qui se veut « un travail approfondi sur l'histoire, la loi et le devoir de mémoire ». Avec eux, cela devrait mieux se passer, du moins dans une certaine cohérence intellectuelle, en principe.


Pierre Assouline, 16 janvier 2006
http://passouline.blog....01/la_libert_pour_.html



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Posté le 16/01/2006 à 22:38:53 (id:16690)
La "race des historiens..." selon Nicolas Sarkozy
La
"On a vu apparaître une nouvelle race : les historiens",
N. Sarkozy...! De Gaulle écrivait : «Mon père, homme de pensée, de culture,
de tradition, était imprégné du sentiment de la dignité de la France.
Il m'en a découvert l'histoire», et le général fut un grand lecteur des historiens
latins, du Moyen Âge, du siècle des Lumières, du XIXe siècle... Mais De Gaulle était d'une autre race...!





La "race des historiens..." selon Nicolas Sarkozy

Il faut réécrire" l'article 4 sur la colonisation
pour lever "les malentendus"

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et président de l'UMP



PARIS (AP) -- "Il faut réécrire" l'article de loi qui évoque le rôle "positif" de la colonisation pour lever "les malentendus", a déclaré jeudi le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.
"Des malentendus sont nés" de ce texte. "Il faut les lever", a-t-il dit lors de ses voeux à la presse. "Il faut réécrire l'article 4 (de la loi du 23 février 2005) et il faut le réécrire avec deux objectifs au moins": "écarter la référence ambiguë à l'outre-mer" et "préciser que les programmes scolaires accordent à l'histoire de la présence française dans ces territoires la place conséquente qu'elle a eue, pas plus, pas moins, sans bien sûr qualifier cette place".
Pour le reste, "l'histoire n'appartient à personne", a lancé Nicolas Sarkozy. "On a vu apparaître une nouvelle race: les historiens", a-t-il ironisé. "Ils arrivent, l'histoire leur appartient". Mais "quelle étrange conception de la nation! L'histoire n'appartient à personne" et "je souhaite que le Parlement puisse exprimer dans des résolutions (...) des avis politiques, des orientations politiques".
L'article 4 de la loi sur les rapatriés et harkis a été discrètement adopté par les députés le 11 juin 2004 par le biais d'un sous-amendement du député UMP Christian Vanneste, et confirmé par les sénateurs. Il prévoit que les programmes scolaires doivent reconnaître le "rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit". AP
AP | 12.01.06 | 12:41



- source de cette dépêche :
http://permanent.nouvel...60112.FAP9078.html?1146

- Pour avoir une idée de la différence entre De Gaulle et Sarkozy sur le rapport aux "historiens", voir : "De Gaulle historien", intervention de Alain Marcan à l'Académie des sciences morales et politiques (23 mai 2005) :
http://www.asmp.fr/trav...cations/2005/larcan.htm


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Posté le 13/01/2006 à 10:59:03 (id:15942)
De la vision coloniale de l'école de la République (Francis Beau)
De la vision coloniale de l'école de la République (Francis Beau)
La B.N.C.I. (Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie "Afrique")
au Maroc. Affiche publicitaire en couleurs illustrée.
Carte donnant les villes du Maroc avec relief, végétation et
animaux divers et un cavalier arabe.
[1960], © Caom




De la vision coloniale de l'école de la République

Francis BEAU



Réaction à la condamnation sans appel par Bernard-Henri Lévy (Le Point n° 1734 du 8 décembre 2005) du projet colonial de la France en Afrique et de ses "prétendus aspects positifs" (nos ancêtres les Gaulois, l'école de la République...)

Dans son bloc-notes intitulé "Du colonialisme et des ses prétendus aspects positifs", Bernard-Henri condamne sans beaucoup de nuances les "prétendus aspects positifs" de la colonisation et leurs défenseurs : "Voilà qu'on nous refait celui (le coup) du rôle positif, voire de l'œuvre humaniste, de la présence française en Afrique (équipements, santé, Savorgnan de Brazza, Lyautey, nos ancêtres les Gaulois, l'école de la République...). Je passe sur la méthode ..."

D'accord pour la méthode : ce n'est pas au législateur de dire l'histoire. Là-dessus, tout le monde est d'accord (même probablement une partie des parlementaires qui ont défendu l'article de loi incriminé, pour des raisons électoralistes à courte vue) : la grande majorité des Français, de la presse et de nos hommes politiques, jusqu'aux plus hauts personnages de l'État (le Président de la République et son Premier ministre qui se sont tous deux exprimés récemment là-dessus). "Quant au fond", et aux "considérations simples" auxquelles BHL nous suggère de revenir, essayons d'y regarder de plus près, sans pour autant sacrifier à la simplicité au point de recourir à des raccourcis historiques trop simplistes.

Passons à notre tour sur le ton de celui qui défend l'idée que "le projet colonial (...) est un projet pervers", et que "l'aventure coloniale a été en son principe une page sombre de notre Histoire" en stigmatisant chez "ceux qui veulent réviser cette évidence", "l'aplomb, la passion et l'enthousiasme repu de beaufs qui se lâchent". Il est révélateur du manque de tolérance dont font preuve certains "intellectuels" vis-à-vis de tous ceux (et ils sont nombreux) qui ne partagent pas leur manière de voir (en l'occurrence une vision dont l'évidence plus que discutable ne pourrait se défendre qu'en faisant abstraction de toute perspective historique) mais, "n'insistons pas..." et venons-en au fond de la "prétendue" "évidence".

Plutôt que d'ironiser sur "nos ancêtres les Gaulois" et sur "l'école de la République" qui prétendait en enseigner l'histoire à ses enfants, il serait plus utile de se souvenir que sans l'apport de la civilisation grecque puis romaine, il n'y aurait probablement pas eu de civilisation gallo-romaine, que ces valeureux Gaulois seraient vraisemblablement restés les Barbares qu'ils étaient avant la domination romaine, et qu'ils n'auraient été l'objet d'aucune histoire de la part d'aucune école d'une quelconque "République". On peut discuter à l'infini sur les aspects positifs ou négatifs des apports de cette civilisation, mais il ne viendrait à personne l'idée de nier l'évidence de ses aspects positifs, qui se sont pourtant répandus à coups de conquêtes militaires, de domination, d'esclavage et de puissance impériale. Autres temps, autres mœurs, notre civilisation moderne en a retenu les principes sans, Dieu merci, en conserver la rudesse des mœurs. Personne ne songerait à renier cet héritage qui nous vient "d'ancêtres" dont nous descendons, sinon par le sang, du moins par l'esprit.

C'est dans cet esprit que beaucoup de prétendus "criminels" de "l'idéologie coloniale", quelques siècles plus tard, assimilaient les enfants africains aux enfants de la République en leur enseignant l'histoire de leurs ancêtres les Gaulois. Comment peut-on ne pas y voir la manifestation d'une vision coloniale, fondée sur la notion d'intégration et la volonté de renverser toutes les barrières de couleur ou de race ? Où se cache le racisme ? Chez celui qui ignore la notion de race au point de compter au nombre de ses ancêtres ceux dont il a hérité par l'esprit aussi bien que ceux dont il est issu par le sang ? Ou bien chez celui qui glose sur "l'école de la République" parce qu'elle enseigne à tous ses enfants, y compris "ses enfants" noirs, qu'ils ont hérité de leurs "ancêtres" gaulois (qui ont eux-mêmes hérité de leurs "ancêtres" romains et grecs) ? Quelle sorte d'intellectuel peut ne pas placer l'héritage spirituel au-dessus de l'hérédité génétique ?

Peut-on reconnaître, ou tout au moins admettre, qu'il a pu y avoir, à côté des aspects pervers d'une pratique coloniale dévoyée dont personne ne songe à nier la réalité historique, un projet, opposé à toute idée de racisme ou de domination, fondé sur l'intégration par l'éducation, qu'incarnait justement cette école de la République en enseignant aux jeunes Africains l'histoire des Gaulois dont ils devenaient de facto eux aussi les héritiers ?

Comment ne pas voir dans cette volonté "civilisatrice" d'une République appartenant désormais au passé, le même phénomène que celui qui aujourd'hui pousse les démocraties qui lui ont succédé à promouvoir leurs valeurs "civilisatrices" ? Reposant sur les mêmes bons sentiments, il s'empêtre dans les mêmes contradictions, et parfois dérive vers les mêmes pratiques dévoyées, avec les mêmes effets pervers, et finalement, le même usage de la force militaire avec son cortège d'atrocités (pillages, tortures...)

Que l'on condamne aujourd'hui, au regard de nos mœurs modernes, les conquêtes militaires et toutes les atrocités qui vont avec, je n'y vois rien à redire, bien au contraire. Mais de là à instruire le procès d'une période de notre histoire révolue à l'aune des critères modernes d'une civilisation aux mœurs partiellement pacifiés par l'expérience récente de l'horreur absolue de deux guerres mondiales et du recours apocalyptique à l'arme atomique, il y a un pas que le souci pourtant louable de "simplicité" ne peut cependant pas autoriser à franchir.

Qu'on condamne aujourd'hui, au regard de nos mœurs modernes, "l'idéologie coloniale, le corps de convictions et de fantasmes qui ont rendu possible la conquête militaire d'une partie du monde par une autre", je n'y vois rien à redire. Mais de là à qualifier en bloc cette idéologie de "criminelle", il y a un pas que la cohérence d'une pensée bien ordonnée devrait inciter à franchir avec prudence, lorsqu'on défend par ailleurs d'autres aventures militaires, dont celles, récentes, de l'administration Bush. Écrire que la guerre menée aujourd'hui par les Américains en Irak est "moralement justifiée"[1], tout en jetant l'anathème sur d'autres aventures militaires sans s'interroger un instant sur leurs justifications éventuelles au regard de critères moraux à replacer pourtant dans un contexte historique bien différent, paraît procéder d'une logique intellectuelle quelque peu dévoyée, sinon défaillante.
Francis Beau, AgoraVox
mercredi 14 décembre 2005

[1] Bloc-notes BHL, Le Point, 14 février 2003



- source de cet article :
http://fr.news.yahoo.co...e-de-la-republique.html

- les commentaires à cet article :
http://www.agoravox.fr/...ticle=5318#commentaires

- iconographie (bas "Ulysse" du Caom) :
http://caom.archivesnat...FR%20CAOM%209Fi622&p=19

- base "Ulysse" du Centre des Archives d'outre-Mer à Aix-en-Provence :
http://caom.archivesnat...ouv.fr/sdx/ulysse/index

- Instruments de recherche en ligne du Caom :
http://www.archivesnati...caom/fr/index_irel.html


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Posté le 11/01/2006 à 16:21:01 (id:15603)
Débat sur la vision "Front National" de la "loi sur la colonisation" (Pierre Baudouin)
Débat sur la vision
"Engagez-vous dans la Marine"
Affiche de recrutement en couleurs illustrée. Vue du port d'Alger.
(vers 1930). © Caom





Débat sur la vision "Front National" de
la "loi sur la colonisation"


Loi sur la colonisation et histoire

Pierre BAUDOUIN



On parle beaucoup, ces derniers temps, du fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés».
Comme tout le monde évoque cet article à tort et à travers, citons-le in extenso : «Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l'étranger est encouragée.»

Plusieurs remarques s'imposent.

1) Il n'est nullement question d'esclavage. Les socialistes, qui ont pris l'initiative d'en parler, pourraient peut-être nous éclairer sur les raisons de cette absurde campagne.

2) D'ailleurs, là où se pratiquait l'esclavage, ce sont souvent les colonisateurs qui l'ont aboli.

3) Ajoutons que l'esclavage se pratique encore dans certaines parties du monde, dont la gauche tiers-mondiste et marxiste nous promet qu'elles sont l'aile marchante de l'humanité...

4) Que l'État demande à la recherche universitaire de s'intéresser à la présence française outre-mer (ce qui n'est pas synonyme de colonisation, faut-il le rappeler ? La France est présente outre-mer au moins depuis Charlemagne, sans être pour autant à chaque instant de son histoire une puissance coloniale) n'a rien qui puisse choquer. Jusqu'à plus ample informé, l'État est le principal bailleur de fonds de la recherche universitaire historique. Je fais partie de ceux qui déplorent cet état de fait, mais les socialistes, eux, s'en réjouissent. Or, on ne peut à la fois demander à l'État des subsides et le prier de ne pas s'inquiéter de ce qu'on en fera : qui paie commande !

5) Je ne crois pas que quiconque se soit insurgé contre l'idée d'une coopération universitaire.

6) Je ne crois pas non plus que quiconque ait rappelé que dans la phrase évoquant le « rôle positif », il est également question de l'aide militaire des colonisés à la métropole, ce qui nuance fortement le côté paternaliste prêté à la loi...

7) Enfin, on n'a pas souvent entendu la droite rappeler à la gauche que la colonisation était, à la fin du xixe siècle, une idée de gauche. Les socialistes nous ont habitués à leur perpétuelle réécriture de l'histoire, mais l'impudence de leurs procédés surprend toujours !

Bref, beaucoup de bruit pour rien, serait-on tenté de dire... Mais, il reste le fond de l'affaire et celui-ci est de première importance : le Parlement doit-il s'occuper de vérité historique ? Ceci est à la fois une question politique et une question « métapolitique ». Politique, parce qu'il serait absurde de résoudre le problème en catimini, sans débat public. Métapolitique, car cela concerne l'idée que nous nous faisons de notre propre société.
Pour ma part, je conteste au Parlement toute compétence en matière de vérité. Aucun pouvoir humain d'aucune sorte n'a compétence pour m'imposer de croire ce que je juge irrationnel.

Mais, actuellement, droite et gauche parlementaires partagent un même présupposé : le Parlement peut (et même doit) définir le bien et le mal ou le vrai et le faux. À terme, cela ne peut que déboucher sur une conception totalitaire de l'État comme de la démocratie, mais c'est ainsi.

Ce qui est donc hautement contestable dans la position socialiste sur l'article 4, c'est son « deux poids, deux mesures ». Pourquoi parler de cette loi et non de la loi Taubira du 21 mai 2001 « portant reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité », de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 pénalisant les contestations des attendus du tribunal de Nuremberg, ou encore la loi du 29 janvier 2001 portant reconnaissance du génocide arménien ?

Décidément, il est plus sage de n'admettre aucune vérité d'État !

Pierre Baudouin, janvier 2006



- source de cet article :
http://www.les4verites....on+et+Histoire-892.html





Commentaires sur l'article de Pierre Baudouin
édités sur le site "Les 4 Vérités-Hebdo"



Fred mardi 10 janvier 2006
Ce fut "Les 4 vérités d'un colonialiste" et pour ajouter au débat quelques éléments de réflexion je cite quelques grands esprits français:

"La race des Nègres est une espèce d'hommes différente de la nôtre (...) on peut dire que si leur intelligence n'est pas d'une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure. Ils ne sont pas capables d'une grande attention", Voltaire

"Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre... Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains", Montesquieu

"Cette Afrique farouche n'a que deux aspects: peuplée, c'est la barbarie; déserte, c'est la sauvagerie", Victor Hugo

"Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu'il y a pour elles un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures", Jules Ferry

"Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture", Leon Blum


Florent mercredi 11 janvier 2006
Peu de gens savent que le premier plan comptable national français a été adopté en ... 1942, à la demande des autorités d'occupation allemandes. Voilà un exemple parfait de "rôle positif", mais dont la source était à 100% négative (l'occupant avait besoin d'outils efficaces et fiables pour contrôler et taxer les entreprises françaises). Après la guerre, cet "acquis" a été conservé et amélioré au fil des années - preuve qu'il correspondait à un besoin réel. Pourtant, il ne viendrait à l'esprit de personne d'invoquer un quelconque "rôle positif de l'occupation nazie". Sans comparer les nazis en France et les Français dans le monde, il convient d'aller sur la pointe des pieds quant au bon ou mauvais rôle des uns et des autres. Je me souviens encore du déferlement de missionnaires occidentaux, en 1989-1990, dans les ex-pays de l'Est, pour ... les "christianiser" !!!! Comme si, à Prague ou à Moscou, les gens dansaient nus autour du feu en attendant la parole divine (portée par des Messies d'occase, en jeans et tee-shirt!!! Moi-même j'en ai fait l'expérience : en plein jour, à ... Levallois-Perret, j'ai été abordé par un missionnaire américain, très jeune, parlant un bon français, qui voulait ... m'apporter la parole du Christ !!! Il faut le faire quand-même ! Le gars, j'en suis persuadé, est convaincu d'avoir fait une bonne action ... Moi, de mon coté, je ne pense pas avoir le bon profil du "bon-sauvage-à-domestiquer", tout en étant ouvert à la discussion par ailleurs. MAIS, si d'aventure demain, on voit quelqu'un se pavaner, "on a civilisé des gens à Levallois", alors là, je dirai le mot de Cambronne.


- source des ces commentaires :
http://www.les4verites....on+et+Histoire-892.html



- iconographie :
http://caom.archivesnat...09Fi181&qid=sdx_q1&p=35

- base "Ulysse" du Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence (la connexion est parois difficile à établir- voir alors l'url "Instruments de recherche, ci-après) :
http://caom.archivesnat...ouv.fr/sdx/ulysse/index

- les instruments de recherche en ligne, du Caom (Centre des Archives d'Outre-Mer) :
http://www.archivesnati...caom/fr/index_irel.html



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Posté le 11/01/2006 à 10:56:52 (id:15565)
Je ne participerai pas à la curée contre Alain Finkielkraut (Pascal Bruckner)
Je ne participerai pas à la curée contre Alain Finkielkraut (Pascal Bruckner)
Pascal Bruckner




Je ne participerai pas à la curée contre Alain Finkielkraut

Finkielkraut, le Sarkozy des intellos

Pascal Bruckner



Qu'il soit bien clair : je ne participerai pas à la curée contre Alain Finkielkraut, qui est à la fois un ami, un frère spirituel et un intellectuel avec qui je partage tant de choses. Je connais son goût du martyre, son appétit pour le scandale, sa volonté d'avoir raison contre tous, son pessimisme à toute épreuve. Il en use ici à satiété. Il mêle dans cet entretien deux sortes de provocations : une qui relève de l'humeur plus que de l'esprit, une autre enfin qui produit un effet de vérité et qui ébranle les dogmatismes. Relisant ses propos dans « Haaretz », je remarque un manque de nuances, voire des affirmations péremptoires que je n'aurais pas contresignées et qui pourraient desservir la cause qu'il entend défendre. Nier ou minimiser la réalité de la discrimination au faciès ou à l'adresse n'est tout simplement pas raisonnable. On dirait parfois que la conversation a été faite sous transes. Mais je n'y vois aucune incitation à la haine raciale, et les excuses qu'il a présentées ensuite le prouvent.

Le tollé que provoque cet entretien, la réaction absolument hystérique des médias montre à quel point il touche juste. Je sens dans ses paroles un homme désespéré qui ne reconnaît plus la France qu'il a aimée et se détourne d'une patrie défigurée. Finkielkraut est notre conscience malheureuse, le prophète qui annonce sans relâche la catastrophe pour en prévenir l'arrivée. J'entends dans ses imprécations une exaspération légitime face au climat de bien-pensance qui écrase notre pays et contribue à son abaissement.

Il y a vingt-trois ans, je publiais «le Sanglot de l'homme blanc», où je dénonçais déjà la culpabilisation de l'Occident, accusé de tous les maux de la terre parce que lui et lui seul pratique l'autocritique et le repentir. J'y évoquais déjà à l'époque le racisme anti-Blancs dont je demandais qu'il soit dénoncé au même titre que les autres. Je fus pour cet essai mis au ban de la gauche pendant des années, y compris dans ce journal. Alain Finkielkraut lui-même jugea le livre à l'époque excessif. Je constate qu'il m'a rejoint sur ce point. Je croyais cette vision du monde qui oppose une Europe coupable, forcément coupable, à un Sud toujours innocent et intouchable, périmée. Entendre aujourd'hui, en 2005, que la France vit une « fracture coloniale », voire reste une puissance coloniale sur son propre territoire et occupe les banlieues à la manière d'une armée étrangère, laisse pantois. Lire sous la plume d'intellectuels responsables ou de sociologues chevronnés que les «indigènes de la République» continuent à Clichy-sous-Bois ou aux Minguettes le même combat qu'à Diên Biên Phu ou dans les Aurès est d'une niaiserie abyssale.

Apprendre qu'un historien reconnu, Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de l'esclavage, est aujourd'hui avec son éditeur, Pierre Nora, de Gallimard, menacé, diffamé, poursuivi en justice pour avoir étudié dans un livre récent les trois traites négrières, africaine, arabe et occidentale, relève de moeurs néostaliniennes qu'on croyait révolues. L'impossibilité d'avoir un débat sur l'islam radical, l'immigration, le nationalisme sans être traité de fasciste prouve le degré de confusion mentale où se trouve notre pays ! Si Voltaire vivait aujourd'hui, il serait traîné devant les tribunaux par nos antiracistes intransigeants !

On dirait que toute une partie de l'intelligentsia, dans un masochisme enthousiaste, ne trouve rien de mieux que calomnier la France, la piétiner, l'humilier au moment même où les milliers d'immigrants qui se pressent à nos portes prouvent à quel point elle reste désirable pour tant d'étrangers. Vient un moment où le mensonge n'est plus supportable. Alain Finkielkraut joue dans le monde intellectuel le même rôle que Sarkozy dans le monde politique : il est le détonateur, celui qui donne un coup de pied dans la fourmilière des endormis. Je préfère mille fois ses outrances aux radotages du politiquement correct qui font depuis vingt ans le jeu du Front national. J'invite tous les esprits libres, quels que soient leurs désaccords par ailleurs, à le soutenir face à la tyrannie de minorités totalitaires porteuses d'un antisémitisme abject et d'une intolérance repeinte aux couleurs du progressisme.

Pascal Bruckner
Nouvel Obs - semaine du jeudi 1er décembre 2005
- n°2143 - Dossier



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Posté le 08/01/2006 à 12:44:32 (id:14981)
La guerre des mémoires (Esther Benbassa)
La guerre des mémoires (Esther Benbassa)
Esther Benbassa


La guerre des mémoires


La polémique autour de l'héritage colonial français
libère les revendications mémorielles

Esther BENBASSA



L'article 4 de la loi du 23 février 2005 demandant aux programmes scolaires de reconnaître «le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord» est devenu un sujet de polémique à la suite des émeutes du mois de novembre dans les banlieues, libérant les revendications mémorielles. Celles-ci renforcent à leur tour un contexte de crispation généralisé, sensible aussi bien en haut de l'échelle qu'au sein d'une large part de la population française, contexte de nationalisme larvé, en gestation depuis un moment comme l'a attesté au printemps un non à l'Europe qui s'explique en partie par lui. En période de crise, encouragés par des pouvoirs publics en panne de projets économiques et sociaux porteurs, les raidissements nationalistes, qui s'étaient déjà cristallisés autour de la question du voile et de la laïcité, se déploient désormais avec encore plus d'ampleur. Les mémoires s'érigent en réponse à ces raidissements, elles-mêmes sortes de nationalismes identitaires construits et reconstruits.

L'état d'esprit prévalant actuellement ne laisse pas assez de marge de manoeuvre aux politiques pour se lancer dans des initiatives ambitieuses et exigeant un temps plus long ou dans des réformes en profondeur. On peut d'ailleurs se demander si nos politiques en ont effectivement la volonté et la capacité. Quoi qu'il en soit, à ce rythme, nous allons vers un pays où nous finirons par devenir étrangers les uns aux autres. Nationalisme contre mémoires envahissantes, est-ce là un avenir ? Ou plutôt une véritable impasse ?

Sans passé, il n'y a pas d'histoire ni d'identité, mais ce passé n'est pas suffisant pour bâtir une identité. A la longue, le culte de la mémoire enferme ceux qui s'en réclament et leur fait tourner le dos à l'avenir. Ces mémoires se tissent en général dans la négativité, dans une victimité revendicatrice peu propice à l'échange. Sans victimité, pas de droits, et pour les obtenir, la mémoire victimaire demande le devoir aux siens et aux autres. Sans compter que la souffrance ne se mesure pas et que chaque mémoire exige le plein de souffrance, parce qu'elle se définit d'abord par rapport à elle.

Dans le palmarès des mémoires, celle des Juifs est perçue comme la plus réussie et sert de paradigme. Qu'on demande la reconnaissance des injustices, des génocides, de la colonisation, de l'esclavage subis, ne me paraît nullement rédhibitoire. Et qu'on exige réparation, encore moins. Reste que tous les Français ne sont pas des descendants d'esclavagistes, de collaborateurs ou de colons.

Le devoir de mémoire relatif au génocide des Juifs et la culpabilité qu'il induisait ont pesé sur quasiment trois générations et ses vigiles nous ont empêchés de penser, de nous exprimer, de questionner et le devoir et la mémoire. Le faire ne signifiait nullement mettre en question le génocide ni l'oublier, seulement dire que nous voulions vivre sans le poids de ce devoir imposé et que nous préférions accomplir le travail nécessaire pour que la mémoire et l'histoire se rejoignent et contribuent ensemble à responsabiliser l'humanité en lui rappelant ce que des hommes sont capables de faire à ceux qu'ils ne considèrent plus comme leurs semblables en raison de leur race, religion, ethnie, orientation sexuelle...

Ce ne sont ni les lois, ni les tribunaux qui écrivent l'histoire. Et cette histoire ne peut pas non plus s'écrire sous le diktat des mémoires, mêmes meurtries. La démocratie en dépend. Il n'existe pas d'histoire sans mémoire, mais il existe des mémoires sans savoir, incandescentes, à fleur de peau, qui se refusent à la distanciation, à la comparaison, à la contextualisation, seules garantes pourtant de leur pérennité. L'histoire ne saurait pas pour autant rester imperméable aux exigences du présent, déjà parce qu'elle est le produit des efforts d'hommes et de femmes de leur temps, de citoyens. Et il est vrai aussi qu'elle a été plutôt traditionnellement celle des dominants. Et que les mémoires aujourd'hui appellent l'histoire nationale et ses artisans à s'interroger sur leur façon de l'élaborer, et ce non seulement à partir du centre mais aussi avec ce qu'elle a longtemps considéré comme ses marges.

Je n'étais pas de ceux qui entendaient mettre sur un même pied la loi Gayssot, la reconnaissance du génocide arménien, la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité et l'article sur l'enseignement des aspects positifs de la colonisation. Pourtant, j'ai finalement choisi de signer la pétition «Liberté pour l'histoire» (Libération du 13 décembre, ndlr). Je l'ai signée, tout en ayant conscience aussi des dangers des corporatismes, parce que je veux penser, écrire, m'exprimer, dans les limites d'une liberté responsable. Parce que j'ai peur de la tyrannie des mémoires.

Que les minorités visibles s'organisent politiquement pour lutter contre les discriminations, forcer des portes, interpeller les politiques, pourquoi pas ? Nous sommes dans le pays des jacqueries, de la Révolution, des révoltes populaires. Les monarchies, même républicaines comme la nôtre, ont besoin d'être secouées. Les émeutiers des banlieues ont fait preuve de leur intégration en reproduisant ce schéma si habituel dans l'histoire de France. Et le peu qu'ils ont obtenu est inséparable de leur révolte, à laquelle on peut, dans l'absolu, ne pas souscrire.

La loi du 23 février, passée inaperçue dans un premier temps, a mis au jour non seulement la cacophonie politique régnant dans notre pays, mais aussi les diverses récupérations de ces mémoires variant selon la position de force qu'occupaient leurs tenants. Curieusement, cette loi aurait dû davantage mobiliser les Français-Arabes, héritiers directs et encore vivants du passé colonial. L'esclavage remonte à plus loin. La colonisation et la décolonisation, elles, sont encore très proches. Et la loi précisait bien : «notamment en Afrique du Nord», et elle avait été promulguée en faveur des Français rapatriés.

La lutte contre les discriminations des populations noires a sa propre histoire. En conformité avec le schéma du devoir de mémoire juif, la mobilisation a pu se faire de ce côté avec plus de savoir-faire. Ne serait-ce que le Cran, Conseil représentatif des associations noires de France, calqué sur le Crif, représentation politique des Juifs.

Quant aux Arabes et musulmans de France, ayant moins l'expérience de ce type de stratégie politique, renvoyés à leur islam, et ceci avec toutes les connotations négatives qui lui sont attachées depuis le 11 septembre 2001, ils n'arrivent pas à se dégager de la perception religieuse où ils sont englués et qui les empêche de s'organiser dans l'espace politique. En fait, ils ont été déjà rivés d'autorité par l'Etat au Conseil français du culte musulman. Et la mémoire de la colonisation et de la décolonisation, politiquement plus embarrassante que celle de l'esclavage, a pris du retard dans la course des mémoires.

Les Arabes de France dérangent aussi les Juifs, peut-être plus enclins à appuyer les revendications noires. La pérennisation du conflit israélo-palestinien et l'antisémitisme qu'on leur reproche depuis la seconde Intifada ont renforcé leur méfiance. Certes, Dieudonné a excellé dans le genre, mais il ne représente pas encore aux yeux des Juifs tous les Noirs. Comptons aussi avec l'exemple de l'implication très forte des Juifs aux Etats-Unis dans les années 50 et 60 aux côtés des Noirs dans leurs luttes, avant que leurs relations ne se dégradent définitivement.

Les turbulences suscitées par la loi du 23 février ont aussi montré que certains politiques n'avaient pas vraiment peur des communautarismes. On en veut pour preuve la nomination récente par Nicolas Sarkozy, dans le cadre de l'UMP, pour mener un travail sur «la loi, l'histoire et le devoir de mémoire», d'Arno Klarsfeld, activiste du devoir de mémoire aguerri dans les prétoires, historien nullement, et qui paradait il y a peu sur les pages glacées de Paris Match dans son uniforme de l'armée israélienne. Notre ministre de l'Intérieur prend ainsi lui-même le devoir de mémoire juif comme modèle, et, en désignant un tel personnage comme «expert», il commet probablement une erreur dont les retombées pourraient n'être pas anodines. Encore plus grave, il ouvre l'ère de la future guerre des mémoires, et tout cela pour recueillir les voix des clientèles de la mémoire, de tous bords.

La France plus que de polémique a besoin de réécrire son histoire en l'assumant pleinement, avec ses pages sombres et ses pages glorieuses. Pour que chacun puisse s'y reconnaître. Assisterions-nous là aux derniers soubresauts d'une ultime résistance nationaliste, rude peut-être, mais sur le point de céder enfin le terrain à une nation pluraliste, libre, égalitaire et revigorée par l'énergie de sa mixité enfin digérée ?

Esther Benbassa est directrice d'études
à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE)
Libération, 5 janvier 2006


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Posté le 05/01/2006 à 19:44:48 (id:14540)
Histoire et politique, le débat enfin ouvert (Claude Liauzu)
Histoire et politique, le débat enfin ouvert (Claude Liauzu)
Claude Liauzu, historien




Histoire et politique, le débat enfin ouvert

Il faut refuser d'appliquer l'article 4 sur le rôle positif de la
colonisation qui met en péril la liberté de l'histoire


Claude LIAUZU


Les quelques historiens qui ont pris en mars l'initiative de la pétition contre l'article 4 de la loi du 23 février stipulant la reconnaissance par les programmes scolaires du rôle positif de la colonisation, et qui ont eu le sentiment d'être longtemps seuls, ignorés par les politiques (sauf quelques exceptions auxquelles il faut rendre hommage), pensent bien sûr aux vers célèbres du Cid : «Nous partîmes...» Encore que dans cette affaire les renforts n'aient pas été si prompts et spontanés. Les objectifs ne sont pas non plus convergents. L'amalgame entre des lois et des réalités aussi différentes que la loi Gayssot, la loi Taubira, celle sur le génocide arménien et celle du 23 février crée la confusion dans l'esprit du public et donne le sentiment (erroné) d'une indifférence des historiens au regard froid envers le problème réel des mémoires souffrantes. Le texte des 19 a été perçu comme l'exigence d'une histoire sans tabou, amorale, traitant la mémoire comme un matériau parmi d'autres, bref au-dessus de la société, édictant la vérité, la seule. Les politiques, eux, se réfèrent au devoir de mémoire, aux enjeux actuels, au point que le président Chirac parle de journée du souvenir pour les descendants d'esclaves. Cette animation prouve dans tous les cas que le grand débat, indispensable, sur les rapports entre histoire et politique, semble enfin s'ouvrir. Pour qu'il ne soit pas cacophonique, quelques repères dans le paysage ne sont pas inutiles.

Que la liberté soit vitale pour l'histoire est une évidence qui a animé les artisans de la pétition contre la loi du 23 février. Cette évidence ne se décrète pas, elle implique une réflexion sur les tensions entre la vocation scientifique de l'histoire et sa fonction sociale, sa nature sociale. C'est de la société que viennent les questions (programmes scolaires, institutions universitaires, mais aussi commandes d'éditeurs en fonction du marché du livre, demandes d'expertise, appels des médias, etc.) et c'est vers elle qu'elles retournent, même si entre-temps un travail obéissant aux règles de la méthode a été effectué. Les fondateurs de la IIIe République l'avaient compris, qui ont assigné au triptyque histoire-géographie-instruction civique ­ voué au culte de la nation ­ une place centrale dans l'enseignement, ce que négligent les 19. Les profs l'ont bien compris aussi, qui ont adhéré en masse à notre pétition.

Que l'histoire ne soit pas la mémoire est une autre évidence. Et les Vingt-Cinq ont raison de rappeler que ce n'est pas au pouvoir de régler «le dialogue avec le passé, qui est indissociable de l'exercice des libertés publiques». Ce n'est certes pas non plus aux universitaires de dicter la mémoire collective, ni de prétendre à un monopole du travail sur le passé. Alors, l'histoire pour quoi ? Sur ce point, une orthodoxie n'est pas souhaitable. Il est beaucoup plus important de réfléchir à d'autres contradictions du métier. Ignore-t-on que les hagiographes et les chroniqueurs officiels sont nos ancêtres ? Ignore-t-on que l'histoire de la Commune de Paris a trouvé un droit d'asile non pas à la Sorbonne, mais dans le grand livre de l'exilé Lissagaray, dans l'Internationale.

Bien des courants traversent la profession, et il n'est pas inutile de rappeler que l'Académie, sans pression du pouvoir, sanctionne parfois les audaces de chercheurs sur des sujets tabous comme la philosophie de l'histoire, le tiers-mondisme ou le nationalisme algérien au début des années 80. Le débat ne saurait esquiver non plus les conservatismes du métier. Comment expliquer cette ignorance de l'esclavage, de la colonisation et de l'immigration dans les programmes scolaires mais aussi, longtemps, dans les préoccupations de l'école historique française ? Combien de revues d'histoire ont consacré une place aux problèmes posés par la loi du 23 février ? Les historiens se sont-ils mobilisés pour l'ouverture des archives des guerres coloniales, pour la modification de la loi verrou de 1979, pour la défense d'archivistes courageux qui ont enfreint un prétendu devoir de réserve en rendant publics les documents sur le 17 octobre 1961 ? Pourquoi les associations organisant la profession, les départements d'histoire des universités, les IUFM, n'engagent-ils pas une réflexion sur la nécessité d'une mise à jour de l'enseignement adaptée à la France et au monde actuel ?

Dans l'immédiat, ils ne peuvent pas ne pas adopter la seule attitude acceptable : refuser la décision de l'UMP maintenant l'article 4, exiger l'abrogation d'une loi qui met en péril la liberté de l'histoire mais aussi s'engager à ne pas l'appliquer, comme des centaines d'enseignants et de chercheurs l'ont fait !

Claude Liauzu, professeur émérite, université Denis-Diderot-Paris-VII
Libération, 3 janvier 2006



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Posté le 05/01/2006 à 00:22:47 (id:14457)
Des mensonges de Guy Mollet aux combats de "bonne conscience" des socialistes actuels
Des mensonges de Guy Mollet aux combats de
Sur les tortures en Irak, même "Bush a exprimé son dégoût.
Cela, Guy Mollet ne l'a jamais fait !" Pierre Vidal-Naquet




Des mensonges de Guy Mollet aux combats
de "bonne conscience" des socialistes actuels



Colonisation : DSK remet la pétition
NOUVELOBS.COM | 31.12.05 | 10:26

La pétition pour l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le "rôle positif" de la colonisation a recueilli 42.000 signatures.
Le député socialiste Dominique Strauss-Kahn a fait porter vendredi 30 décembre au président Jacques Chirac la liste de plus de 42.000 signataires de la pétition pour l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005, qui évoque le "rôle positif" de la colonisation, selon un communiqué.
Le 15 décembre dernier, Dominique Strauss-Kahn avait demandé à Jacques Chirac d'annoncer au pays lors de ses vœux du 31 décembre qu'il ferait abroger ce texte.
À l'initiative de cette pétition, le député avait réclamé l'abrogation "au plus tard lors des vœux présidentiels du 31 décembre", de l'article controversé de la loi du 23 février qui a suscité une violente polémique sur la colonisation française.
La pétition lancée le 9 décembre avait recueilli vendredi 43.122 signatures.



- source de cette information :
http://permanent.nouvel...e/20051231.OBS0526.html



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Posté le 05/01/2006 à 00:12:26 (id:14456)
PCF et PS veulent l'abrogation de la loi du 23 février 2005
PCF et PS veulent l'abrogation de la loi du 23 février 2005
Maurice Thorez en janvier 1939, en Algérie :
"l'Algérie, une nation en formation..."



Colonisation :
la gauche persiste à réclamer l'abrogation
de l'article sur le "rôle positif"


AP | 04.01.06 | 16:43
PARIS (AP) -- Le PS et le PCF ont jugé mercredi "totalement insuffisante" la "réécriture" de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le "rôle positif" de la colonisation, annoncée par Jacques Chirac dans la matinée. Ils persistent à réclamer son "abrogation".
"La seule solution est l'abrogation pure et simple de cette «loi de la honte»" afin d"'affirmer solennellement que la colonisation, en soi, est inacceptable", réclame Victorin Lurel, chargé au PS de l'outre-mer. Il prévient qu"'une trentaine d'associations d'originaires d'outre-mer, d'Afrique ou de lutte contre le racisme" envisagent "de se mobiliser dans le cadre d'une manifestation unitaire à l'approche du premier anniversaire de cette loi".
Le député socialiste de Guadeloupe regrette en outre dans ce communiqué la "tardiveté" (sic) et la "timidité" de l'annonce du chef du l'Etat. Il rappelle que les députés socialistes ont défendu en vain le 29 novembre dernier à l'Assemblée nationale une proposition de loi pour abroger cet article controversé.
"Cette manoeuvre en recul est totalement insuffisante", a également jugé le PCF dans un communiqué, après les voeux à la presse du chef de l'Etat. La formation communiste exige de nouveau que "cet article scandaleux soit purement et simplement abrogé". AP


- iconographie : base "Ulysse" du Centre des Archives d'Outre-Mer (©) :
http://caom.archivesnat...ouv.fr/sdx/ulysse/index

- site du Centre des Archives d'Outre-Mer (Caom) :
http://www.archivesnati...ulture.gouv.fr/caom/fr/

- source de cette information : Associated Press diffusé par :
http://permanent.nouvel...60104.FAP7197.html?1546



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Posté le 04/01/2006 à 23:35:40 (id:14455)
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