- Histoire/politique
Le génocide, le juge et l'historien (1990), Madeleine Rebérioux
Le génocide, le juge et l'historien (1990), Madeleine Rebérioux
Madeleine Rebérioux (1920-2005)







Le génocide, le juge et l'historien (1990)


Loi du 13 Juillet 1990 contre le racisme, dite loi Gayssot

Madeleine REBÉRIOUX




En ces temps, où l'on rediscute de la justification ou non de faire dire par le droit et la Justice ce que doit être la "vérité historique", il est utile de relire la réflexion de l'historienne et militante des droits de l'homme, Madeleine Rebérioux (1990) sur le sujet. Une pensée qui précéda la position des historiens qui réclament aujourd'hui l'abrogation des quatre "lois mémorielles".
Michel Renard




La loi antiraciste adoptée le 30 juin 1990 considère comme un délit «la négation des crimes contre l'humanité». Pour Madeleine Rebérioux, historienne et vice-présidente de la Ligue des droits de l'homme, il n'appartient ni aux juges ni à la loi de dire le «vrai» en histoire -- même quand il s'agit de combattre le soi-disant «révisionnisme» qui nie l'existence des chambres à gaz et du génocide. Aux yeux de Madeleine Rebérioux, la vérité, que les historiens s'attachent à cerner, ne peut être fixée une fois pour toutes par des lois quelles qu'elles soient.
magazine L'Histoire


Le droit doit-il dire l'histoire ? Etrange question. Il ne s'agit pas, bien sûr, des techniques probatoires mises en oeuvre par l'historien et par le juge. Elles sont pour une part voisines -- la critique du témoignage y tient une large place --, même si la «chose jugée» acquiert un pouvoir de contrainte dont l'historien ne dispose pas. Le problème est ailleurs : est-ce à la loi -- donc au tribunal chargé de l'invoquer et de l'appliquer -- de dire la «vérité historique» ?

Il a fallu la profonde émotion provoquée par la négation du génocide hitlérien et par les conséquences de la banalisation du nazisme pour que l'Assemblée nationale adopte, le 30 juin 1990, dans le cadre d'une nouvelle loi (modifiant sur ce point celle du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et «tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe»), un article qui constitue en délit la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité tels qu'ils ont été définis par les Accords de Londres du 8 août 1945 (cf. L'Histoire n° 136, p. 50) [1].

Est-ce donc devant les tribunaux que doit se jouer le sort de ceux qui se baptisent indûment «révisionnistes» ? Est-ce au nom de la loi qu'ils peuvent et doivent être combattus ? Est-ce au droit de dire l'histoire ?

Rappelons d'emblée que les tribunaux n'ont pas attendu la loi de 1990 pour juger des affaires impliquant les pseudo-révisionnistes et pour les condamner. La justice n'était pas désarmée. Mais ce n'était pas au nom de la «vérité historique» qu'elle jugeait. Deux exemples l'illustrent.

Le 25 juin 1981, j'ai été entendue comme témoin, à la demande de maître Roland Rappaport, dans le procès intenté contre Robert Faurisson par le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix (MRAP), la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) et l'Association des déportés d'Auschwitz. Robert Faurisson avait déclaré le 16 décembre 1980 sur Europe 1 : «Le prétendu gazage et le prétendu génocide juif ne sont qu'un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l'État d'Israël et le sionisme international.» N'étant pas juive et n'appartenant pas au groupe des admirateurs inconditionnels de la politique d'Israël, j'étais là pour dire ce que je savais du gazage et du génocide, j'étais là comme historienne.

Mais - et voilà l'important - les plaignants ne demandaient pas aux juges de se prononcer sur l'existence des chambres à gaz. Il s'agissait pour eux de mettre en lumière l'atteinte portée au souvenir, les dommages irréversibles causés à la mémoire de toute une collectivité. Tel fut le sens de la condamnation pour diffamation publique rendue le 3 juillet 1981 par la 17e chambre du Tribunal de grande instance de Paris : «Le tribunal entend préciser qu'il ne lui appartient pas de confirmer l'histoire.» La Cour d'appel, sollicitée par Robert Faurisson ajouta que «les assertions d'ordre général» que ce dernier avait produites ne présentaient «aucun caractère scientifique» et relevaient de «la pure polémique».

Neuf ans plus tard, le 14 février 1990, le Tribunal de grande instance de Paris, jugeant cette fois au civil, a débouté le même Robert Faurisson, cette fois-ci plaignant, «de l'ensemble de ses demandes» dans l'action qu'il avait intentée contre l'historien Georges Wellers et le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) pour l'avoir traité dans Le Monde de «falsificateur de l'histoire des Juifs pendant la période nazie». Là encore, le tribunal a pris soin de noter ceci : «Il n'appartient pas aux tribunaux de juger de la véracité des travaux historiques ou de trancher les controverses suscitées par ceux-ci.» Il a invoqué, pour débouter Robert Faurisson, l'appréhension légitime éprouvée par le CDJC devant «des conceptions relevant, dans leurs aboutissements, plus du discours politique que de la recherche historique» et susceptibles «d'inciter à l'antisémitisme».

A quoi bon, alors, un texte nouveau aux implications redoutables ? Il faut, avant d'en venir à ses dangers, rappeler que la loi votée le 30 juin dernier et signée le 13 juillet par le président de la République -- loi dont l'article discuté ici ne constitue qu'un des éléments, le seul sur lequel l'historien peut avoir à prendre position -- n'est pas sortie toute armée de l'imaginaire communiste, contrairement à ce que nombre d'hommes politiques et de journalistes ont pu dire, croyant ainsi la déconsidérer. Charles Pasqua, en 1987, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, avait évoqué, devant un groupe de consultation censé représenter la «communauté juive», une proposition qui tendait, elle aussi, à modifier la loi de 1881 sur la liberté de la presse en créant «un délit de négation des crimes contre l'humanité».

On retrouve l'orientation générale sinon les termes de ce projet dans une proposition de loi présentée le 2 avril 1988 par le socialiste Georges Sarre. Elle visait ceux qui «portent atteinte à la mémoire ou à l'honneur des victimes de l'holocauste nazi en tentant de le nier ou d'en minimiser la portée». La proposition communiste déposée le 18 avril 1990 fut au reste amendée par la commission des lois, qui renforça la référence au tribunal international de Nuremberg. Il y a donc là une réelle continuité, que des choix politiques de dernière heure ne suffisent pas à masquer.

Il y a aussi continuité dans les critiques adressées à ces projets. Je n'en donnerai qu'un exemple. Le 21 septembre 1987, Yves Jouffa, président de la Ligue des droits de l'homme, écrivait à Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur : «Nous ne pensons pas que la modification de l'article 24 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881, tendant à créer un délit de négation des crimes contre l'humanité, soit de nature à faciliter la lutte contre certains écrits racistes.» Et d'ajouter : «Cela risque de poser de sérieux problèmes tant au regard de la liberté de la presse qu'au regard de la libre recherche universitaire ou historique



Révisionnistes par métier

Venons-en aux historiens puisque c'est de leur opinion que L'Histoire se préoccupe, puisque, aussi bien, l'Histoire est mon métier. Conscients d'une évidence -- où sont passés ceux qui, femmes, enfants, vieillards, tous Juifs, faisaient partie, lors de la «sélection» à l'entrée d'Auschwitz et autres camps d'extermination, de la «mauvaise colonne», celle dont le camp n'avait pas, provisoirement, «besoin» ? Où sont passés les disparus de Treblinka ? -, acharnés à mettre en place tous les éléments qui permettent de répondre, avec le maximum d'esprit critique, à cette question, soucieux aussi de savoir pourquoi un certain nombre de gens dépourvus de toute pratique du difficile métier d'historien s'acharnent à nier les génocides, les historiens ne se reconnaissent cependant ni dans les propos d'Hannah Arendt qui s'interrogeait en 1950 sur la validité des méthodes des sciences sociales appliquées à l'univers concentrationnaire, ni dans ceux d'Élie Wiesel qui, «parce que l'holocauste transcende l'histoire», déclarait qu'on ne peut penser Auschwitz.

Modestes fourmis, ils savent qu'on ne sait pas grand-chose, mais qu'en confrontant les sources les plus diverses, en faisant appel aux spécialistes de différentes disciplines, en posant des questions qui ne soient pas inspirées par des volontés politiciennes, il est possible d'en savoir davantage.

Révisionnistes non par volonté idéologique mais par métier, ils savent ce qu'on peut attendre d'une patiente mise en relation des témoignages, des archives et de l'état des lieux, dès lors qu'elle n'est pas guidée par le désir obsessionnel de blanchir le nazisme pour telle ou telle raison mais par la simple conviction méthodologique qu'il est possible d'en comprendre la nature, d'en analyser le mouvement, d'en cerner la spécificité.

Ils savent que la recherche, qui a beaucoup progressé, n'a pas hésité à transgresser des tabous déjà inscrits dans la mémoire : non, nous n'avons pas de preuves du fonctionnement d'une chambre à gaz à Dachau ; non, quatre millions d'êtres humains n'ont pas disparu à Auschwitz [2].

Mais ils savent aussi que des progrès restent encore à faire, qu'il s'agisse de nouvelles questions posées à l'histoire du crime [3] ou de la «qualité» de la preuve : ainsi l'excellent livre de Jean-Claude Pressac, qui avait «failli être révisionniste», en appelle à «une véritable expertise [qui] devra produire un travail définitif à l'opposé du pitoyable Rapport Leuchter bâclé par des incompétents prétentieux.» [4]

Faut-il donc s'en remettre aux «spécialistes» ? Pour établir un système de preuves, pour renouveler les problématiques, oui. Mais ne risquent-ils pas eux-mêmes de devenir dupes de cette pseudo-érudition portée par les négationnistes à une rare incandescence ? Ne convient-il pas, dès lors, de fournir, au nom de la loi, une boussole simple aux tribunaux pour qu'ils puissent freiner, à coups d'amendes et de mois de prison, la propagation du mensonge ? Voire. Cette solution d'apparence simple n'est guère convaincante. Pour de nombreuses raisons.

La référence au procès de Nuremberg, tout d'abord, ne clarifie pas tout (cf. L'Histoire n° 136). Crime contre l'humanité : cette nouvelle catégorie juridique internationale marque un moment essentiel de la conscience universelle, mais elle ne répond pas à toutes les questions : silence sur les Tsiganes, statut contestable des massacres de masse - les quinze mille officiers polonais assassinés à Katyn relèvent des «crimes de guerre» et non des «crimes contre l'humanité» -, refus de définir un «crime d'extermination» qui aurait permis de qualifier de façon spécifique les génocides [5]. En outre, Nuremberg ignore la focalisation sur les chambres à gaz que les négationnistes d'une part, la mémoire juive de l'autre, les souvenirs des survivants enfin ont petit à petit imposée.

Réfléchissons à ceci encore : l'historien n'est pas un juge. Il cherche le vrai à travers le faux ; des mensonges, il fait sa matière . Qui ment ? Pourquoi et comment ? Quels systèmes de représentation s'édifient ainsi ? De quel poids disposent-ils ? Le juge ne fait rien de pareil. Pour lui, juger c'est trancher. Or ceux qui cherchent à laver les nazis du génocide des Juifs et des Tsiganes ont plus d'un tour dans leur sac. A l'instar des historiens, les juges comme individus peuvent les repérer. Mais comme juges ? Un point d'interrogation opportun ne peut-il pas rendre difficile, voire impossible, une condamnation alors que le lecteur ne lit que le titre, écrit en gros caractères, de ce tract largement diffusé très récemment : Les chambres à gaz, le plus grand mensonge du siècle ? Puis, au lieu de «nier», pourquoi ne pas «douter» ? Un doute émis en toute conscience : «Vraiment, je ne sais pas, je m'interroge», dit Bernard Notin, maître de conférences d'économie - et non d'histoire - interviewé à la télévision.

Deux fonctions différentes, donc, dans la République. Les confondre ? Quelle erreur ! Mais le plus grave est ailleurs. La «vérité» que les historiens s'attachent à cerner, cette volonté non seulement d'établir les faits mais de les interpréter, de les comprendre -- les deux sont bien sûr inséparables --, peut-elle être énoncée, fixée, par la loi et mise en oeuvre par la Justice .

La loi impose des interdits, elle édite des prescriptions, elle peut définir des libertés. Elle est de l'ordre du normatif. Elle ne saurait dire le vrai. Non seulement rien n'est plus difficile à constituer en délit qu'un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l'autorité étatique. L'expérience de l'Union soviétique devrait suffire en ce domaine. Ce n'est pas pour rien que l'école publique française a toujours garanti aux enseignants le libre choix des manuels d'histoire.

Imagine-t-on, enfin, que la défaite des falsificateurs de l'histoire -- leur recul tout au moins -- puisse être liée à l'illégalité proclamée des thèses qu'ils défendent ? Imagine-t-on qu'ils se déclarent du coup « contraints à la clandestinité » pour avoir énoncé ce qu'ils ne manquent pas et ne manqueront pas de présenter comme une manifestation de la « liberté d'opinion » ? Imagine-t-on la pesée des «détails» ? Les jeunes générations -- celles pour qui tout cela «c'est de l'histoire» -- ne seront-elles pas surprises de voir soustraite à l'esprit critique telle de ces «questions de détail» dans lesquelles un peu de machiavélisme, beaucoup de mauvaise foi et une ferme volonté politique peuvent dissoudre les plus graves problèmes ?

Les génocides peuvent et doivent être «pensés», comparés et, dans la mesure du possible, expliqués. Les mots doivent être pesés, les erreurs de mémoire rectifiées. Expliquer le crime, lui donner sa dimension historique, comparer le génocide nazi à d'autres crimes contre l'humanité, c'est le combattre. C'est ainsi -- et non par la répression -- que l'on forme des esprits libres. Aux parquets de poursuivre systématiquement, aux tribunaux de juger lorsque des écrits qui font l'apologie des crimes nazis leur sont signalés par les associations : il ne s'agit que d'appliquer la loi. Elle le sera d'autant mieux que les historiens feront leur métier et qu'ils aideront l'ensemble des citoyens à voir clair [6].

Madeleine Rebérioux, L'Histoire, n°138, novembre 1990



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Le génocide, le juge et l'historien - Notes

1. Article 24bis inséré après l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : «Seront punis des peines prévues par le 6e alinéa de l'article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l'article 23, l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité tels qu'ils sont définis par l'article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945.»

2. Sur tous ces points, voir
- E. Kogon, H. Langbein, A. Rückerl, Les Chambres à gaz, secret d'État, Paris, Éd. de Minuit, 1984 (Le Seuil, 1987) ;
- École des hautes études en sciences sociales, L'Allemagne nazie et le génocide juif, Paris, Gallimard-Le Seuil, 1985 ;
- P. Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, Paris, La Découverte, 1987 ;
- La Politique nazie d'extermination, s.d. F. Bédarida, Paris, Albin Michel, 1989 ;
- R. Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Paris, Fayard, 1988 ;
Le Nazisme et le génocide, histoire et enjeux, s.d. F. Bédarida, Paris, Nathan, 1989 ;
- A.-J. Mayer, La Solution finale dans l'histoire, Paris, La Découverte, 1990

3. Cf. le débat entre historiens «intentionnalistes» et «fonctionnalistes» qui pose le problème non du crime lui-même mais des responsables.

4. J.-Cl. Pressac, Auschwitz, Technique and Operation of the Gaz Chambers, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989.

5. Le génocide a été défini par la convention internationale votée à l'unanimité par les Nations Unies le 9 décembre 1951 ; il est caractérisé par l'extermination de groupes nationaux, ethniques, raciaux et religieux (cf. L'Histoire, n°118, p. 27).
6. Un front groupant vingt-cinq organisations de gauche et d'extrême gauche vient de se constituer autour de la Ligue des droits de l'homme et de décider la diffusion massive de trois documents. L'un d'eux visera à dire l'essentiel sur le génocide et les négationnistes.






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Posté le 01/03/2006 à 10:08:42 (id:26243)
L’irruption du MRAP et de la Ligue des Droits de l’Homme dans la question harkie... (Kader Hamiche)
L’irruption du MRAP et de la Ligue des Droits de l’Homme dans la question harkie... (Kader Hamiche)
Saint-Laurent-du-Var, le 11 février 2006







L'irruption du MRAP et de la Ligue des Droits de l'Homme dans la question harkie...

deux mouvements qui à aucun moment
dans l'Histoire de la décolonisation et des rapports franco-algériens
ne se sont intéressés aux Harkis

Kader HAMICHE



Dans sa réaction aux dérapages de Georges Frêche, le président du MRAP lequel prend bien soin d'inscrire sa dénonciation des insultes subies par les Harkis de Montpellier "dans le contexte des pseudo-bienfaits de la colonisation" (...) "du colonialisme" et "du deuxième collège".

Ce faisant, non seulement Mouloud Aounit mais aussi Gilles Manceron, de la Ligue des Droits de l'Homme s'emparent d'un incident, gravissime, certes, mais un incident tout de même, dont l'auteur est un individu universellement connu pour ses rodomontades, diatribes et autres provocations d'après-boire, pour se livrer à une opération de récupération. Car ces tout nouveaux amis des Harkis -pas assez, toutefois, pour renoncer à leur projet de suppression de la loi du 23 février 2005- prennent bien soin de rattacher les insultes proférées par Georges Frêche à la colonisation (Aounit-MRAP) et à "des discriminations de type colonial" (Manceron-LDH). Comme ça tombe bien dans le débat spécieux sur le soi-disant traitement colonial de l'immigration dénoncé par les "Indigènes de la République" ! La vérité est que l'intervention du MRAP et de la Ligue des Droits de l'Homme est dûe à la volonté d'exploiter la détresse de familles insultées en public et l'indignation légitime de tous les Harkis à des fins de promotion de leur propre délire. D'où les articles du Nouvel Obs, de Libération et les communiqués d'agences de presse qui ont donné la parole aux actvistes des droits-de l'homme à géométrie variable mais jamais interrogé les enfants de Harkis insultés et humiliés.

Cette idée n'est pas venue toute seule au MRAP et à la LDH. Il a fallu l'entremise de quelques Harkis acquis à leur cause et à celle de communautaristes avérés. Qu'est-ce que tout ça veut dire ? Qu'il y a des taupes au sein de la communauté harkie capables, dès qu'elle est attaquée, d'en profiter pour exploiter l'événement au profit de leur propre engagement politique, idéologique et religieux. En l'occurrence, par le biais de la désolidarisation des Pieds-Noirs et Harkis et la victimisation de ces derniers.

Car, maintenant qu'ils savent qui sont les gens qui fréquentent le MRAP et la LDH, il faut encore que les Harkis et leurs vrais amis sachent ce que sont ces deux organisations et qui sont Mouloud Aounit et Gilles Manceron. Le premier est un militant communiste commis par l'ancien parti des fusillés devenu le parti des porteurs de valises pour "tenir" cette succursale du PC qu'est le MRAP. Accessoirement, à moins que cela ne devienne de plus en plus essentiellement, M. Aounit est l'ami des Islamistes et de Tarik Ramadan, ce que confirme son engagement sans nuance dans la promotion et la défense des positions de ces derniers. Le second, Gilles Manceron, se présente d'abord comme un historien. Mais c'est surtout le vice-président de la Ligue des Droits de l'Homme, une version plus rose, plus gauchisante et plus tiers-mondiste du mouvement droit-de l'hommiste.

Ces deux personnages en tant que tels n'ont aucun intérêt mais il se trouve que ce sont les principales chevilles ouvrières de deux mouvements qui à aucun moment dans l'Histoire de la décolonisation et des rapports franco-algériens, je dis bien à aucun moment, ne se sont intéressés aux Harkis. Et il se trouve que ces deux mouvements sont en permanence du côté de ceux qui, depuis quinze ans, profitent des droits et privilèges que la société française laïque, tolérante et libérale leur a accordés pour participer au travail de détricotage du tissu social et au minage de ses bases qui sont le libéralisme, la tolérance et la laïcité.

Ces deux mouvements ont toujours été du côté des ennemis des Harkis. Ils le sont encore et ceux qui leur font confiance, alors qu'ils sont eux-mêmes des Harkis ou se présentent comme tels sont des ignares ou des malfaisants.

Kader Hamiche
Béziers pour Harkis.info



- source de cet article : harkis-info





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Posté le 19/02/2006 à 22:28:50 (id:23872)
Le décret sur la colonisation publié au Journal officiel
Le décret sur la colonisation publié au Journal officiel
Exposition coloniale, 1931






Le décret sur la colonisation publié
au Journal officiel

la mention du "rôle positif" de la colonisation française disparaît




Paris (Reuters) - Le décret abrogeant la mention du "rôle positif" de la colonisation française a été publié jeudi au Journal officiel, ce qui clôt plusieurs mois de polémique sur ce dossier.

Le Parti socialiste s'est félicité que la "mobilisation exemplaire des associations et partis de gauche" ait permis que "cette loi de la honte ne puisse fêter son premier anniversaire".

"Cette reculade doit être une source d'espoir pour les combats actuels, notamment contre le contrat précarité exclusion", a déclaré le PS dans un communiqué, en évoquant la contestation contre le "contrat première embauche" (CPE).

"La colonisation, dont le fondement exclusif est la supériorité d'un peuple sur un autre est en soi inacceptable et ne peut donc souffrir une quelconque entreprise de réhabilitation", a-t-il réaffirmé.

Le président Jacques Chirac avait décidé le 25 janvier la saisine du Conseil constitutionnel afin de pouvoir supprimer cette mention introduite par amendement dans une loi de février 2005.

Le Conseil constitutionnel ayant estimé que l'alinéa controversé était bien du domaine réglementaire et non législatif, l'alinéa a été supprimé par décret, ce qui a permis d'éviter un nouveau débat au Parlement sur ce dossier polémique.
Dépêche Reuters reçue le 16 février 2006 à 20h32



- source de cet article : La Tribune.fr





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Posté le 17/02/2006 à 01:11:15 (id:22566)
Propos de Georges Frêche sur les harkis: Hamlaoui Mekachera saisit le garde des Sceaux
Propos de Georges Frêche sur les harkis: Hamlaoui Mekachera saisit le garde des Sceaux
Hamlaoui Mekachera






Propos de Georges Frêche sur les harkis :
Hamlaoui Mekachera saisit le garde des Sceaux

"en application des dispositions de l'article 5
de la loi du 23 février 2005"




Montpellier/Paris (AP) - Le ministre délégué aux Anciens combattants Hamlaoui Mekachera a annoncé lundi avoir saisi le garde des Sceaux Pascal Clément après les propos tenus par Georges Frêche sur les harkis, qui "ont franchi la limite de l'insupportable".

Dans un communiqué, M. Mekachera précise avoir saisi le ministre de la Justice "en application des dispositions de l'article 5 de la loi du 23 février 2005". Ce texte stipule que "sont interdites toute injure ou diffamation commise envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur qualité, vraie ou supposée, de harki".
L'article 4 de cette même loi avait fait polémique récemment en évoquant le "rôle positif" de la colonisation.

Abdelkader Chebaïki, président de la section héraultaise de l'Association pour la Justice, l'Information et la Réparation des Harkis (Ajir), a quant à lui porté plainte dimanche contre M. Frêche. L'AJIR poursuit le président PS de la région Languedoc-Roussillon et de la communauté d'agglomération de Montpellier pour "injures, diffamation et appel à la haine raciale", a-t-on appris lundi auprès du MRAP.

Samedi à Montpellier, lors d'une cérémonie rendant hommage à un ancien porte-parole de la communauté pied-noir, Georges Frêche avait apostrophé publiquement Abdelkader Chebaïki: "Les harkis ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps (...) Vous n'avez rien du tout, vous êtes des sous-hommes, vous n'avez aucun honneur!". L'altercation avait été diffusée dans l'édition régionale du journal télévisé de France-3-Sud dimanche soir.
Dans un communiqué, M. Mekachera a fait part de son "indignation" et affirmé "partager l'émotion des anciens harkis et de leurs familles" après ces "déclarations outrancières (qui) appellent la réprobation la plus totale". M. Frêche "a franchi les limites de l'insupportable".

Georges Frêche avait peu apprécié qu'Abelkader Chebaïki et des membres de son association se soient rendus samedi à Palavas-les-Flots (Hérault) à une manifestation d'élus UMP contre l'abrogation de l'article controversé de la loi du 23 février 2005 sur le "rôle positif" de la colonisation française.
"Vous êtes allés à Palavas avec les députés gaullistes qui ont laissé les harkis se faire massacrer en Algérie. Faut-il vous rappeler que 90.000 harkis ont été égorgés comme des porcs ?" avait-il alors lancé.

Dans un communiqué diffusé dimanche, le Mrap (Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples) avait condamné les propos de Georges Frêche et dit étudier "les suites judiciaires appropriées". Déjà sous le coup d'une mise en examen pour propos diffamatoires visant la police nationale, M. Frêche avait récemment traité de "c..." la maire de Montpellier Hélène Mandroux et le pape Jean Paul II "d'abruti" après sa mort.
AP, 13 février 2006


- source de cet article : Nouvel Obs.com



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Posté le 13/02/2006 à 23:41:00 (id:22011)
Dans le Languedoc Roussillon, tous pour les «bienfaits» de la colonisation (Pierre Daum)
Dans le Languedoc Roussillon, tous pour les «bienfaits» de la colonisation (Pierre Daum)






Dans le Languedoc Roussillon, tous pour les «bienfaits» de la colonisation

Pierre DAUM



Une dizaine de députés UMP mais aussi Georges Frêches, le président PS de la région, ont appelé samedi à des manifestations pour dénoncer l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui vante le «rôle positif» de la France dans ses anciennes colonies.

La bataille de la mémoire coloniale fait rage dans le Languedoc Roussillon, où vivent un nombre très important de Pieds Noirs et de Harkis. Samedi, élus de droite et de gauche ont rivalisé dans leur effort pour apparaître comme les meilleurs défenseurs des bienfaits de la colonisation. Le matin, environ 700 personnes se sont rassemblées à Palavas-les-Flots, à l'appel d'une dizaine de députés UMP, qui entendent dénoncer l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005, vantant le «rôle positif» de la France dans ses anciennes colonies. «Cessons d'avoir honte de notre passé !», a martelé Christian Jeanjean, député maire de Palavas, «Les actions positives de France en Algérie sont immenses : les écoles, les hôpitaux, les infrastructures routières, ferrovières et portuaires...».

Pour ne pas être en reste, Georges Frêches, président PS de la région, avait appelé l'après-midi à un rassemblement devant la Maison des rapatriés de Montpellier. Une petite centaine de Pieds Noirs et de Harkis étaient présent. Avec, en guest star surprise, Jack Lang, venu soutenir son «ami». Sourire béa imperturbable, le député du Pas-de-Calais a écouté pendant une demi heure son ami vanter lui aussi les bienfaits de la colonisation (les routes, les ports, les écoles...), et regretter l'abrogation de l'article 4, réclamée pourtant par le même Jack Lang quelques mois plus tôt à Paris...


Pierre Daum, Libération
correspondance Montpellier, 12 février 2006


- source de cet article : Libération





Georges Frêche insulte les harkis


Diffamation. L'Association pour la justice, l'information et la réparation des harkis et rapatriés de l'Hérault (Ajir 34) a déposé plainte samedi contre le président (PS) de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, pour «injures, diffamation et appel à la haine raciale». Son président, Abdelkader Chebaiki, affirme avoir été outragé par le responsable politique qui, au cours d'une cérémonie, l'a traité de «cocu» et a ajouté que les «harkis se sont fait égorger comme des porcs».

Le président de la région languedocienne se serait emporté car il n'aurait pas apprécié que plusieurs harkis se soient rendus peu avant à Palavas où se déroulait une manifestation. A l'appel de députés UMP, ce rassemblement était destiné à s'opposer à l'abrogation du texte polémique évoquant le «rôle positif» de la colonisation.

Lors de la cérémonie où il s'en est pris à Abdelkader Chebaiki, Georges Frêche a d'ailleurs laissé éclater sa colère en tenant les propos suivants : «Ils (NDLR : les gaullistes) ont massacré les vôtres en Algérie et encore vous allez leur lécher les bottes ! Mais vous n'avez rien du tout, vous êtes des sous-hommes, vous n'avez aucun honneur !»

Pour sa part, le Mrap a exprimé hier soir son «indignation». «Dans le contexte des pseudo bienfaits de la colonisation, ces insultes dignes des pires temps du colonialisme ne peuvent que provoquer l'horreur et la sidération.» Le Mrap affirme «étudier les suites judiciaires appropriées» à donner.


- source de cet article : Le Figaro, 13 février 2006



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Posté le 13/02/2006 à 08:12:59 (id:21886)
Contre la tyrannie mémorielle (Élisabeth Lévy)
Contre la tyrannie mémorielle (Élisabeth Lévy)
«La mémoire est tissée d'erreurs et d'affects,
alors que l'Histoire remet à distance
»
Françoise Chandernagor






Contre la tyrannie mémorielle

le champ des idées discutables
se réduit sans cesse par contamination

Élisabeth LÉVY




Défense de dire. Défense de rire. Défense de choquer. Défense de diverger. L'affaire des caricatures de Mahomet ou le débat houleux sur la colonisation mettent en lumière ce constat : il est de plus en plus difficile, en France, d'échapper à la police de la pensée.

Élisabeth Lévy

Ce ne sont ni d'éternels rebelles ni des pétitionnaires professionnels, mais la fine fleur des historiens français. Pas le genre à défiler en rangs serrés tous les quatre matins. Ils fréquentent plus les colloques universitaires que les plateaux de télévision. Ces éminents savants sont pourtant entrés en dissidence avec éclat. Contre la bigoterie mémorielle qui prétend imposer à chacun une lecture unique, moralisante - et forcément sombre - du passé national, ce commando de choc revendique la «liberté pour l'Histoire». Cri d'alarme qui est le titre du manifeste dans lequel les 19 signataires initiaux demandent l'abrogation de toutes les lois mémorielles, ou plus précisément de leurs articles normatifs, quel que soit l'événement qu'elles prétendent mettre à l'abri de «assassins de la mémoire». C'est que le danger ne vient plus tant des assassins que des adorateurs d'une mémoire nécessairement souffrante. «Descendante d'esclave», selon l'étrange définition acceptée sans examen par une partie notable des élites, la romancière Françoise Chandernagor plaide pour que l'on sorte de la confusion. «La mémoire est tissée d'erreurs et d'affects, alors que l'Histoire remet à distance. Quand le Parlement décide de célébrations, très bien, il est dans son rôle. Mais comment les députés peuvent-ils décréter que les Arméniens ont été victimes d'un génocide ou que la colonisation a été positive ?»

Qu'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'une querelle interne à la corporation savante. En prenant en otage le discours sur le passé, en imposant une histoire pieuse, c'est la liberté de penser qu'on assassine, assurent les élégants conjurés. C'est dire le sens d'un combat qui se livre à coups de pétitions et de tribunes, dans les journaux, les forums de discussion, les bureaux feutrés d'éditeurs parisiens, mais aussi dans les amphithéâtres et salles de professeurs. Effervescence qui prouve au moins que les censeurs n'ont pas gagné. Ils sont loin d'être défaits.

Défense de dire. Défense de rire. Défense de choquer. Défense de diverger. La France s'enorgueillissait d'être l'un des berceaux de la pensée critique - une terre où les idées combattent les idées. Elle paraît saisie par la passion de l'interdit. Soustraits à l'examen par la loi et la doxa, vérités officielles et points de vue certifiés conformes pavent les chemins de la connaissance. Les contrevenants sont menacés du tribunal de l'opinion - ou du tribunal tout court. Pourquoi leur répondre quand il est si gratifiant de les réduire au silence avec en prime l'agréable certitude d'oeuvrer pour le Bien et le Vrai ? Au mieux infréquentables, au pire délinquants. De quoi dissuader toute réflexion, toute polémique sur les sujets sensibles, dont la liste s'allonge en même temps que celle des minorités plus ou moins agressives décidées à sanctuariser leur part de passé. «Personne n'a envie de se lancer sur les terrains à procès», s'exclame Françoise Chandernagor.

La mollesse de certaines réactions, notamment politiques, dans l'«affaire des caricatures de Mahomet» confirme partiellement ce sombre diagnostic. «Vive la liberté d'expression, mais il ne faut pas blesser les gens», décrète le Quai d'Orsay le plus sérieusement. Tout groupe minoritaire peut donc exiger non seulement de contrôler sa propre histoire, mais d'être protégé contre la critique. Certes, on peut contester la qualité des caricatures ou l'opportunité de les publier. Faut-il pour autant plier devant la menace, l'anathème ou l'exclusion ? « Je suis consterné par ces dessins, qui illustrent la persistance des vieux stéréotypes sur l'islam, explique Abdelwahab Meddeb, l'un des plus fins connaisseurs de l'islam. Seulement, il faut les dénoncer, pas les interdire. Le droit au blasphème est une invention occidentale, mais aussi une conquête de l'humanité. L'islam l'a très peu connu, il faut qu'il l'accepte. »

Reste que deux versions du Bien peuvent entrer en collision. L'islam est certes minoritaire en Europe, mais il demeure une religion, autrement dit l'une des vieilles lunes dénoncées comme obsolètes par la pensée dominante. Ce qu'observe Philippe Muray : « Il est facile d'annoncer pour la énième fois que "la liberté d'expression est non négociable", surtout quand on applaudit par ailleurs à chaque nouvelle destruction légale de la liberté de pensée et que l'on vient justement de saluer une première condamnation par les tribunaux pour "propos homophobes". La vaillante défense de la liberté et de l'Etat de droit contre les autorités religieuses serait plus crédible si elle s'exerçait aussi contre les innombrables nouveaux clergés qui font régner une terreur mille fois plus efficace que les vieilles puissances religieuses. »

Autant dire que les temps sont durs pour les enfants des Lumières. « On étouffe », la formule revient sans cesse. « Si ça continue, on ne pourra bientôt parler qu'en privé », s'alarme Elisabeth Badinter. « On ne peut déjà plus rien dire », pense la majorité silencieuse, quotidiennement sommée de faire acte de contrition pour les crimes de ses lointains ancêtres. « Le risque est précisément que l'on assiste à une révolte de la majorité contre les minorités », redoute Pierre Nora. Académicien, éditeur, historien, le maître d'oeuvre des « Lieux de mémoire » est à la pointe du combat contre la tyrannie mémorielle, comme s'il voulait contribuer à maîtriser sa créature devenue folle.

On finit par regretter l'époque où on faisait le coup de poing, quand «cocos» et «fachos» se mettaient des peignées au quartier Latin. C'est à la loyale, par la vigueur de leur verbe et de leur conviction, que les dreyfusards ont fait triompher la vérité. Au sortir d'un siècle de fer, on répète pieusement «plus jamais ça». Contre les prêcheurs de haine, on ne sait plus que dégainer des lois. Comme s'il était acquis que la Raison ne peut rien contre Faurisson. De surcroît, lorsqu'on commence à refuser la liberté aux ennemis de la liberté, la tentation est grande de définir comme tels tous ceux avec qui on n'est pas d'accord.

Placé sous tutelle par le Parlement, tenu en joue par le juge, le débat, qu'il porte sur le passé ou sur le présent, se réduit de plus en plus à une litanie de procédures et d'excommunications. Raffinement suprême ou supercherie éhontée, la vindicte se pare des atours de la générosité, l'exclusion se décrète au nom du pluralisme. Pour avoir refusé de se joindre au choeur compassionnel qui a élevé les incendiaires de nos banlieues au rang de victimes innocentes, Alain Finkielkraut est dénoncé comme raciste, c'est-à-dire, selon sa propre expression, comme ennemi de l'humanité. «[/i]C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'il fallait agir[/i]», affirme Elisabeth Badinter.

Pour nombre de chercheurs, c'est avec le procès intenté par le Collectif DOM à Olivier Pétré-Grenouilleau, paisible savant devenu à son corps défendant le symbole de la liberté menacée, que la ligne blanche est franchie. L'idée du manifeste et d'une association chargée d'assister les chercheurs attaqués est d'ailleurs née au cours d'une réunion organisée à Sciences po pour le soutenir. Il est vrai que cet historien reconnu avait commis l'inacceptable en critiquant la «loi Taubira » - qui qualifie de crime contre l'humanité «la traite et l'esclavage», mais seulement quand ils ont été commis par l'Occident. Critiquer une loi, c'est osé. Mais alors, faut-il promptement traîner en justice ceux qui se sont déchaînés contre le texte prohibant les insignes religieux à l'école ? Et ceux qui se sont opposés au vote de l'état d'urgence, les laissera-t-on jouir de l'impunité ?

«Ce n'est pas pareil», rétorquent les chercheurs de sensibilité plutôt bourdivine, qui, depuis un an, ont concentré leurs attaques contre la loi sur «les effets positifs de la colonisation» - seul texte mémoriel issu des rangs de la droite. Gérard Noiriel, historien de l'immigration, est l'un des leaders de cette révolte volontairement sélective. «On ne peut pas mettre sur le même plan une loi qui fait l'apologie de la colonisation avec celles qui condamnent le racisme, l'esclavage, la persécution de masse. Avant de supprimer les articles concernés, déclare-t-il à L'Express, il faut s'interroger sur les réactions des groupes sociaux ou des groupes de pression mémoriels concernés.» On ne saurait dire plus clairement que la loi n'est plus l'expression de la volonté générale mais la traduction des rapports de forces entre groupes d'oppression, heureuse définition de Muray.

Concernant les crimes commis par l'Occident, la seule attitude acceptable est une vénération de nature quasi religieuse. C'est à se demander s'il valait la peine de libérer les affaires humaines de l'emprise de l'Eglise pour fabriquer du sacré catégoriel dont les prêtres sont des associations persécutrices traquant l'hérétique avec autant de fougue - mais heureusement moins de pouvoir- que la Sainte Inquisition. «Tout cela renvoie à une vision idyllique de l'Histoire, explique Max Gallo, qui a également été pris à partie pour sa coupable indulgence à l'égard de Napoléon. Le conflit et sa forme extrême, la guerre, seraient un accident. Or l'homme détruit de l'homme, on ne peut pas échapper à ce constat.» A interpréter le passé dans la langue de l'actualité, c'est-à-dire des droits de l'homme, on s'interdit de le comprendre et on se prive des vertus de l'oubli. «Une société ne peut pas rester éternellement en colère contre elle-même», écrit Paul Ricoeur. Ou alors c'est qu'elle traverse une crise profonde.

Annoncé il y a quelques jours, le retrait de la plainte contre Pétré-Grenouilleau est largement imputable à la mobilisation des intellectuels et au soutien des médias, preuve que la société peut efficacement défendre ses libertés. La relaxe annoncée de l'historien a sans doute contribué à réfréner les ardeurs pénalophiles. En attendant, le collectif DOM peut se prévaloir d'une victoire. Dans un courrier adressé à ses «chers compatriotes», Patrick Karam se réjouit d'avoir obtenu de la société Nutrimaine l'abandon du slogan «Y'a bon Banania» ! Victoire de taille, en effet. Cet épisode dérisoire chagrinera peut-être quelques nostalgiques du chocolat de leur enfance ; il montre que les communautés militantes peuvent aussi se constituer en lobby économique.

La compétition victimaire. Dans cette atmosphère de plomb, la révolte des gens de plume est salutaire. Car la fronde se diffuse dans toutes les strates de l'intelligentsia, du professeur au Collège de France à celui du lycée de banlieue. «Je ne peux faire un pas dans la rue sans qu'on me demande comment rejoindre notre mouvement», dit Nora. Reste à comprendre comment, au pays de Descartes et de Voltaire, l'intimidation s'est substituée à l'argumentation. La réponse est simple. La place prépondérante légitimement accordée aux victimes à l'issue des tragédies du XXe siècle explique le triomphe du politiquement correct.

L'enfer était naturellement pavé des meilleures intentions. Que les faibles soient défendus contre les forts et les victimes protégées des bourreaux est évidemment un progrès. «Cela ne me pose pas de problème que l'on accorde un statut spécifique aux victimes, remarque Gallo. Pensez aux innocents d'Outreau. Seulement, si chacun est libre d'honorer ses ancêtres les plus lointains, les droits peuvent difficilement se transmettre au-delà de deux générations. Sinon, pourquoi les albigeois ou les vendéens ne réclameraient-ils pas réparation ?» Ecrivain d'origine camerounaise, Gaston Kelman refuse cette communion dans la douleur. «[/i]Pourquoi me reconnaîtrais-je dans le malheur ? Jusqu'à quand est-on descendant d'esclave ? Je n'ai pas vocation à me soucier des Noirs plus que des autres. Si j'ai une communauté, c'est la France.[/i]»

Or, de la protection des victimes on est passé à leur sanctification, puis à la sanctification de leurs descendants. En somme, on ne devient pas victime par malchance, on naît victime par essence. «C'est très grave de se construire à partir du statut de victime, déclare Meddeb. L'islam, c'est l'humilité, pas l'humiliation. Nous assistons au triomphe du petit-bourgeoisisme à l'échelle mondiale.»

Elisabeth Badinter observe que «l'affichage des filiations victimaires se conjugue avec l'étalage des douleurs privées», phénomène qui, selon elle, vient des Etats-Unis. Voire. La référence en ce domaine, la victime idéale, c'est à l'évidence le juif mort à Auschwitz. Quoi qu'on pense de l'exceptionnalité conférée à la tentative d'extermination menée par les nazis, on ne peut éviter de s'interroger sur ses conséquences. «La mémoire de la Shoah, écrit à ce sujet l'historien Henry Rousso, est devenue un modèle jalousé, donc imité et récusable.» Au fil des années, le « privilège juif » est devenu une source d'hostilité. Président des amitiés judéo-chrétiennes et initiateur d'une autre pétition contre les lois mémorielles, Paul Thibaud remarque pour sa part que le cordon sanitaire établi autour du génocide juif s'est révélé inopérant. «La loi Gayssot prétendait lutter contre l'antisémitisme planqué sous la bannière du négationnisme. On n'a abouti qu'à le déplacer. La vindicte de Dieudonné est précisément dirigée contre l'hyperprotection dont bénéficient les juifs.» Désormais, tout groupe ayant subi des persécutions réclame le bénéfice des qualifications de génocide et de crime contre l'humanité. Selon Françoise Chandernagor, plusieurs propositions de loi allant dans ce sens sont sur le bureau de l'Assemblée. Si l'humour grinçant avait droit de cité, on pourrait dire que chacun cherche son Shoah.

Mais la compétition victimaire n'aurait sans doute pas pris cette ampleur si elle n'avait pas bénéficié de la complaisance des politiques, en particulier du président de la République. «La France est coupable», déclarait-il en 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vél' d'Hiv. Il devenait alors impossible de refuser aux uns la repentance accordée aux autres.

Au-delà de la loi positive, on peut avoir le sentiment que le champ des idées discutables se réduit sans cesse par contamination. Ainsi, la reductio ad Hitlerum de Leo Strauss et sa version française, la «lepénisation des esprits», ont permis d'interdire toute discussion sur la politique migratoire ou l'insécurité. «Attention à ne pas tout mélanger ! précise Meddeb. Affronter le politiquement correct, c'est une question de courage intellectuel. Encourir le risque d'une condamnation judiciaire, c'est beaucoup plus grave.» En théorie, sans doute, mais, dans les faits, ce n'est pas sûr. En effet, comme l'indique Me Richard Malka, avocat spécialisé dans les délits de presse, «la jurisprudence est extrêmement protectrice des libertés. Les condamnations sont très rares. Ni Houellebecq, ni Oriana Fallaci, ni Dieudonné n'ont été condamnés. Alors, c'est vrai qu'il existe des associations très procédurières. Mais, à force de perdre, elles abandonnent. Seulement, il ne faut pas que les prévenus lâchent quand ils perdent en première instance. Dans ce domaine, il faut aller jusqu'au bout.» Autrement dit, il revient à chacun de prendre ses responsabilités pour défendre ses convictions. En gardant en mémoire que les libertés qui s'usent sont celles dont on ne se sert pas.

Élisabeth Lévy, © Le Point 09/02/06 - n°1743 - Page 78




Les lois incriminées

Quatre lois ou articles de loi fixent l'Histoire et permettent donc que des chercheurs puissent être poursuivis s'ils ne les respectent pas.

L'article 9 de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe qui fait de la contestation de « l'existence d'un crime ou plusieurs crimes contre l'humanité » un délit.

La loi sur les Arméniens du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915.

Les articles 1er et 2 de la loi du 21 mai 2001, dite loi Taubira, sur la traite négrière et l'esclavage reconnus par la France comme crimes contre l'humanité. L'article 2 stipule que « les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent ».

L'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur « le rôle positif de la présence française outre-mer ». Cette disposition a toutefois été déclassée le 31 janvier par le Conseil constitutionnel

Source : L'Histoire n° 306, février 2006, qui publie un entretien sur la question avec Françoise Chandernagor.


Les signataires de la pétition du 12 décembre

2005 : Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard,

Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant,

Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet, Michel Winock.





- source de cet article :Le Point du 9 février 2006




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Posté le 10/02/2006 à 23:53:01 (id:21311)
Pas de procès pour l'historien (Elsa Vigoureux)
Pas de procès pour l'historien (Elsa Vigoureux)
René Rémond
«Bientôt, on aura aussi une proposition de loi
condamnant le génocide vendéen
»






Pas de procès pour l'historien

On l'accusait de révisionnisme

Elsa VIGOUREUX




Ceux qui avaient porté plainte contre Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur d'un remarquable livre sur les traites négrières, n'ont pas voulu «entrer en conflit avec toute l'intelligentsia française»

C'est une histoire compliquée et simple à la fois. Comme tous les malentendus. Au départ, il y a un grand historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur d'un minutieux travail intitulé les Traites négrières. Essai d'histoire globale. Il reçoit le prix du livre d'histoire du Sénat, ce qui n'est pas rien. Dans la foulée, Jean-Pierre Elkabbach insiste pour recevoir le chercheur à la radio. Pétré-Grenouilleau, plutôt timide devant la presse, se laisse convaincre. Puis c'est au tour du « JDD » (le Journal du dimanche) en juin 2005. Là, l'interview dépasse le cadre du livre, et à une question concernant Dieudonné et l'antisémitisme, l'historien répond : «Cela dépasse le cas Dieudonné. C'est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l'humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah.» Là, tollé général. Pétré-Grenouilleau est accusé de «révisionnisme», de «falsification», de «perversité intellectuelle». On décrète qu'il n'est qu'un «David Copperfield universitaire» qui n'aurait plus qu'à «réaliser un dernier tour de magie : se faire disparaître».

Et le Collectifdom, qui rassemble des Antillais, Guyanais et Réunionnais, présidé par Patrick Karam, dépose plainte au civil contre Pétré-Grenouilleau en septembre 2005. Le pauvre historien, habitué au silence de ses recherches, laisse passer l'orage quand certains se déchaînent, exigent que son prix lui soit retiré, ou que le ministère de l'Education nationale le relève de son poste de maître de conférences à l'université de Lorient. René Rémond, qui présidait le jury du prix d'histoire du Sénat, s'interroge publiquement : «Le choix d'un sujet de recherche va-t-il désormais toujours nous conduire devant les tribunaux ?» La liberté de l'historien est menacée.

Alors en décembre 2005 est lancé un «appel des 19» qui va rapidement rassembler 580 chercheurs. De Max Gallo à Alain Decaux en passant par Michel Winock ou Pierre Nora, ils s'unissent pour «défendre la liberté d'expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine». Du coup, Patrick Karam réfléchit. Il comprend, en discutant avec Jean-Pierre Elkabbach, que toute cette histoire ressemble à un vaste malentendu. Lui n'attaquait pas le livre, qu'il a lu. Mais les propos rapportés dans «le JDD» : «Nous n'agissions pas contre un homme, mais pour sécuriser la loi Taubira, c'est tout

Bref, «nous sommes incompris, pas la peine de s'arc-bouter et d'entrer en conflit avec toute l'intelligentsia française, explique le président du Collectifdom. Nous avons perdu la main dans cette affaire, et continuer serait suicidaire.» Le collectif a donc suivi les conseils d'amis, de quelques-uns de ses interlocuteurs politiques et intellectuels. Il a retiré sa plainte contre Olivier Pétré-Grenouilleau.

Mais les historiens, eux, poursuivent leur action, réclament l'abrogation de la loi Taubira, celle aussi concernant le «rôle positif» de la colonisation, et enfin celle relative au génocide arménien. Ils dénoncent une confusion des genres, et s'opposent à l'instrumentalisation de l'Histoire. «Bientôt, on aura aussi une proposition de loi condamnant le génocide vendéen», dit René Rémond. Ce qu'il veut dire par là, c'est que si la mémoire se commémore, l'établissement des vérités historiques ne doit pas passer par les lois.

Elsa Vigoureux, Nouvel Observateur,
9 février 2006



- source de cet article : Nouvel Obs.com



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Posté le 10/02/2006 à 23:31:31 (id:21308)
Abandon de la plainte contre l'historien des traites négrières, Olivier Pétré-Grenouilleau
Abandon de la plainte contre l'historien des traites négrières, Olivier Pétré-Grenouilleau
François Biard, L'abolition de l'esclavage
dans les colonies françaises (27 Avril 1848)
, 1849





Abandon de la plainte
contre l'historien des traites négrières,
Olivier Pétré-Grenouilleau

association "Liberté pour l'Histoire"



Chers collègues, chers amis,

Le collectif DOM a annoncé hier qu'il se retirait sa plainte contre Olivier Pétré-Grenouilleau, expliquant notamment : «depuis décembre 2005 l'hostilité des médias nationaux (...) et de l'intelligentsia (pétitions de 19 historiens les plus célèbres et de 550 historiens) ne permettait plus de se faire entendre».

Cette décision est un premier succès collectif pour les 600 signataires de l'appel «Liberté pour l'histoire». Les menaces que font courir à l'enseignement et à la recherche certains articles des lois mémorielles restent entières. Le présent communiqué, diffusé le 4 février à l'AFP et aux journaux, rappelle notre détermination à ne pas laisser se développer une «nouvelle affaire» Pétré-Grenouilleau. Notre vigilance concerne aussi bien les chercheurs et enseignants du supérieur ou du secondaire. C'est pourquoi les initiateurs de l'appel ont proposé de constituer une association et demandé à René Rémond d'en prendre la présidence.

Dès que possible, nous reviendrons vers vous en sollicitant votre participation à une association qui affirmera la liberté de l'enseignement de l'histoire et de la recherche scientifique contre les pressions idéologiques et politiques de toute nature.

Nous vous informons, par ailleurs, que 150 historiens belges viennent de signer un appel très proche du nôtre, intitulé «Pléthore de mémoire : quand l'Etat se mêle d'histoire...», soulignant ainsi que les questions posées par les historiens dépassent bien le cadre national.

A noter aussi que l'Associations des professeurs d'histoire et de géographie nous a assuré de son total soutien. Du reste, le prochain numéro d'Historiens et Géographes publiera la liste complète des signataires de la pétition LPH et un appel invitant ses lecteurs à rejoindre l'association.


Merci encore pour votre soutien.


Liberté pour l'histoire




Communiqué de presse de l'association
"Liberté pour l'histoire"



4 février 2006

"Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais vient d'annoncer qu'il retirait sa plainte «pour révisionnisme» déposée contre Olivier Pétré-Grenouilleau, historien et universitaire, auteur des Traites négrières. Cette plainte, qui prenait appui sur la loi du 19 mai 2001, aurait, de façon tout à fait inadmissible, transformé un historien reconnu par ses pairs, sur le plan national comme international, pour l'excellence de son travail scientifique, en otage «politico-mémoriel
». Les 600 signataires de l'appel «Liberté pour l'histoire» prennent note avec satisfaction de cette sage décision, déplorant les préjudices de toute nature subis durant sept mois par Olivier Pétré-Grenouilleau.

Reste que les lois mémorielles comportent toujours des articles qui continuent à représenter une menace pour le libre exercice de la recherche et de l'enseignement de l'histoire à tous les niveaux et la libre expression scientifique de l'histoire. C'est pourquoi les signataires de l'appel n'entendent pas relâcher leur vigilance. L'acquis constitué par le retrait de la plainte en question les incite, au contraire, à poursuivre leur action et à l'inscrire dans la durée. C'est le sens donné à l'association «Liberté pour l'histoire» qu'il viennent de créer et qui est présidée par le professeur René Rémond. Cette association s'appliquera à défendre les chercheurs et enseignants d'histoire qui sont ou seraient poursuivis au titre des lois mémorielles ; lois qui, en tout état de cause, devraient être révisées. A ce propos, elle tient à dire fermement qu'elle prendra garde à éviter les pièges tendus par ceux qui, travestissant l'histoire, nient la réalité de la Shoah».



- iconograhie : l'histoire par l'image




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Posté le 06/02/2006 à 17:59:59 (id:20627)
Rapatriés : le baroud d'honneur de certains élus UMP (Le Monde)
Rapatriés : le baroud d'honneur de certains élus UMP (Le Monde)
Harkis à l'arrivée à Marseille en juin 1962





Rapatriés : le baroud d'honneur
de certains élus UMP

"c'est aujourd'hui qu'il y a une histoire officielle,
partiale et partielle
"
Mme Tabarot, fille d'un ancien chef de l'OAS

Christiane CHOMBEAU (Le Monde)




trange ce rassemblement d'environ 1 500 rapatriés organisé par les députés UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca, Michèle Tabarot et Jean Léonetti, avec le soutien d'une demi-douzaine d'autres élus de droite du département, vendredi 3 février, à Saint-Laurent-du-Var. Il s'agissait, à l'origine, de s'opposer à la campagne engagée par la gauche pour l'abrogation de l'alinéa de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 visant à mentionner "le rôle positif" de la colonisation dans les livres scolaires.

Mais depuis, il y a eu la demande de Jacques Chirac de saisir le Conseil constitutionnel. Et, le 31 janvier, la décision de ce dernier de déclasser l'alinéa contesté au motif qu'il était d'"ordre réglementaire", ouvrant ainsi la voie à sa suppression par décret. Dès lors, se posait la question du maintien de la manifestation. Difficile pour ces élus de la majorité de mobiliser contre une initiative du président. Mais, "pas question de permettre au Front national de prospérer sur ces séances d'autoflagellations nationales", a tranché M. Luca. Il a donc été décidé de rendre "un hommage à tous ceux qui ont servi la France".

Priés de "plier les banderoles et de ramasser les tracts (...) pour ne pas donner prétexte à un débordement", les manifestants ont écouté sagement leurs élus. D'abord Henri Revel, le maire de la ville-hôte, "fier d'être Français". Puis M. Luca, pour qui "c'est aujourd'hui qu'il y a une histoire officielle, partiale et partielle". "Pieds noirs et harkis n'ont à faire repentance en rien et devant personne", a lancé, sous les applaudissements, Mme Tabarot, fille d'un ancien chef de l'Organisation armée secrète (OAS) à Oran. Fermant le ban, M. Léonetti a voulu rappeler que la loi sur les rapatriés ne se résumait pas à l'article 4.

Dans l'assistance, des voix ont crié "Chirac démission !" D'autres ont pesté contre "Bouteflika", le président algérien, "qui traite les Français de nazis et vient se soigner en France". "Pourquoi les parlementaires n'ont pas démissionné de l'UMP ?", a lancé Rémi François, le responsable départemental du FN présent sur les lieux. Venue "soutenir (ses) amis rapatriés", l'eurodéputée FN Lydia Schénardi se tenait, ceinte de son écharpe, sur la tribune. A quelques pas d'elle, Rudy Salles, député UDF. La veille, ce dernier était catégorique : "Je ne viendrai pas s'il y a des gens du FN."

Christiane Chombeau (envoyée spéciale, Saint-Laurent-du-Var),
Le Monde, 5 février 2006



- source de cet article : journal Le Monde, daté du 5 février 2006.

- iconographie : Et après ?




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Posté le 06/02/2006 à 14:21:49 (id:20585)
Mémoire, "représentation", vérité historique (Nicolas Bancel ≠ Michel Renard)
Mémoire,
"La mémoire des rapatriés et des Harkis
est aussi légitime que celle des autres victimes
de la guerre d'Algérie"
, prétend N. Bancel.
Cela ressemble fort à une anti-phrase, car
aujourd'hui on voit bien qu'elle n'a pas la faveur
accordée à celle des anciens combattants du FLN
ni à celle des anciens soldats de l'armée française...









"Ne pas transformer une mémoire
en vérité historique"

L'histoire coloniale doit donc être réévaluée...
car cette période a permis la formation d'une "culture coloniale" utilisant, en métropole, des stéréotypes qui permettent toujours de comprendre notre présent

Nicolas BANCEL*




La Ligue des Droits de l'Homme a dénoncé la nomination au sein de la Commission d'indemnisation des rapatriés d'Algérie d'un ancien membre de l'OAS, Athanase Georgopoulos. Partagez-vous cette indignation ?
- Il est délicat de nommer dans cette commission un ancien activiste qui a coordonné l'action de l'OAS -une organisation qui a posé des bombes- et qui n'a jamais caché la continuité de son opinion. Cela peut légitimement soulever un questionnement. Sur le plan juridique, une personne amnistiée n'a plus à répondre des faits passés. On ne peut lui retirer ce droit. Mais sur le plan politique, cette nomination me semble vraiment malhabile. C'est d'autant plus vrai dans les circonstances actuelles, où l'émotion est très vive et où l'on connaît une radicalisation des mémoires concurrentes.
On semblait se diriger vers une position plus consensuelle avec le déclassement de l'article 4 de la loi du 23 février 2005. La nomination d'Athanase Georgopoulos risque d'enflammer à nouveau les passions.

La controverse autour de la loi du 23 février 2005 se poursuit, malgré le déclassement annoncé de l'article 4 sur le "rôle positif" de la colonisation à inscrire dans les programmes scolaires...


- L'article 4 n'est pas seul en cause dans cette loi. L'article 3, consacré à l'édification d'une fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie, pose lui aussi problème. Cette fondation doit concentrer les ressources et les informations sur ces sujets. Or, on nage en ce domaine dans le plus grand flou : aucun garde-fou scientifique n'est clairement prévu et on ne sait pas comment le centre sera financé. Cela soulève une certaine émotion dans le milieu universitaire. Je crains qu'il ne s'établisse une sorte de monopole de la mémoire et de monopole des fonds destinés à la mémoire de la colonisation. On remarquera, comme le signalait récemment Sylvie Thénault, qu'il s'agit d'une fondation pour la mémoire, et non pour l'histoire.
Les historiens devront-ils se faire les récitateurs de la mémoire des témoins, témoins qui seront ici les anciens colons ? Rappelons que la mémoire est sélective, bornée, partiale : elle témoigne de la reconstruction par eux-mêmes du parcours des témoins. L'historien ne peut s'en contenter. Son rôle est d'objectiver les récits, de les croiser avec d'autres sources, bref de rentrer dans la complexité de la densité de l'histoire. Enfin, cette fondation, issue de cette loi, a toute les chances d'être soumise aux désidératas des associations de rapatriés.
Le sens de l'article 4 (comme de l'article 3) était manifestement d'envoyer un signal électoral à destination d'une fraction des rapatriés et des Harkis du sud-est de la France. Précisons, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, que la mémoire des rapatriés et des Harkis est aussi légitime que celle des autres victimes de la guerre d'Algérie, mais il ne faudrait pas transformer une mémoire en vérité historique. Chaque groupe est porteur de sa propre mémoire.
Si la question coloniale et, pour dire les choses franchement, la "nostalgie coloniale" semble si forte aujourd'hui, c'est sans doute parce qu'il s'agit d'une question qui touche au cœur du récit national. Peut-être une fraction de la droite trouve-t-elle, avec cette loi, un moyen de rehausser la France dans l'imaginaire collectif, dans une période où, précisément, la "grandeur de la France" semble en péril ? Pas seulement la droite d'ailleurs, mais aussi une fraction de la gauche républicaine (avec des personnalités telles que Jean-Pierre Chevènement ou Max Gallo), qui ne serait pas hostile à ce que l'on célèbre à nouveau les grandeurs de la "mission civilisatrice".
La loi du 23 février 2005 s'inscrit dans une sorte de "revival" colonial, qui se manifeste aussi par les stèles à la mémoire d'anciens soldats de l'OAS, par le projet à Montpellier d'un musée de l'histoire de la France en Algérie qui n'a plus aucun garde fou scientifique puisque les historiens ont finalement démissionné. L'opacité qui entoure l'édification du Mémorial de Marseille – consacré là aussi à l'action coloniale de la France, particulièrement en Algérie – soulève aussi de nombreuses inquiétudes.

Peut-on encore parler de la colonisation sans blesser l'un de ses acteurs ?

- Nous sommes dans une période –sans doute inévitable lorsqu'un épisode douloureux remonte à la surface–, durant laquelle les passions seront vives. Cela ne doit pas empêcher d'avancer. La socialisation de l'histoire de Vichy dans les années 1980-1990 a soulevé les craintes d'une déstructuration du corps social, censé se déchirer autour de l'histoire. On a vu que les capacités d'assimilation de ce dernier étaient finalement grandes. L'histoire coloniale doit donc être réévaluée à sa juste place. C'est une histoire qui concerne bien sûr les sociétés colonisées, mais aussi la métropole, dans la mesure où la période coloniale a permis la formation d'une "culture coloniale" très diverse, recoupant à la fois les représentations des espaces coloniaux et des populations colonisées, des expérimentations juridiques, politiques, architecturales, etc. qui seront utilisées ensuite en métropole. Mais c'est aussi une période qui doit nous aider à comprendre notre présent, ne serait-ce qu'en s'interrogeant sur la vigueur des liens qui existent entre colonisation et structure de l'immigration, entre formation des représentations et stéréotypes sur les populations coloniales et rapports intercommunautaires aujourd'hui. Mais bien d'autres questions, concernant le sport, les rapports sociaux, l'action internationale de la France, etc., gagneraient à être éclairées en prenant aussi en compte les héritages de longue durée de la période coloniale.

Propos recueillis par Baptiste Legrand
Nouvel Obs.com, 2 février 2006

* Nicolas Bancel est professeur à l'université de Strasbourg II,
co-auteur de La Fracture coloniale, La Découverte, 2005.


- source de cet article : Nouvel Obs.com






Ne pas transformer une "représentation"
en vérité historique

Une remarque sur les propos de Nicolas Bancel

Michel RENARD



Nicolas Bancel* est l'un de ceux qui ont propulsé le courant historiographique dit de la "culture coloniale" ou de la "fracture coloniale", basé essentiellement sur le traitement des images et des discours. Aujourd'hui, il s'inquiète : "les historiens devront-ils se faire les récitateurs de la mémoire des témoins". Il est intéressant d'entendre cette prise de distance avec la toute-puissance des mémoires. L'histoire, effectivement, ne saurait être ni otage ni servante de ces dernières.

Mais on pourrait attendre une vigilance égale à propos des "représentations" qui constituent la base du travail de ce courant historiographique. Car le producteur d'images, quand il est le dominant, ne fait pas que donner une vision souvent péjorative du dominé, il fournit également un reflet déformé, partiel et imaginaire de lui-même. Condenser la perception de l'histoire coloniale dans ce qu'a été la "culture coloniale" - en tout cas, ce qu'on prétend avoir été telle... - est férocement réducteur. De sucroît quand ce discours sur la culture coloniale entre en écho avec les approximations et stéréotypes de la mémoire invoquée par un prétendu "anti-colonialisme post-colonial" à la manière des "indigènes de la République".

Il est d'alleurs symptomatique qu'aucune critique sérieuse ne se soit élevée parmi ce courant de la "fracture coloniale" contre l'ouvrage d'Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser, exterminer, qui collectionne les "citations illustratives, traitées en paraphrases idéologiques" ainsi que l'expliquent Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet. Ce livre est tout entier basé sur des "discours" et jamais l'auteur, politologue et non historien, ne procède à la moindre vérification par un recours aux archives. Les scrupules que manifestent Nicolas Bancel dans l'interview ci-dessus seraient plus crédibles s'ils n'étaient sélectifs.
Michel Renard
2 février 2006



* Nicolas Bancel est professeur en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) au sein de l'université Marc-Bloch de Strasbourg. Outre ses publications, je l'ai entendu à la Fête du livre à Saint-Étienne, l'automne dernier : il a prononcé quelques absurdités sur les programmes scolaires des collèges et lycées prétendant que l'histoire s'y réduisait à une glorification de la nation française façon catéchisme de la IIIe République...! Prouvant par là qu'il ne connaissait rien de ces programmes. Si, dans ses écrits, il traite les sources avec la même désinvolture, il y a de quoi s'inquiéter...



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Posté le 02/02/2006 à 22:06:15 (id:19954)
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