"Recuerdo" : blog personnel de Michel Renard - parmi les derniers articles
"Ce que je cherchais, à travers les épreuves qu'impose l'exploration
des déserts et au contact des peuples qui les habitent, c'était la paix de l'âme."
Wilfred Thesiger, Le désert des déserts, 1959.






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"Recuerdo"

blog personnel de Michel Renard


"Le caillou veut être lumière./ Il fait luire en l'obscurité/
des fils de phospore et de lune..."


Michel RENARD




Bonjour,

À l'origine de ce blog, le souhait de retrouver mes anciens camarades du lycée de Sartrouville au début des années 1970. Diffuser sur l'internet une photo de classe "vieille" de 34 ans avec la plupart des noms... et attendre que le miracle du réseau porte la missive. Qu'elle se faufile au travers des destinées accomplies depuis lors. Qu'elle rattrape ceux qui ont, probablement, des enfants plus âgés qu'ils n'étaient eux-mêmes au moment où le photographe a figé leur jeunesse scolaire.

Et puis, on se prend au jeu. Un souvenir en fait naître un autre. Un disparu impose son image. Les strates successives et entremêlées de la mémoires tendent la main, comme Lazare hors du tombeau. Elles se disputent leur épiphanie. Un peu de lumière. Une place dans la perpétuelle recordation. Les sourires de l'enfance, les passions politiques, les aurores militantes avec le syndicalisme lycéen à l'UNCAL, l'activisme étudiant à l'UNEF et à l'UEC. Un arrière grand-père enseveli dans les tranchées de 1915, à un âge que j'ai dépassé depuis longtemps. Absurde destin de ce jardinier que la glaise de Lorraine et l'éclat de l'obus finissent par mêler à leur froide humidité. De quel fragment de cet homme ai-je hérité ? "Mes cellules en savent plus que moi
", dit l'espagnol Gabriel Celaya.

Viennent ensuite les idées, les combats de la pensée, l'option entêtée pour une école de la culture contre toutes les régressions du pédagogisme (il faut fermer ces hauts lieux de l'obscurantisme que sont les IUFM et confier la formation des professeurs aux compétences scientifiques de l'université...!). La fascination pour le savoir, l'encyclopédisme, les humanités, la raison critique... Mais aussi l'attirance pour la spiritualité, pour l'architecture religieuse, les rapports à la foi, Abraham l'intercesseur et les figures apotropéennes de la compassion (Louis Massignon). Mon islamité et ses questions : "que représente le texte révélé dans une langue déterminée et à un moment déterminé, par rapport à la vérité éternelle qu'il énonce ?
" (Henry Corbin). La grande bataille pour un islam laïque. Le journalisme culturel et politique à Radio France Maghreb dans les années 1990. Les dérives d'un antiracisme qui, cherchant à imposer l'Autre comme dépositaire de toutes les vertus (pourquoi donc ?), se métamorphose en haine de soi. Pour un retour à l'élan universaliste, basé sur la curiosité à l'égard de la pluralité des cultures et sur l'universel de la raison (et non pas sur l'approbation non critique de toutes les cultures), basé aussi sur le respect de la dignité et de l'égalité de chaque être humain (et non pas leur inclusion dans des "communautés" qui les définiraient malgré eux).

Les géographies amoureuses et les voyages, de corps ou de cœur. Les lieux habités par le rappel des disparus ou simplement par ses propres souvenirs. La Provence, entre Marseille et le Centre des archives d'outre-mer à Aix-en-Provence. L'ibérité, si puissante en évocations, du dénuement à l'excès : l'Espagne de mes dix-sept ans, quand le Caudillo était encore vivant, celle de la guerre civile remémorée, la bataille de Madrid, el ejército del Ebro... Le Maghreb, ou, comme on disait avant, le Moghreb
, peut-être visité dans un passé pré-antérieur... L'Afrique, celle des lectures et collections de timbres de l'enfance jusqu'à celle pleurée par Stephen Smith dans Négrologie.

Et l'histoire. L'antique Égypte, depuis que ma mère nous a menés, mon frère et moi, âgés d'une dizaine d'années, au Musée du Louvre découvrir momies et mastaba. L'hellénisme, pour son humanisme foncier, parce que l'art d'Homère "ne prête à ses personnages que les émotions ou les gestes les plus fondamentaux
", parce que les émotions d'Ulysse "correspondent aux grandes situations humaines : une atteinte à l'honneur, les demandes de l'affection, la perte de l'être au monde qui lui est le plus cher" (Jacqueline de Romilly). La romanité latine, parce qu'elle nous a fait entrer dans l'histoire, et aussi pro magistros nostros fidem (par fidélité à nos maîtres).

Le Moyen Âge, parce que la religion y est centrale. La République, parce que la religion y est restreinte. Le temps colonial, parce qu'il a porté un universalisme français et ses égoïsmes... L'obsession à retenir le temps, à restituer ce qui a disparu : "Éternité, néant, passé, sombres abîmes / Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
" (Lamartine). La passion des archives, contractée en 1984 en compulsant les cartons des biens ecclésiastiques pour étudier la fortune du prieuré Sainte-Croix de la Bretonnerie sous l'Ancien Régime : "De ces feuillets, défroissés, répandus, il semble que s'exhale dans le silence le parfum de vies depuis longtemps éteintes" (Georges Duby).

Éditer un blog sur l'internet est un paradoxe : on donne à voir à une infinité potentielle de lecteurs ce qu'on ne dirait peut-être pas en tête à tête. Et dans quel but ? Pour quelle fin ? Le disent-ils les vers mystérieux du poète : "Le caillou veut être lumière./ Il fait luire en l'obscurité/ des fils de phospore et de lune./ Que veut-il ? se dit la lumière,/ car dans ses limites d'opale/ elle se retrouve elle-même/ et repart"
? (Garcia Lorca, Poésies II).






Info-blogs

- Recuerdo2, années lycéennes
: Recuerdo2
Mon nouveau blog, consacré uniquement aux souvenirs et à l'histoire des années lycéennes 1968-1973, à la militance à l'Uncal, aux engagements politiques, blog dans lequel je reprends les articles publiés ici et que j'ilustre et que je développe.

- blogs de par-delà la "mer océane"
: Migration américaine
imaginaires français en Amérique du Nord
le blog de Martine Géronimi, géographe,
professeure associée à l'UQAM (Université du Québac et Montréal)

- La part de sauvage,
autre blog de Martine Géronimi, qui se définit comme une "nomade"


- blogs de défense d'une école de la culture :
base de données : l'école contre le pédagogisme







Parmi les derniers articles :



- Réponse à Lakhdar Belaïd (Michel Renard)
J'ai apprécié ta réaction – bien que je n'en partage pas tous les attendus, mais je vais te le dire plus loin...- parce qu'elle est complexe. Et que tu n'hésites pas à "déballer" cette complexité et à te confronter à elle. Qu'on en juge.
Tu es, sans te restreindre à cela bien sûr :
- musulman, et aussi laïc sans être athée ;
- Français, d'origine algérienne, fils d'un Algérien qui a combattu pour l'indépendance de son pays contre la France dont tu es l'un des citoyens sans complexe.
Il faudrait dire aussi que ton père a été messaliste, partisan de Messali Hadj (...)
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- Caricatures ou amalgame en temps réel ?... (Alexandre del Valle)
Nous avons tous constaté ces dernières semaines, au travers des manifestations de masse organisées par diverses associations musulmanes dans le monde islamique et même en Europe et en France, à quel point «les Musulmans du monde entier» se sont sentis "outragés" par les caricatures publiées dans un journal (publié en septembre 2005), pratiquement inconnu en dehors du petit Danemark, puis reprises par France Soir, Charlie Hebdo, etc, depuis. Trois observations viennent immédiatement à l'esprit de tout observateur lucide et dépassionné (...)
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- À propos de Renan, de l'islam et d'une citation faite par Mohamed Kacimi (Michel Renard)
Ernest Renan fut un intellectuel vénéré par la IIIe République. Mais, sous Napoléon III, il fut suspendu un mois après sa nomination au Collège de France, en 1862, pour avoir seulement évoqué Jésus comme un "homme incomparable". En 1851 il avait écrit l'article intitulé "Mahomet et les origines de l'islamisme". (...)
J'avais, pour ma part, fait référence à tous ces textes, en citant les extraits ci-dessus, lors du "Congrès" des JMF (liés à l'UOIF) au Bourget le 16 avril 1995 devant un parterre qui siffla bruyamment Renan. Aujourd'hui, cependant, je ne suis pas sûr d'avoir été suffisamment "pédagogue" en lançant ces citations à l'emporte-pièce...
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- Les caricatures, en rire ! (Mohamed Kacimi)
Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. Tout le monde ressasse cette formule, apocryphe et prophétique, prêtée sans cesse à Malraux. Comme il est question d'islam aujourd'hui, on oublie que notre visionnaire, foulant pour la première fois la terre d'Orient en 1929, a eu aussi cette fulgurante illumination dans ses Antimémoires : «J'ai découvert l'Orient pareil à un Arabe juché sur son âne et bercé par l'invincible sommeil de l'islam.» Malraux va plus loin dans la prophétie : «Les Arabes sont un hasard dans le destin de l'humanité, la preuve, c'est qu'ils ne se suicident même pas
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- Caricatures xénophobes et réactions fanatiques (Mohamed-Chérif Ferjani)
Que le message véhiculé par quelques unes des caricatures en question soit xénophobe, il n'y a aucun doute. Qu'il contribue à entretenir la confusion entre islam et terrorisme, c'est évident. Qu'il soit «caricatural», comment peut-il ne pas l'être puisqu'il s'agit précisément de caricatures ? Que des musulmans et des antiracistes soient choqués et indignés par ce genre de messages et le condamnent, c'est légitime et normal. Mais que ce soit un prétexte à un tel déchaînement de délires fanatiques, liberticides et aussi xénophobes que ce qui est dénoncé dans les caricatures incriminées, c'est non seulement inadmissible, c'est grave et dramatique à la fois. En effet, ces réactions se situent sur le même terrain de la xénophobie et de la vision caricaturale de l'AUTRE - avec l'art en moins - qui a inspiré les images qu'elles veulent dénoncer.
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- Réponse à Bernard Dréano (Michel Renard) et suites...
Après lecture de l'article de Bernard Dréano, intitulé "Les doubles mâchoires du piège" sur Oumma.com (dimanche 12 février 2006). Et un pas de plus dans la compromission avec les valeurs réactionnaires et anti-démocratiques des islamistes...! Après la laïcité (islamophobe, bien sûr) et les droits des femmes (qu'il faut culturaliser pour leur être mieux fidèles, bien sûr), voilà la liberté d'expression qui est brocardée au nom d'une alliance sans principes avec les petits soldats du fondamentalisme Frère Musulman. Bravo...! quel chemin pour un leader de l'anti-impérialisme des années 1980.
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- Ma vérité sur les caricatures de Mahomet (Michel Renard)
Des caricatures, parues dans un journal danois en septembre 2005, ont vilipendé l'image du prophète Mahomet (Muhammad). Des musulmans disent leur colère, d'autres sont déjà passés aux actes. D'autres encore iront, peut-être, plus loin : fatwa d'appel au meurtre, assassinat comme cela a été accompli contre le cinéaste hollandais Théo Van Gogh... Est-il légitime qu'une conscience croyante aille jusqu'à de telles extrémités ? Non. Et pour plusieurs raisons.
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- Etranges affirmations de l'assassin de Théo Van Gogh (Moncef Rédha)
L'assassin a fait savoir qu'il a agi dans le bon sens du fait que, selon lui, «les infidèles sont les ennemis de l'islam et ils doivent être combattus» a t-il expliqué. Ne s'arrêtant pas là, le jeune marocain devait ajouter que «ceux qui disent que le Prophète Mohammed est un pacifiste ne sont que des incultes et des menteurs». Mohammed Bouyeri a déclaré : «le Prophète Mohammed a usé et a prêché la violence».
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- Lettre ouverte à Arte au sujet des "Trois couleurs de l'empire" (Gilbert Meynier)
À côté de vrais savants comme Annie Rey-Goldzeiguer et Bruno Étienne, cette émission a longuement et complaisamment donné la parole à des gens qui sont, à mon sens, davantage des entrepreneurs d'idéologie fonctionnant à la médiatisation de «ce qui mousse» dans l'air du temps que des historiens à même de rendre compte de toute la complexité du divers historique, c'est-à-dire aussi éloignés de la complaisance que du manichéisme. J'y ai bien reconnu les thématiques des «Indigènes de la République», lesquels ont coutume de se bloquer sur les malheurs du passé pour rendre compte des duretés du présent.
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- Ni Robien, ni Meirieu (pétition "Sauver les Lettres")
Contre les pédagogistes de gauche et contre les politiques de droite !
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- La direction nationale de l'Uncal en 1973-1974 (Michel Renard)
Berlin, juillet-août 1973, Festival mondial de la Jeunesse
de gauche à droite : Pomme Jouffroy, Martine Bodin, Agnès Jaeglé, Didier Augeral, Annie Canacos, Patrick Jarry, Sylvie Grolard, Mounier.
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- Appel à témoins relatif à Gabriel Péri en 1916
L'association Les Amis de Gabriel Péri, présidée par la fille adoptive de Péri, Pauline Talens-Péri est à la recherche de documents. Elle en possède certains, dont cette photo, et écrit ceci sur son site : "Malheureusement aucune légende au dos ne permet de savoir où se trouve Gabriel sur ces clichés, et aucun nom de ses condisciples n'est indiqué. Si votre père ou grand-père a fait ses études à Marseille, peut-être avez-vous la réponse à nos questions. Si oui, merci de nous les communiquer!"
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- Le Centre des Archives d'Outre-Mer censuré par le gouvernement ?
La mise en ligne d'une partie du fonds iconographique détenu par le Centre des Archives d'Outre-Mer (Caom, dépendant des Archives Nationales, à Aix-en-Provence, appelée "base Ulysse", a, semble-t-il, suscité l'ire des lobbies de la "repentance". Qui ont porté devant le gouvernement l'écho de leur indignation à voir traitée l'histoire coloniale autrement qu'avec leurs catégories expéditives ("colonisation = extermination", "présence française = asservissement, exploitation, répression"...). (...)
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- La théologie de l'islam de France n'existe pas (Michel Renard)
Affirmer que la théologie de l'islam de France n'existe pas, cela ne veut pas dire que les musulmans de notre pays n'ont pas de convictions religieuses ni que leur comportement se réduirait à une quête uniquement identitaire. Cela signifie, avant tout, que la singularité d'une présence musulmane massive et pérenne en Europe ne relevant pas de la confrontation politico-militaire comme par le passé, n'est pas accompagnée d'une mise à jour théologique (...)
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* ... et pour les anciens du lycée de Sartrouville (1970-1973)
Bonjour,
Je souhaiterais retrouver les anciens élèves du lycée de Sartrouville qui fréquentèrent cet établissement durant les années scolaires 1970-71, 1971-72 et 1972-73, période pendant laquelle je fus moi-même élève au lycée Évariste Galois en Seconde, Première et Terminale. L'établissement n'a conservé aucune liste d'élèves par classe, seulement les listes d'élèves sortants par année. Ainsi, j'ai pu obtenir la liste des sortants en 1973. ce qui m'a permis de retrouver certains noms.
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** pour la mémoire familiale : Joseph Renard (1874-1915), "mort pour la France"
Mon arrière grand-père avait pour nom Edme Joseph Renard, on l'appelait Joseph. Il était né le 3 janvier 1874 à Montcresson, petite commune du Loiret, et mourut pendant la guerre de 1914-1918.
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- iconographie - © Philippe Adam :
http://orientaliste.free.fr/expovirt/t19.html





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Posté le 25/01/2006 à 08:44:36 (id:18216)
Recuerdo... je me souviens... (Michel Renard)
Recuerdo... je me souviens... (Michel Renard)
parc du Retiro à Madrid





Recuerdo... je me souviens...

Michel RENARD



Recuerdo. Pourquoi ce titre ? «Recuerdo, recuerdo tanto...! Pero non con la memoria... », ainsi commence l'ouvrage de Gabriel Celaya (Penultimas tentativas, 1960) qui évoque les complications et impostures de la mémoire : «J'ai tant à me souvenir que je ne sais plus qui je suis» (p. 46). Je dois à ma professeur d'espagnol au lycée d'avoir eu l'esprit ouvert à la littérature et à la poésie de l'Espagne castillane. Je l'en avais remerciée en lui rapportant d'un voyage, effectué seul à Madrid lors des congés scolaires de Pâques, en mars 1972, un recueil de poèmes qu'elle ne trouvait pas alors à Paris. Manière de s'acquitter d'une dette... pourtant jamais éteinte.

En espagnol, recuerdo signifie je me souviens
. L'absence de pronoms (pronom sujet et pronom réfléchi) donne une force plus grande à l'expression. Un peu comme remember, en anglais ; mais j'appartiens au monde des langues latines... et le vocabulaire anglo-saxon a très peu de vibration pour moi.

Cela me fait aussi penser, en vieux français, au verbe recorder
(rappeler à son esprit) ou à recordation (mention, mémoire), comme dans cette phrase de Guillaume de la Perrière, juriste et poète toulousain né vers l'an 1500, qui évoque dans le titre de son ouvrage : les "Annalles de Foix", et "jointz a ycelles, les cas et faictz dignes de perpetuelle recordation"... (1539).

Les faits dignes de perpétuelle recordation, j'aime bien cette phrase, pour sa tension contre l'oubli - préoccupation qui accompagne mes recherches historiennes. Car, pour être historien, ne faut-il pas d'abord être sensible à sa propre histoire ? L'intérêt de la chronologie comme principe d'intelligibilité va de pair avec la réceptivité à son inscription personnelle dans une lignée d'êtres qui vous ont précédé et qui vous succèdent, à l'interrogation sur le sens de ce destin.

Sans oublier le traditionnel émoi devant le temps qui passe de sa propre vie. Ainsi, qui ne pourrait dire avec Montaigne : "Et me vay amusant en la recordation des jeunesses passées" ?

Cela me fait encore songer, par proximité lexicale, au terme arabe dhikr
(rappel, invocation), très riche de sens puisqu'il évoque tout ensemble : le Coran lui-même, la prière, l'invocation de Dieu par la récitation de formules ou de louanges, le rappel de Dieu dans son coeur, l'enseignement et l'étude...

¡ Soy tan antiguo ! Mis células saben mucho más que yo. Pero todo en ellas es puntiforme e inconsecuente : Se manifesta y, en lugar de proseguir, desaparece. No hay cosas, ni sustencias, ni yos. Nada permanece, adorable, como una posibilidad de salvación o como un último recurso. No hay ídolos imperantes, ni animales sagrados, ni héroes ancestrales, ni hombres que Uno pueda llamar tales porque algo dura en ellos idéntico a sí mismo. Sólo hay resplandores alucinados.
(Gabriel Celaya, Penultimas tentativas).

- "Je procède d'une haute antiquité ! Mes cellules en savent beaucoup plus que moi. Mais tout en elles est moléculaire et inconséquent : il en sort quelque chose qui, au lieu de se perpétuer, disparaît. Il n'y a ni choses, ni substances, ni moi. Rien ne demeure, rien à adorer comme une possibilité de salut ou comme un dernier recours. Point d'idoles impérieuses, point d'animaux sacrés ni héros des temps révolus, ni humains qu'on puisse considérer comme tels, parce qu'en eux subsiste toujours quelque chose d'identique à soi-même. Il n'y a que d'hallucinantes splendeurs".

Au pessimisme foncier de Celaya, j'opposerai une religion foncière, fitra dans le langage coranique, qui met l'homme en relation avec une primordiale existence par laquelle, comme l'humain de Celaya qui transcende le temps, il peut ressentir les atomes du monde comme les siens. Se souvenir donc, c'est récapituler ce qui en soi touche à ce qui nous dépasse.
Michel Renard



contact : michelrenard2@aol.com



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Posté le 10/01/2006 à 10:20:43 (id:15461)
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